PRATIQUES COMMUNES A DIVERSES OPÉRATIONS
Le traitement d'une plaie opératoire comporte plusieurs pratiques qui se retrouvent dans la plupart d'entre elles, nous en parlerons d'abord.
Ces pratiques sont Y hémostase, le lavage, le drainage, la suture de la plaie.
De l'hémostase. — La crainte de l'hémorragie a arrêté pendant plusieurs siècles les progrès de la chirurgie opérative, par suite de l'absence de pro- Nicaisb. Antisepsie. 10,
174 DE l'opération ASEPTIQUE
cédés d'hémostase suffisants et par l'ignorance de
l'anatomie. Si à notre époque la chirurgie est si
merveilleuse, ceci est dû à trois choses : à I'anes-
thésie générale, à la méthode antiseptique et à la
forcipressure.
Pendant l'opération, on arrête tout écoulement sanguin en pinçant les vaisseaux avec la pince à forcipressure à mesure qu'ils sont ouverts ; si un vaisseau est trop volumineux, on le lie immédiatement. Après l'ablation de la tumeur ou du membre, s'il s'agit d'une amputation, on reprend chaque pince et on lie les vaisseaux principaux; pour certains vaisseaux, la compression avec la pince aura suffi.
La ligature du vaisseau est faite avec un fil de soie aseptique. Le nœud ne doit pas être fait d'une manière quelconque, mais méthodiquement, de façon que le second nœud ne desserre pas le premier. Il faut faire un nœud droit, c'est très simple, c'est un mouvement automatique à acquérir. Le fil étant sous l'artère, on croise les deux chefs, en plaçant en avant, c'est-à-dire le plus éloigné de soi, le chef qu'on tient de la main droite; on procède au premier nœud. Pour le second nœud, on croise les chefs, en plaçant en avant celui qu'on tient de la main gauche (c'est précisément le chef qui était tenu tout à l'heure de la main droite), puis on fait le second nœud,
BANDE D'ESMAHCH 175
avec un ou deux enroulements, comme pour le premier. Le nœud est droit et ne tend qu'à se serrer davantage. Les deux chefs sont coupés au ras du nœud, qui se trouve abandonné dans la plaie. Cette ligature est dite perdue; elle s'enkyste ou est absorbée.
Quand on emploie la bande d'Esmarch ou la bande à anneaux1, il en résulte une hémorragie capillaire à la surface de la plaie, au moment de l'enlèvement de la bande. On l'arrête par la compression, procédé que j'ai indiqué en 1876, alors qu'on essayait en vain les douches d'eau glacée ou le courant électrique. Pour cela on comprime la surface de la plaie ou les lambeaux d'amputation avec des éponges aseptiques ou des compresseséponges, et on maintient la compression tant que dure la rougeur de la peau qui avait été ischémiée, rougeur qui était due à la parésie momentanée des vaso-moteurs.
Quelquefois, dans de petites opérations, on ne s'arrête pas à faire des ligatures et on procède immédiatement à la suture, qui, par la compression qu'elle exerce, arrête l'hémorragie. Au besoin,
1. Nicaisc, 1874. De l'ischémie préliminaire par la méthode d'Esmarch ((inz. méd., l'aris, p. 578, 59i). — Remplacement du tuba en caoutchouc par une bande à anneaux (Oaz. méd , 1875, p. 430). — Arrêt de l'hémorragie capillaire par la compression ((/'«;. méd., 1876, p. iOl)
176 DE l'opération ASEPTIQUE
dans certains cas, on peut arrêter un écoulement sanguin persistant par une suture en surjet ou du pelletier, faite à points profonds et serrés; ce procédé a été employé anciennement par beaucoup de chirurgiens et est toujours bon.
Dans d'autres cas, à la suite de l'ablation de tumeurs vasculaires, d'un goitre par exemple, le chirurgien, à cause du suintement sanguin ou clans la crainte des hémorragies secondaires dans les 24 heures, fait un tamponnement provisoire avec de la gaze antiseptique (iodoformée, etc.), et procède à la suture le lendemain. Kocher place quelquefois les fds de la suture au moment de l'opération, pour ne les lier qu'après 1 enlèvement du tamponnement provisoire.
Enfin on peut être contraint de faire l'hémostase en laissant une pince à demeure, ce que j'ai été obligé de faire, par exemple, dans un cas de rupture de l'artère fessière au niveau de l'échancrure sciatique.
Lavage delà plaie. — Lorsque l'air était considéré comme l'agent principal de contamination, on traitait antiseptiquement, même les plaies chirurgicales, et on les lavait avec des solutions phéniquées, sublimées, ou autres.
Aujourd'hui au contraire, il est admis que la plaie est surtout contaminée par les corps qui la touchent; si ceux-ci (mains, instruments, etc.)