ANTISEPSIE DU MILIEU INTÉRIEUR
I. — Voies d'accès permettant d'agir sur le milieu intérieur : 1e Modification de la température. — Chauffage. — Réfrigé- - ration. — Application à la fièvre typhoïde, à la variole, à la pneumonie, à l'érysipèle. — Action de l'électricité et de la lumière sur le développement des cultures. — 2 Action directe sur lesang.—Injections intraveineuses. — Leur valeur expérimentale. — Emploi de la saignée dans les cas d'intoxication par les ptomaïnes. — 3° Action indirecte sur le sang et les tissus par l’ingestion. — Absorption intestinale. — Absorption cutanée. — Injections sous-cutanées.
Si, au lieu d’avoir à lutter contre des maladies où l’infection est de surface, nous avons affaire à des infections générales où les germes siègent soit dans le sang, soit dans le système lymphatique, soit dans les tissus eux-mêmes, nous ne sommes pas pour cela complètement désarmés. Nous pouvons encore atteindre les agents morbides en faisant contre eux de l’antisepsie, à condition toutefois d'employer les substances antiseptiques d’une façon un peu différente.
Trois méthodes principales sont à notre disposition pour agir sur le milieu intérieur, le modifier selon nos desseins et en faire un terrain aussi défavorable que possible à la reproduction des microbes. La première
consiste à changer complètement la manière d'être de
l'organisme en élevant ou en abaissant sa température,
la seconde à introduire directement dans le sang les substances actives, et la troisième à les faire pénétrer par les voies de l’absorption.
Les recherches de Pasteur et de Toussaint ayant montré que le virus rabique était atténué par un abaïssement de température de 40 à 45°, Chauveau pensa qu’une action inverse pourrait avoir le même résultat et soumit à une température plus élevée que la normale des cultures de sang charbonneux. En les chauffant à -+ 43° pendant la période de prolifération des bactéries, puis à + 47°, il réussit à obtenir une diminution considérable de leur virulence, en même temps qu’il arrêtait leur reproduction par spores. Si après cela la même culture est laissée un certain temps à 32° ou 35°, elle reprend toutes ses qualités premières, et de vraies spores de prolifération se forment en abondance.
Est-il possible d’appliquer à la clinique la méthode qui réussit si bien expérimentalement, et d’entraver le développement des micro-organismes qui ont pénétré dans le milieu intérieur en modifiant la température de ce même milieu. Il est permis de le penser. Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises des succès qu’a obtenus Aubert en soumettant des bubons chancreux à l’action d’une température de ++ 42° à + 45°. En pareil cas, il atténuait la virulence des germes infectieux en suivant exactement la même méthode que celle employée par Chauveau pour rendre une culture de charbon inoffensive. C’est cependant, croyons-nous, la seule application
clinique qui en ait encore été faite.
Lemoine. £ 10
La réfrigération est, au contraire, depuis fort longtemps utilisée dans bon nombre de maladies infectieuses. Pensant combattre l'hyperthermie, les médecins employaient le froid, soit localement comme dans la méningite et la péritonite, soit d'une manière plus générale comme dans la fièvre typhoïde, la variole et l'érysipèle. Certes, il paraît bien osé au premier abord de dire que par l'application du froid ce n’est pas l'élévation de température que l’on veut combattre. Mais il faut savoir que cette dernière n'est qu'un fait secondaire, que la fièvre n’a aucune existence propre et qu’elle est tout entière déterminée par les modifications morbides subies par l'organisme. Dans les maladies infectieuses que nous envisageons seules ici, c’est le degré plus ou moins grand de l'infection qui détermine la gravité plus ou moins considérable des symptômes. Pour prendre un exemple bien net, dans la fièvre intermittente, l'élévation de température coïncide avec la pullulation des spirilles dans le sang. En abaissant la température, nous ne réussissons à diminuer la fièvre que parce que nous nous opposons à la reproduction des microbes. Le milieu leur est ainsi rendu défavorable, les conditions de leur existence sont changées, leur activité diminuée et leur action manifeste est moindre.
C'est dans le traitement de la fièvre typhoïde que la réfrigération a été employée de la façon la plus méthodique. Tout le monde connaît la formule de Brandt qui dit répondre de la vie de ses malades toutes les fois qu'il peut les soumettre aux bains froids avant le troisième jour de la dothiénentérie.
Tout récemment une discussion des plus intéressantes a eu lieu à l’Académie de médecine au sujet de ce mode de traitement. Ses avantages et ses inconvénients ont été de part et d’autre exposés avec talent par les défenseurs et les contradicteurs de Brandt. Nous ne pouvous rapporter entièrement leurs conclusions, mais nous dirons seulement que l’école lyonnaise a apporté à l'appui des bains froids les faits les plus convaincants, et qu’actuellement, bien que la question soit toujours en litige, la réfrigération peut être considérée comme du plus grand secours pour atténuer la gravité de la fièvre typhoïde. Peut-être même y aura-t-il lieu de modifier légèrement la manière de faire de Brandt. C’est ainsi que Bouchard obtient des abaissements de température de 1°5 et 2° chez les typhiques en leur donnant des bains à une température inférieure seulement de 2e à celle du corps, au lieu de les donner à 20° comme on le fait généralement. Il n’est donc encore rien d’absolu dans ces méthodes, maïs leur principe est posé et la voie est ouverte aux observateurs.
La réfrigération a été appliquée également au traitement des maladies infectieuses autres que la fièvre typhoïde, mais avec un bien moins grand succès. Les bains froids, le drap mouillé, les affusious froides, ont été essayés dans la variole, la pneumonie, l’érysipèle, avec des fortunes variables, Il ne semble pas que les résultats obtenus aient été meilleurs qu’avec les autres méthodes, sauf peut-être pour l’érysipèle qui, nous l’avons vu, a été enrayé à plusieurs reprises par des pulvérisations de chlorure de méthyle (Renaut). Les insuc-
cès ne prouvent en tous Cas qu’une chose, c'est que toutes les maladies ne sont pas susceptibles d’être modifiées par le même traitement, et que chaque espèce de microbes est influencé par des agents physiques ou chimiques différents de ceux qui agissent sur d'autres. Il se passe sans doute pour les microbes qui ont envahi l'organisme ce qui se passe pour ceux que l’on met en coitact in vitro avec des substances antiseptiques. Chaque substance est plus ou moins antiseptique pour tel ou tel d’entre eux.
D'autres agents physiques, tels que la lumière et l’électricité modifient, on le sait, la vitalité des micro-0organismes. Si le fait n’est pas encore absolument démontré pour ce qui est de l’action de l’electricité (Richet) (4), il n’en est pas de même pour celle de la lumière. Duclaux (2) a démontré que les spores d’un microbe (tyrothrix scabes) perdent vite leur vitalité au soleil et la conservent longtemps à l'obscurité, et que l’insolation, agissant plutôt comme lumière que comme chaleur, tue les micrococcus plus vite que les spores des bacilles. Arloing (3) a fait des recherches analogues relativement au bacillus anthracis. La sporulation est plus rapide et plus abondante à l'obscurité et dans les régions les moins réfrangibles du spectre que dans la lumière blanche. Tandis que la lumière ne modifie guère la végétation
et la formation des spores, elle modifie leur végétabilité,
(1) Richet. Congrès d'Alger, 1881.
(2) Duclaux. Académie des sciences, 12 janvier 1885, et Société de biologie, 25 juillet 1885.
(3) Arloing. Acad. des sciences, 9 février, 24 et 31 août 1885.
c’est-à-dire la propriété qu’ils possèdent de végéter en filaments. Si on soumet une culture à l’insolation (mois de juillet), on atténue sa virulence. et par une insolation de 30 heures, on la transforme en vaccin. Cette propriété que possède la lumière sur le développement des microorganismes n’a pas encore été utilisée en thérapeutique, mais il était utile de la signaler, et peut-être un jour donnera-t-elle des résultats.
Quand les agents pathogènes habitent le sang, il semble au premier abord que le moyen le plus sûr de les atteindre serait d'introduire les substances antiseptiques dans le torrent circulatoire par injection intra-veineuse, Formulée aiasi, cette méthode est bien difficile à appliquer chez l’homme. Au contraire, elle a été appliquée souvent dans un but expérimental chez les animaux. Bouchard s’en est servi pour fixer quelle était la quantité de chaque antiseptique qui pouvait être injectée à un animal sans être toxique, et à déterminer ainsi l’équivalent de chaque corps. Il a essayé également de combattre la virulence de matières septiques injectées préalablement dans les veines d’un animal, en lui faisant ensuite une série d’injections antiseptiques. Ces essais, répétés pour un certain nombre de maladies infectieuses, n’ont amené aucun résultat favorable ; tout au plus, la présence dans le sang des agents antiseptiques retarde-t-elle la mort de l’animal de quelques heures, Arloing, partant de ce fait constaté par Strauss et Chamberland, que le chloral ajouté au bouillon stérilise les cultures, l’expérimenta dans le but de pratiquer l’antisepsie interne. Ce médicament, pouvant être donné
à profusion et à plusieurs reprises lui paraissait être un de ceux qui conviennent le mieux. Cependant en le donnant par injections intra-veineuses à un lapin auquel il avait inoculé le charbon, il neréussit pas même à retarder la mort. Le peu de succès obtenu par cette méthode tient peut-être à ce qu’on l'a expérimenté en vue de combattre des affections d’une gravité exceptionnelle, et à ce que l’on s’est servi d'animaux sur lesquels elles sont particulièrement graves. A côté de ces faits défavorables, nous devons citer la vaccine du charbon symptomatique. L'animal est vacciné quand on injecte dans une de ses veines la culture atténuée, tandis qu'il est inoculé et meurt, quand l'injection est faite dans le tissu cellulaire, Peut-être n’est-il pas indifférent de porter les antiseptiques dans le milieu sanguin ou dans le milieu lym< phatique selon les cas ; c'est là une question qui n’a pas encore été étudiée. (Arloing, Communication verbale.)
On fait parfois de l’antisepsie ou plutôt de la désinfection locale en agissant directement sur le sang par la stignée. Je ne puis, en effet, appeler autrement ce que l’on fait, lorsque dans le cas d’éclampsie puerpérale, d’urémie, etc., on enlève à l’orgamisme une certaine quantité de sang contenant à profusion des matières toxiques. Il est bien évident, en effet, qu'en débarrassant par cette voie le malade des ptomaïnes et autres produits toxiques qui ont été résorbés, on supprime du coup une certaine quantité du poison et on permet à l'économie d'éliminer peu à peu ce qui en reste, si les organes d’excrétion sont encore perméables.
L'introduction directe des médicaments dans le sang
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nous étant à peu près interdite, le seul moyen qui nous reste pour les faire parvenir jusqu’à lui, c’est de les faire absorber soit par le tube digestif, soit par la surface pulmonaire, soit par la peau. Cette méthode, que l’on peut appeler méthode d'ingestion (ce terme étant pris dans le sens général d'introduction par les surfaces absorbantes), est la plus commode de toutes, mais elle est aussi la moins sûre. On ne sait pas toujours sous quelle forme les substances antiseptiques arriveront dans le sang ou dans les tissus, et si à ce moment elles posséderont encore toute leur action. Il résulte cependant de nombreuses recherches que certains corps passent en nature dans le milieu intérieur, et y possèdent par conséquent toutes leurs propriétés.
Les conditions nécessaires pour qu'un antiseptique puisse être absorbé, c’est qu’il soit suffisamment soluble, et qu'il ne soit pas toxique pour le malade. Nous nous sommes suffisamment étendus sur ce dernier point dans notre premier chapitre pour n'avoir pas à y revenir. Quant à la solubilité des substances employées, elle peut varier selon la façon dont on veut les faire absorber. Tandis que quand on se sert de l’absorption par la voie intestinale, il faut avoir recours à des antiseptiques aussi solubles que possible, il sera permis de ne pasleur réclamer cette propriété à un degré aussi prononcé quand on voudra les faire absorber par la peau, par exemple. Dans ce dérnier cas, il faut avoir recours aux frictions et employer comme véhicules du médicament un corps gras et non un liquide. Il n’y a en effet que les graisses qui mouillent la peau et puissent s’introduire de l'épi-
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derme dans le corps muqueux et de là dans les vaisseaux. Ceci tient à ceque l’épiderme est tout entier(Ranvier) imprégné de graisse, et que le corps muqueux de Malpighi est infiltré d'un plasma semi-graisseux (Renaut : Cours d'anatomie générale). Ainsi sont expliqués les résultats positifs obtenus par la méthode des frictions, tandis que celle des lotions contenant des cristal loïdes est nulle. Ce fait est du reste surabondamment démontré par l'introduction du mercure dans le milieu intérieur à la suite des frictions d’onguent napolitain. Le contact prolongé de la peau avec des solutions médicamenteuses (teinture d’iode, bain au sublimé, etc...) amène cependant un ramol!issement des couchès superficielles de l’épiderme, qui favorise l’absorption et permet aux substances employées de pénétrer jusque dans le sang.
Lesinjections interstitielles, faites dans les organes et faites sous la peau, sont un des meilleurs moyens d'avoir une absorption rapide des médicaments et doivent être employées dans tous les cas où elles sont possibles,
II. — Antiseptiques généraux. — Mercure. — Le calomel et la salivation dans les maladies infectieuses. — Signification de la salivation. — Importance de la méthode des doses fractionnées. — L’acide phénique est-il applicable ? — Antithermiques. La plupart agissent comme antiseptiques.
Existe-t-il des substances antiseptiques dont l’action
soit telle sur les organismes inférieurs qu’on pourrait les
employer indifféremment dans tontes lesmaladies infectieuses? Nous avons déjà répondu à cette question en montrant que des agents antiseptiques puissants pouvaient ne pas agir sur certains microbes et même leur servaient de milieu de culture (sulfate de quinine). Il serait donc inutile de revenir sur ce sujet. Cependant, on avait voulu employer plusieurs corps, le mercure, l'acide phénique, l’arsenic, etc., comme une véritable panacée contre toutes les infections.
De toutes ces substances, le mercure et ses différents composés est celle dont l’action parasiticide est le plus prononcée. On connaît les excellents résultats qu’il donne dans le traitement de la syphilis; mais son emploi n’a pas été aussi efficace lorsqu'on a voulu l’appliquer à d’autres maladies. Son énergie est telle en effet, qu'il ne tarde pas à amener des troubles organiques dès qu’on le donne à une dose très élevée. Autrefois on recherchait la production de la stomatite et de la salivation dans l’espoir que par cette voie s’élimineraient les matières infectieuses. La signification de la salivation mercurielle est aujourd’hui mieux connue, et on évite en général de la provoquer. Elle indique que l'organisme est saturé de mercure, que les voies naturelles sont impuissantes à l’éliminer et que toute dose nouvelle dépassera le but que l’on veut obtenir et tuera les cellules animales aussi bien que les végétales. De là ressort l’importance de l'emploi du calomel par doses fractionnées ; elles seules, permettent d’en prolonger l’action et d'obtenir les résultats voulus. La guérison de la syphilis lui est due; mais quand on s’en sert dans d’autres maladies infectieuses,
fièvre typhoïde, variole, choléra, ses résultats sont à peu près nuls, La saturation de l'organisme et la salivation sont ici nécessaires pour arrêter le développement des microbes, mais l’état de faiblesse dans lequel elles laissent le malade est une contre-indicalion à peu près constante,
L’acide phénique dont les effets sont excellents quand on l’emploie à l'extérieur, est d’un inaniement très difficile à l'intérieur. Il est tout à la fois un hypothermisant et un antiseptique, il diminue la calorification et agit aussi sur les cellules végétales des agents infectieux (Bouchard).
Dans la fièvre typhoïde on l’a vu parfois juguler la maladie. Mais les avantages qu'il peut présenter sont largement compensés par ses dangers. Il amène le refroidissement, le collapsus et une série d'accidents nerveux qui ne permettent guère des’en servir. Il est aujourd’hui abandonné, et on lui préfère avec raison d’autres sub stances similaires moins dangereuses.
« Presque toutes les médications qui diminuent la fièvre dans le typhus abdominal sont antiseptiques. Toutes celles qui ont été réputées spécifiques ou considérées seulement comme utiles sont antiseptiques. » (Bouchard.) Si l'acide phénique et ses similaires, la résorcine, la kairine, l’antipyrine, abaissent la température, c'est yraisemblablementparcequ'ils possèdent en mêmetemps une grande action antiseptique. Le faible degré de concentration des solutions de ces médicaments donnés aux malades ne suffit pas sans doute pour tuer les bacteries,
mais suffit pour arrêter leur reproduction, C'est ce qu'a
dit Warfwinge au congrès de Copenhague, à la suite de la communication de Bouchard. Nous nous rangeons pleinement à cette théorie, et nous espérons démontrer dans un instant, en prenant la quinine comme exemple, que les antithermiques n’agissent que par leurs propriétés antiseptiques.
III. — Antiseptiques spéciaux. — Arsenic.Benzoate de soude. Acide benzoïque. — Mercure et quinine. — Le mercure
contre la syphilis. Etude de son action. — C’est un reconstituant des globules du sang. — Il n’est pas anticongestif. — Il est antiparasitaire. — Démonstration de ce fait.
À côté des substances dont on a voulu faire des antiseptiques généraux, nous devons parler de celles que l’on emploie journellement comme antiseptiques spéciaux dans des maladies déterminées, De ce nombre est l’arsenic préconisé contre la phtisie depuis longtemps, Tout récemment Buchner, en faisant prendre à ses phtisiques 2cc. par jour d’une solution d’acide arsénieux à 4 p. 2000, fit disparaître rapidement la fièvre hectique et améliora l’état du poumon. Essayée depuis en Allemagne par de nombreux praticiens cette méthode ne donna entre leurs mains aucun résultat appréciable. L’arséniate de soude jouit, au contraire, de propriétés curatives remarquables dans la tuberculose, sans doute parce qu’il influence l’organisme en le rendant plus rerésistant aux atteintes du parasite en même temps qu’il entrave la reproduction de celui-ci,
Le benzoate de soude, qui fut, à un moment donné, vanté par les médecins allemands comme un remède souverain dans ladiphthérie, est bien discrédité depuis, à la suite de nouvelles observations.
Certains acides, l’acide benzoïque, l'acide salicylique et l'acide borique ont été particulièrement recommandés et employés. C’est dans le cas de fermentation
ammonicale des urines, et pour combattre la ten-
dance suppurative du rein dans les néphrites ascen-.
dantes, qu’ils ont été surtout mis en usage. Donné à la dose de 2 à 6 gr. par jour (Gosselin et Robin), l’acide benzoïque retarde la décomposition de l’urée et peut en sept à huit jours ramener à l'acidité des urines franchement aminoniacales. Il est un exemple bien net dela manière dont agissent les médicaments absorbés par la voie intestinale, sur les éléments parasitaires que l'on veut atteindre. Selon Gosselin et Robin il se transforme dans l'économie en acide hippurique, etc’est sous cette forme qu'il arrête dans les urines la reproduction du ferment de l’urée.
Quoiqu'ilensoit, nous ne possédons à l'heure actuelle que deux substances dont l’action antiseptique dans le milieu intérieur soit bien démontrée, ‘c’est le mercure et la quinine.
Pendant longtemps on a pensé que le mercure agissait par les sueurs, la salivation et la diarrhé qu'il proproduisait ; d’où la règle de le donner jusqu’à la salivation. Astruc, reprenant les théories mécaniques de Boerhave, disait que le mercure agissaiten pénétrant dans le sang sous forme de particules métalliques, qui
brisaient entre elles la matière virulente. Pour Hunter le mercure a une action plastique ; il substitue l’irritation qui lui est propre à celle de la syphilis, influençant l'organisme et non le virus. C’est là une théorie encore admise par beaucoup de syphiligraphes.
On a dit que le mercure était un agent de désassimilation pour l'organisme et en particulier qu'il détruisait les globules rouges du sang. Son action paraît être, dans la syphilis du moins, absolument différente. Malassez et Wilbouchewitch ont constaté que chez les ma- Jades qui présentaient avant tout traitement une diminution assez considérable du nombre de leurs globules rouges, l'absorption du sublimé faisait rapidement remonter ce chiffre au-dessus du taux normal. Mais si on continue le traitement pendant trop longtemps, le mercure finit par être contenu dans l’économie en quantité trop considéfable et il fait alors diminuer le nombre des globules. Ce fait indique donc que le mercure doit être employé seulement à doses fractionnées et pendant un temps limité, sans quoi il finit par exercer une action destructive sur les cellules vivantes. (Arch. Phys. 1874.)
Le mercure n’est pas davantage un anticongestif, ainsi que le fait avait été avancé ; la preuve en est dans la présence d’éruptions mercurielles quand on l’emploie à hautes doses. S'il fait disparaître les éruptions syphilitiques, ce n’est donc pas en exerçont sur les vaisseaux une action constrictive empêchant les congestions locales.
L'action du mercure est toute antiparasitaire. Son a ction sr les organismes inférieurs, démontrée dans de nombreux cas, ne permet pas d'en douter. La découverte
récente par Lustgarten du bacille producteur de la syphilis permet de penser que c’est en l’atteignant directement dans le sang et dans les tissus, qu'il guérit la maladie. Nous n’avons pas ici à rechercher comment et sous quelle forme le mercure passe dans le milieu intérieur; il nous suffit de savoir qu'il s'y rencontre toujours une fois absorbé. Là il se trouve en contact avec les agents septiques, et ilest bien permis de supposer qu’il se comporte à leur égard comme un ennemi. Son action, pour être moins énergique que celle que l’on constate expérimentalement, est probablement suffisante encore pour gêner le développement des parasites.
Les effets du traitement mercuriel ne sont durables que si on le continue pendant un temps assez long; de plus il ne prévient guère les récidives de la syphilis, peut être parce qu’il n’agit pas sur le virus incomplètement développé. Nous savons, en effet, que l’antiseptique qui tueles bacilles peut très bien ne pas tuer leurs spores.
La syphilis étant une maladie essentiellement spécifique, le mercure agit en combattant cette spécificité ellemême. Il exerce son action non passur les lésions qui amènent la syphilis, mais bien sur les bacilles qui en sont les producteurs immédiats. Pour ne citer qu’un exemple, le mercure ne fait jamais rétrograder le psoriasis, mais il fait disparaître les syphilides psoriasiformes. Il ne combat pas la lésion, il combat sa cause.
IV. — Antiseptiques spéciaux. — Quinine. — Elle n’est pas antithermique, mais antiseptique. — Ses effets sur les spirilles de la malaria. — Imprégnation préalable, — Accès coupés. — Récidives. — Expérience de Binz. — La quinine a une action spécifique. — Conclusion.
Avec le mercure,la quinine peut être prise pour le type le plus parfait des antiseptiques agissant dans le milieu intérieur. Mais de même quele premier n’influence d’une façon vraiment remarquable que la syphilis, elle n'agit également avec efficacité que dans l’intoxication paludéenne et à un plus faible degré dans la fièvre typhoïde et la septicémie puerpérale. C’est donc aussi un antiseptique spécial à action élective.
Il n’est plus permis aujourd’hui de considérer encore la quinine comme un antithermique. Elle n’abaisse la température qu’en s’attaquant aux germes infectieux qui sont la cause de l’hyperthermie; ce fait ressort de nombreuses observations. « De toutes les maladies fé- « briles, dit Bouchard, la fièvre typhoïde est l’une de
celles où l’hyperthermie se laisse le mieux réduire par « laquinine. J’ai grande tendance à croire que cet alca- « loïde abaisse la température des typhiques, non par « son action physiologique sur l'organisme du malade, « mais par son action délétère sur les végétaux provoca- « teurs de la maladie, En effet, la quinine n’abaisse « pas la température chez l’homme sain, bien qu'elle « modifie réellement les actes de l'oxydation organique ; « et elle n’abaisse pas l’hyperthermie de toutes les maladies fébriles. Dans la fièvre typhoïde comme dans