INÉBRANLABLE DANS SA RÉSOLUTION DE LICENCIER CETTE ARMÉE
L'adresse des délégués polonais de Posen, Berlin, 22 mars 1848 s'exprime ainsi : « Formation d'une armée nationale afin de remplacer la garnison actuelle du duché... »
La pétilion des députations polonaises de Gallicie et de Krako vie, Léopol, le 6 avril 1848 s'exprime également ainsi : a Une ARMÉE NATIONALE SUT le pied dc gucrre... »
ff Dans la supposition qu'il n'y aurait point d'armée nationale . polonaise, il faudrait bien encore qu'il y eût des soldats en Pologne, quand oe ne serait que pour entretenir les forteresses du pays et pour faire le service du cordon douanier le long des frontières. — Ces soldats seraient nécessairement Russes; aussi et quelque minime que fût leur nombre, ne manquerait-on pas de dire que la liberté en Pologne n'est qu'un vain mot, une dérision amëre, puisque la Diète délibère sous la menace incessante des canons braqués sur le Palais national, et que les députés, pour se rendre à la Chambre, passent par une baie de baïonnettes moscovites. »
LA Û1IESTI0N POLONAISE, par ScihédorFerrotî. ..,
Dès que les Polonais auront une armée nationale, ils n'auront plus qu'une pensée, ce sera de s'en servir pour reconstituer l'unité polonaise; cesera, avec plus de droits et plus de- raison encore, de jouer le rôle qu'a joué le Piémont, à qui ne suffisent pas la Lombardie, l'Emilie, es Marches, l'Ombrie, la Toscane, Naples et Palérme, à qui il faut encore absolument et logiquement Venise et Rome, objectera, à son tour, l'empereur de Russie au directeur de la France.
Si accommodant que soit M. de La Guéronnière, nous doutons qu'il parvienne à mettre d'accord sur ce point les justes exigences des Polonais avec les légitimes défiances des Russes. Plus nous étudions la question de la Pologne, plus nous la creusons, et plus nous nous affermissons dans la conviction que la reconstitution partielle présenterait encore plus de difficultés et plus de périls que la reconstitution intégrale. Entre le rétablissement de la Pologne de 1815 et le rétablissement de la Pologne de 1772, il n'y aui-ait donc pointa hésiter un seul instant pour l'Europe et sa pacificalion.Le rétablissement de la Pologne de 1815 serait le retour imnianquable des mêmes effets par les mêmes causes ; ce serait le retour des mêmes soulèvements et des mômes répressions, dont les années 1831, 1846 et 1863 ont donné au monde le triste et déchirant spectacle.
Ainsi que nous l'avons dit, ainsi que nous le maintenons, il n'y a point de politique intermédiaire entre l'entière séparation de lenlière Pologne et son entière absorption. Quelles que soient les nuées dont M. de La
* Guéronnière ait essayé de voiler la question, cela est aussi clair que le jour.
Il faut que la France le sache bien pour s'y préparer! Ou Tintervention diplomatique en 1863 sera la défaillance, comme en 1831 et comme en 1846; ou elle sera la guerre, comme en 1859, mais la guerre transportée du Tessin sur la Vislule. Elle ne sera pas, nous Taffirmonsi
• l'autonomie de la Pologne.
Serré de près, M. de La Guéronnière nous déclare :
Premièrement, que « la Pologne? de 1772 peut lui inspirer des regrets, mais il ne lui est permis de faire que des vœux pour elle; la Pologne de 181 5 est la seule qu'il ait en vue, la seule en faveur de laquelle la France a le droit d'agir, la seule qui soit une question européenne, la seule qui puisse motiver une intervention diplomatique, sans que cette intervention soit une ingérence. »
Deuxièmement, qu'il demande pour la Pologne de 1815 « l'autonomie politique, législative, nationale, mais qu'il n'admet pas qu'il soit possible d'y ajouter, dans les circonstances actuelles, l'autonomie armée. »
Cette double déclaration fait tomber le grand mot autonomie , qui ne signifie plus rien, et fait perdre à la Pologne, comme question européenne, toute son importance.
Qu'importe à la sécurité de l'Europe que le duché de • Varsovie ait ou n'ait pas une représentation et une administration distinctes !
C'est la montagne qui accouche d'une souris.
Admettons cependant que la politique de M. de La Guéronnière J'emporte sur la njfttre; admettons que l'empereur Alexandre II rende au duché de Varsovie la Constitution que lui avait donnée Alexandre P*", moins . l'armée nationale; mais admettons aussi que, persistant dans toutes les déclarations de tous leurs manifestes, et insistant plus que jamais sur le rétablissement de leur armée nationale, les Polonais, ce qui est certain, ne se contentent pas de la Pologne de 1815, de ce lambeau de leur ancien royaume, que fera alors la France? Se tournera-t-elle contre eux?
M. de La Guéronnière, qu'il nous permette de le lui dire, se Irompe grandement s'il pense qu'il suffira de donner au duché de Varsovie une administration distincte, aux termes de l'article 2 de l'acte du Congrès de Vienne du 9 juin 1815, même une législation distincte, même une Constitution distincte, pour que les Polonais, privés de leur armée nationale, ce à quoi ils tiennent pardessus tout, consentent à voir, dans ce retour à des traités que le gouvernement de Napoléon III ne saurait invoquer, l'autonomie de la Pologne.
Autonomie de la Pologne ! N'est-ce pas un mot un peu bien grand, n'est-ce pas un mot un peu bien ambitieux pour une Pologne réduite aux proportions du duché de Varsovie; pour une Pologne n'ayant plus d'exis-
teDcequi lui soit propre ; pour une Pologne démembrée ; pour une Pologne coupée en trois morceaux partagés entre trois nations différentes : TAutriche, la Prusse et la Russie ? Depuis quand Morcellement et Autonomie sont-ils devenus synonymes ? Ce que demande M. de La Guéronnière, ce n'est pas Fautonomie de la Pologne, c'est Tautonomiedu duché de Varsovie... mais non, ce n'est pas même l'autonomie du duché de Varsovie, puisqu'il n'aurait pas le droit de faire sa loi de recrutement. L'autonomie, c'est le droit de se gouverner selon ses propres lois. Que serait une autonomie où la loi la plus importante, la loi du recrutement, serait celle que l'État autonome n^aurait ni le droit de faire, ni le droit de changer, ni le droit d'abroger ?
M. de La Guéi onnière, qu'il le reconnaisse, s'est servi d'un mot dont il n'a pas mesuré la portée et qui va au delà, fort au delà de sa pensée, puisque la Pologne à laquelle ill'applique est la Pologne de 1815, et n'est pas la Pologne de 1 772.
Dire en. parlant du duché de Varsovie : l'autonomie de la Pologne, c'est absolument comme si l'on disait en parlant de la Lorraine : l'autonomie de la France !
Quoi qu'il en soit, pour mettre fin à un débat qui ne doit pas se prolonger sans mesure, nous déclarons que nous sommes prêt à nous rallier à la solution de M. de La Guéronnière, à ces deux conditions:
1° Que les Polonais qui se battent se contenteront d'un petit royaume de Polo;^ne restreint aux proportions du duché de Varsovie ;
2^ Que les Russes consentiront au rétablissement de l'armée nationale qui a existé en Pologne de 1815 à 1832 ; car donnant aux Polonais si peu, il ne serait pas juste, M. de La Guéronnière en conviendra, de leur donner moins que ce qu'ils avaient à cette époque, aux termes des articles cliii à clvi de la Charte constitutionnelle des 15/27 novembre 1815.