SCENE II
PANTAXES, VALERE.
PANTAXES.
Mais d'où peut provenir cette sombre tristesse? Ton visage, mon fils, montre peu d'allégresse.
VALERE
Ne soyez point surpris si je parois rêveur,
Qui doit être Antiquaire en doit avoir l'humeur.
Je roule en mon esprit quelque nouveau système.
PANTAXÈS.
Ah! rejette, mon fils, avec un soin extrême,
Tout ce que tu verras sentir la nouveauté.
Et suis toujours en tout la sage Antiquité.
Il faut, autant qu'on peut, puiser dans les eaux saine?
Et laisser les ruisseaux quand on a les fontaines.
Il te faut mettre bas cette épée : au Sçavant
Les armes ne sont pas un ornement séant.
VALERE
Nous nous en defferons.
PANTAXÈS.
Et cet habit de même Ne sied pas; vois le mien, c'est ainsi que je Taime, Et pour te dire ici mon avis sur ce fait, Je ne sçaurois souffrir qu'un habit qui n'est fait Que pour couvrir le corps d'une façon commode, Et non pour le gêner, devienne par la mode
Un supplice cruel, car je ne conçois pas
Comment on peut ainsi se serrer par le bas
Et réduire son ventre en une servitude
Qui me feroit souffrir le tourment le plus rude.
De plus, pourquoi ces pans sont-ils des deux côtés
D'un quart de lieue au moins l'un de l'autre écartés ?
Sans doute, il nous faudra faire élargir nos portes,
Si tu ne quittes pas les habits que tu portes ;
Avec le mien au moins je puis passer partout;
C'est là ce qu'on appelle un habit de bon goût,
Et sous lequel tu vois qu'on respire sans peine;
Je n'ai que faire, moi, d'un habit qui me gêne.
Et qui soit fait ainsi que quand je vais diner
Il faille commencer par me déboutonner.
Rien est-il plus gênant qu'un habit de la sorte?
Il t'en faut un pareil à celui que je porte;
Il est d'un goût parfait. On en portoit ainsi
Du tems du roi Longo. La Flèche, ah! te voici.
5o L*A N TIQUA IRE,