‹ L'apaisement de la PologneChapitre 17 sur 73 · LA POLOGNE LIBRE DANS LA RUSSIE LIBRE · texte numérisé non relu

LA POLOGNE LIBRE DANS LA RUSSIE LIBRE

« La Pologne libre dans la Russie libre, ce serait Tab- » sorption sans la liberté! Absorption et liberté sont deux yy idées qui se repoussent de la façon la plus absolue. » Jamais on ne fera vivre ensemble laliberté politique et » la servitude nationale » s'écrie M. de La Guéronnière.

L'histoire, par la voix d*un grand historien, M. Augustin Thierry, répond à M. de La Guéronnière : « L'é- » tablissement des grands États modernes a été surtout

» Vosuvre de la force Il n'est pas un des États de

» l'Europe qui ne présente encore des traces vivarUes de n la diversité de races d'hommes qui à la longue se

» sont agrégées sur son territoire On aperçoit

B clairement l'existence de plusieurs peuples dans l'en- » ceinte géographique qui porte le nom d'un seuK ...»

M. de La Guéronnière prétendra-t-il que ce n'est là qu'une allégation, et à l'appui voudra-t-il une preuve?

Est-ce que la Lorraine, dont nous ayons déjà prononcé le nom, est-ce que la Lorraine absorbée, pour ne citer ici qu'un seul fait, n'a pas vécu en parfait accord avec la France absorbante, sous tous les régimes successifs de liberté diverse, liberté tantôt entière, liberté tantôt restreinte, que la France a traversés depuis 1766, date de Tabsorption de la Lorraine ?

Pourquoi donc ce qui a été possible à la France, en 1766, ne le serait-il pas à la Russie, en 1863, si Tempereur Alexandre mettait la main sur un premier ministre doué de l'habileté dont M. de Schmerling a fait preuve en Autriche?

Pourquoi donc et en quoi donc serait-il plus difficile de faire la Pologne libre dans la Russie libre que d'avoir fait la Lorraine libre dans la France libre?

Ce n'est plus la politique qui pose cette question à M. de La Guéronnière, c'est l'histoire.

Ce que l'histoire affirme, M. de La Guéronnière le contredit en ces termes :

(( Il est CERTAIN que la Lorraine, lorsqu'elle fut réunie à la couronne, en 1766, était française depuis longtemps : française par l'origine, par les mœurs, par la religion, par la langue ; elle n'avait pas de nationalité réellement distincte de la nationalité française. En était-il de même de la Pologne à l'égard de la Russie en 1772? Ici, tout répugnait à la fusion ; pas d'origine commune comme nation historique, langue différente, mœurs

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diffërentes, religion différente, civilisation différente, aptitudes différentes, besoins différents.

» La nationalité lorraine s'est fondue sans secousse dans Tunité française, parce qu'elle était morte; la nationalité polonaise se débat <x)ntre Tunité russe, parce qu'elle vit et qu'elle ne veut pas mourir. »

L'auteur de Y Histoire de laréunion de la Lorraine à la France, M. le comte d'Haussonyille répoad à M. le vicomte de La Guéronaière :

« L'acquisition de la Lorraine fut l'œuvre d'une politique profondément, habile moins soucieuse du droit que de la force ^ei plus soucieuse que scrupuleuse. Les efforts des ducs de Lorraine, de la noblesse et du pays tout entier:, pour préserver leur commune indépendance, ont été continuels et opiniâtres, La lutte soutenue pendant un temps si long n'a pas été sans Courage, sans quelque gloire et surtout sans beaucoup de souffrances. »

«r . . . Quelle contrée fut autrefois plus que la Lorraine hostile à la France, plus jalouse de sa nationalité propre, plus éprise de son indépendance et de ses antiques usages ? Et pourtant quelle est celle des populations successivement agrégées à notre pays qui se montre aujourd'hui le plus attachée à la commune patrie ? »... L'antipathie était grande : la résistance a été vive et pro^ longée ; et pourtant à l'heure qu'il est quelle parfaite fusion et quelle parfaite identité d'intérêts et de sentiments I

»... Tour à tour occupée de vive force, ou momentanément rendue à ses souverains légitimes, la Lorraine n'a jamais cessé d'être soit le théâtre des entreprises violentes des rois de France, soit l'objet de leurs incessantes négociations ; et l'on peut dire que la paix elle-même ne lui a pas été moins funeste que la guerre. Cependant l'histoire, qui ne tient guère compte des résistances malheureuses, n'a pas attaché grand intérêt au sort duo petit pays si fort tourmenté, et qui n'a trouvé de repos qu'en perdant sa nationalité. »

Il y a de grandes phrases qui ont l'air de dire beaucoup et qui ne disent absolument rien; finissons-en donc avec ces grandes phrases : (< La Pologne morte

dam la Russie vivante! » Si la Lorraine est morte comme duché, est-ce qu'elle en vit moins bien comme départements se nommant : la Moselle, la Meurthe, la Meuse et les Vosges ? Si la Lorraine est morte dans la personne de son duc, est-ce que les Lorrains sont morts parce qu'ils sont administrés par des préfets au lieu d'être gouvernés par lui ? Est-ce que les Polonais, vivant dans la Russie libreet y mourant tranquillement de vieillesse au lieu d'aller se faire massacrer en pleine jeunesse, n'y gagneraient pas en longévité ? Est-ce qu'un pays meurt parce qu'il change de nom?... Mais ce qui meurt, en effet, c'est une génération qui se fait tuer, martyre glorieuse d'une idée fausse.

A l'exemple de la Lorraine, dont il est faux de dire qu'elle n'avait pas une nationalité distincte de la France, mais dont il est vrai de dire « qu'ELLE ne trouva de REPOS qu'en perdant SA NATIONALITÉ, )) nous persistons à penser que la Pologne ne retrouvera le repos qu'en perdant, elle aussi, sa nationalité; mais à la condition qu'elle recevra la liberté en échange de son indépendance.

Qu'est-ce que l'indépendance du sol sans la liberté du citoyen? — Rien.

Qu'est-ce que la liberté du citoyen sans l'indépendance du sol ? — Tout.

La Pologne ne perdrait donc rien et gagnerait tout à n'être plus indépendante, mais à être libre.

Supprimer de nom la Pologne sans l'opprimer de fait : voici, nous l'avouons, notre conclusion.

Opprimer de fait la Pologne sans la supprimer de nom : voici, sans qu'il Tavoue, la conclusion de M. de La Guérounière.

En quoi donc l'analogie entre la réunion de la Pologne à la Russie, poursuivie de 1772 à 1863, et la réunion de la Lorraine à la France, poursuivie de 1550 à 1766, diffèrent-elles ?

De 1772 à 1862, il ne s'est encore écoulé que 90 ans !

De 1550 à 1766, il s'est écoulé 216 ans !

M. de La Guéronnière ne voit que ce qui s'est passé depuis 1772; il oublie ce qui s'est passé avant 1766. Oublier est si facile, quand l'histoire — qui est à la politique ce que le passé est au présent, ce que le chêne est au gland tombé de ses branches — est la condamnation souveraine de l'opinion qu'on improvise !

Après MM. 'Augustin Thierry et d'Haussonville, la parole est au général Kosciusko :

Le général Kosciusko au prince Adam George Czartoryski,

« Vienne, 13 juin 1815.

» J'ai mis dans la même balance les intérêts de mon pays et ceux de Terapereur ; je suis incapable de les séparer ; dans l'impossibilité de faire davantage, je me suis offert en sacriûce à ma patrie, mais non pour la voir restreinte à cette petite portion dç territoire emphatiquement décorée du nom de royaume de

POLOGNE

» Et ceux de nos frères retenus sous le sceptre de la Russie,

pouvons-nous les oublier? Nos cosurs souffrent de ne pas les voir réunis à nous. . .

» Que la Providence vous dirige ; quant à moi, ne pouvant plus servir utilement ma patrie, je me réfugie en Suisse. »

Maintenant, au tour du général Mieroslawski :

« En fait d'opinions légitimes et applicables hors de Tasservissement complet qui dispense les Polonais d'en professer aucune, une seule peut triompher : celle qui délie les destinées providentielles du pays, celle qui lui rend toutes les forces que les démembreurs lui avaient enlevées (1). »

Au tour de M. Ladislas Mickiewicz :

« L'intégrité territoriale est Fun de nos dogmes politiques. Si Napoléon en 1815 préféra tomber plutôt que de rendre la France moindre qu'il ne l'avait reçue de la République, c'est-à-dire sans ses frontières naturelles, un Polonais n'aborde jamais l'idée d'une Pologne autre que celle qui lui a été léguée par ses pères. Les bourreaux de notre nation saluèrent du nom de royaume, au Congrès de Vienne, par la bouche de leurs diplomates, un assemblage de trois millions de Polonais, comme on avait ironiquement salué Jésus roi des Juifs. A cette Pologne enchaînée et mutilée, ils dirent : Règne maintenant en toute liberté sur tes enfants. Et quand elle arracha sa couronne d'épines et qu'elle les frappa du faible sceptre qu'ils lui avaient mis dans les mains, ils se jetèrent sur elle... Elle reprendra son corps sans qu'il lui manque un lambeau de chair ni une goutte de sang; elle reprendra sa couronne séculaire et le sceptre glorieux qui gouverne heureusement des millions d'hommes et contient des millions d'ennemis. Chacun a la conscience que ce qu'il y a de plus pernicieux pour les Polonais, ce serait de borner leurs espérances et leur action au royaume du Congrès. C'est ce que les événements de 1830 ont surabondamment prouvé (2). »

« ... Le marquis Wielopolski représente cette idée, que la Pologne doit s'administrer elle-même sans cesser de faire partie intégrante de l'empire de Russie. Cette hérésie contre le prin-

(IJ De la nationalité polonaise.

{%) La Pologne et ses provinces méridionales, 1863.

cipe de la nationalité polonaise a naturellement éloigné de lui les Polonais (1). »

Au tour du comte André Zamoyski, chargé de remettre au grand-duc Constantin la fameuse adresse du

1 4 septembre 1 862, contenant ce passage :

«( Polonais, nous ne pouvons appuyer le gouvemement que quand ce gouvernement sera polonais et quand toutes lés provinces qui composent notre patrie seront réunies ensemble et jouiront d'une constitution et d'institutions libres. »

Au tour enfin du Comité central français pour la cause

polonaise s'exprimant ainsi :

(t Ils n^ont qu'un seul cri : la Pologne tout entière, la Pologne

de 1772 1 >>

Les Polonais, revendiquant ainsi leur nationalité, ont beau crier tous, sous toutes les formes, à M. de La Guéronnière, qu'ils ne veulent pas de sa solution; qu'ils ne sauraient reconnaître leur patrie dans une Pologne mutilée et réduite au duché de Varsovie, tête sans corps ; qu'ils ne consentiront jamais à s'en contenter et à n'avoir plus d'armée nationale : M. de La Guéronnière reste sourd et impassible à ces cris et à ces protestations comme s'il ne les entendait pas !

Ce que la France demande pour la Pologne, la Presse de Vienne annonce que la Vénétie va l'obtenir.

Le Statut que prépare l'Autriche reconnaîtra (^ l'autonomie » de la Vénétie, et de ce qui regarde l'admi-

[i) Note sur Vétat de choses en Pologne» 1862.

nistration de ses affaires intérieures. Les membres de la Congrégation générale émaneront de l'élection directe et ne seront plus empruntés aux congrégations provinciales et aux autorités municipales.

Tout en applaudissant très sincèrement à cette amélioration, nous nous faisons sur elle si peu d'illusion, que nous ne pouvons nous empêcher de nous demander ce que durerait le Statut , si TAutriche cessait un seul jour d occuper son fameux quadrilatère et d'avoir ses canons braqués sur Venise.

Sérieusement, la France croit-elle que le Statut octroyé à la Vénétie par TAutriche suffira pour que la Vénétie renonce à l'idée et à l'espérance de concourir par son accession à l'unité italienne, cette unité ayant Rome pour couronnement de l'édifice? Non, la France ne peut pas le croire.

Entre la Vénétie et la Pologne, il y a, il est vrai, une différence dont nous tenons le compte qu'il est juste d'en tenir.

D'abord, entre la Vénétie et l'Autriche, il n'existe aucun amalgame ; ensuite, il n'existe en Italie qu'une

seule domination étrangère; tandis que la Pologne, par-

tagée en trois morceaux, est soumise à trois dominations distinctes. Pour reconstituer l'imité polonaise, il faudrait donc que l'Autriche, la Prusse et la Russie y consentissent d'accord ou y fussent contraintes, tandis que, pour compléter l'unité italienne, il suffirait de désintéresser l'amour-propre de l'empereur François-Joseph, qui gagnerait à délaisser la Vénétie plus qu'il n'y

perdrait, à moins qu'il ne nourrisse secrètement Tespoir de reconquérir la Lombardie, et de replacer sur leurs trônes les souverains de Modène, de Parme, de Toscane et de Naples.

On le voit, toute assimilation de la Pologne à Tltalie est fausse.

En Italie, une seule domination étrangère, n'occupant (ju une partie du sol.

En Pologne, trois dominations étrangères s'en étant partagé entre elles le sol tout entier.

En Italie, un État qui avait sa dynastie et son armée, et qui s'appelait le Piémont.

En Pologne, rien qui ressemble au Piémont : point dé ' dynastie régnante, point d'armée nationale. «'

Par celte diflférence s'explique comment nous somme*'* à la fois pour l'unité italienne et pour l'unité russe, à la condition que celle-ci, comme celle-là, sera la fin de l'oppression et l'avènement de la liberté.

Liberté pour les Polonais , liberté pour les Russes;liberté pour tous!

Union de la Pologne à la Russie par des droits polîti-' ' ques communs, réconciliation de la Pologne avec la Russie par l'égalité dans la liberté! Oui, c'est là l'idiéé^ grande : car la Russie libre, c est l'Allemagne, c'est la France, c'est l'Europe à jamais délivrée du danger et de la crainte d'une invasion de barbareis.

Que toutes les voix libres de l'Europe libre s'unissent donc à nous pour demander ce que nous demandons : La Pologne libre dans la Russie libre ! ^-^ ' -^^ '

Au lieu de dem^ndeT la Pologne libre dans la Eussie libre, soyez plus large, nous dit M. de La Guéronnière; demandez la Pologne libre avec la Russie libre!

Comparons les deux formules :

La Pologne libre avec ia Russie libre, formule de M. de La Guéronnière, concède à la Pologne une Constitution particulière, une représentation nationale, une administration nationale; mais elle ne lui concède pas ce à quoi la Pologne tient le plus, elle ne lui concède pas une armée nationale.

La Pologne libre dans la Russie libre, notre formule, confond la Pologne avec la Russie dans une égale liberté; mais cette confusion, cette solidarité avec la Russie est précisément ce qui fait la garantie de la Pologne, puisque» pour retirer la liberté aux Polonais, il faudrait la reprendre aux Russes.

La Pologne libre avec la Russie libre soulève les objections suivantes : Si la liberté est égale en Pologne et en Russie, à quoi bon deux Constitutions et deux Parlements distincts sous une seule couronne? On dit : a H n'y aurait plus entre les Russes et les Polonais d'oppresseurs et d'opprimés ; il n'y aurait plus que deux peuples libres ayant chacun son souverain dans /a mérne personne. » Si cette raison avait quelque valeur, si elle

était sérieuse au lieu de n'être que spécieuse, elle s'ap pliquerait avec autant de vérité à la Constitution qu'à la couronne ; on pourrait tout aussi bien dire : « Il n'y aura plus que deux peup. es libres, ayant chacun sa Constitution dans le même texte. » Sérieusement, à quoi bon refaire en Pologne ce qui a été défait en Irlande au nom du progrès, au nom de l'égalité, au nom de la liberté ? A quoi bon deux Parlements distincts sous une seule couronne? — Parce que Polonais et Russes n'ont i as la même religion, la même origine et ne parlent pas la mente langue. — Est-ce que les Alsaciens, qui sont protestants, qui n'appartiennent à la France que depuis cent soixante-dix ans et qui parlent encore allemand, ont la même religion, la même origine et parlent la même langue que les Parisiens, quisontcatholiquesetqui parlent français? Cela empêche-t-il les députés du Haut et du Bas-Rhin de s'asseoir avec les députés de la Seine sur les bancs de la même Assemblée législative? Estce que catholiques, protestants et même maintenant israélites ne siègent pas tous indistinctement dans le Parlement britannique, quoique les catholiques irlandais rivalisent d'intolérance avec les anglicans? La civilisation n'est pas tenue de fléchir le genou devant l'anachronisme, de prendre des erreurs pour des vérités et des susceptibilités pour des droits. Deux Constitutions distinctes, deux législations distinctes, deux Parlements distincts, deux armées diçtinctes, veulent logiquement et nécessairement deU|^ . couronnes distinctes. Alors c'est ce que nous ayoflS^dit,;;

c'est I^etitière séparation consommée entre la Pologne et là Russie ; c'est ce que Ton appellera peut-être à Paris, nous le répétons, l'indépendance de la Pologne, mais c'eist ce qu'on appellera certainement à Pétersbourg, le démembrement de la Russie; plus tard, à Berlin, le déniémbi^ement de la Prusse ; plus tard, à Vienne, le démembrement deTAutriche. Une telle solution, si petite qu'elle se fasse, si pacifique qu'elle paraisse, n'est réa- Irsable que par la guerre et après la victoire.

La Pologne libre dans la Russie libre, présente les avantages suivants : point de démembrement dé la Rtissie qui blesse Torgueil russe; point de démembrement de la Prusse qui inquiète les Prussiens; point de démembrement de l'Autriche qui tourne ses soldats contre les nôtres. Point de question inextricable, d^arinèe polonaise distincte de l'armée russe. Plus de loi inégale et barbare, de conscription qu'on puisse avec raison qualifier de loi de proscription. Point d*opposition de la noblesse russe contre l'empereur Alexandre, les Russes trouvant leur compte à ce que les garanties de liberté qu'ils réclament leur soient données sans qu'il en coûte rien à leur patriotisme. Nous ne voulons rien dissimuler ici ; nous ne dissimulerons donc pas que notre solution , la Pologne libre dans la Russie libre, débuterait par rencontrer peu de sympathie i)armi les Polonais , partictihèrement parmi ceux qui ont pris les armes et plus particulièrement encore pârfaii cfeux' qui habitent Paris, loin de tous les périls. Màià qu'importerait qu'en apparence ou en réalité lés

Polonais ne fussent pas pleinement satisfaits, si TËurope, si l'humanité, si la civilisation étaient justement satisfaites! Alors hautement, systématiquement, irrévocablement abandonnés de TEurope, abandonnés de la France, les Polonais qui se battent encore ne tarderaient pas à changer les manches de leurs faux et à retourner labourer, au lieu de se faire moissonner par les bataillons et les escadrons russes. Si elle avait le bonheur de prévaloir, notre solution, sans défaillance pour le -gouvernement français, sans humiliation pour le gouvernement russe, serait donc le maintien, plus que cela, l'affermissement de la paix.

a II s'agit de bien voir comment la partie est enga- » gée, vis-à-vis de qui, à côté de qui et avec qui par » derrière,» disait M. Billault, au Sénat, dans la séance du 19 mars 1863, avant qu'on votât l'ordre du jour sur les pétitions polonaises. En effet , il s'agit de bien voir quelle est la partie qu'il convient de jouer pour ne pas risquer inconsidérément de la perdre.

Ce n'est pas la partie de l'indépendance et de la guerre, mais c'est la partie de la liberté et de la paix.

La jouera-t-on ? Saura-t-on la jouer?

Avec la partie de la liberté, on a pour soi les Russes, les Prussiens, les Autrichiens ; avec la partie de l'indépendance, on a contre soi les Autrichiens, les Prussiens et les Russes.

Si on a pour soi les Russes, on aura avec soi lempereur Alexandre ; ayant besoin d'eux, comment pourrait-il lutter contre eux?

Résumons-nous :

Le maintien de ce qui existe actuellement en Pologne étant naturellement impossible;

Le retour pur et simple aux stipulations de l'article 1 •' de Pacte du Congrès de Vienne du 9 juin 1815, moins le rétablissement de l'armée nationale, étant repoussé par tous les Polonais qui ont pris les armes et par tous ceux qui, de près ou de loin, entretiennent et dirigent r insurrection;

La reconstitution de l'ancien royaume de Pologne n'étant réalisable qu'à la condition que la France l'entreprendrait, au risque d'une guerre contre les trois puissances copartageanles, la Russie, la Prusse, l'Autriche entraînant avec elles la Confédération germanique;

La Pologne libre avec la Russie libre n'ayant pas de raison d'être, rivant l'une à l'autre deux nationalités rivales, laissant subsister tous les souvenirs irritants, de vainqueur à vaincu, manquant d'homogénéité, n'offrant aucune garantie de durée, mettant en péril la liberté des Russes sans mettre en sûreté la liberté des Polonais le jour où ceux-ci tenteraient de nouveaux efforts pour recouvrer leur indépendaacc, leur autonomie :

Sans la guerre, il n'y a donc de réalisable et de durable que la Pologne libre HAi^s la Russie libre; ce qui serait la Russie libre par la Pologne libre.

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