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l’une des infections puerpérales, le sulfate de quinine,
à la dose de 4 à 3 grammes, peut abaisser l'hyper- « thermie de 1 à 3 dégrés, ramener la température à la « normale sans l’abaisser presque jamais au-dessous de « la normale. Dans la pneumonie, dans l’érysipèle, « autres maladies infectieuses, on arrive rarement et « péniblement à produire un demi-degré d'abaissement « avec des doses quotidiennes de 3 et 4 grammes du « même sel. J’en conclurais volontiers que c’est par son « action sur les microbes, mais seulement sur certains « microbes, que la quinine est antipyrétique dans cer- « taines fièvres. » (Revue de médecine, 1884, p. 843.) Nous adoptons complètement la conclusion de Bouchard et nous croyons que les propriétés parasiticides électives de la quinine peuvent seules expliquer son action dans certains cas et son impuissance dans les autres. C'est grâce à elles qu’elle jugule la fièvre intermittente, et l’on ne peut nier que cette maladie soit de nature parasitaire depuis que les spirilles qui en sont la cause ont été découvertes par Thumasi Crudeli. Une solution de quinine mise en contact avec une culture de ces spirilles arrête leur développement. Il est donc bien probable qu’introduite dans le sang des malades elle agit de la même manière. De nombreux faits cliniques tendent du reste à le prouver. On sait que les individus sains, qui avant de voyager dans un pays où règne la malaria absorbent des doses quotidiennes de quinine, réussissent à faire de leur organisme un terrain défavorable à la végétation des spiriles,et restent le plus souvent indemnes de Ja maladie. L'action antiseptique de la
quinine est donc la seule que l’on puisse invoquer pour expliquer ce cas. C’est par elle également qu'il faut expliquer la cessation subite des accès de fièvre intermittente sous l'influence de fortes doses de quinine. Les accès ne se reproduisent plus parce que la quinine s’oppose à la formation de nouvelles générations de parasites ; ils reparaissent, au contraire, lorsque l’on cesse l'emploi de ce médicament avant que l’économie en ait été saturée, car les agents pathogènes, seulement affaiblis, pullulent de nouveau et produisent une nouvelle série d’accès intermittents. Tous les praticiens savent bien que l’emploi de la quinine doit être continué un certain temps après la disparition de la-fièvre, si l’on veut éviter sa reproduction. p
Toutes les différentes manières d’administrer la quinine dans les fièvres intermittentes ont pour objet, bien inconsciemment du reste, d'arrêter la réproduction du parasite et de couper court aux accès. Bretonneau et Trousseau, en indiquant de prendre ce médicament aussi loin que possible de l’accès à venir, agissaientsans s’en douter sur la génération des germesen voie de développement; et réussissaient ainsi soit à prévenir le nouvel accès, soit à le rendre moins violent. C’est cette manière de faire qui est encore employée aujourd’hui dans la mac jorité des cas; on donne la quinine aux mäalades dès qu'ils sortent d’un accès en vue de les empêcher d'en avoir unautre. Les résultats donnés par cette méthode, qui, on le voit,répose sur des basés physiologiques, sont bien meilleurs que ceux qu'obtenait Torti qui dônnait la poudre de quinquina au milieu de l'accès fébrile, Cette
Lemoine, : i uies, Et
façon de procéder n’est plus autorisée maintenant que dans le cas d'accès pernicieux, où il faut agir vite et se débarrasser le plus rapidement possible des spirilles qui se produisent en trop grand nombre.
-J1 semble en quelque sorte que l'action de la quinine s'épuise sur les cellules végétales et respecte les cellules animales. C'est ce qui peut expliquer pourquoi les hautes doses sont mieux supportées dans les maladies infectieuses que dans les autres ; les agents pathogènes retenant à eux la plus grande partie du médicament et le rendant ainsi inoffensif pour l'organisme.
Les expériences in vitro confirment cette action parasiticide de la quinine, Une quantité de 75 grammes introduite dans un litre de bouillon de bœuf empêche sa putréfaction (Miquel), une dose bien moindre suffit à empêcher le développement de certains germes, et notamment celui des spiriles de la malaria dans les bouillons de culture. D’après Binz et Scharrenbroich elle possède une certaine influence sur la vie des cellules animales, et mélangée à de la lymphe, par exemple, elle ralentit, puis arrête les mouvements amiboïdes des globules blancs. Cette propriété la rend anticongestive, parce qu’elle arrête la diapédèse, qui, on le sait, devient impossible siles globules blancs ne peuvent plus poussér de prolongements.
La découverte de Tomasi Crudeli.a montré que la malaria est une maladie spécifique. Si la quinine agit sur elle, c'est en exerçant une action élective sur ses agents producteurs. De même que le mercure combat la syphilis en s'adressant au bacille de Lustgarten, la qui-
nine fait disparaître les accès intermittents en atteignant les parasites qui en sont la cause. Pas plus que le mercure, elle n'agit sur les lésions elles-mêmes, C’est ce qu’il est facile de démontrer. Plusieurs maladies, et particulièrement la maladie d’Addison, partagent avec la malaria la propriété de donner naissance à des quantités considérables de pigment. Mais, tandis que la quinine fait rétrograder le processus pigmentaire de la malaria, œuvre des microbes (les globules blancs pigmentés disparaissent dans le sang après le traitement des formes aiguës), elle n’a aucune action sur celui de la maladie bronzée. Donnée à un individu en pleine santé, elle n’ar-
-rête pas davantage la formation du pigment normal. Par conséquent, si elle empêche la formation du pigment dans la malaria, c'est uniquement parce qu’elle agit sur les microbes, cause première de cette production anormale.
La quinine n’agit donc dans la malaria, maladie spécifique, que parce qu’elle possède elle-même une action spécifique. Si elle est puissante également dans la fièvre typhoïde et l’infection puerpérale, c'est qu’elle est aussi un spécifique de leurs agents pathogènes.
Par la quinine contre la malaria et le mercure contre la syphilis, l’antisepsie médicale rentre dans les voies de la médecine traditionnelle. Elle explique, en s'appuyant sur l’expérimentation et la physiologie, le mode d’action de médicaments que l’on employait autrefois d’une façon tout empirique. Elle montre surtout qu’il est possible de poursuivre les agents pathogènes jusque dans l'intimité du sang et des tissus et que l’on peut les atteindre
avec succès sans nuire au malade. Actuellement, nos connaissances sur les. causes des maladies deviennent chaque jour plus précises et le nombre des maladies spécifiques augmenté. Il est permis d'espérer qu'à côté de chacune d’elles viendra se placer le médicament spécifique, l’agent antiseptique qui agira sur elle de préférence à tout autre et en modérera la gravité. Nous ne possédons encore que le mercure et la quinine qui remplissent ces conditions. Nul doute que de nouveaux spécifiques
viennent bientôt prendre place à côté d'eux.