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CHAPITRE SEPTIÈME

L ANTISEMITISME CONTEMPORAIN

C'est à l'Assemblée constituante de 1789 que les juifs de France sont redevables de leur émancipation, bien que ridée première et les commencements de celte mesure soient de Louis XVI (1). Un premier décret, rendu au mois de janvier 1790, reconnut les droits de citoyen aux

(1) Cf. L'entrée des Israélites dans la société française^ par M. Tabbô Joseph Lémann, Paris, 1886. Ouvrage à !ire sur la question juive. — Du même, la Prépondérance juive, où Thistoire de Pémancipation des juifs est longuement racontée, Paris,

juifs de Bordeaux et du Gomta^Venaissin ; le second décret, qui est du mois de septembre de Tannée suivante, abolit sur tout le territoire français les lois d'exception relatives aux juifs. On sait que ces décrets provoquèrent de vives discussions au sein de l'Assemblée nationale. Mirabeau, Tabbé Grégoire, de Sèze et Robespierre soutinrent la cause des israélites, qui fut combattue par Rewbell, Tabbé Maury et le prince deBroglie. Ainsi les juifs établis en France firent leur entrée dans la grande famille française.

On serait tenté de croire que cette naturalisation émancipatrice fut accueillie avec un enthousiasme ardent et sans réserve par les fils d'Israël. Ce serait se tromper étrangement. Le plus grand nombre d'entre eux étaient attachés de cœur à leur nationalité et à leurs lois particulières. «Un obstacle sérieux (à l'émancipation des juifs)

déclare M, Théodore Reinach (1), résidait dans les juifs eux-mêmes, dans leur attachement à leur nationalité, à certains privilèges achetés par la privation de tant àe droits essentiels, dans leur particularisme de mœurs et d'idées, qui les tenait à Técart de la société environnante.» Du reste, sous l'ancien régime, les juifs de France n'avaient pas à vrai dire, un sort malheureux: ils jouissaient, dit M. de Donald, <c des facultés générales dont les gouvernements civilisés garantissent aux hommes le libre exercice, et qui étaient compatibles avec la religion et les mœurs d'un peuple en guerre ouverte avec la religion et les mœurs de tous les autres peuples (2) ».

Un auteur bien instruit de l'ancien état, des mœurs et des affaires des juifs, con-

(1) La grande Encyclopédie ^ art. Juifs.

(2) Cité par M. Gougenot des Mousseaux, dans le Juif, le judaïsme, etc., 2« édition, p. 6L

firme en détail cette assertion. «Les juifs espagnols et portugais, dit-il, jouissaient de tous les droits de cité et pouvaient se fixer dans le ressort des parlements qui avaient enregistré leurs privilèges (1).

Ayant été naturalisés en corps de nation, tous les individus de cette race étaient admis à partager ces privilèges. C'est en vertu de- ces droits de citoyen que la communauté de Bordeaux, en 1789, choisit dans son sein quatre électeurs qui prirent part aux opérations du tiers-état de la sénéchaussée de cette ville et à la nomination des députés aux Etats généraux.

Les juifs d'Avignon étaient considérés comme régnicoles (2). Ceux du Gomtat n'étaient soumis ni à la milice ni aux redevances que payaient les autres citoyens;

(1) Lettres patentes données à Meudon par Louis XV, en 1723.

(2) Bulle de Clément VIII, du 2 juillet 1593.

ils vivaient suivant leurs lois et coutumes, nommaient leurs administrateurs, et faisaient sous l'approbation de l'autorité locale, tous les règlements de police intérieure. Les chefs de leur communauté étaient appelés bayions. Les juifs d'Alsace ne jouissaient pas du droit de cité, mais Louis XIV leur rendit communs les privilèges octroyés à ceux de Metz(l). Ils

(1) Sur les juifs de Metz avant la Révolution, voir les Mémoires du chevalier de Mautort (Pion, éditeur), dont V Univers du 11 janvier 1896 a cité un long extrait sous ce titre : Officiers et juifs en 1771. Les officiers étaient la proie des usuriers juifs. Voici un exemple des procédés de rapine habituels à ces coquins. « Je fis un jour, raconte le chevalier Mautort, la tentative d'emprunter quelques louis d'un juif que je connaissais beaucoup. Je ne voulais rien mettre en gage, mais traiter sur un simple billet, en payant des intérêts assez forts. Le juif me dit qu'il avait beaucoup de confiance en ma personne, mais qu'il ne traiterait pas avec moi parce que j'étais trop rangé. Pressé de s'expliquer, il me développa ainsi son idée. « Quand je vous prêterais cinq à six louis, c'est un petit objet qui ne portera pas un gros intérêt. Je suis trop certain

possédaient la pleine liberté de leur culte, et avaient des grands rabbins qui connaissaient en première instance de leurs contestations civiles et remplissaient les fonctions de notaire pour les actes de mariage » (1).

Voilà pourquoi sans doute les juifs éprouvèrent une assez vive répugnance à accepter, en même temps que le titre et les droits de citoyen, les devoirs et les charges qui en découlent chez nous. « Les Allemands (2), rapporte M. Théophile Malvezin,

que vous me payerez à l'échéance, peut-être même avant. Je perds tout le ^profit que je ferai avec un autre moins exact que vous et qui ne pourra pas me payer à terme ; dans un second billet, j'en tirerai ce que je voudrai, et je puis dïtns un an doubler mon capital. »

(1) Ce que sont les juifs de France^ par A. Cebf- BEER DE Médelsheim, Paris, 1844.

(2) On appelait ainsi les juifs d'Alsace, de Lorraine et du pays Messin, qui étaient répandus encore dans la Bourgogne, le Lyonnais, la Franche- Comté, la Normandie, la Flandre, TIle-de-France et Paris. (A. Cerfbeer, ibidem.)

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ne désiraient pas les droits de citoyens, et se seraient contentés de la jouissance des droits civils et commerciaux. Les Portugais et les Espagnols, à savoir les juifs de Bordeaux et d'Avignon, auraient voulu,tout en exerçant les droits politiques, continuer à vivre en corps de nation, suivant leurs usages, leurs lois particulières ou coutumes, et leur religion.» (1)

En d'autres termes, les juifs auraient salué avec joie uneémancipation qui leur eût accordé l'honneur et les prérogatives du droit de cité française, mais sans leur en imposer les charges, et tout en les laissant vivre à l'état de nation distincte, soumise à un régime privilégié. « Il y avait alors en effet, ajoute M. Théophile Malvezin, (2) des difficultés considérables à l'assimilation

(1) Histoire des juijs de Bordeaux^ 1875.

(2) Ouvrage cité.

complète des juifs aux autres citoyens régis par la loi française, difficultés qui avaient échappé aux législateurs trop pressés de la Constituante. Elles provenaient du désaccord, réel ou apparent, des lois civiles prescrites par la religion Israélite et des loisciviles françaises.» — « Rendus subitement à la vie sociale et politique, dit un autre historien, ils eurent de la peine à se mettre à la hauteur de ce bienfait si nouveau. Habitués à vivre selon leur propre loi et leurs coutumes particulières, à se passer de toute intervention étrangère dans les actes de leur vie civile ou religieuse, ils ne surent, pendant quelques années, comment faire pour se mettre à la hauteur de la civilisation qui les appelait à elle ; et à chaque pas qu'ils tentaient dans cette existence nouvelle, ils étaient arrêtés par des scrupules religieux, par les défenses de leur loi si contraire à tout principe de

civilisation moderne.» (1) Ce qui revient à dire que, le code du Judaïsme, le code mosaïque, n'est pas seulement un code religieux, mais un code national, et que par suite les juifs ne peuvent, à la fois, rester fidèles à leur religion et cesser de former une nation distincte des autres , en s'assimilant d'esprit et de cœur aux citoyens de la patrie sur le sol de laquelle ils habitent (2).

S'il en fallait croire M. de Bonald, la brusque émancipation des juifs en France aurait pu provoquer des malheurs pareils à ceux que l'émancipation des noirs causa

(1) Ce que sont les Juifs de France, par Cerfbeer DE Médelsheim, Paris et Strabourg, 1844. Très curieuse petite brochure que l'on peut lire à la Bibliothèque Cardinale.

(2) C'était Targument de Tabbé Maury contre les juifs : « J'observe, disait-il, que le mot Juif n*est pas le nom d'une secte, mais (Tune nation qui a des loiSy qui les a toujours suivies, et qui veut encore les suivre. »

(3) Cité par M. Gouge not des Mousscaux.

dans nos colonies, particulièrement à Saint-Domingue. « Nul ne doute, dit cet éminent penseur, que si les juifs eussent élé aussi ambitieux dans les autres provinces qu'ils Tétaient en Alsace, leurs amis n'eussent eu à se reprocher, comme les amis des noirs, la précipitation avec laquelle ils appelaient àla liberté, qui était alors la domination, un peuple toujours étranger là même où il était établi, et qui avait à venger Tirrémissible offense d'une longue proscription. »

Quoi qu'il en soit, l'émancipation des juifs ne fut accompagnéenuUeparl, l'Alsace exceptée, de troubles ni de violences.

Elle eut son couronnement, en 4837 (1), dans la loi qui reconnut le culte judaïque et en fit, à l'égal du catholicisme et du

(1) L'émancipation des juifs est terminée dans presque toute TEurope, depuis 1848, et en Angleterre, depuis 1860 seulement. La Russie doit être exceptée.

protestantisme, un culte salarié par l'Etat. La France commençait alors à être envahie par les juifs d'Allemagne (1), qu'attiraient chez nous la facilité d'y obtenir les droits de citoyen et l'espérance d'y amasser de grandes jrichesses, en se mouvant dans le cercle d'affaires ou d'influences de la maison naissante des Rothschild. M. de Donald, dans une sorte d'esquisse prophétique, avait annoncé qu'elle serait leur action sociale parmi nous. «Les juifs, disait-il(2), s'ils eussent été répandus partout en France, unis entre eux comme ceux qui souffrent pour une même cause, et d'intelligence avec les juifs étrangers.

(1) L'invasion avait commencée dès 1791 . C'étaient, suivant l'expression de Napoléon, « de véritables nuées de corbeaux qui venaient s'abattre sur notre pays ,... des chenilles, des sauterelles qui ravageaient la France ». {La question juive en France sous le premier empire, par Paul Fau<!;hille.)

(2) Dans l'ouvrage cité de M. G. des Mousseaux.

auraient fait servir leurs richesses à acquérir une grande influence dans les élections populaires, et auraient fait servir leur influence à acquérir de nouvelles richesses. »

N*est-ee pas le spectacle qui nous est donné depuis cinquante ans? L'influence juive ne se fait-elle pas sentir dans les élections par le moyen des sociétés secrètes et de la presse salariée, et n'agit- elle pas de diverses manières dans le Parlemen et jusque dans les conseils de l'Etat? Dès 1844 on pouvait écrire avec vérité : « Les juifs manifestent à tout propos leur présence et leurs prétentions. Au nom des anciennes persécution, ilsréclamentàgrands cris les immunités et les tolérances les plus larges; il n'est pas d'emploi qu'ils n'envient, pas de positions qu'ils n'exploitent; et eux qui sontà peine cent mille en France, remplissent, proportion gardée,

et grâce à leur insistance, plus d'emplois que les autres communions catholique et protestante. Leur désastreuse influence se fait sentir surtout dans les affaires qui pèsent le plus sur la fortune du pays ; il n'est point d'entreprise dont les juifs n'aient leur large part, point d'emprunt public qu'ils n'accaparent, point de désastre qu'ils n'aient préparé et dont ils ne profitent. » (1). Ces paroles accusatrices ne sont-elles plus vraies aujourd'hui ?

L'acte d'émancipation n'avait pas changé tout d'un coup les habitudes des juifs. Ils continuaient à se livrer aux ressources les plus honteuses de leur obscure industrie, et devinrent ainsi en peu de temps, sei -

(1) Ce que sont les Juifs de France par A. Cerf- BEER, Paris, 1844. Introduction. — Deux ans après Toussenel publiait Les Juifs rois de Vépoque. — L'Anglais Cobbett avait déjà, en 1825, dénoncé la puissance des juifs.

gneurs et maîtres des contrées, où naguère ils étaient opprimés (i). .

De cette malfaisance incorrigible, laquelle s'est encore aggravée à la faveur de la transformation qui s'est accomplie durant ce siècle dans Tordre économique, a fini par renaître la question juive et par se constituer le parti antisémite.

Il y a un quart de siècle à peine que l'antisémitisme a reparu avec éclat sur la scène sociale. En quelques années il a pris dans presque toute TEurope un développement qui doit inquiéter quelque peu les juifs et leurs amis.

Jusqu'à présent, il est vrai, Tantisémilisme n'est pas devenu une puissance dans lesParlements(2) ; mais ce serait s'aveugler

(1) Les Juifs de France sous le premier Empire, par Paul Fauchille.

(2) En Autriche, le parti antisémite est une force dans la Chambre. On sait qu*il forme la majorité dans le conseil municipal de Vienne. Voir à ce

à plaisir que de ne pas voir quelles vives sympathies il rencontre parmi le peuple, chez les travailleurs de toute classe, auprès des hommes de toute opinion. Dans presque toutes les réunions publiques, que l'on y parle politique ou économie sociale, on est sûr, en dénonçant les juifs, de s'attirer l'approbation et les applaudissements.

C'est un signe certain de leur impopularite croissante. Le juif recommence à être exécré.

« En France, dîtM. Théod. Reinach(l), l'antisémitisme s'est glissé un peu partout, dans le barreau, dans les écoles, dans l'armée, dans le monde, qui ferme ses cercles aux Israélites du commun et ne

sujet le Correspondant du 28 décembre 1895, article de M. Tabbô A. Kannengieser. — En France, la question juive a été portée à la tribune de la Chambré, le 35 mai 1895, par un député républicain radical et libre-penseur, M. Denis. C'est un commencement.

(1) Art. cité de la Grande Encyclopédie.

s' incline que devant les fortunes colossales. La situation morale du juif devient presque partout pénible et délicate ; ils se sentent entourés d'une atmosphère de prévention. » Cet auteur va jusqu'à dire que les juifs chez nous commencent à être enfermés dans une sorte de « ghetto moral » .

Que doit-on penser d'un pareil mouvement d'opinion contrôla race juive?

A mon sens, l'antisémitisme consiste, de nos jours et pour le plus grand nombre, à regarder les juifs non pas précisément comme des gens d'une religion différente de la nôtre et toujours ennemie acharnée du christianisme, mais surtout comme une race qui forme au milieu de nous, dans notre patrie, une nation distincte, parasitaire et malfaisante. D'oii il suit que le juif ne doit pas être traité à l'égal des vrais fils de la patrie française, mais plutôt en étranger, en homme sans

patrie, en véritable cosmopolite, dont 1 nuisance doit être empêchée et Thostilil surveillée et contenue. Voilà le fond, Te sence même de l'antisémitisme contempc rain (1).

On y trouve un élément religieux, u élément national ou ethnique et un élémei social ou économique. Le juif est juif d religion, juif de race, et juif par Tusure i l'exploitation d' autrui. Essayons de dégî ger ces divers éléments, de les compare] et de montrer pour quelle part ils concoi

(1) c A la base de rantisémitisme contemporai comme à la base de rantijudaîsme du xiii* sîècl se trouvent Thorreur et la haine de Tétrange Cest là la cause fondamentale de tout antisém tisme, c^est là le motif permanent, celui qu*( trouve à Alexandrie sous les Ptolëmées, à Ron au temps de Cicéron, dans les villes grecques t rionie, à Antioche et dans la Cyrénaïque, dai TEurope féodale, et dans les États contemporai: que le principe des nationalités anime. • (B. Lazar l'Antisémitisme, page 394).

rent chacun à créer la question juive et rantisémitisme.

Et d'abord regardons le parasitisme des juifs. Est-il le motif principal du mouvement antisémite?

Je veux bien que le juif constitue parmi nous une race parasitaire; quil soit, sous des formes nouvelles, accommodées au régime économique du temps présent, Téternel usurier. Néanmoins, sous cet aspect, quelque odieux et répugnant qu'il soit, il ne suffirait pas, me'semble-t-il, à provoquer l'antisémitisme. En effet, la bande d exploiteurs et de déprédateurs, qui fait peser aujourd'hui sur la multitude des travailleurs de la terre, de l'industrie et du commerce, un «joug presque servile», ne se compose pas seulement de fils d'israëj, et tous ceux-ci n'y sont pas engagés. Des protestants et des catholiques, de vrais enfants de race française ou aryenne, des

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non-juifs ea un mot, s'y Irouvent enrégimentés, et même en grand nombre (1). On peut croire que, dans le milieu créé par la transformation économique qui s'est accomplie depuis cent ans, les germes des maux qui accablent le monde du travail se seraient développés, encore que les juifs n'eussent pas existé parmi nous. Je veux bien que le ferment talmudique de la race juive ait précipité la corruption et étendu les ravages du fléau; mais il serait injuste d'oublier que ces germessont innés dans l'homme à la suite du péché originel, et qu'ils éclosent partout où se produit un

(1) Exemple t « Jay Gouid, qui a écume, à plusieurs reprises, les marchés américains comme les corsaires du dix-septième siècle le faisaient de l'océan, n*est point un Israélite. Les spéculateurs insensés et les politiciens, leurs complices, qui ont déchaîné sur la République Argentine une si formidable crise, ne le sont pas davantage. » (Claudio Jannet, Le Capitaly la spéculation et la Jlnance au XIX* siècle, Paris 1892, page 544).

milieu favorable, quelle que soit la race à laquelle appartiennent les hommes qui vivent dans ce milieu et y luttent pour Texistence, la fortune, les honneurs, le pouvoir et les plaisirs.

Le mal social du parasitisme n'est pas d'origine ni de nature juive, il ne disparaîtrait pas avec le juif. Ses causes générales sont dans la nature humaine, d'une part, et, d'autre part, dans le régime économique de l'individualisme, de la concurrence, du machinisme et du capitalisme, qui dévore les travailleurs. Les remèdes à ce mal se trouvent donc, non pas dans un ensemble de mesures contre la race juive, mais d'abord dans l'influence moralisatrice de la religion, qui seule, en pénétrant jusqu'au cœur, à la conscience et à la volonté de l'homme, est capable de modérer ses appétits et de réfréner ses passions ; et ensuite dans une législation,

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nationale et internationale, qui ferait régner, autant que possible, dans le monde du travail, grâce au régime social des associations professionnelles , les principes naturels et chrétiens de la justice et de la fraternité.

Si'doncla question juive, et par conséquent Tantisémilisme, touche à la question économique, à la question sociale et ouvrière — ce que je suis loin de contester (1), — il me paraît qu'elle est premièrement, essentiellement, une question d'un autre genre.

(1) En 1844, M. Cerfbeer de Médelsheim écrivait ceci : a L'usure a procuré aux juifs la propriété de la moitié de TAlsace. C'est la grande plaie de notre époque. L'usure se commet dans nos campagnes avec autant d'impudence que d'impunité ; la petite propriété est dévorée par ce chancre qui ronge tout. Il faudrait un volume pour énumérer les moyens honteux et perfides employés par les juifs pour attirer à eux toutes les parcelles de terrain qui excitent leur convoitise; et nous ignorons s'il pourra se trouver dans l'esprit de nos lois modernes

Serait-ce une question de religion?

Je Tai dit, et je le répète, Tantisémitisme ne s'attaque nullement à la conscience religieuse des juifs; il n'a point pour but de porter atteinte à la liberté de leur culte.

Donc, sous ce rapport, la question juive n'est certainement pas une question religieuse.

Mais voici le problème qui se pose au sujet de cette race éti'ange : le sentiment national qui existe en elle ne découle-t-il pas de sa religion? En d'autres termes, la nationalité distincte des juifs n'estellepas une conséquence logique, inévitable, de leur religion distincte? Si les juifs forment une race qui ne s'assimile à aucune autre,

des dispositions assez fortes pour arrêter les progrès de ce mal. » {Ce que sont ies Juifs en France,) L'auteur de ces lignes ne nous rôvèle-t-il pas ici pourquoi TÉglise et les princes ôtèrent aux juifs la faculté de posséder des terres ?

n'est-ce pas , uniquemen l et nécessairemen t, parce qu'ils sont juifs de religion?

Pour ceux qui pensent de la sorte, la question juive prend naturellement Taspect dune question religieuse. M. Claudio Jannet en parle en ces termes (1) : « C'est précisément à cause de leur religion que les financiers juifs ne se fondent pas dans la masse de la population, et que les actions médicatrices de Tordre économique ne se font pas sentir sur eux et leur fortune Les meneurs cherchent à présenter l'antisémitisme comme un mouvement social dirigé contre ceux qu'ils appellent le capitalisme: Les chrétiens qui se laissent prendre à cette tactique ont d'autant plus tort qu'ils méconnaissent en cela le côté essentiellement religieux de la question juive. Elle dépasse de beaucoup en amplitud'e le débat économique

(1) Ouvrage cité.

auquel les antisémites veulent la réduire, et elle est une des manifestations de la rivalité prédite par les Ecritures, qui doit jusqu'à la fin des temps régner entre les descendants d'Abraham et les descendants des gentils. »

Ainsi donc, il y aurait, dans la question juive et dans l'antisémitisme, derrière la question de race et de nationalité, une question de religion.

Néanmoins, à parler avec une précision philosophique, la religion talmudique ne parait intervenir ici que pour expliquer le nationalisme juif et ses funestes effets dans la société chrétienne. Elle est, si l'on peut ainsi dire, le principe interne, psychique, du mal que l'antisémitisme constate et signale dans le nationalisme particulariste d'Israël. Quant au rôle actuel des juifs dans l'ordre économique, à leur despotisme financier, c'est un résultat qui

devait se produire naturellement par la pratique de leur art consommé d'usuriers et d'exploiteurs dans notre organisation sociale moderne : ce n'est « qu'un des épisodes de la lutte » séculaire (1) engagée par eux contre nous.

Voilà pourquoi, si Ton ne considère ni le principe ni le résultat présent, si Ton veut réduire tout le débat au fait évident, palpable, qui le domine à travers les âges, on voit que le motif déterminant, la raison d'être de l'antisémitisme, c'est le nationalisme parliculariste de la race juive au milieu des peuples chrétiens.

C'est donc ce fait qu'il importe de méditer.

Et d'abord, est-il certain que les juifs constituent une nation distincte, qu'ils soient partout et toujours juifs avant tout, qu'ils forment une race cosmopolite ?

(1) Claudio Jannet, ouvrage cité, page 546

Cette question n'appartient pas à relhnologie. Il ne s'agit pas, en effet, de savoir si tous les juifs descendent des douze enfants de Jacob et portent dans leurs veines le sang de Tillustre patriarche désHébreux.

Ainsi posée, la question de la nationalité juive serait assez facile à résoudre, car, au point de vue ethnique, il est certain que les juifs d'aujourd'hui ne sont pas tous des fils d'Israël, à cause de « la multitude des prosélytes qui avaient embrassé le judaïsme dans les siècles de la prospérité de cette nation » (1). D'après M. Renan, (( il y a eu dans la formation de la race Israélite actuelle un apport de sang palestinien ; mais, en même temps, il y a dans l'ensemble de la population juive, telle qu'elle existe de nos jours, une part cori-

(1) Bergier, Dlet. théoL, article Judaïsme* Lille

sidérable de sang non sémitique » (i).

Les juifs ne constituent donc pas une race, au sens ethnologique de ce mot.

Mais quand on discute, au point de vue antisémite, la question de leur nationalité, on parle de la race juive dans le même sens que Ton donne, par exemple, aux termes de « race française », lesquels ne signifient pas une réelle communauté d'origine, mais simplement une longue communauté d'intérêts et de sentiments patriotiques entre les hommes désignés par cette expression. On se demande donc s il est vrai que les juifs, quels que soient leurs premiers ancêtres et la diversité originelle de leur sang, forment entre eux une sorte de corps de nation.

Qu'il en ait été ainsi dans les temps anciens, et durant tout le moyen âge, et

(1) Conférence sur le Judaïsme comme race et comme religion.

jusqu'à notre époque, les auteurs juifs eux-mêmes ne songent pas à le contester.

J'ai cité les aveux de M. Théodore Reinach (1). Du reste, l'ancien droit public, par ses prohibitions multiples, autorisait et garantissait la nationalité juive (2).

En est-il ainsi de nos jours encore?

Oui, répond le même auteur, « dans les pays musulmans et dans certaines contrées arriérées de l'Europe ; mais, poursuit-il, dans les pays où les juifs ont été complètement émancipés et assimilés aux autres citoyens, le nom de juif ne désigne plus qu'une confession religieuse fortifiée par une communauté d'origine réelle ou fac-

(1) Voir plus haut, page 261.

(2) « Si les juifs ne sont pas une race, ils ont été jusqu^à nos jours une nation. Ils se sont perpétués avec leur caractéristique propre, leur type confessionnel, leur code théologique qui fut en même temps un code social. » (B. Lazare, VAntisémi" tisme, page 392).

tice » (1) ; c'est-à-dire les juifs, dans ces pays d'égalité civile et politique, ne forment plus une nation distincte.

M. Théodore Reinach en est-il aussi sûr qu'il raffirme? Au point de vue du droit, public, la chose est claire, puisque l'égalité civile et politique existe légalement entre tous les citoyens, sans distinction de culte. Devant la loi, le mot juif n'a plus chez nous, comme ceux de catholique et de protestant, qu'une signification religieuse ; il désigne un homme qui appartient à la religion judaïque. Mais, au point de vue des rapports et des intérêts communs qui peuvent lier entre eux certains membres d'une ou de plusieurs sociétés ou nations distinctes, les juifs ne forment-ils plus une sorte d'Etat dans l'Etat, ou plutôt, si l'on peut ainsi parler, un Etat cosmopolite?

La question n'est point tranchée par les

(1) Grande Encyclopédie, art. Juif,

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texles du droit public moderne, car un texte de loi ne suffit jamais à faire disparaître Tesprit national, surtout quand cet esprit est fortifié dans un peuple par de longs siècles de nationalisme.

M. Reinach attribue lui-même le particularisme national des juifs à « l'influence de Tesprit talmudique ». Cette influence ne se fait-elle plus sentir « dans lés pays oii les juifs ont été complètement émancipés et assimilés aux autres citoyens » ? On peut en douter. M. Claudio Jannet s'en exprime en ces termes (1) : « Jusqu'à quel point l'éducation reçue par les Israélites de la classe élevée dans les lycées ou les gymnases, et Tinfluence des milieux dans lesquels ils entrent, atténuent-elles les enseignements du Talmud, qui constituent le fond, non seulement des lectures de la synagogue, mais de toutes les traditions

(1) Le Capital, la spéculation^ etc., page 507.

domestiques ? C'est là un problème délicat, quand il s'agit d'igi Israélite pris individuellement. Il est certain que plus d'un s'en dégage et observe cette honnêteté naturelle, qui parle constamment au cœur de chaque homme. Il s'est d'ailleurs formé de nos jours un courant très fort dans le Judaïsme pour rejeter le Talmud (1), et parfois aussi malheureusementlestradi lions mosaïques.

L'écrivain qui a le mieux étudié l'influence sociale du Talmud (2) reconnaît lui-même que a les atroces exigences de la foi talinudique se sont considérablement mitigées chez les juifs nés dans les classes intelligentes et dans les régions les plus éclairées de l'Europe ». Mais quand on porte ses regards sur l'ensemble de la société contemporaine et que l'on voit le

(1) Voir le Centenaire de fémancipaiion des Juifs par Alex. Weill.

(2) M. Gottgenot des Mousseaux.

juif supplanter peu à peu les chrétiens, élever sa fortune sur leuf ruine, attirer à lui partout l'empire de la Bourse, et dans certaines régions monopoliser le commerce , on se demande s'il ne faut pas chercher dans cette morale différentielle le secret de l'étonnante puissance qu'il a acquise dans tous les pays où il a conquis l'égalité des droits civils et politiques. » Ces graves paroles de l'éminent sociologue nous font sentir que « l'influence de l'esprit talmudique » n'est peut-être pas aussi éteinte que l'insinue M. Théodore Reinach.

Cet écrivain dit encore que « les mesures de séquestration matérielle et morale » prises contre les juifs pendant tant de siècles ont été, en partie , cause de leur particularisme. Soit, quoiqu'on puisse prétendre que ces mesures n'en ont été qu'un effet légal dû à la sagesse prévoyante de l'Église et des princes, il n'en reste pas

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moins que la séquestration finie, d'autres causes partielles subsistent. Ces causes n'agissent-elles plus aujourd'hui sur les juifs émancipés? Voilà le point à éclaircir.

Je veux bien croire, d'après les assertions de M. Théodore Reinach, que « TétudeduTalmudestcoxnplètementdélaissée, celle même de l'hébreu négligée, et la croyance à l'élection d'Israël modifiée et atténuée ». Est-ce une preuve qu'il n'existe plus chez nous d'esprit talmudique et de nationalisme juif?

M. Reinach lui-même n'ose l'affirmer absolument. « Il est certain, dit-il, que les liens qui unissaient les juifs entre eux se sont singulièrement relâchés ». Relâchés, soit; mais non rompus, ni peutêtre affaiblis.

a Le sentiment national, dit-il encore, n'existe plus guère là où le juif est ci-

Jl« L'ANTISÉMITISME

loyen de fait et de cœur. » — Plus guère, soit ; maïs ua peu tout de même.

Par conséquent, le nationalisme Juif existe encore. Ne serait-il pais sage de s'en préoccuper un peu ? Un doute grave swr ce point ne suffirait- il pas à motiver, sinon des mesures de séquestration, au moins une réelle inégalité politique et ci-* vile, en particulier l'exclusion absolue de ces fonctions publiques dont dépend Tintérêt général et le salut de la patrie ?

Mais les aveux d'un auteur juif ne démontrent pas en lui-même le fait capital de la persistance du nationalisme d'Israël.

D'autres preuves sont nécessaires. On a parlé de a la rapide élévation sociale des couches inférieures de la population israélite en France, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, aux Etats-Unis. Elle profite, a-t-on observé, plus qu'aucune autre souche hiumaine de la diffusion de Tins-

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