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nistration; Cicéron n'a pas d'égal, comme profe&semr de vertu civile ; eà faconde élégante, sa diction féconde et suave déjfTouillent la moralité de toute rudesse.
Eji vérité, quand on y regarde de près, on trouve chez lui Fétoffc d'un grand écrivain, bien plutôt que celle d'un homme d'État. Son stvle même se ressent de cette douceur d'âme. Il lui faut des sujets qu'il puisse orner et broder de fleurs M&poypafffîï(TOM^ comme il le dit lui-même. Cicéron est à moitié Grec; il préfère aux teintes du vieux Latium les couleurs asiatiques ; son style est encore imbu de saveurs ioniennes. Chacune de ses épîtres se trouve semée de souvenirs attiques. Il emprunte une fleur à Homère, et une guirlande à Euripide. Il se console avec une sentence du philosophe grec ; il s'excite au courage et à la gloire en répétant un demi* vers de Pindare. On voit que les images et les souvenirs de l'Hellénie poétique flottent à la surface de cet esprit gracieux, vaste et mobile. La Vertu et la Renommée lui semblent belles, surtout parce qu'elles ont dicté de beaux vers et fait sculpter de belles statues. 11 les vénère comme les inspiratrices des arts et les guides aimables de la vie. Il ne pardonne pas à Caton sa dureté rébarbative et sa moralité antilittéraire ; cependant il a du respect pour cette barbe hérissée du sénateur inflexible, pour ce personnage dramatique dont la rudesse mal peignée produit un effet pittoresque. La prédilection de Marcus Tullius Cicero pour tout ce qui est sonore, éclatant ou poli, embrasse à la fois le bien-être et le beau moral, les arts et la république. Quand cette vertu fondée sur une exaltation d'artiste, se trouve face à face avec la destinée, la guerre civile, le froissement des partis, l'urgence des événements et les vices humains, que devient-elle? Elle n'a pas assez de vigueur pour
DE aCERON ET DE SON CAMGTÈRE. 231
ètreindre corps à corps la cruelle nécessité des temps ; elle faiblit et tremble, elle exhale son ennui en satires, en lamentations vaines, et elle court philosopher à Tuseulum.
Lorsque Je premier triumvirat se forme, Cicéron se voit joué ; le sénat succombe ; la république est perdue, et ses amis ne Tout pas même admis au partage du pouvoir; il se retire dans la solitude d'Antium ; là, personne ne parle politique, on n'y sait pas môme les noms des grands hommes à la mode; on accueille Cicéron comme un bourgeois opulent, non comme un diplomate. Il se repose et jouit de ce calme parfait, dont il profite pour se venger innocemment de ses ennemis, et pour écrire contre eux des anecdotes satiriques à la façon de Théopompe (Lett. XXXII, t. 1). Le voici revenu à son métier d'auteur; il songe à ses inimitiés, il les chérit, il les couve, il prend plaisir à cela, c'est un excellent sujet pour écrire. {Nihil alivd quam odisse,,. ctim aligna scribendi vobiptale). 11 ne veut, dit-il, accepter aucune place, aucun emploi dans le gouvernement de l'État ; cependant le titre d'augure est-il donné? A qui appartient-il? Il s'informe de tout avec soin, et ne désire rien tant que de voir la division se mettre parmi les triumvirs, les tyrans, les rois superbes, les dynastes, comme il les nomme, ceux-mêmes dont il conserve et cultive l'amitié, dont il s'occupe à écrire l'histoire secrète et scandaleuse, et qui ne seraient pas tout à fait odieux et ridicules, s'ils réservaient à Cicéron la robe sacrée et le^fiî/tft/5 augurai.
Cependant comme on ne pense point à lui, il s'endort et se félicite de son indifférence pour les affaires publiques; l'orage grossit en secret; alors il s'éveille et revient à Rome pour soi^"**»' ^'^'^ 'nt<iré*« : î| vnit qv^'* '^f^'^oi
quels dangors menacenl sa [vie et sa fortune. Clodius triomphe; Cicéron, selon sa coutume, ne sait pas se décider; il louvoie, n approuve ni ne désapprouve et gagne du temps. (Neque approbo, neque improbo.,. utor via). Aussi se déplait-il à lui-même [Mihi discipli^eo); il sent la mollesse et la faiblesse de celte conduite ; il regrette que son ami Atticus ne soit pas là pour le diriger ; il écrit timidement {hœc scripsi timide) ; sa dernière ressource est de se placer sous l'égide de Pompée qui a tant de peine à défendre sa vieille popularité chancelante.
Cette conduite manque d'énergie autant que d'habileté.
C'était ce que lui disaient sans cesse Atticus et Quintus son frère. Il leur répond d'une manière assez embarrassée, comme à des gens dont on vient de recevoir des reproches fondés : « Vous m'écrivez des choses plus fortes que je ne voulais, dit-il à son frère. » En effet, Quintus lui avait rappelé ce vers d'Eschyle : « Mieux vaut mourir une fois que de trembler chaque jour » (arjct'C Oavstv). Il lui avait dit encore qu'il fallait diriger son vaisseau dans la bonne voie (o^Oàv tâv vaûv) et ne pas s'inquiéter du reste. Je serais de l'avis du frère Quinlus : la méticuleuse prudence et la temporisation perpétuelle de l'orateur ne l'empêchèrent pas de succomber. Jusqu'au moment de son injuste condamnation, il s'aveugle et se flatte. Pompée l'aime, dit-il ; tout le monde rend hommage à Cicéron ; il y a foule chez lui ; sa maison est fréquentée et honorée. Le voilà redevenu puissant ; les bons citoyens lui montrent du zèle et de l'amitié. A peine trois mois s'écoulent ; Cicéron est chassé de Rome.
L'exil, c'est encore là une grande épreuve de caractère; Cicéron l'a-t-il soutenue convenablement? il est permis d'en douter.