‹ L'antiquitéChapitre 25 sur 46 · DE CICÉRO* ET DE S0>* CARACTÈRE · texte numérisé non relu

DE CICÉRO* ET DE S0>* CARACTÈRE

d'homme de lettres, dans les circonstances les plus graTes. Encore une fois, je ne voudrais point passer pour le détracteur du roi de Téloquence. Que Cicéron reste entouré de sa gloire bien méritée ! je ne vois pas ce que je gagnerais ou ce que le monde pourrait y gagner, quand je démontrerais d'une manière irréfragable, que Cicéron était sans (aient comme sans vertu.

Qu'on me permette donc d'écarter le nuage d'encens et les voiles sacrés dont la vieille image cicéronienne s'enveloppe, et de chercher l'homme réel sous ces bandelettes et ces vapeurs ; il est curieux de voir comment le talent de l'écrivain a reçu l'influence des événements publics, et quelle force de résistance le génie de l'orateur a su opposer aux chocs de la fortune ; il est utile de faire marcher de front cette double appréciation de l'artiste et de l'homme d'Etat, de l'homme privé et de l'homme public ; de demander à ses qualités le commentaire de ses faiblesses, et à ses faiblesses le corollaire de ses vertus. Quiconque préfère la force de TAme à la beauté du talent, se montrera sévère pour lui; on l'aimera tendrement, on lui pardonnera ses fautes si l'on fait peu de cas des vertus rigides et que l'on aime les demi-vertus, les grâces sociales, les affections de la vie privée : affections douces, peu profondes, quelquefois mêlées d'égoïsme.

Cicéron marque très-bien le passage et l'infusion de la civilisation grecque dans la civilisation romaine. On le voit affable, civil comme un véritable Athénien, trop facile de caractère, sensible à la mort d'un esclave plus qu'il ne convient à un descendant de Romulus; il l'avoue lui-môme : Meherculè sum conturbalior. Puer festivus, anagnosies noster^ Sositheus decessii ; meque plus quant servi mors debere videtur, commovit, — « Je suis trop

agité, de par Hercule ! Sosilheus est mort, un aimable enfant qui me servait de lecteur; cela m'a fait plus de peine que la perte d'un esclave ne devrait en causer. » (Lettre XVII, t. 1.) Ces sentiments sont pleins de charme et de bonhomie; ce n'est déjà plus la vieille Rome. S'agit-il de se décider et nécessairement de se compromettre un peu ? Cette sensibilité se tourne en faiblesse. Clodius est convaincu d'avoir attenté à toutes les lois; le sénat va juger le coupable qui s'environne de satellites et debandils. Tout en confessant que la religion, l'État, le salut des honnêtes gens, la justice, l'honneur exigent une haute fermeté, un châtiment exemplaire infligé au criminel, Cicéron se laisse fléchir; il n'a pas la force de condamner cet homme puissant : Nosmetipsi, dit-il, qui Lycurgei a principio fuissemus, quotidie demitigamur : instat et urget Cato. — « Moimême, qui, dans le principe, voulais être un petit Lycurgue, jo deviens plus traitabic chaque jour. C'est Caton qui presse l'affaire et qui tient ferme. » (Lettre XYin, t. \.)

Ces observations qui n'enlèvent rien au mérite, aux qualités de Cicéron, nous mettent sur la trace de spn vrai caractère. On apprend à ne pas lui demander une fermeté dont il est incapable. Cette mollesse a d'autres résultats plus dangereux; elle conduit à une dissimulation féminine et craintive, à une défiance, souvent injuste. Cicéron ne savait ni se fiera ses amis, ni se défier de ses ennemis. En voici une preuve frappante : il avait embrassé le parti de Pompée ; dans son discours Pro lege Maniliâ, il venait de le couvrir d'éloges; il avait épuisé on son honneur les formules de l'éloquence, les ressources du panégyrique. Pompée, en retour, lui avait

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