‹ L'apaisement de la PologneChapitre 29 sur 73 · LA DIPLOMATIE · texte numérisé non relu

LA DIPLOMATIE

5 mai 1863.

Mise en demeure par la France « d^aviur aux moyens de » placer la Pologne dans les eonéiiwns d^une paix dwrabU 9^ la Russie réplique :

« Rien ne saurait mieux répondre au vœu de l'empereur. Mais c'est précisément sur le choix des moyens qui peuvent conduire à ce résultat qu'il serait d^irable de s'entendre. {»

La France n'avait indiqué nul moyen; la Russie n'en laisse entrevoir aucun : nous nous trompons, la Russie en laisse apparaître un qui rappelle la réclamation qu'il y a quelques années la France fit à l'Angleterre relativement au droit d'asile. Ce que l'Angleterre à cette époque répondit à la France, la France, à son tour, le répondra à la Russie, qui aura placé sa phrase contre < les tendances révolutionnaires, it fléau de notre époque^ dont l'Europe entière est affectée d.

A cette phrase du cabinet russe, que se sont empruntée à tour dé rôle tous les cabinets européens , selon la circonstance, que répondra le cabinet français ?

De son côté, que répondra le cabinet britannique à l'exhortation que lui adresse le cabinet russe ? Cette exhortation est conçue en ces termes :

fc I^s cabinets qui attachent du prix à voir le royaume de Pologne rentrer un moment plus tôt dans les conditions d'une paix durable ne sauraient donc mieul assurer la réalisation de ce vœu qu'en travaillant de leur côté à apaiser le désordre moral et matériel qu'on s'efforce de propager en Europe , et à tarir ainsi la principale source des agitations dont s'alarme l'imprévoyance # )>

— iT8 —

Il faut en convenir, les diplomaties autrichienne, britannique et française ont fait à la diplomatie russe la partie belle ! Point n'était besoin, pour la gagner, d'être de première force.

8 mai 1863.

Dans les trois dépêches de la France , de l'Autriche et de l'Angleterre , se trouvent ces deux mots : paix durable , indiqués comme le but qu'il faut atteindre; mais aucune des trois dépêches n'en montre le chemin. Il était facile à prévoir ^e eette réserve; fèreée ou calculée ^ donnerait tont l'avantage ail (sftbiifêt ru0«e. Il etl a profité.

V Opinion nationale le reconnaît en ces termdf désespérés :

« Qu'offre la Rutftie ? rien, Qii« pronet-ell^ ? riao* Qu'aura piroduit dès lovB l'interventm diplQmatli[iii 4iis piii«Miii09«? mn. »

Point n'était besoin d'êtce prophète pbur fîréiroii- et prédire que toute intervention diplematique privée dé tout earaetère comminatoire n'aboutirait qu'à ces deux résultais : perte de temps et perte d0 satig !

Gomment la diplomatie sortira-l-elle maintetmnt de l'impasse où elle a pris scnn de s'enfermer elle-même de ses propres maitls ?

Le Tintes et le Mmmmlf FM dédarent que c tindépenJan» y^ delà PMfne thU être 4Mmuè par Vépée »«

Nous prions ees deux journaux de vouloir bien nous dire comment ils concilient le langage qu41s tiennent, s'il est . sérieux, avec les déclarations^ de lord lôhti Ru^ll et de lofd Palmerston ?

Rappelons au Times et au Mmmg PM, qui paraissent ks avoir oubliées, ces paroles de lord John Russell h la Chambre des communes^ dansia séance du 2Ç mars 1862 :

« Jamais aucdd homme d'Étsrt anglais ayant rempli leâ fonctions de premier ministre n'a eu dans l'idée dé pirêtei' ûné aàststahcè ntd^ têrielle aux Polonais*.. Jamais aucun ministre n'a pensé qdè ledevOlr de ce pays tti de s^interpàset àutredeht que it>ar l'eift^ressioh dé ses opinions. ^

Puis cette déclaration de lord Palmerston, le 4 avril 1862 :

« Il me semble qu'une nation placée dans les circonstances où se trouve la Pologne devrait bien calculer les conséquences de l'adoption par elle d'une ligne de conduite qu'on pourrait lui conseiller de prendre... Était-ce sage, je le demande, de leur part, d'adopter un système de démonstrations offensantes? Ces emblèmes déployés, ces hymnes chantés ne pouvaient améliorer en rien la condition des Polonais et ne pouvaient qu'irriter et provoquer les autorités russes... Je ne puis m'empècher de penser que les Polonais auraient mieux agi dans le sens de leurs propres intérêts , s'ils avaient appliqué leur énergie à l'amélioration de l'agriculture et leurs efforts aux progrès de la prospérité générale du pays; s'ils avaient supporté aussi bien qu'ils le pouvaient les malheurs dont ils disent souffrir, au lieu de sortir de cette voie et de commettre des actes calculés pour irriter et provoquer sans probabilité quelconque d'un bon résultat...

» Quant à l'avenir, si quelqu'un se sentait appelé ou avait le droit de donner un avis aux Polonais, il leur recommanderait d'avoir confiance dans l'avenir et de ne pas attirer sur eux , en sortant de la ligne convenable , des maux qu'ils ne pourraient prévenir s'ils tombaient sur eux. Qu'on songe à ce qui se passe en Russie ! Un grand changement politique et social a lieu dans cet empire, un changement qui ne peut rester isolé. Une grande œuvre se poursuit, une des plus grandes peut-être qui aient été opérées dans un si court espace de temps dans un pays : l'émancipation des serfs. Croit-on que cette émancipait on ne doive pas tôt ou tard conduire à quelque extension de privilèges politiques , de pouvoir et d'autorité pour la nation russe ? Je dirais donc, quant à moi, aux Polonais : G^est là ce que vous devez attendre, en n'oubliant pas que si les Russes ne peuvent désÀte^ que ies Polonais obtiennent ou conservent des libertés dépassant ce dont ils jouissent eux-mêmes, ils seront toutefois disposés à les faiire par^ ticiper à tout ce qui pourra leur être accordé. Les Polonais agiraient mieux, dans le sens de leurs propres intérêts, en s'éfforçant de faire de la conciliation , et de profiter des sentiments bienveillants el humains que je dois supposeï; à l'empereur 4-l^tndre. Dans toii9 les cas , ce n'est pas là une question où la Grande-Bretagne puisse intervenir sagement et utilement. »

Ces paroles de lord John Russell et de lord Palmerston pourraient n'avoir pas une importance décisive ; elles pourraient être mises au compte de Timprovisation de tribune et des nécessités parlementaires, si elles n'étaient en parfait accord avec toutes les recommandations invariables de lord Palmerston aux ambassadeurs de Sa Majesté Britannique à Saint-Pétersbourg, d'user toujours, tout en faisant des

remontrances, de « beaucoup de prudence et d'une grande > délicatesse ».

Par ces mots : « T indépendance de la Pologne », qu'est-ce qu'entendent le Times et le Moming Post? Entendent-ils ce que veut la France, c'est-à-dire la Pologne de 1815? ou ce que veut la Patrie, d'accord avec YOpinion nationale et le SiècU, c'est-à-dire la Pologne de 1772?

Angleterre, Autriche, Espagne, France, Italie, Suède, sont-elles d'accord sur ce qu'elles veulent et le savent-elles?

10 mai 1863.

L'absence de netteté est ce qui caractérise l'éloquence parlementaire en général et l'éloquence britannique en particulier, ainsi que le prouve le nouveau discours prononcé le 8* mai par lord John Russell, discours où il s'exprime ainsi :

« // ne faut pas voir sous des couleurs trop roses les représentations faites par les puissances et les bons effets qu'elles peuvent avoir. »

Lord John Russell , persistant dans le langage qu'il avait tenu le 26 mars 1862, se hâte de déclarer ce qui suit :

(c Le peuple polonais ne doit pas compter que rAKCLETBiai tiiiia l'épéb bn sa faybur et qu'elle fera autre chose que d'adresser au gouvernement russe des représentations qui soient dignes de l'Angleterre. »

On a vu ce que valaient ces représentations , toutes invariablement accompagnées des recommandations suivantes, textuellement empruntées aux dépêches britanniques :

« Ne pas sortir du ton de représentation amicale qui convient aut bonnes relations qui existent entre la Grande-Bretagne et la Russie... User d'une grande délicatesse et de beaucoup de prudence... Entretenir et augmenter, s'il est possible, les relations amicales qui existent si heureusement entre la Grande-Bretagne et la Russie... Ne pas lui causer la moindre offense... Conserver et rendre plus étroits, s'il est possible, les liens d'alliance qui attachent les deux puissances, dont l'union doit avoir pour effet salutaire la conservation de la paix du monde. »

En même temps que lord John Rnssell déclare « que rien » n'a été fait pour le bonheur de la Pologne, et qu'il expli- » que la méfiance existant contre la Russie par le système » tyrannique qui a été adopté, » il exprime <r sa confiance dans » la sincérité de l'empereur de Russie. » Quel nom donner à ce double langage ? quel nom donner à ces contradictions dans le même discours ? Est-ce ainsi que devrait parler un homme d'État, ministre d'une grande nation? — Mylord, si vous retirez de la main gauche les espérances que vous donnez de la main droite, il serait bien plus simple et plus humain de n'en donner aucune! Gela serait surtout plus « digne » de l'Angleterre. Ou tirez l'épée et courez à la défense d'un peuple héroïque dont le sang coule à flots; ou, si vous n'avez point ce courage, ayez la franchise de déclarer que l'Angleterre n'est pas plus fondée à intervenir entre les Busses et les Polonais que les Russes n'eussent été fondés à intervenir entre les Anglais et les Irlandais. Adoptez l'une ou l'autre politique, mais soyez conséquent!

12 juin 1863.

En Angleterre, les ministres changent, mais les intérêts ne changent pas. Preuve : ce discours de lord John Russell :

« Il ne faut pas que la diplomatie fasise des propositions oiseuses et sans chance de succès; cela placerait les puissances de TËurope dans une fausse position, si la Russie venait à réprimer Pinsurrection. Toute la question est hérissée d'immenses difficultés, difficultés qui me font hésiter assurément à donner au noble comte Tassurance que nous pourrons arriver à la solution satisfaisante.

» Dans une si grande question , notre position est fixée , à ce que je crois, par le traité de 1815. Signataires du traité de 1815, qui n'est pas annulé , nous devons proposer des conditions que nous jugeons compatibles avec ce traité, et tendantes au bien-être de la Pologne et à la garantie d'une paix durable dans cette partie du monde.

» Yoilà notre tâche. Ce n'est pas à nous à proposer d'ériger un grand royaume de Pologne composé de toutes les anciennes provinces polonaises, ni de proposer cette combinaison à l'acceptation des

différentes puissances signataires du traité de Vienne. Mais nous devons nous efforcer de conduire ces négociations, avec, les différentes puissances européennes, de manière à préserver la paix générale.

» Quant à moi , je ne vois pas l'avantage qui pourrait résulter de l'interveution armée en faveur de la Pologne. Je ne vois que confusion et calamité à la suite d'une telle interruption de la paix de TEurope. Je ne vois pas quel objet net et défini le gouvernement anglais pourrait alléguer pour justifier Tadoption de sa part d'une semblable marche. »

Ce discours de lord John Russell, prononcé le 10 juin 1863, n'est que la continuation de la réponse du roi d'Angleterre George III au dernier roi de Pologne Stanislas-Auguste, datée de îSaînt- James , le il novembre 1772.

C'est dans cette lettre que George III s'exprime ainsi : .

a Je crains que ces malheurs ne soient arrivés au point de ne po^i* voir être redressés que par la main du tout-puissant. »

Si c'est la main du Tout-Puissant qui conduit la politique, redresse les malheurs et les iniquités, si la justice interrompue dans son cours le reprend d'elle-même, pourquoi donc payons-nous tous si chèrement une diplomatie inutile, des armées permanentes, des flottes cuirassées, etc.? Pourquoi ne nous en remettons-oous pas tout uniment à l'intervention divine ? Tel n'est point l'avis de la Patrie : d'accord avec Y Opinion nationale et le Siècle, elle est plus que jamais pour l'intervention armée; en termes plus clairs, pour la guerre.

Plus que jamais aussi, nous persistons dans la ferme conviction que l'intervention diplomatique n'aboutira à rien qu'à faire monter plus haut encore le flot de sang dans lequel se noie toute une génération héroïque, abusée par des espérances que la diplomatie ne peut pas partager. Hors la solution qui découle de tous les documents que nous avons interrogés, de tous les faits que nous avons étudiés, il n'y a pas de solution ! L'avenir le prouvera ; mais pour le reconnaître, faut-il donc attendre qu'il n'y ait plus en Pologne que des cadavres ?

26jiiml863.

Si la diplomatie n'obtient de Tempereur de Russie rien de plus que ce qu'il eût fait sans elle; si TAngleterre et rAulriche, mises en mouvement par l'impulsion de la France , restent & mi-chemin ; si la France ne prend pas le parti d'intervenir seule en Pologne , au risque d'allumer la guerre aux quatre coins du monde et de renouer une coalition; si les souscriptions fort m^îgr^s, ks sympatlii^s Iprt bruyantes, les encouragements fort irréfléchis donnés au¥ Polonais n'aboutissent qu'à une plus gr^ndi^ f^lhil^Pn de sang, que faudra*t-il penser de la façon superficielle et presque dédaigneuse avec laquelle le Gon^Mufianneil çt VOpir nioi» mtiwmak ont traité notre eoqclusiQO : 1.4 pei^fH^HE usay DAKS LA Russ» LiBRB ? La liberté an liçu de Toppressioii » la sécurité au lieu do meurtre et du pill^gQ > fa prqspérité au lieu de la misète et de la dévastation, ne serait-ee donc rien f

Si les Polonais refusent leur consentement à l'cçuirre laborieuse dont on eounalt les Six BQtnts» cipoui^eut l'Anglet^re^ l'Autriche et la Russie s'y preudrouMl^l pQui: I4 leur imposer t

fiaiis la voie où s'est ^irrée la diplomatie à la sujte du joumalisone, il n'y a point d'issue; c'est pour rayoir vérifié et reconnu qu'après avoir commencé iHu: demander l'indér poidance d-iin royaun^e dd Pol<^e séparé 1 distiupt} WtOr nome, qui fût à la R|issie ce qu'est la BJplgiqu^ h Ift France» nous sommes revenu sut nos pas. A quoi sert de piétiner dans une impasse ^t d'oiq[)o^er c^tiuément h la logique et k la force des ehoses l'inconséquence et la faiblesse ^^9 hommes? Ce que nous avons fait, sans retard et §aus hésir tation, pat humanité ^ par lyuipathie éclairée pis^r Ijeis f^ialheur^x Polonais, qu'un espoir plus cruel encore que le général Mourawieff envoie 4 la mor|» c'est PQ qu& feront l'Angleterre, l'Autriche et la France... mus trop t^rd I

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