‹ L'Anti-HugoChapitre 7 sur 30 · LE !U · texte numérisé non relu

LE !U

De Lorch, où vient d'éclater un incendie, beau sujet tle description, le voyageur n'a sans doute guère fait, jus- <{ua Bingen, do renconîre fort curieuse, puisque celle partie de son itinéraire est consacrée presque entièrement au récit de deux aventures qui lui sont arrivées, iJ y a sept ou huit ans, l'une dans le Gatinais, l'autre sur la route de Paris à Meaux, et dont la seconde serait venue plus naturellement quand il repassait par celle roule, pour prendre le chemin de l'Allemagne.

Nous nous arrêterons à Francfort où nous le laisserons dans le Kaiserzael, s'amusant à compler tous les bustes, à rappeler tous les noms des quarante-cinq fantdmes qui , la race de Ctiarlemagne éteinte, se sont succédé, pendant neuf siècles, sur lelrône impérial, depuis le premier Conrad, jusqu'au second François, et nous ne lui emprunterons plus qu'un tableau.

Une des curiosités de Francfort, di(-il, mais qui disparaîtra hienlôl, j'en ai peur, c'est la boucherie. Elle occupe tleux anciennes rues. Il est impossible de voir des maisons plus noires et plus vieilles se pencher sur un plus splendide amas de chair fraîche. Je ne sais quel air de jovialité gloutonne est empreinte sur ces façades bizarrement ardoisées et sculptées, dont le rez-de-chaussée semble dévorer comme une gueule profonde toute grande ouverte, d'innombrables quartiers de bœufs et de moutons. Les bouchers sanglants et les bouchères roses causent avec grâce sous des guirlandes de gigots. Un ruisseau rouge coule et fume au milieu de la rue. Au moment où M. V. Hugo y passait, elle était pleine de cris effrayants; d'inexorables garçons tueurs, à figures hérodiennes, y commettaient un massacre de cochons de lait, et les servantes, leur panier au bras, riaient à Graver* le vacarme. Ajoutez qu'une superbe et grandiose enseigne, sunnontée de la couronne impériale, domine et complèle celle boucherie magnifique, et

io.

VOUS croirez rovoir l'écorclierie fameuse qui, selon l'auteur, faisait , au moyen âge, un des plus beaux ornements de Paris. Quel malheur qu'un monument si pittoresque vînt à disparaître de Francfort! et qui ne frémirait, avec le peintre de la Cour des miracles^ à la seule idée qu'un pareil acte de vandalisme pût avoir lieu au XIX^ siècle, au siècle de larenaissance l

M. V. Hugo, amateur, connue il l'est, du genre descriptif, nous saura gré de lui en avoir emprunté des exemples, et ne nous reprochera ni d'en avoir cité trop peu, ni d'avoir choisi les plus mauvais; mais ce genre estil celui des meilleurs écrivains? et les critiques n'ont-ils pas en raison d'en condamner l'abus dans l'abbé Delille lui-même qui pourtant n'y a pas d'égal? Nous sommes, quant à nous, de l'avis des critiques, et, à ce sujet, nous répéterons avec Chenier :

Un scudery moderne, en sa verve indiscrète,

Décrit tout sans couleurs, sans pinceau, sans palette.

Un âne, sous les yeux de ce peintre maudit,

Ne peut passer tranquille et sans être décrit.

Un coche esl embourbé! notre homme est là tout proche,

Et, pour décrire mieux, s'embourbe avec le coche.

Ou bien, d'un air niais, qu'il prend pour de la grâce, En pleine basse-cour établit son parnasse ; Ronfle avec l'animal aux Hébreux défendu, Nasille avec l'oiseau dans sa marre étendu. Et toujours au bon goût alliant l'harmonie , Glousse avec les dindons, rivaux de son génie.

Voilà tout ce que nous avions à dire des compositions en prose de M. V. Hugo; si nous ne nous y sommes pas arrêté d'avantage, et si nous n'avons analysé en détail que deux de ses rouians , c'est que nous avons craint que notre travail ne ])aiùt trop monotone; nous ferons de même à l'égard de ses drames, et c'est le Roi s'amuse et Buy-Blas que nous examinerons de préférence , comme étant ceux où il a fait l'application la plus franche et la plus complète de sa nouvelle théorie poétique.

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