‹ L'apaisement de la PologneChapitre 20 sur 73 · C0MT3 DE BROGLIE, IDEE DE LV REPUBLIQUE DE · texte numérisé non relu

C0MT3 DE BROGLIE, IDEE DE LV REPUBLIQUE DE

POLOGNE. Manuscrit du dix - huitième siècle , chap. III. L'Ordre équestre.

Le roi de Prusse Frédéric II constate en ces termes quel était l'état des provinces polonaises en 1773 : « Il était bien juste qu'un pays qui avait produit un Copernic

ne croupit pas plus longtemps dans la barbarie eH tout genre uù la tyrannie des puissants Tavait plongé. Cette tyrannie allait si loin que les grands, pour mieux exercer leurs caprices, avaient détruit toutes les écoles, croyant les ignorants plus faciles à opprimer qu*un peuple instruit.

» On ne peut comparer les provinces polonaises à aucun État de l'Europe ; elles ne peuvent entrer en parallèle qu'avec le Canada. Il faudra par conséquent de Touvrage et du temps pour leur faire regagner ce que leur mauvaise administration a négligé pendant tant de siècles. »

FRÉDÉRIC II (iO décembre 1773). Correspondance de Voltaire avec le roi de Prusse,

Ce témoignage d'un copartageant serait suspect s*il n^était pas corroboré en ces termes par M. Henri Martin, Tun des plus fervents défenseurs de l'insurrection polonaise :

« Si la Pologne eût été une démocratie véritable, il eût pu être bon de la débarrasser d'un fantôme de royauté ; mais elle était une anarchie nobiliaire^ superposée à une immense servitude. La monarchie pure étant donc repoussée par Tesprit de liberté des nobles, et la république démocratique étant impossible, puisque le vrai peuple n'existait pas, le gouvernement le plus convenable à la Pologne pouvait être une combinaison de l'hérédité et de rélection, plus ou moins rapprochée du système anglais, au moins tant que le vrai peuple ne serait pas formé et pour Taider à se former. Le salut était dans l'émancipation civile d'abord, puis politique des paysans, et un roi héréditaire eût, plutôt que l'aristocratie, favorisé tout au moins la première de ces deux phases. »

HENRI MARTIN, histcibe de fra.nce, année 1762. Ainsi s'explique facilement, par les citations qui précèdent, par l'anarchie nobiliaire, par 1 immense servitude, par le fanatisme religieux, par l'ignorance populaire, par la passion de la guerre avec l'esprit d'indiscipline, par la mauvaise administration, parlabsencc de

toute prévoyance, par le manque de frontières et de forteresses, comment s'est accomplie cette célèbre prédiction du roi de Pologne Jean Kasimir :

a Au milieu de nos discordes intestines, nous avons à cramdre l'invasion et le démembrement de la république. Le Moscovile (Dieu veuille que je sois un faux prophète I] envahira les peuples qui parlent sa langue et le grand-duché de Lithuanie ; la maison de Brandebpurg aura en partage la Prusse et la Grande-Pologne; TAuf riche, enfin, qui ne s'oubliera pas dans ce déchirement général, s'emparera de Krakovie et des pays circonvoisins. »

Kasimir V éprouva un tel dégoût de ce qu'il voyait sans pouvoir y remédier, qu'il abdiqua et se retira en France, où il mourut, en 1672, abbé de Saint-Martin de Nevers.

L'extrait qu'on va lire établit que Stanislas-Auguste, en 1764, était souverain à Varsovie comme le pape Pie IX l'est à Rome en 1863, c'est-à-dire impuissant à gouverner et à se maintenir sans le concours d'une armée étrangère :

« A la mort d'Auguste III, la diète d'élection se linl au milieu des troupes russes : racharnement des partis opposés était tel, que Stanislas-Auguste, à peine élu, demanda à Catherine de ne pas les retirer : elles avaient été pour lui un moyen d'élection, il en lit un moyen de gouvernement ; elles devinrent et devaient devenir Tinstrumentde sa perle. La conséquence était affreuse; mais elle dérivait nécessairement des deux premières propositions établies par lui-même. »

FERRAND, histoire des trois démembrements DE LA POLOGISE. IntroducUon.

Aussi, l'auteur de VBistoire des trois démembrements delà Pologne, écnyani en 1820, prétend-il en ces ter-

mes que ces démembrements ont été plutôt favorables que nuisibles aux Polonais :

« Quand oq veut se rappeler les calamités de tout genre qui, dans le siècle dernier, ont accablé les Polonais, surtout depuis i733, on doit reconnaître qu'ils n'ont perdu que leur ancienne existence politique, qui n'était pour eux qu'une source de discordes et de malheurs, et qui peutr-être n'aurait jamais pu s'améliorer au milieu des obstacles qu'elle rencontrait dans leurs préjugés , leurs habitudes et leurs vicieuses constitutions; ils en ont acquis une qui se trouve en harmonie avec les Etals dont ils font partie aujourd'hui (1820J, et si cette nouvelle existence se consolide, comme tout doit le faire présumer, le Polonais, plus véritablement libre qu'il ne l'était lorsqu'il parlait sans cesse de sa liberté, peut, en jouissant des avantages que la nature lui offre, vivifier son agriculture toujours négligée, et affranchir enfin son commerce du ruineux monopole auquel les juifs l'avaient soumis. »

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