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RELATIFS A LA SITUATION DES FEMMES GRECQUES

Consulter. — Fréd. de Schlégel. Essais posthumes. Ancillon. Mélanges.

Athénée. Deipnosophistes.

Plutarque, passim.

Poetse grscci minores.

Excursus de Heine (Virgile).

Maittaire. Corpus poetarum, etc

g 1er.

De la destinée des femmes dans le monde antique.

Les annales des femmes sont encore à faire. Comment s'est métamorphosée, comment a passé à travers rhistoire celte nation des femmes, cette caste héroïque, sublime et nulle tour à tour, qui n*a pas eu d'historien ? Quelle influence a-t-elle exercée, quelles influences a-lelle reçues?

Esclaves, reines, compagnes, jouets, vouées à la volupté ou aux plus rudes travaux, décidant les destinées des empires ou ne comptant pour rien dans la vie des peuples, les femmes ont eu le sort le plus varié, le plus coloré, le plus étrange, le plus capricieux. De nos jours même elles sont soumises à des lois différentes chez les différents peuples, non-seiilement du monde, mais de l'Europe. D'où viennent ces différences? Sous quel régime, dans quelle sphère de mœurs contribuent-

ellfts le plus au bonheur de Thomme et reçoivent-elles le plus de bonheur en échange? 11 y a cinquante ans, on n'aurait pas abordé cette question sans la couvrir de fleurs Doratiques ; il y a cent ans, on l'aurait sacrifiée aux considérations théologiques. Tout cela est passé. Fils d'un temps qui se renouvelle, nouveau-nés d'une civilisation qui s'essaie, cherchons un point de vue moins étroit et plus digne. On a traité les femmes avec tant de flatteries et tant de colère, qu'on a toujours négligé la grande question de leur bonheur. Qui ne se rappelle les lourdes et pédantesques phrases de M. Thomas, l'emphatique dilhyi ambe de Diderot, les riens sonores du marquis de Pezay, et les sarcasmes amers ou les galanteries frivoles de Voltaire? Ces tons ne conviennent plus ni à l'homme sensé ni à Thonune sage.

La destinée des femmes offre des nuances et des contrastes bien tranchés. L'Orient, source de civilisation, les condamne à la servitude. La Grèce, qui les délivre de cette captivité, leur impose un servage domestique. Rome les élève à une dignité plus haute et crée la matrone romaine, la mère des Gracques. Le christianisme relève encore la destinée féminine : Dieu naît au sein d'une femme, et Marie est le type éternel de la pureté, de la chasteté, do la divinité de l'ûme. Cette progression admirable était déjà l'objet des observations d'un écrivain élégant, qui vivait sous les empereurs de Rome : « Nous, dit-il, nous n'avons pas honte de conduire nos femmes dans les repas auxquels nous assistons. Nos mères de famille voient le monde ; la femme tient le premier rang dans sa maison à côté de son mari. En Grèce, au contraire, on la renferme dans un appartement mystérieux ; elle p*» ^oit me «^s plus pro-

îhes parents, elle ne s'assied jamais à la table du repas ^ »

Voilà donc une civilisation éclatante, féconde, colle ie la Grèce, qui ne fait rien pour les femmes, qui les laisse languir dans Tobscurité du ménage, qui les traite comme les premiers des esclaves! Comment expliquer se phénomène? Les philosophes et les historiens no lous l'apprennent pas, les couimentateurs encore moins. Les femmes de la Grèce ont été pour quelques écrivains iu dix-huitième siècle un sujet de recherches assez vives ; selon nous, ils les ont mal comprises. De Pauw prétend que toutes les femmes grecques étaient laides, et les injurie en lançant contre leur sexe des invectives de mauvais ton ; comme si les femmes qui ont offert le type de la Vénus de Milo (plus délicate et plus belle que la Vénus la plus célèbre) pouvaient avoir été laides, Ânacharsis, en recueillant çà et là des fragments d'auteurs anciens, ne s'est fait aucune idée des variations que le sort des femmes a subies dans la Grèce antique; d'autres écrivains ont cherché dans les o'uvres de la décadence des passages faits pour éveiller la sensualité de leurs contemporains, pour plaire ù leurs goûts débauchés, pour flatter leurs mauvais penchants. Sous le Directoire, quand on essayait un retour absurde vers la nudité grecque, vers le culte de la forme, vers le matérialisme voluptueux de la Grèce, on achetait comme dos chefs-d'œuvre ces tristes ouvrages, dont nous ne citerons pas même les noms, et qui étaient aux mœurs qu'ils prétendaient retracer ce que la courtisane est à Ninon ou Aspasie.

Personne n'a complètement reproduit ce beau dévc-

* Cornélius iVcpM, préface.

loppement de la Grèce. Un fragment se retrouve ici et là, puis ailleurs ; la Grèce elle-même, je ne la vois décrite et appréciée nulle part ; si intellectuelle, si sensuelle, si lâche et si grande, si faible et si forte, si vertueuse et si vicieuse : Tidolâtrie de la forme, la beauté en vénération, la volupté reine, le plaisir tyran, et la subtilité, àcôtédu stoïcisme etdes plus sublimes théories. Qui a montré les Hétaïres autour deSocrate, et Vénus sans voiles devant Platon? Il s'est fait en Grèce un développement plus oriental qu'on ne pense. L*abbé Barthélémy, écrivain pur, homme de goût, a rabaissé toutes les formes et modifié toutes les teintes au niveau de son siècle; il vivait dans une civilisation enivrée d'ellemême.

La femme grecque des temps héroïques.

Souvenez-vous encore de moi, lorsque vi^idra ebet vous, après un pénible voyage, quelque mortel, queloue étranger; et s'il vous dit : Jeunes filles, quel est ici le plus aimable chanteur... celui qui sait le mieux voua charmer; répondez avec bonté: -> C'est l'aveugle de Chio,, de l'ile aux rochers <.

Hymnk à Apollon (conservée par Thucydide),

t. Itf, c. 104.

Je cherche la femme grecque dont Cornélius Népos vient de parler, la femme devenue instrument de ménage et bannie de la société des hommes comme du domaine inlellecluel; mais si j'ouvre Homère et Eschyle, quel est mon étonnement ! Là elle est reine, elle jouit de toutes ses facultés, elle se rapproche, par la grandeur du carac-

DES Hétaïres grecques. ig5

tèpe, des femmes héroïques de Tancienne Germanie. Ce n'est pas ainsi que Xénophon, Aristophane, Démosthënes dépeignent les malheureuses victimes dont ils n'estiment que le silence, la cuisine et la propreté. Dos institotions puissantes n'avaient pas encore altéré le caractère nature] de la femme, ne l'avaient pas encore asservie et dépravée. Sparte jfuerriôre et Athènes démocratique n'existaient pas.

Veuillez ne pas trop redouter ce vieil Homère, que des souvenii*s de collège ont si cruellement nmlilé dans notre imagination; veuillez le regarder comme un "Walter Scott d'aulrefois, comme un grand conteur des temps écoulés; il vous apprendra mille choses que vous ignoreriez toujours sans lui, et que, malgré lui, les commentateurs ont ignorées. Ji» ne vous permets qu'un seul commentaire. Placez prés de vous les gravures au trait de l'Anglais Flaxman : c'est un merveilleux interprétateur que Flaxman. Fntrez avec ces deux hommes dans le monde héroïque : vous verrez quelle grandeur avait cette époque des héros aux belles bottes et aux fuseaux chargés de laine violette.

Pour les âges héroïques de l'extrême Orient, il ne nous reste que la Bible et lesYédas; pour les âges héroïques de la Grèce, nous n'avons que le bon Homère. Si vous voulez connaître la vie privée des femmes pélasgiques, suivez-moi ; nous consulterons cet excellent raconteur des vieux jours, en le dégageant du brouillard vaporeux et prétentieux que les scholiastes ont jeté sur lui.

Que la femme héroïque nous apparaît belle chez Homère ! quelle liberté d'action ! quelle spontanéité de vie! Gomme dans ses crimes mêmes elle est majestueuse

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