‹ L'Antisepsie MédicaleChapitre 14 sur 46 · CORTE · texte numérisé non relu

CORTE

porter des agents antiseptiques convenables, il convient de tout mettre en œuvre pour arriver à ce résultat. Mais s’il s’agit de foyers fermés tels par exemple que des foyers ganglionnaires siégeant déja à distance du lieu initial de l'infection et qu’il n’est pas indiqué d'ouvrir ou d’extirper, si encore il s’agit d'une lésion diffuse telle que la. lymphite réticulaire infectieuse ou mieux encore l'érysipèle, il faut tourner la difficulté par des artifices.

Dans un certain nombre de cas, le professeur Lépine a eu recours à la méthode des injections interstitielles. A l’aide de la seringue de Pravaz chargée d'une solution de sublimé par exemple, des foyers sous-cutanés, des foyers même intra-pulmonaires ont été attaqués avec des fortunes variables au point de vue du résultat antiseptique, mais du moins, et c'est là le fait important, sans réel danger pour le sujet. C’est là la méthode des injections interstitielles qui pourra devenir féconde lorsqu'elle aura été l’objet d’études et de tentatives nouvelles. Mais elle demeurera toujours bornée à cause de l’action même des substances chimiques sur les tissus interstitiels. Il ne faut pas l’oublier, toutes les substances acides ou al- calines, et si faiblement qu'elles le soient, exercent une action destructive sur les éléments du tissu connectif, sur les parois vasculaires, sur les nerfs, et il faudra bien des recherches et bien des essais pour trouver dans chaque -cas particulier la substance qui, sans danger pour des tissus dont la conservation est nécessaire, atteindront les parasites qui occupent leurs espaces interorganiques. Mais il est des agents d’un tout aûtre ordre et dont

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l'avenir au point de vué de l'antisepsie médicale est peutêtre beaucoup plus grand, ce sont les agents physiques. On sait que les divers microbes pathogènes se comportent de façconsextrèmement différentes vis-à-vis par exemple des variations de température. Pour certains, la chaleur est un obstacle quand elle dépasse certaines limites, pour d'autres c'est le froid. L'expérience célèbre de Pasteur sur la poule refroidie, ramenée ainsi à la température des mammifères et pouvant alors contracter lé charbon, tandis qu'avec sa température normale elle en demeurait incapable, a réellement ouvert la voie à dés tentatives déjà nombreuses et dont quelques-unés ont déjà porté leurs fruits. À ce point de vue, il convient d'étudier chaque parasite pathogène en particulier. Un microbe bien connu, lé coccus de l'érysipèle, parait perdre Ja faculté de se multiplier lorsqu'il est soumis dans les tissus à des réfrigérations intenses répétées plusieurs fois coup sur coup. Le professeur Renaut et son élève Rochet ont de la sorte arrêté net deux érysipèles d'ordre médical par des applications de chlorure de méthyle. Dans le premier cas, il s'agissait d’un érysipèle de la face propagé au tronc et accompagné de phénomènes généraux graves. Le pourtour du bourrelet extensif fut tracé au nitrate d'argent, trois congélations furent effectuées à l’aide du siphon dans les vingt-quatre heures, ét chose curieuse, tandis que l’exanthème érysipélatéux s’arrétait au point précis où il était parvenu lors de Ja première congélation, une série dé petits abcès renfermés dans l'aire circonscrite par le chlorure de méthyle etnon congélée par lui, poursuivaient leur marche sans äcci-

dents ét montraient ainsi que, comme l'a fait voir Cornil pour certains “érysipèles dits chirurgicaux, l'infection ‘était mixte êt produite à la fois par les parasités de l’érysipèle dominant et par un petit nombre de parasites “pyogènes qui leur étaient associés. La réfrigération avait atteint les premiers et absolument réspecté les seconds. Seul-lavenir apprendra ce que vaut cette méthode d'antisepsie par le froid pour le cas particulier de l'érysipèle, car il s’agit là de simples essais. Peut-être aussi le suc- “cès relatif des bains froids dans l'érysipèle a-t-il sa raison d’être dans les effets dé la réfrigération agissant sur le parasite lui-même et non pas seulement sur la fièvre (1). Nous devons dire ici un mot de la méthode de Brand adoptée sans restriction par l'Ecole lyonnaise et qui a ramené la mortalité par la fièvre typhoïde de 16,53 pour 100 qu'elle atteignait auparavant à 7,30 pour 100 dans le seul hôpital de la Croix-Rousse. Brand (2) pen-

(1) Les érysipèles, traités par les bains froids dans le cours de 1885 à l'hôpital de la Croix-Rousse, ont présenté une particularité singulière ; la gravité des phénomènes généraux s’amendait notablement, mais l’érysipèle devenait parfois

ambulant. C'est ce qui à amené le professeur Renaut à aban-

donner cette méthode pour employer celle de la réfrigération locale énergique. Cépendant, l'emploi tardif du chlorure de méthyle, däns un cas d'érysipèle chirurgical traité à la clinique du professeur Ollier, suppléé par Chandelux, ne put améner l'arrêt de la maladie. Il semblerait donc que ce mode - de traitement n’est applicable qu’au début de l'érysipèle, avant qu’il yait une intoxication profonde.

| 2 Tripier et Bouveret, Traitement de la fièvre nd té “par les bains froids. Lyon, 1886. F

ne sait, et Hagenbach le croit avec lui, que l’action systématique du bain froid s'exerce en grande partie Sur le parasite de la dothiénentérie et retarde ou arrête son évo- Jution : « Quant à moi, dit Brand, je crois que lorsqu'on applique le traitement dès le début — prodromes et trois premiers jours de la fièvre — et très régulièrement, ilne se produit pas d'ulcération dans l'intestin. » Ceci revient à dire que dans l'hypothèse de Brand, le bacille dela fièvre typhoïde après avoir pénétré dans les follicules isolés et agminés de l'intestin, puis dans les ganglions mésentériques et de là enfin dans le milieu intérieur, serait atténué par la balnéation, c'est-à-dire par la réfrigération soutenue et Re fournirait qu’une évolution incompiète. Jusqu'ici tout fait en faveur de cette hypothèse faisait absolument défaut. Il vient de s’en produire un dans le service du professeur Renaut. On le trouvera en détail dans une de nos pièces justificatives. Il s’agit d'un des quatre cas de mort qui se sont produits dans ce service depuis le 1° avril 4883, au vingtet unième jour de la fièvre typhoïde; les plaques de Peyer étaient dans l’état où on les trouve ordinairement vers la fin du premier septénaire et sans aucune tendance à l'ulcération dans la période où celles-ci se produisent régulièrement chez tous Îles malades. 11 y a donc lieu de se demander sérieusement aujourd’hui si la balnéation dans la dothiénentérie ne constitue pas en fin de compte une méthode antiseptique d’ordre physique. Nul doute aue d'autres virus ou d’autres germes pathogènes soient atténués par le froid. Il faut les rechercher et les connaître. Inversement, la chaleur agit à la façon d'un anti-

septique sur une autre série de germes pathogènes nombreux. Le chauffage des virus institué par Toussaint, puis par Chauveau et Arloing contre la bactéridie char bonneuse, n’a-t-il pas donné naissance au premier vaccin contre cette maladie, antérieurement au mode d'atténuation institué par Pasteur lui-même. Enfin Aubert (1), étudiant l'influence de la chaleur sur le chancre simple, guidé qu'il était par la méthode d'atténuation des virus charbonneux instituée par Chauveau, a constaté que le virus chancreux est rendu impuissant par un chauffage de quelques heures entre 37 et 38 degrés, c'est-à-dire à une température qui est celle du corps humain. De là, sa méthode de chauffage parle bain de siège ou le demi-bain entre 40 et 42 degrés qui, appliquée sur des malades nombreux, a transformé leurs bubons virulents en des bubons simples qui ne suppurent plus. Voilà un des exemples les plus frappants de l’application des moyens physiques à l’antisepsie des foyers infectieux localisés; peut-être dans un avenir plus ou moins prochain, la méthode d’Aubert est-elle appelée à produire un résultat d'une importance considérable : l’ex-

tinction définitive du chancre simple.

(1) Aubert. Lyon médical, passim, 1883.

Lemoine. &

VIL (1) «= Les parasites pathogènes sont dans la lymphe et .. dansile sang. Antisepsie diffuse ou du milieu. intérieur proprement dit. — Diffusion métastatique des bactéries pathogènes. — Parasites à habitat électif : parasites du sang extravasé, du sang circulant, de la masse du tissu connectif ét de là lymphe. — Principes dé l'antisepsie diffuse : tuér les microbes sans tuër la cellulé humaine

‘adjacente/ = Équivaleñts antiseptiques et équivalent .

toxique des agents employés: — Antiseptiques .Spéciaux et antiseptiques généraux. — Les spécifiques des maladies infectieuses sont peut-être simplement des antiseptiques ; exemple du rhumatisme, maladie ambiguë. — Conclusion.

Quand l'infection n’est plus de surface, ni localisée ju sein des tissus interstitiels, dans des foyers que l’on puisse atteindre, détruire, stériliser ou atténuer à distance au point de vue de leur virulence, le milieu intériéur est contaminé; lés parasites pathogènes vont formier dés colonies sur une multitude de points, là où les courants lymphatiques et le mouvement circulatoire du sang lés transportent.

- Tantôt les colonies se développent dans différents organes pour y former des foyers secondaires, métastati-

ques, comme on dif, sans beaucoup d’égards pour les

(i) C'est à la bienveillance du professeur Bouchard que nous devons, avec bien d'autres documeñts, les matériaux fondamentaux du chapitre dont ce paragraphe constitue la conclusion. Nous offrons de nouveau ici à ce maître éminent qui nous à prodigué ses conseils, communiqué les épreuves de ses leçons actuellement sous presse, et fourni les faits majeurs sur lesquels s'appuie notre travail, l'expression de toute uotre gratitude.

— Hi — divers parenchymes ou les divers tissus où elles sont portées. C'est le cas de la pyémie proprement dite, qui crée des foyers purulents partout, sañs choix précis de région où detissu, pourvu que ceux-ci Soient vasculaires, Mais il n'en est pas toujours ainsi. Le pärasité de la Morve, par exemple, présenté, en dehofs de la formé aiguë, un mode de développèment lent chez le cheval, où il peut devenir l’origine dé lésions farcineuses. Chez l’âne au contraire, on nieréncontre en règle que la morve aiguë : infection générale comparable à la pyémie de l’homme, avec cette particularité que lés lésions nodulaires siègent toujours et évoluent au sein d’une nappe hémorrhagique préalable ( J. Renauüt) (1). Chez l’homme là morve affecte plus particulièreinent la forme aigu, et réalise une infection purulente spéciale, toujours caractérisée par ses tendances hémorrhagiques, maïs elle peut aussi se montrer sous la forme de farcin. Le para- Site de Fa morve développe donc, avec des différences d'activité dans cés trois milieux, ses colonies au sein de nappes de sang épanché interstitiellément, extravasé dés vâisseaux. Dans le charbon ordinaire, dès que lé foÿer initial, constitué par exemple à la peau par la pustulé maligne, a cessé d’être limité et que le sang est envahi, c'est dans ce liquide que la bactéridié charbonneusé trouve son meilleur terrain de culture. Elle s’'ÿ développe à l’infini et avec prédilection. 11 én ést de même dans la fièvre à rechutes, où le parasite habité de préfé-

(1) J. Renaut. Dict. encyclop., article Morvé équine (de H. Bouley).

rence le sang. (Bouchard. Leç. inédites de Path. gén:, XX VI: leçon.) |

Au contraire le charbon bactérien, c'est-à-dire le charbon symptomatique des vétérinaires et dont Je parasite etle mode de vaccination ont été découverts par les beaux travaux d’Arloing, Cornevin et Thomas, se développe de préférence dans le tissu conjonctif et les voies Iymphatiques. Si bien que le mode de vaccination qui consiste à introduire le parasite dans le sang échoue si la moindre parcelle du vaccin s'est répandue dans l'adventice de la veine, lorsqu'on pratique dans cette dernière l'injection préservatrice. On pourrait multiplier ces exemples, mais je me bornerai à citer encore le virus de la rage, dont le lieu de pullulation et d'insertion de beaucoup le plus favorable est le tissu nerveux des centres myélencéphaliques : cerveau et bulbe. Ainsi, pour tous les parasites pathogènes d'ordre microbien, l'infection du milieu intérieur ne s'effectue pas de la même manière. [l en est qui habitent surtout le sang, d’autres le tissu conjouctif, d’autres de préférence letissu nerveux. Il en est qui, cumme la bactérie de la variole, de l’érysipèle, gagnent avant tout la peau, s’y developpent ainsi que sur les muqueuses nées comme la peau de l’ectoderme primitif. Il en est enfin d'indifférents pour ainsi dire, qui vont établir leurs colonies partout, comme les parasites pyogènes, pourvu que la :cireu= lation sanguine les y porte, et jusqu’à ce que leurs zooglœas ou leurs colonies déjà adultes soient arrêtées

danses. petits vaisseaux sous forme d’emboles minu-

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