‹ L'antiquitéChapitre 33 sur 46 · UN FRAGMENT DE LA YIE DE VIRGILE · texte numérisé non relu

UN FRAGMENT DE LA YIE DE VIRGILE

anciens, et cité par les vieux commentateurs, n'appartient pas au chantre du pieux et perfide Énéc. La preuve de l'authenticité du fragment me semble écrite dans tous les vers. Vous y retrouvez la plupart des formes de phraséologie que Virgile aimait et reproduisait.

Sont capœ, calyces, cyathi, etc.

Vous y reconnaissez ces douces assonances dont nul poète romain ne fait un usage aussi heureux :

Sertaque purpureft lutea mista rosâ.

Enfin le caractère même de Virgile, ce mélange de paresse et de délicatesse qui le distinguait, est, pour ainsi dire inspiré vivement dans chacun de ces distiques ingénieux et précis, que nul autre des poètes romains dont nous possédons les œuvres, n'eût été capable d'écrire.

Le tableau bien que de petite dimension est complet. Vous voyez l'hôtesse syrienne, séduisante sous son costume africain, et la tôle ornée du diadème grec, blanc comme la neige, enrichi de perles, qui relève encore l'éclat de ses cheveux noirs. Sa mère n'avait-elle pas fait partie de la suite de Cléopâtre, et transmis à sa fille la science de volupté, recueillie à l'école de la reine d'Egypte ! La Syrienne dansait le fandango de l'époque ; et lorsqu'elle faisait retentir sous ses doigts légers les castagnettes d'ébéne, elle attirait dans sa taverne ou popina des bords du Tibre, ce que Rome avait de jeunes voluptueux et de sybarites élégants. Je voudrais savoir quels événements amenèrent à Rome l'hôtesse de Virgile, soit qu'un centurion amoureux, imitant l'exemple d'Antoine, eût déposé son épée aux pieds d'une fille de

l'Afrique, soit que l'esclavage Teût transplantée des rives du Nil aux rives du Tibre. J'aime à entrer dans sa taverne, située loin du forum et des comices! C'est une petite maison carrée, à laquelle une statue de Silène sert d'enseigne. Traversez Tatriura ; vous arrivez au petit jardin recouvert d'une treille. Virgile est étendu là, sur le gazon épais, au milieu des fleurs semées dans un parterre irrégulier, parmi les concombres mûrs, les outres pleines et vides, les amphores et les coupes jetées pêle-mêle sur la pelouse. Ces deux jeunes gens couronnes de violettes et de roses, ce sont Yarius et Plotius, ses amis. Horace est absent ; il fait sa cour à rempereur Auguste.

Vous entrevoyez une statue de Bacchus, lâ-bas, dans cet enfoncement de la galerie qui entoure le gazon; à l'extrémité opposée, un dieu des jardins, que les regards les plus modestes peuvent contempler, en dépit de sa réputation méritée.

Pour animer la scène, les sons d'une flûte de Pan sortent du sein de cette grotte éloignée, d'où vous voyez sourdre un petit ruisseau qui se perd dans le gazon.

Là est caché un jeune musicien grec, dont les accents lointains guident et soutiennent la danse de la Syrienne, non les mouvements peu accentués que les grâces décentes ont adoptés, mais, comme le dit Virgile, l'élan de la bacchante,

Ebria fumosâ saltat lasciva tabernâ.

ces bonds rapides pleins d'abandon, de poésie et d'ivresse amoureuse.

Voici venir un nouvel hôte : c'est une caricature antique, et les jeunes gens poussent des éclats de rire à son aspect. Le poète nous à conservé son nom: il s'ap-

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