‹ L'antiquitéChapitre 18 sur 46 · A VÉNUS · texte numérisé non relu

A VÉNUS

Ne livre pas mon cœur à d'éternels supplices,

Reine des amoureux caprices, Immortelle Vénus, flUe du roi des dieux, Vénus, épargne-moi ! tes cruels artifices

Ont l'ait <;ouler trop de ple"rs c^** '«es vp*"^ '

Tu sais quelles douleurs cuisantes, Que de cruels dégoûts, de peines dévorantes Ont déchiré ce cœur brûlé de trop de feux.

Jadis tu m'écoutais ! Â ma voix suppliante Tu quittais un instant, déesse bienfaisante,

Les parvis d'or du roi des dieux :

Et tu me demandais quel était le barbare J'rodigue de rigueurs et de tendresse avare,

Qui trompait mon jeune désir !

Ah ! combien j'aimais à t'enlendre.

Quand tu me promettais que d'un amour trop tendre

Bientôt je saurais me guérir î Tu me disais : « 11 fuit : et ta douleur amère, « Sans attendrir son cœur, irrite sa colère.

« Sèche tes pleurs ; bientôt il reviendra.

« Ces baisers qu'il dédaigne, il les demandera ; « Tu le verras briguer un regard, un sourire,

« Un chant émané de la Ivre ;

« Ton mépris les refusera .

« Tu fermeras l'oreille à son liumble prière ;

« Arrogante, insensible, altière, « Tu le verras soumis, suppliant : à ton tour « Tu le dédaigneras, Sapho !... tel est l'amour. » Ah ! reviens, ma déesse ! — A ma voix qui t'implore Verse l'espoir dans mon cœur malheureux ; Vénus ! fais plus encore;

Rends-moi le mortel que j'adore, Celui qui me dédaigne et qu'appellent mes vœux !

Certes, Horace avait raison de dire que l'àme ardente de Sapho respire encore et jaillit des cordes de sa lyre :

Vivant comnmsi colores JEoliœ fidibus puellce.

La fin de cette vie, sacrifiée sur l'autel de la déesse que la femme poète invoquait, fut le dénoûment naturel d'un drame si passionné. Qui ne connaît pas Thistoirc de l'infidèle et fugitif Phaon et di» promontoire de Leu-

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cade? C'est un rocher blanc et décharné, run des rochers les plus affreux qui soient au monde. Il fait la pointe de Tile Sainte-Maure ; et quand on navigue sur la mer lonieime, on l'aperçoit do loin à l'horizon. Ce promontoire des amants a donné lieu à une foule d historiettes que Photius a recueillies et qui sont aussi romanesques qu'amusantes. Los flots deLeucade ont, s'il faut en croire les historiens, englouti beaucoup plus d'hommes que de femmes ; Sapho est la première qui ait usé de ce \iolent remède contre l'amour.

gin.

Erinna, TélésiHa, Nôssis. Anyla, Myro.

Sapho eut une amie, et cette amie était sa rivale. Erinna, célèbre par ses vers héroïques et par le laconisme de sa- poésie, ne nous a laissé que deux ou trois fragments, ou plutôt quelques mots épars dans les œuvres des grammairiens et des sciioliasles. On la surnommait Avare de paroles ; elle était de Lesbos comme Sapho; on lui attribue une mauvaise ode intitulée iîowK?, dont Grotius voulut faire une ode au Courage ; le style et la poésie de ce morceau appartiennent à une époque tout à fait postérieure. L'Anthologie, qui a conservé quelques épigrammes de cette femme poète, la compare à Homère et à Pindare ; Suidas lui prodigue les éloges; à dix-huit ans elle élait célèbre. Tels sont les souvenirs et les faibles documents que l'histoire Jious livre sur son compte. C'est un nom ; ce n'ei^t rien de plus pour nous.

Un siècle plus tard, la fameuse Télésilla naquit dans Art^os. C'est là que Pausanias a contemplé sa statue, quMl décrit avec talent. Il la montre debout, le casque à la main, prête à couvrir sa têle du casque, et les yeux fixés sur les volumes de ses poésies épars à ses pieds. Cette femme, émule de Tyrtée, n'était pas seulement une ouvrière de poésie, mais une héroïne jiuerrière et reli* gieuse, la Jeanne d'Arc de son temps. MuUer et Mitford ont beau révoquer en doute ses t^xploits, nous les aimons, et nous nous attachons à une croyance qui nous plaît. Lorsque le féroce Cléomènes, à la tête de ses bourreaux lacédémoniens, eut répandu le sanj? des citoyens d'Argos dans les rues de la ville, Télésilla, dit-on, anima les femmes à la vengeance de la patrie, et l'on vit les meurtriers fuir devant celle troupe d'esclaves, de faibles femmes, de vieillards. Les peuples ne doivent jamais abroger Tautorité de ces belles traditions. Quant à deux ou trois auteurs allemands qui ont attaqué l'authenticité de la narration, leur critique n'a rien qui nous effraie. Dans leur dédain pour les opinions vulgaires, certains critiques embrassent des idées bizarres, insolites, extravagantes, qu'ils appuient de toute l'autorité de la meta* physique, conjurée avec l'érudition.

Liées intimement à l'histoire de Pindare, Myrfis qui lui enseigna l'art des vers, et Corinne, rivale victorieuse du chantre lliébMin, n'ont laissé toutes deux que leur gloire après elles. La célébrité de Pindare déplut à Myrlis, dont la jalousie contre un élève qui la surpassait éclata dans quelques satires aujourd'hui perdues.

Corinne, grAce à son dialecte éolien, à sa beauté, à son style (telles sont les paroles de Pausanias), remporta sept fois la victoire sur Pindare, qui ne lui pardonna jamais ces triomphes répétés.

Ce Dorien rustique, dit un ancien, s'écria : Vaincupar une truie! Corinne avait de Ternbonpoint. Dans sa sixième olympique, Pindare récidive, et s'emporte en invective contre sa rivale. Les commentateurs ont tort de s'étonner de ces outrages, et de déclamer contre l'impolitesse qui régnait à Thèbes. L'amour-propre des poètes impitoyables dans tous 'les temps, a dicté à l'élégant Voltaire, poète de cour, favori des palais, précisément la môme invective, qui ne s'adressait pas alors à une rivale, mais bien à une femme aimée (madame Du Cliàteict). Pindare aurait dû se rappeler cependant que Corinne avait, de concert avec Myrtis, guidé ses premiers pas dans la carrière poétique. Elle lui avait, selon Athénée et Plutarque, recommandé spécialement de ne pas oublier la fable, l'action, la pens»'e principale du poème : il parait qu'elle ne se contentait pas d'images sublimes et de fougues dithyrambiques.

Trois vers et un proverbe composent le bagage poétique de Praxilla, fille de Sicyonc. G-s légers fragments semblent attester une imagination riante; en les lisant on n'est pas surpris que la Sicyonienne ait composé, comme nous l'apprend Athénée, des rondes, des chansons à boire, et ce que les Grecs nommaient des scolies; amplification badine d'une pensée déjà employée par un autre poëte. Les Orientaux, les Italiens modernes et les Espagnols ont connu ce genre de poésie: on pourrait remplir plusieurs volumes des gloses espagnoles, scolies dans le genre grec.

Nous descendons le cours des âges. La sève poétique s'affaiblit: on n'écrit plus que des épigrammes et des distiques. Anyta et Nôssis brillent au nombre de ers poètes secondai»es, qui, trois siècles avant Jésus-Christ, jouaient en Grèce à peu près le même rôle que les ri-

meurs de sonnets ont joué en Italie. Nous possédons plus de vingt compositions d'Anyta. Elles ne se distinguent pas, comme le prétend son contemporain Antipater, par la force homérique, mais par une douce et charmante naïveté. Une inscription gravée à l'entrée d'une grotte, et composée par Anyta, en quatre vers pentamètres et hexamèires, nous semble un modèle de ce genre :

(( Étranger, que tes membres fatigués s'étendent ici. De doux murmures agitent les feuillages; une source vive bruit à tes pieds pendant Fardeur du jour. Étanche ta soif, ô voyageur, et goûte le repos jusqu'au coucher du soleil. ))

Nôssis la Locrienne excellait, s'il faut en croire les éloges de Mélagre, dans le genre élégiaque et erotique. Nous ne pouvons la juger que sur quelques mauvaises épigrarames privées de sel, d'éclat et de force, que l'Anthologie a confondues avec une multitude d'autres petites pièces élégantes ou insignifiantes.

Myro, née à Byzance, et qui termine ce catalogue de célébrités, est auteur d'uFi certain nombre d'épigrammes, et d'un poème héroïque intitulé Mnemosyne ou la Mémoire. 11 ne nous en reste que le souvenir. Elle a joui, pendant sa vie d'une petite gloire; et son fds, Homère le jeune, un des membres de cette pléïade tragique dont la constellation nébuleuse éclaira le trône des Ptolémées, continua la renommée maternelle. Astres obscurs qui se lèvent dans les littératures en décadence, que Ton entoure d'une auréole passagère et qui s'évanouissent.

La poésie féminine des Grec?, que les ravages du temps ont respectée, se réduit donc à peu de chose; les fragments de prose écrits par les femmes auteurs de la

Grèce ne sont guère plus considérables. L'Allemand Christian Wolff, qui a recueilli toute cette prose, et qui a fait entrer dans son recueil jusqu'aux testaments et donations faites aux couvents et aux moines par les dames romaîques, n'a pu composer, avec ces faibles débris, qu'un petit in-quarto garni de notes, chargé de commentaires, enflé de notices et bardé de variantes. Beaucoup de femmes grecques avaient cependant écrit en prose : Athénée et Suidas vantent Anagallis de Gorcyre. La commentatrice Aréta de Cyrène, fille d'Arislippe, continua l'école de philosophie instituée par son père, écrivit quarante volumes et forma cent dix élèves, armée considérable de philosophes, mais dont le nombre n'a rien de merveilleux, comparé à la vie d'Aréta, qui mourut à soixante-dix-huit ans.

flypatia et Anne Gomnénc.

llypatia, née dans Alexandrie, et qui s'entoura d'une célébrité semblable à celle dont madame de Staël a joui parmi nous, inspire un intérêt plus vif que ces femmes savantes; non-seulement elle était astronome, érudite, poète et théologienne, mais elle était jeune, belle, aimable et courageuse. Elle a péri victime de son talent, de sa gloire et de la haine ecclésiastique. Le clergé d'Alexandrie, guidé par Cyrille, fort beau génie cl trèsméchant homme, souleva contre elle la populace fanatique; llypatia lut mise en lambeaux dans l'église, au moment où elle prêchait la vertu pt la ub'l^sophie. Les

débris de son cadavre furent traînés dans les rues de 1^ ville par cette foule de bêtes féroces à figure humaine. De toutes les populaces, la plus sanguinaire est celle des villes sans liberté et sans mœurs, où les sophistes régnent, où la volupté est en honneur, et où une civilisation élégante, modelée sur les préceptes des rhéteurs, se prêle à tous les vices et à toutes les férocités.

Les écrils d*Hypatia furent brûlés par l'inquisition de son époque. Le peu qui nous reste des autres écrivains en prose du même sexe est assez peu authentique. Quelques femmes, disciples de Pylhagore, de Platon et de Pholius, ont rédigé et analysé les principes de leurs maîtres. Nous avons un fragment très-arido sur la nature humaine, par Elara, pythagoricienne, qui se- servait du dialecte dorique dans toute sa sévérité; un pelit chapitre de Pérytione, intitulé la Femme; un sermon sur la nécessité de la modération chez les femmes, par Phyntis; les Lettres de Théano, lettres apocryphes, et l'ôpilre adressée à Phellys, par Mya, sur Tallaitement des enf.ints. Le style de ces compositions a de la douceur, de la grâce, et ne déshonoie point les auteurs auxquels on les attribue ; l'aullienlicité n'en est pas bien prouvée. Bentley, qui donnait la chasse aux réputations et découvrait partout des apocryphes, n'a pas épargné ces pauvres femmes-auteurs. Il a déshérité Pérjlione de sa gloire, et détruit les prétentions de Mya.

Une prétendue lettre d'Hypatia à Cyrille a été aussi reconnue apocryphe. Trois siècles avant elle, une Épidaurienne nommée Pamphilia, femme du célèbre Socratides, un deséiudits de son époque, recueillit en trentetrois livres tous les fragments littéraires et poétiques qui lui tombèrent sous la main. Son goût n'était pas pur; c \ plutôt on doit croire qu'elle s'embarrassait peu du

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choix des morceaux et de leur valeur. Il lui suffisait de compiler au hasard et de placer dans sa colloctiou tout ce qui se présentait à elle. Le patriarche Photiiis trouve (fu charme dans cette confusion. Diogùne Laërce nous a conservé des énigmes, des logogryphes et des devises que rÉpid «urienne avait entassés dans son Encyclopédie; c'était un véritable pêle-mêle littéraire, le modèle de nos albums.

Onze siècles après Jésus-Christ, une femme byzantine, lée dans la pourpre et fiére de son rang, de son savoir, lésa beauté, prélendit à la palme historique. VAle.iiade TÀnne Coranène est le seul ouvrage complet écr it par me femme grecque qui soit parvenu jns(|u'à nous. ( L'histoire byzantine a son défaut, ditVigneul-Marville, ïl un défaut très-incommode pour le lecteur ; lequel consiste en ce que la moitié des auteurs de ce vaste recueil ne méritent pas d'être lus. p L'excessive médiocrité le Zonaras, de Socrate et des autres, prêle du relief à la prose d*Anne Comnène. Mais lisez ces pages à coté le celles de Platon ou de Thucvdide ; cette laborieuse affectation, ce pédantisme raffiné ne peuvent que déplaire. Jamais de simplicité, aucune narration sans faste; tout est sacrifié aux apprêts du discours, à la longue évolution des métaphores. Anne Comnène savait cependant, quand la circonstance l'exigeait, s'exprimer avec une franchise brulale. On n'ignore pas que, mécontente de la froideur et de la lâcheté féminine de son mari, Nicéphore Bryennius, elle lui re])rocha ce défaut d'énergie virile en termes si naïfs et si nets, que nous rougirions de les rapporter.

Anne Comnène, vaniteuse, prétentieuse, élevée à l'école des rhéteurs asiatiques, mêlait à la sublimité des Jiéulogiens grecs la pompeuse et métaphorique élo-

quence des Asiatiques. C'est le vrai symbole de Byzance, de cette \ille parleuse et stérile, oisive et occupée de riens. Pour exprimer la moitié d'une idée, Anne Comnène déroule en plus de trois pages ses incommensurables périodes. 11 est curieux de comparer les fragments de Saplio, tout mutilés qu'ils soient, avec les annales verbeuses tracées par la princesse byzantine; annales que le temps, dans sa clémence étourdie, ares^ pectées tout entières. Quelle différence entre la position, les mœurs, les idées, le style de ces deux femmes, qui parlaient le même langage? Vous vous représentez, en les lisant, Tune, sur la grève éclatante des îles d'Ionie, à peine voilée, la tunique flottante, ses longs cheveux noirs couronnés de fleurs, entourée de jeunes gens et de jeunes filles ivres de sa gloire et qui répètent ses chants; l'autre, au fond d'un palais oriental, mollement étendue sur des coussins de pourpre, entourée d'eunuques, d'esclaves et de servantes, diciant ses amplifications à un secrétaire qui les recueille à genoux. Le même contraste se trouve dans leur style. L'une a pour muse la passion; l'autre la rhétorique. Chez l'une, la phrase est toujours l'expression d'une pensée vive; chez l'autre, la tyrannie des mots est telle, que le sens disparaît sous leurs longs replis. L'une enfin marque le point culminant de la littérature grecque : éclat et grandeur; l'autre, son dernier période et son extrême décrépitude.

Deux autres femmes de Byzance, Eudocia, femme de Théodore, et Eudocia la jeune, mariée à Constantin-Ducas, puis à Romain-Diogène en secondes noces, ont écrit, l'une, des poésies chrétiennes d'une extrême insipidité, l'autre un recueil bizarre, intitulé la Plate-Bande de Violettes. Cette plate-bande contient mille vingt-huit

sujets OU chapitres; Villoisoii les a publiés et le monde littéraire n'y a rien gagné. Les éditeurs de glossaires ont pu y glaner quelques mots du Bas-Empire, quelques fragments de coutumes oubliées; nrais le lecteur appréciera le mérite et Tutilité de Touvrage, en lisant les titres de quelques-uns de ces chapitres :

Comment Minerve a enfanté le Dragon.

Bacchus était-il androgyne ou hermaphrodite?

Homère était Égyptien. De sa mort en Arcadic, etc.

Tel était le degré de puérilité où les occupations de Tesprit étaient tombées.

Enfin, sous le règne d'Andronic, la fille de Théodore», grand logothète de Tempire, s'est occupée de poésie, de métaphysique et de philosophie. Nicéphorc Grégoras, qui a conservé ou plutôt enseveli dans son histoire, un fragment des élucubrations dlrène (elle se nommait ainsi), la compare à Platon et à Pythagore. « Son génie, dit Grégoras, versait des flots de lumière sur les questions les 'plus obscures. Son style était chaste et attique comme celui des matrones même d'Athènes. » Le lecteur qui va juger de celte chasteté et de cet atticisme, conviendra que Nicéphore a été pour son élève un critique très-indulgent, et que sans doute il s'est laissé éblouir par le titre de panhypersebaîta qu'elle portait, et qui la rendait digne d'une vénération entière et exaltée^ si du moins ce beau mot grec signifie quelque chose. La panhypei-sebasta s'adresse à son père, qui rentre chez lui pensif et affligé.

c Peut-être sera-ce à vos yeux une marque d'audace déplacée et d'inconvenance juvénile, j'oserais même dire de témérité enfantine, ô mon père, si une fille adolescente parle avec liberté à l'auteur de ses jours, si celle dont la langue est à peine déliée fixe un regard impu-

dent sur TOlympe de votre sagesse. Mais le trouble de votre physionomie, la paralysie de votre discours et la fixité de \os yeux, dénotent que le zénith de la douleur est dans votre âme ; que l'acropole de votre cœur est en proie au chagrin... » Ainsi de suite, pendant trois pages chargées de métaphores le plus longuement dévidées, le plus absurdement contournées. Si les Byzantins avaient coutume d'employer ce mode d'éloquence dans la vie privée, nous ne pouvons que plaindre leurs pères, leurs fils et leurs époux.

Quoi qu'il en soit, ces fragments, ridicules ou dénués de valeur intrinsèque et apparente, caractérisent les temps qui les ont vu naître. 11 est à regretter qu'à toutes les époques, chez tous les peuples, les femmes n'aient pas consigné leurs souvenirs ou éciit leurs Mémoires. Combien de nuances qui nous échappent eussent été saisies et éternisées par elles !

L'histoire ne s'est complétée, les annales humaines n'ont acquis leur entier développement que depuis l'émancipation (les femmes par le christianisme.

Avant l'ère chrétienne, elles n'osaient guère se montrer sur la scène et proclamer leur génie, à moins d'abandonner toute retenue, et d'avouer en même temps, comme Sapho et Aspasie, le dédain de la pudeur et l'idolâtrie des voluptés. Au lieu de jeter dans l'avenir quelques accents sublimes de déUre et d*amour, que le naufrage des siècles a dispersés et perdus, Sapho, si elle eût ôlè soumise à la civilisation moderne, nous eût donné l'histoire secrète et détaillée de cette vie passion^ née qui animait son cœur. Elle eût peint ses contempo^ rains et elle-même; et qui ne conserverait précieusement de telles révélations, si l'on pouvait les arracher » 'ibhne de l'antiquité au ii'- lop"**"^»< ^n échange

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d'un trésor semblable, toutes les scolies et tous les com> mentaires, toutes les Anihologies et les recueils d*épigrammes? Si nous- pouvions retrouver les confessions d'Aspasie ou le journal tenu par Corinne, je ne regretterais pas la perte des Oraisons sophistiques d'Isocrate.

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