DE CICÉRO>' ET DE SON CARACTÈRE
accordé beaucoup de caresses, d'égards, de louanges et de marques d'altachement ; mais comme les exigences politiques de Cicéron étaient grandes, et que sans doute le clief de parti ne se fiait pas aveuglément à ce caractère, l'orateur voyait dans cette résistance un outrage au premier chef; aussi, sans rien changer à son intimité apparente avec Pompée, écrivail-il à Atlicus : « Nos ut oslendit^ admodum diligit, amplectitiir, ainat, apertè laudat; occulté, sed ita ut perspicmim slt, invidet : nlhil corne, nihil simpleXj nihil èv rot; izoIltUol; honesiuvi, nlhil il- ImtrCynïkil liberum, — « Pompée, dit-il, fait semblant de m*aimer beaucoup, de m'embrasser, de me cliérir, de me louer ouvertement. Il est aisé de voir qu'il est envieux de moi, dans le fond. Rien de noble, de simple, de franc, d'honnête en politique, de libre et de généreux chez lui. » (Lettre XVIII, t. i.) Pourquoi Cicéron jiige-t-il si mal en secret l'homme qu'il flatte démesurément en public ; pourquoi suppose-l-il que Pompée, chargé de couronnes triomphales, enivré de faveur populaire, est jaloux de lui? C'est un sentiment de sophiste et de rhéteur que celui-là : presque tous ceux qui se plaignent de l'envie qu'ils excitent sont malades d'amour-propre et d'envie. Un homme d'une autre trempe n'eût pas condamné si légèrement Pompée ou ne fût pas resté son ami; chez Cicéron ce double langage vient de faiblesse, d'incertitude el de crainte; à tout moment, il est prêt ù dénigrer ceux qu'il vient de porter aux nues; Caïus Pison, par exemple, que, dans son discours pour Plancius, il traite de héros ot de citoyen illustre, honnête, admirable; mais que dans sa I.oltre XVIIP, t. d, écrite î\ la même époque, il appelle houmie pervers et couvre de ridicule : « Pacl/icator Allobrogum, homo pevversus. »
Un détracteur deCicéron aurait trop beau jeu, ses Lettres à la main. IU'accuserait de duplicité, de bassesse et de cupidité. En écartant toutes les considérations sur lai^ quelles nous venons de nous arrêter, en oubliant la situation pénible de l'orateur, ses engagements, ses liaisons, son esprit philosophique, ses habitudes du barreau, il serait trop facile de multiplier les preuves apparentes qui le présenteraient comme le plus faux et le moins habile des hommes.
a Voyez, dirait cet accusateur acharné, à quoi la faiblesse et l'ambition de Cicéron le conduisent sans cesse. Tout ce que sa conscience condamne, il le fait. Ce Pompée, qu'il n'aime et n'estime pas lui ordonne de défendre Vatinius; aucun citoyen de Rome n'était plus détesté ni plus avili que Vatinius ; le peuple le montrait au doigt. Un jour qu'en sa qualité de magistrat il avait fait défense de jeter des pommes dans le cirque, on alla consulter un jurisconsulte pour savoir si les pommes de pirif projectile plus dur et plus dangereux que la pomme du pommier, étaient comprises dans les termes de Tédit. Le jurisconsulte n'hésita point à répondre, que si ces pommes de pin étaient destinées à Vatinius, Tédit le permettait. Cicéron partageait l'opinion générale sur cet homme. Dans sa Cil® Lettre, écrite en l'an de Rome 697, il dit : « J'ai écrasé Vatinius, et les hommes et les dieux m'ont applaudi. — Vatlnium concidimus, hominibus Deisque j)l(mientihus: y^Deux ans après, le défenseur de Vatinius, c'est Cicéron. Il prend la parole pour celui qu'il exècre et méprise, pour cet homme taré que la populace et les grands poursuivent de leur haine ! — « J'ai ce soir une cause à plaider, dit-il dans sa Lettre CXIV'' : celle de Vatinius. — Post meridiem^ Vatinium sumdefensurus! »