‹ L'antiquitéChapitre 43 sur 46 · VA · texte numérisé non relu

VA

Formosiis,

Hermoso,

Folium,

Hoja.

Filius,

Hijo,

Germaniis,

ÏJermano.

Facere,

Uacer,

Ilabcro,

Uaher.

Nul doute que l'espagnol ne doive être rangé dans la famille de nos langues latines ; mais il lui faut donner une place à part : c'est l'anneau qui relie, en s'en distinguant, les langues latines aux langues gothiques.

Parmi les familles de langues gothiques et germaines, l'anglais se rapproche plus de la souche latine que l'allemand moderne. L'anglais a cela de particulier, qu'il permet à ses poètes l'inversion, sans s'astreindre à notre

* Voy. Flores, Espana Sagrada, XI, 275. — Velasquez, Origen de la poesia Cnxtellana.

* Pro Archia. ch. x.

lalyse sévère, et sans adopter non plus la licence synixique des Allemands. Lisez ce début du poème de Milm:

Of man's Urst disobediencc and tlic fruit Of that forbidden tree, whose mort al tastc Brought death into the world ancl ail our woo, y^ith loss of Eden, tiU one gréa ter man Restore us and regain the blissful seat, Sing, heavenly muse ^

La syntaxe est ici toute latine, et William Dobson, rOxford, qui a essayé de rendre ce poôme en vers lains, sinon très-élégants, du moins très-fidèles, a été Tune très-grande exactitude :

Primam hominis noxam vetilâquc ex arbore fœtus Avulsos, morsu quro degustata nefando fiumanse genti mortem et genus omne malorum

Intulil

Diva, canas *

Une propriété spéciale de la langue anglaise, c'est ravoir deux glossaires ; Tun, des mots nécessaires pour a vie pratique, et ce sont les plus vieux; l'autre, des ermes métaphysiques, qui révèlent une civilisation plus ivancée et qui sont empruntés au latin, au français et m normand. Les divers mouvements du corps, to sU, to ie, ruriy xvalky creep, crawl; la variété des sons, buzz, iashyhiss, et tous ceux qui peignent et colorent vivement |uelque sensation, quelque bruit, sont anglo-saxons ou rolhiques. Ces mots qu'affectionnent les écrivains naïfs m originaux, Goldsinith, Swift, De Foë, semblent attri-

* Paradisc lest, v. 1.

- Paradisus amissus. Oxon., 1750.

406 I/ilNTIQUITÉ.

bués au service du génie primitif de ]a race. Certains mots latins que les savants ont tenté de faire entrer dans leur langue, n'ont pu y prendre racine; Thomas Brown et Burton n'ont pas réussi à doter leur pays de clacularly (de clanculîim), ni de immorigerate, intenerate et autres. Souvent aussi l'anglais possède pour une même chose deux expressions : par exemple, flower (latin : flos, Boris); bloom (islandais, bloma), d'où bloaming et florid. Ainsi l'anglais jouit d'un double avantage : l'élégance et la délicatesse du latin lui donne la couleur et la grâce; il emprunte du germain ou du gothique la vigueur et, pour ainsi dire, la charpente de la phrase, les assises solides et puissantes du langage. En Angleterre, le glossaire latin est celui des hommes du monde; ridiome teutonique, celui du peuple et de la campagne. Ce n'est point sans raison qu'au quatorzième siècle, un poète anglais assez distingué, Robert Mannyng, surnommé Robert de Brunne, du prieuré deBrunne, «résolut,» dit-il, (l'écrire son poëme* :

« Not for the lerid * but Ihe lewed » *.

dans le langage de la. campagne, et déclara qu'il s'était servi d'un idiome fait pour charmer* le peuple et non po* les savants. Caxlon*, célèbre imprimeur anglais, en doime une nouvelle preuve lorsque, en 1481 , traduisant du hollandais le roman du Renard, il dit :

a In this rude and symple englyscb. >

* R. de Drynning's chroniclc,

* I.eamcd.

'• Low.

4 Caxlon, — Uhtorije ofReijuaH the fo.re.

Les origines de la langue anglaise se trouvent donc ns les sources anglo-saxonnes ; et il est très-curieux ! reconnaître l'identité presque complète de l'angloxon, du frisoft, du néo-hollandais et du vieil hollan-

j; de même la langue des Francs, ou langue théotisle, est la mère vénérable de l'allemand moderne, ilgré le progrès et la décadence de presque toutes

langues européennes, .les Italiens parlent encore la- 1, comme les Danois parlent Scandinave, les Anglais, ^landais et vieux saxon, les Allemands, la langue mque.

Lisez le vieux « roman du Renard^ », écrit par Van kmer, dans le vieux langage de l'Allemagne du Nord, i plutôt traduit par lui ; il semble qu'on lise de Fanais d'aujourd'hui.

Je n'en veux de preuve que quatre vers :

•c. alL du Nordi — He sprak to deme wulve also iôrd*

glaiSy — He spoke to the wolf so forth*

tin^ — Hic locutus est ad» . * vulpem sic extra.

/. du Ni, — Hère Isegrim, et is ein oldsprœchen word; \glaisi — Sir Isegrim, it is one oldspoken word. im, — Hère Isegrim, id est unun oliradictum verbumi

/. du N.y — Des fiyendes munde schaffet selden frôm. \glaisy — The liend's mouth shapes seldom fruit. tin, — . . i bostis os affert raro fructum.

Des vingt mots contenus dans ces quatre petits vers, is un qui s'éloigne de l'anglais moderne; Mais ce qu'il ut remarquer avant tout, c'est l'analogie du latin et du uton :

He, Hic.

Wulve, Vulpis.

* Reineck-Fuchs.

Also, so,

Sic.

Hère,

llcrus.

It,

Id.

Ein,

l'num.

Old,

Olim.

Word,

Verburn.

Frora,

Fructus.

Il y a donc un degré de parenté antique entre les ra teutoniques et latines.

I/anglais et le dialecte delà vieille Allemagne du Ni sont à peu près la même chose, ai-je dit : j*ai à prou maintenant que le vieux saxon et le saxon s'accord avec l'anglais moderne. Voici des vers d'un poëte sa: du dixième siècle*, et qui le prouveront :

Vieux Saxon, Than sat im tlie landes liirdi.

Anglo-Saxon, Thœnne sœt liim se landes hirde. Anglais, Then seated himself the land's sire.

Latin. Tune sedebat se telluris herus.

Vieux Saxon, Geginnuuard' for thcm gumun.

Anglo-Saxon, Ongeanward for tham guman.

Anglais, Onward before the men.

ÏMlin, Eregione coram hominibus.

Vieux Saxon, Godes egau barn.

Anglo-Saxon, Godes agan barn.

Anglais, God's own bairn [écossais],

latin, Dei proprius puer.

Vieux Saxon, Uueld mid is spracum.

Anglo-Saxon, Wolda mid his sprsechum.

Anglais, Would with liis speeche?.

Latin, Voluit cùm suis serinonibus.

' Heliand (wlio heals] Salvalor.

Vieux Saxon, Spahauord maiiag. .

Anglo-Saxon, Spaha word manag.

Anglais, Sapient words many.

Latin, Sapientia verba multa.

Vieux Saxon, Lerean thea liudi.

Anglo-Saxon, Laran thene leode.

Anglais, Lcarn tliat people.

Latin, Docere istum populum.

Vieux Saxon, Huo sie lôf gode.

Anglo-Saxon, Hu tlia lofe gode.

Anglais, How they praise god.

iMtin, Quomodo isli laudcm deo.

Vieux Saxon, An thessum werold rikea.

Anglo-Saxon, On tbissuin weorold rice.

Anglais In tbis world realm (royaume, reich).

iMtin, In isto or bis regno.

Vieux Saxon, Uuirkean scoldini.

Anglo-Saxon, Weorcian sceoldan.

Anglais, Work sbould.

Latin, Operare debeant.

C'est une remarque à faire que beaucoup de mots lalins ont ici encore une affinité avec les mots teutons :

Than, tum. Lof, laus.

Rikea, regnum. Hirdi, herus.

Spabauord, sapiens verbum. Sat, sedere.

Tbesini, istud. Uuelda, volunt.

Fore, corum. Barn, puer.

J'ai dit que la langue francique ne s'éloignait pas beaucoup du vieux saxon, de l'anglo-saxon et de l'anglais moderne, je dois en donner la preuve. Choisissons quelques vers d'un poème écrit, au dixième siècle, en langue francique, sur Louis lil, roi de la France de l'Ouest

410 L'AlSTIQUiTÉ.

(Franskisga Zungun), et coraparons-les aux mots corre pondants hollandais et anglais.

Francique, Sang uuas gcsungen.

Hollandais, De sang was gezongen.

Anglais, Tlie song was . . sung.

iMtin, Cantilena . . . cantabatur.

Francique^ Sti'ig uuas higunun.

Hollandais, De stryd was begonnen.

Anglais, The strife was begun.

Latin, Prselium . . . inchoabatur.

Francique, Bluot skein in uuangen.

Hollandais, Het bloed scheen op de wangen.

Anglais, Blood shone on the cheeks.

Latin, Cruor micabat suprâ gênas.

Francique, Spilondunder Vrankon.

Hollandais, Der speelende Franken.

Anglais, Of the sporting Franks.

Latin, Ludentium Francorum.

Francique, Thar fraht thegono gelih.

Hollandais. Dàdiie y o^i der elden geen.

Anglais, There fought none of the heroes.

iMtin, Hic pugnavit nuilus heros^

Francique, Nich ein so, so Hluduwig* Hollandais, Gelyk als Lodewyk.

Anglais, Notone so, as Ludwig.

Latin, NuUus sic ac Ludovicus;

Francique, Snel indi kuoni.

HollandaiSi Snell ende koen.

Anglais, Swift and keen.

Latin, Gnavus et acris.

Francique, Thans uuas imû gekunnï.

Hollandais, Dat was heem aangebooren.

Anglais, That was in born.

Latin, IIoc erat in- genitum.

LANGUES TEUTONIQUES ET LATINES. 4il

7ique, Suman thuruch-slag her.

ndaisy Soramingen doorstack hy.

lis, Some throiigh-struck he.

y Âlios trans-l'odit hic.

ciqiie, Her skancta cehanton.

indais, Ily skonk dans.

lisy He fillel then.

\f Hic propinavit hune.

ciquey Sunan iianton

indaisy Zynen \yanden.

aisy To his fiends.

r, Suis hostibus.

cique, Bitteres liedes.

vidaiSf Bittere dranken.

aiSy Bitter drinks.

I, Amaros potns.

andais^ Zo werken zy uit het leben.

aisy So worked they out their liv^s.

•}, Sic dedere illi extra suas vitas.

Uuangon

gêna.

Thuruch

trans.

Hir

hic.

Sunan

sui.

So

sic.

Gekunni

genu«.

Hio

hi.

Snel

gnavus

ent des racines analogues. Nous devons donc recon- ^re l'affinité réciproque des idiomes teutoniques, leur enté aussi étroite que celle des dialectes latins entre ; et n'admettre que deux familles de langues. Leur )rce remonte à une antiqurté trés-reculée, à l'époque Tie ou les deux branches sortirent du sein de la more

commune, c'est-à-dire avant que celle-ci fût arrivée ellemême à la perfection des langues complètes et achevées. Aucune des deux ne nous offre ces mots mal fails, ces agglomérations embarrassées qui trahissent les idiomes barbares. Les plus antiques dialectes doivent être ceux qui, totalement dénués de termes métaphysiques, ont néanmoins un grand nombre de mots composés; par exemple l'islandais ou le Scandinave, langue que le savant Grimm * regarde comme la mère de tous les dialectes septentrionaux : a L'idiome germain, dit-il, est plus moderne et moins riche. La véritable source de toutes les langues teufoniques est l'islandais. » Cette source si ancienne des langues teutoniques a des allures particulières et se soumet à des lois philologiques qui sembleraient la rattacher aux langues orientales. Maintenant encore, dans l'islandais et dans le danois, on ne fait pas précéder le substantif d'un article, on y ajoute une particule, en manière d'appendice :

Latin,

Homo,

. . . Homo.

Français,

Homme,

L'homme.

Danois,

Mand,

Mand-eit.

Allemand.

Mensch,

Der mensch.

Anglais,

M an,

The man.

VA de même :

Latin,

Rex,

. . . Rex.

Français,

Roi,

Le roi.

Islandais,

Konung,

Koning-mn.

Anglo-Saxon,

Cyning,

Se-cyning. .

Anglais,

King,

The king.

Les Scandinaves ne disent pas : a je suis aiméii comme

' Grimm. Deutsche Grammatik, II, 32.

tous les Teutons (/ am beloved) (Ich bin geliebt) mais, îomme les Latins, amor :

, , , . ( Ek Elska, amo, mandats \ m w

I EElskt, amor ;

on parle encore ainsi chez les Danois et chez les Islandais.

Le gothique, tel qu'on le retrouve dans Ulphilas, présente une forme plus savante et plus belle, une syntaxe plus travaillée et plus riche, une plus grande variété de particules, une fécondité plus complète de désinences. C'est la source du vieux saxon et de l'anglo-saxon, qui à leur tour ont donné naissance au hollandais et à Tanglais.

Les Anglais, je l'ai dit, sont déjà fort loin de leur premier idiome; les Latins et les Normands, qui les ont civilisés et instruits, leur ont donné les termes métaphysiques. Les Anglo-Saxons, les vieux Frisons, et même les Hollandais d'aujourd'hui ont un grand nombre de mots composés à l'antique, vifs du reste, pleins de force et d'énergie. Ainsi les Anglo-Saxons ne disaient pas navigation^ mais scip-crœft (anglais moderne, ship-crafï)y c'est-à-dire science du vaisseau, naviscientia; et beaucoup d'autres semblables qu'on a perdus ou fait disparaître. Dans l'anglais moderne, il reste bien quelques-uns de ces mots composits, mais ils sont fort rares ; par exemple highhearted, magnanime; thunder-storm, thundercloîul (tempête de tonnerre, nuage de tonnerre) : le peuple parle encore ainsi. Les Hollandais qui aiment et conservent les vieilles coutumes n'ont presque rien aban-

41 i I/ANTIOIIITK.

donné des liabitudes des langues gothiques : vous en tendrez tous les jours dire :

Zwaar-moedig'heUl (gravis-cordis-status) ; Dwinge-land (gravamcn-telluris) ; Schijn-heilig-heid (fornia-sanctilatis) ; Boven^nutuur'kimde [super-DaLiurinm-sdentia),

Je dois dire aussi que ces mêmes Hollandais, si fidèles aux antiques origines de la langue gothique-islandaise, professaient récemment une aversion profonde pour les langues latines, et particulièrement pour la nôtre.

Dans ces dernières années, un poète hollandais nous a foudroyés de son indignation bruyante et a voulu porter un coup fatal et mortel à la langue française. Bilderdyk, c'est son nom, nous proclame des sauvages dignes tout au plus de vivre au milieu des hurlements des loups et des ricanements des singes : il déclare que le vrai grammairien de notre langue est Satan.

« Arrière ! s'écrie Bilderdyk, arrière ! langue d'infâmes et de prostitués? Arrière ces sifflements qui nous tintent dans les narines, ces rauques hurlements de loups et ces rugissements de hyènes! Arrière! exécrable jargon de la France, — que dis-je!... de Satan! — Satan avait résolu, ce singe! de s'emparer de Tunivers entier en le trompant par la pantomime, et il se servit de la langue fran< caise^ »

* Maar weg met u, o spraak van bastard klanken, Waaren hijecn en valsche scliakals janken»

Y( rlooclinares vaii afkomst en geslacht, Gevormd voor spot die met de waarheid lacht ! Wier staamiarij bij eeuwig 'woordverbreken In 't neiisgehuil zich-zeli' niel uildurf spreekeii : Verfoeilijk Franscli! Allen den duivel waard Die metuw aapgegrijns zich meester maakt van de aard!

BiLDKioTK, Batavia,

' Fretich poetry, monotony in wire. . .

Don Juan, chant III.

De notre côté nous n'avons pas moins d'antipathie pour la langue des Anglais; et, à leur tour, ils trouvent peu de charme aux sons de notre poésie française ; ils goûtent peu la finesse et la fécondité de nos expressions. Byron' fait de notre poésie « le grincement désagréable d'un fil de fer».

Cette réciprocité d'injures et d'amertumes, quand on veut y prêter quelque attention, peut convaincre de l'opposition incontestable et de Tantipathie profonde des langues teutoniques et des langues néo-latines entre elles; ni le cours des âges, ni le mélange des races ne les ont effacées. Aujourd'hui encore le Français qui voudrait en parlant employer des locutions d'outre-Rhin siérait un personnage ridicule, arriéré, un «ludesque », c'est-à-dire un demi-païen, un barbare.

J'ai examiné les deux familles de langues teutoniques, le Scandinave et le gothique. Le vieux saxon, parlé par les anciens Frisons s'est conservé chez les Hollandais et les Belges; les Anglo-Saxons ont jeté les fondements de l'anglais. Ce vieux saxon est parlé aujourd'hui, non pas par les habitants de la Saxe, mais par ceux qui vivent entre l'Elbe et le Weser, dans la Westphalie et sur les bords du Rhin; par les paysans et les villageois jusqu'à Cologne. Divers dialectes de la même langue sont en vigueur dans les montagnes de la Suisse, dans les plaines de la Belgique et de l'Ecosse. On en trouve des traces nombreuses dans Robert Burns, dans Allari Ramsay* et Walter Scott. L'écossais s'éloigne beaucoup de l'anglais moderne et affectionne des mots que celui-ci ne possède pas, comme gloaming^ qui ex{)rime l'aspect du ciel rougi par le soleil couchant à l'approche de l'orage ; sivonghy

* Auteur du Pasleur Fidèle.

OU mieux sugh, le gémissement prolongé du vent entre les aspérités des rochers.

Chaque langue, chaque dialecte ont un génie spécial et se dessinent d'une manière complètement distincte. FkI façon même de souhaiter le bonjour prend diverses formules, suivant le caractère et les habitudes particulières de chaque nation :

iMin, Quomodo vales?

Allemand, Wie befinden sie sich ?

(Gomment se trouve sa personne?)

AnylniSf Howdoyoudo?

(Comment agis-tu ?)

Hollandais, lloe vaart gij ?

(Gomment navigues-tu?) . •

Français, Comment vous portez- vous?

Espagnol, Como esta usted?

(Comment est votre grâce?)

Les Hollandais expriment le mol Etat par staats gtdk, carène de TÉtat; et un de leurs plus fins écrivains* a montré dans un ouvrage très-original que les métaphores et les termes dont le peuple se sert à chaque instant sont empruntés aux mœurs maritimes et aux habitudes de la navigation*.

Le vieux saxon a été la souche de l'anglais; maintenant les Saxons eux-mêmes et presque tous les habitants de TAllemagne se servent d'un autre dialecte qui découle, non plus d'une source saxonne, mais d'une source franque ou de l'allemand supérieur. C'est ce que nous appe-

* Meyer, de l'Influence de la navigation sur la langue hollan' daise.

* Vitgeriist, équipé; glijden, glisser; stevenen, jyronk^ittckf etc.

Ions aujourd'hui rallemand. Les habitants de Brème et de Hambourg ont seuls conservé un dialecte qui se rapproche de l'original gothique, et aujourd'hui le saxon est parlé de préférence à Hambourg et à Brème, tandis que chez les autres Allemands, dépassé par l'idiome franc ou théotisque de la Germanie, il a disparu. Hans Sachs, le fameux cordonnier, et Martin Opitz travaillèrent à parfectionner la langue franque : aucun de ceux qui parlaient le dialecte saxon n'a pu lui donner une grandeur littéraire. Du vivant même de Luther, il y avait déjà un si grand intervalle entre le langage de l'Allemagne inférieure ou septentrionale et celui de l'Allemagne supérieure ou méridionale, que les théologiens crurent devoir composer un nouveau dictionnaire pour que l'on pût traduire en dialecte saxon les termes franciques de Luther *.

Parmi les langues d'origine grseco-latine, la plus riche, la plus féconde, la plus belle et la plus propre aux éludes philosophiques, est cette langue grecque qui a été cultivée par de si grands génies, et qui s'est développée sous un ciel si favorable ; il en est de même, parmi les langues de famille teutonique, de l'idiome de l'Allemagne supérieure, qui, venu du francique, ou théotisque, peut se vanter, grâce à la plus heureuse composition de mots, à la plus féconde richesse de termes, de posséder une syntaxe parfaitement belle et complète. On peut de même comparer à la langue latine, laquelle, à

* Pour l'étude du dialecte saxon, lire : Hollœndische volkslicder gesammelt und erlœuterty von D' llenricb Hoffman. Breslau 1853. — Horn. Geschichte der Deutschen poeaie, — Bucherkunde der soêsisch niederdeuischen sprache hauptsœchlich nach den schriftdenkmœhlern der Herzog. Bibliotli. zu VN'olfenbullcl , entwcrfen von D. K. Scheller. Brunswick, 1826. — Van Wynne. Reittecke de Fo$t etc.

418 i'AMTlQUITÉ.

mon avis, se rapproche le plus du greô, à cette langue qui aime l'énergie des mots, et sait, avec moins de liberlé toutefois, emprunter à l'étranger des racines particulières et de nouvelles formes de langage, on peut comparer, dis-je, au latin Tangliis : car celui-ci, comme il ressort de ce que j'ai dit, se rattachant à un tronc germain-gothique, a pourtant une double ramification et n'est qu'un mélange du vocabulaire anglo-saxon et du glossaire métaphysique latin-normand.

Je ne crois pas qu'on puisse m'accuser d'hypothèses sophistiques ou de futilités grammaticales, si j'établis cette analogie du grec et de l'allemand, analogie qui éclate dans la liberté de la syntaxe, dans la composition des mots et la liberté complote de l'inversion. Rollin, en donnant de magnifiques éloges, et à bon droit, à la perfection de la languo grecque, semble tracer une esquisse de l'allemand moderne, et se sert des couleurs les plus vives, des expressions les plus appropriées^ : comme la langue des Hellènes, celle des Allemands sait, avec un art admirable, tirer et former d'un très-petit nombre de racines des milliers de mots*.

Résumons ce que nous venons de dire. Nous regardons comme certain et incontestable que les Teutons et les anciens habitants de la Scandinavie, sortis de la même origine antique que les Latins et les Grecs, sont néanmoins restés beaucoup plus longtemps dans les ténèbres et pour ainsi dire dnns la nuit de la vie barbare.

Plus les dialectes de famille teutonique sont anciens, l)lus ils se rapprochent de cette forme rude et ébauchée (juo nous avons décrite. Nous ne voyons dans les langues

* De la manière d'enseir/ner et (Vétudier les heUes-hltres. I, îiir». VA. I81'5.

r V. Archonliolz. Adolmifr, Wolke, KaUscbmidt, etc.

lUtoniques aucun de ces caractères d'analyse exlronie : subtile dont sont marquées les origines des langues éo-latines.

Il est facile, après tout ce que nous avons dit, de Jis- 3ser d'une manière certaine toutes les familles des laiiaes européennes. Voici quel est, suivant nous, leur •bre généalogique :

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