ANTISEPSIE DES SURFACES D'ORIGINE ENTCODERMIQUE
I. — Le tube digestif est un milieu favorable au développement des germes. — Ses différents modes de contamination. — Formation des ptomaïnes. — Les germes ne se développent que sur un terrain préparé. — Aptitude morbide. — Choléra et diarrhée. — Les microbes de l’intestin sont-ils pathogènes ? — Pyémie greffée sur la maladie initiale. — Abcès et fièvre typhoïde ; hépatite suppurée et dysenterie ; pérityphlite et typhlite.
L'étude attentive du mucus qui recouvre la surface de “intestin d’un individu bien portant, y fait voir une quantité vraiment surprenante de micro-organismes quand elle est faite avec les réactifs capables de déceler leur présence. Si on passe à l'examen des matières qui remplissent l'intestin quelques heures après un repas, et dont une partie sera absorbée et l’autre rejetée à l’état de fèces, on voit qu'ils y sont contenus en plus grand nombre encore. La surface de l'intestin constitue donc sur toute son étendue un milieu de culture dans lequel vivent, se développent et se reproduisent de nombreux microbes incessamment détruits et incessamment renou-
velés. Heureusement que ces germes ne sont pas tous
nuisibles, sans quoi l’existence de l’homme deviendrait probablement impossible, mais parmi eux, il se glisse parfois des individus d'espèce pathogène. Si notre organisme n'est pas à ce moment en état de réceptivité, ils restent sans effet sur lui, mais dans le cas contraire ils trouvent dans l'intestin un terrain propice à leur développement, ils y prennent pied, s’y multiplient, tantôt restant à la surface et produisant un catarrhe, tantôt pénétrant dans le milieu intérieur et devenant l’origine d’une infection générale. Ce dernier cas se produit soit lorsque l'épithélium desquamé n'offre plus une barrière suffisante, soit lorsque les agents pathogènes empruntent la voie que nous avons indiquée précédemment, c'est-à-dire les orifices qui persistent dans les cellules épithéliales après le passage des globules blancs.
La présence dans les matières fécales de nombreux micro-organismes constitue donc pour l’être vivant un danger permanent. A plus forte raison, ce danger est-il augmenté lorsque ces matières, au lieu d’être éliminées régulièrement, sont retenues dans l'intestin. C’est pour cela que la simple constipation est souvent l’origine d'un malaise général et que l’obstruction intestinale amène la mort, surtout parce qu'elle favorise la pénétration dans le milieu intérieur des éléments nocifs. J
Plusieurs causes favorisent l’arrivée des germes dans le tube digestif. La plus importante est certainement due à l’absorption des aliments. Il est bien rare, en effet, que les aliments solides soient entièrement purs, et pour ce qui est des liquides, tout le monde sait qu'ils sont remplis d'éléments vivants de toute sorte. Ce fait est
amplement démontré par l'étude microscopique des eaux potables: Les eaux de rivière, les eaux ayant subi une stagnation plus ou moins longue au contact de l’air ou ‘de matières organiques sont surtout remplies de microphytes nombreux ; les eaux dé source, principalement celles qui sortent d’un sol granitique, entre autres les eaux therinales, en sont relativement exemptes. | pa
Les microbes qui sont déposés par l'air sur la partie du tube digestif appartenant aussi à l'appareil respiratoire peuvent être entraînés par les mouvements de la déglutition et arriver jusqu’à l'intestin. C'est un deuxième mode de contamination, plus rare que le premier, ilest vrai, mais qu’il ne faut cependant pas négliger entièrement. Il s'applique aussi à la production de l’entérite tuberculeuse par les crachats avalés.
Les matières alimentaires, pendant la digestion, sont le siège de réactions chimiques qui paraissent favoriser singulièrement l'activité des éléments inférieurs, du moins c’est ce que semble démontrer leur présence en nombre considérable. Dans le gros intestin, quand la majeure partie des substances utiles a été absorbée, et qu’il ne reste plus que celles destinées à être rejetées, un commencement de putréfaction s’observe et la pullulation microbienne augmente. De plus, des substances diverses, ptomaïnes ou leucomaïnes, dues soit à la décomposition des cellules animales, soit à l’activité des cellules végétales (microphytes), viennent ajouter leurs effets à ceux des microbes eux-mêmes. Les selles d’un homme sain sont toxiques, ainsi que le prouve l'expé-
rimentation sur les animaux, à plus juste raison le sont-elles davantage quand l’homme est malade.
A l'état de santé, les liquides qui sont constamment sécrétés à la surface du tube digestif depuis la cavité buccale jusque dans le gros intestin, paraissent jouir de la propriété de s'opposer dans de certaines limites à la pullulation des germes inférieurs, C’est probablement pour cela que nous ne sommes pas plus souvent contaminés par eux, Mais lorsque, à la suite d’un écart de régime ou de toute autre cause venant jeter la perturbation dans les fonctions digestives, ces liquides sont sécrétés en moins grande abondance ou né possèdent plus leur composition chimique habituelle, ce simple changemant, en apparence de peu d'importance, suffit pour transformer le tube intestinal en un milieu très favorable à la vie des germes. À ce moment l'individu est dit en état d’APTITUDE MORBIDE. Ses digestions sont ralenties, ses sécrétions sont viciées, la fermentation putride intestinale n’est plus combattue, la bile ne remplit plus efficacement son rôle de désinfectant, tout, en un mot, favorise le développement d’une maladie infectieuse. Ceci peut expliquer la prédisposition créée aux maladies infectieuses par le moindre catarrhe gastrique ou intestinal, la facilité avec laquelle la dysenterie, par exemple, succède à la diarrhée simple, et le choléra à la diarrhée saisunnière. Les enfants, qui sont bien plus que les grandes personnes sujets au dérangement des fonctions digestives, constituent par celä"même un véritable terrain à microbes. Chez eux, les maladies infectieuses sont de la plus grande fréquence. Le développement du
muguet, si rare chez l'adulte, est une preuve manifeste de cette tendance. Le choléra infantile, les entérites de toute sorte qui sont une Cause de mort pour un si grand nombre d’entre eux, reconnaissent pour origine la perversion des sécrétions et la facilité que ce fait donne à l'insertion des microbes.
L'étude attentive des faits cliniques permet donc de supposer, & priori, que la plupart des maladies du tube digestif sont dues à la présence de microbes pathogènes. Cependant, i] ne faudrait pas sehâter de conclure de la présence de ces organismes à leur action novice. Il est permis de supposer en effet, et l'objection a été faite, qu'ils sont parfaitement innocents des maladies qu'on Jeur attribue, et que s'ils sont observés en plus grand nombre quand celles-ci existent, c’est parce que le milieu leur est plus favorable. Pour affirmer la nature parasitaire d'une maladie, il faut d'abord constater la présence du bacille incriminé, l'isoler, en faire des cultures pures, puis en l'inoculant reproduire la maladie initiale. Cette démonstration est loin d’avoir été faite pour les maladies dont nous nous occupons €n cé moment. On ignore par quel genre de microbes chacune d'elles est produite. Tout au plus peut-on attribuer une action pathogène au bacille-virgule du choléra et aux bacilles observés dans la fièvre typhoïde par Ebertbh, Klebs et Bouchard. Le choléra aurait été reproduit par Nicatiet Ritsch surdes animaux au moyen de cultures pures. Mais lamême expérience n’a pas réussi pour lafièvre typhoïde. Le professeur Bouchard, en inoculant le mi-
crobe qu'il a découvert à divers animaux, amena bien
chez eux une maladie infectieuse dont les allures ressemblaient à celles de la dothiénentérie, mais qui ne les préservait pas contre une seconde inoculation; on ne peut donc pas affirmer qu’ils avaient eu une fièvre typhoïde.
Le seul argument de grande valeur que l’on puisse invoquer pour affirmer la nature infectieuse de ces diverses maladies, c'est qu’elles sont contagieuses. Pour la fièvre typhoïde en particulier, il est possible de trouver la filiation des cas et de rapporter chaque épidémie à l’arrivée d’un individu venant d’une localité infectée. Il en est de même du choléra, bien que cependant les observations présentent moins de rigueur. Dans ces deux maladies, la transmission se fait surtout par les déjections et secondairement par les eaux qu’elles ont souillées. La constatation bien établie de ce fait semble donc prouver d’une manière absolue que ces deux maladies sont dues à un agent pathogène développé dans la cavité intestinale de l'individu malade, rejeté avec les selles et transmis à d’autres par les eaux et les aliments.
La présence des microbes dans l'intestin et dans les selles commande donc impérieusemeut l’emploi d’un traitement antiseptique. Les matières fécales, dangereuses après leur expulsion comme source de contagion, le sont aussi pour le malade, car leur contact avec la muqueuse intestinale est pour lui un danger permanent d’auto-inoculation. En désinfectant les selles, on réussit bien à protéger les individus restés indemnes, mais en désinfectant l’intestin on protège aussi le malade contre lui-même. C’est ce but que cherche à atteindre la mé-
A0 thode-antiseptique intestinale, telle que l’a formulée lé professeur Bouchard.
Les lésions locales sont fréquéntes au cours des entérites, notamment celle de la fièvre typhoïde. Les plaies intestinales qui reconnaissent cette cause Se forment dé préférence sur les points où les conditions sont les meilleures pour la pénétration des microbes :les folliculés élos isolés et les plaques de Peyer. Par eux, le milieu intérieur ést souvent ouvert aussi à des agents ‘infectieux qui viennent greffer des maladies sécondaires surla maladie primitive. Ce sont leplus souvent des microbes pyogènes qui empruntent cette voie. Ainsi S'éxpliquent lés nombreux foyers de suppuration que lon observe au déclin de la fièvre typhoïde. L'inflammation de la parotide, la suppuration du larynx, les abcës métastatiques, l’érysipèle reconnaissent en pareil cas cette origine. Les plaies intestinales, jouent ici le même rôle que les éschares dü sacrüm dans Île décubitus. Nous pourrions multiplier les éxemiples d'infection générale ou locale consécutive aux catarrhes intestinaux. Contentons-nous de rappeler encore la formation des abcès du foie dans la dysenterie et du phlegmon péricœcal dans là typhlite. Dans les deux cas, les microbes pyo= gènes profitent de la chute de l'épithélium pour entrer dans les voies lymphatiques ou dans le sang et aller au loif former des colonies. |
Il ressort de ce qui précède que la médication antiseptique idéale dans les maladies intestinales serait celle qui tuerait le microbe causé de la maladie, ét qui ef même temps protégerait les érosions de la müqueuse