NAPOLÉON
avec Tarticle 2 du traité d'alliance signé à Paris le 20 novembre 1815, dont il ne parle pas!
Il y a un proverbe fort connu : « Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il est enragé. » Mais encore faut-il qu'il y ait de l'eau. On dira tout ce qu'on voudra, on fera tout ce qu'on pourra , nous défions qu'on fasse sortir la guerre de la dépêche du prince Gortchakoff, sur laquelle il n'y aura plus qu'un avis , et cet avis ce sera le nôtre , ou l'évidence ne mériterait plus le nom qu'elle porte.
Ni le Constitutionnel ni le Pays n'ont entrepris de réfuter ce que nous avons avancé pour rétablir le véritable sens de la dépêche du prince Gortchakoff, inconsidérémeut altéré par M. le duc de Montebello et par lord Napier, dans la précipitation d'un premier mouvement et dans la contrariété d'une attente déçue. Nous constatons ce silence, non pour en triompher, mais uniquement pour prouver qu'en 1863, commic en 1840, la lumière se fait. Plus une nation est grande et moins elle doit croire qu'on puisse jamais avoir l'intention de l'insulter. La susceptibilité est ce qui donne la mesure de la faiblesse d'une nation. Ayant à appréhender qu'on ne l'écrase, elle craint toujours qu'on ne commence par l'humilier.
- 31 juillet 1863.
Enfin la France a répondu.
Mais cette réponse n'est évidemment que pour la forme , car elle laisse subsister tout ce que la Presse a dit sur le véritable sens de la dernière dépêche du prince Gortchakoff.
Nous prenons acte de cette déclaration de la France, ainsi conçue :
« Les ëlëmentfl réyolationD«ires n'ont d'action et de puissance que chez les peuples opprimés et mécontents. »
Sans compter la révolution de 1789, le peuple français ayant fait deux révolutions, l'une en 1830, l'autre en 1848, le peuple français était donc mécontent et opprimé I
La Pologne , nous le reconnaissons , a été opprimée sous l'empereur Nicolas; mais, l'axiome du journal de M. de la Guéronnière admis, la Pologne n'aurait eu que le sort de la France sous le roi Charles X et sous le roi Louisr* Philippe.
Ce que nous voudrions bien que M. de la Guéronnière nous expliquât, puisqu'il se place sur ce terrain, c'est comment il se fait qu'opprimée par l'empereur I^icolas, la Pologne ait courbé si docilement la tête sous le joug, sans essayer même de la relever en 1854, alors que la Russie, menacée dans la mer Noire et dans la Baltique , était auji^ prises avec la France et l'Angleterre, circonstance cependant éminemment propice pour une nationalité subjuguée ? C'est un fait indéniable : la Pologne n'a interrompu le cours de la prescription contre la domination russe qu'après que l'empereur Alexandre avait déjà tâché et tâchait chaque jour de la rendre moins lourde et moins blessante. En se conduisant ainsi au rebours de ce qu'elle eût dû faire, en s'agitant en 1861 et 1862, quand son sort s'adoucissait et allait s'adoucir encore, et en ne se soulevant point en 1854, quand elle eût été une alliée indirecte de l'Angleterre et de la France , la Pologne a-t-elle mérité que nous allions verser à flots pour elle le sang des Français arrachés par la loi du recrutement obligatoire aux travaux des champs et de l'atelier ; aggraver l'impôt par l'emprunt; ralentir le cours de nos travaux publics ; jeter la perturbation dans toutes les fortunes et dans toutes les transactions; ajouter aux souffrances de l'industrie et du commerce , si cruellement frappés déjà par la lutte armée du Nord contre le Si^d de l'Union américaine , des souffrances nouvelles peut-être encore plus graves 7
Nous le demandons à M. de la Guéronnière ; nous le de-
mandons à tous les pères de famille qui ont un tits de vingt ans valide et vigoureux; nous le demandons à tout- ce qui n*«st pas journaliste faisant, sans aucun péril pour lui, évoluer au commandement de sa plume , sur sa feuille de papier, armées et flottes.
Selon la France, l'entente préalable avec FAutriche et la Prusse , proposée par la Russie , n'est qu'une « ruse de guerre » imaginée par le prince Gortchakoff pour détacher de l'Angleterre et de la France le cabinet de Vienne. Si c'eût été une ruse de guerre, est-ce que le prince Gortchakoflf eût procédé comme il l'a fait, au grand jour, en s'adressant à la fois par le même courrier à l'Angleterre, à l'Autriche, à la France, en leur tenant à toutes trois le même langage id^entiquement? Ah! nous comprendrions l'accusation de la France si le prince Gortchakoff eût envoyé à M. de Balabine, son agent à Vienne, des instructions secrètes, et si celui-ci eût tenté clandestinement d'agir sur l'esprit du comte de Rechberg pour le faire passer du camp de l'Angleterre et de la France dans le camp de la Russie et de la Prusse ! Mais est-ce ainsi qu'a opéré le prince Gortchakoff? — Non. Il a dit hautement, publiquement, loyalement ce qu'il ne croyait bon ni dans le présent ni dans l'avenir; il a dit hautement, publiquement, loyalement ce qu'il croyait préférable. N'étaitce pas son droit? n'était-ce pas son devoir? Consciencieusement , où peut-on voir là rien qui ressemble à une « ruse de guerre » , selon l'expression de M. le vicomte de la Guéronnière, et à une « insulte » , selon l'impression de M. le duc de Montebello ?
On sait, à n'en plus douter, que le prince Gortchakoff, suspect d'avoir une inclination non moins prononcée pour la France que l'inclination connue de M. Drouyn de Lhuys pour l'Autriche, fait digue , autant qu'il le peut, au débordement belliqueux du parti de la guerre nationale ein majorité à Saint-Pétersbourg, dans le conseil de l'empire. Est-il donc d'une bonne diplomatie, à Paris, d'affaiblir le prince Gortchakoff en lui jetant au visage d'injustes accusations, et en
ne lui tenant aucun compte de ses efforts? N'est-ce pas tirer aveuglément sur un allié ?
Lorsque le prince Gortchakofî propose Ventente â trois, PRÉALABLEifENT à la conférence à huit, nous Tavons démontré» il a raison.
Lorsque M. Drouyn de Lhuys , le comte de Rechberg et lord John Russell insistent sur la conférence à huit , qui érigerait en permanence la France , l'Autriche et l'Angleterre en haute cour de justice appelée à prononcer sur toutes les plaintes , légitimes ou non , des Polonais contre les Russes , les Autrichiens et les Prussiens, leurs dominateurs, H. Drouyn de Lhuys, le comte de Rechberg et lord John Russell, nous l'avons démontré , ont tort.
Gomment mettre d'accord la Russie, qui a raison, avec l'Autriche , l'Angleterre et la France qui ont tort ; comment dégager des deux parts la question de susceptibilité réciproque; comment empêcher que la forme l'emporte sur le fond ; comment faire pour que le fond l'emporte sur la forme? Il y a un moyen tout simple et parfaitement digne, c'est celui que nous avons indiqué et qui consisterait à donner à la Russie — la Pologne incluse — la Constitution que réclament tous les Russes éclairés qui ne veulent ni guerre , ni révolution, ni domination.
Le jour où l'empereur Alexandre couronnerait ainsi son œuvre, le jour où il compléterait Fabolition du servage cor* porel par l'abolition du servage intellectuel , c'est-à-dire par la liberté politique , légalement garantie et également assurée aux Russes et aux Polonais, sans distinction entre eux, H. de la Guéronnière croit-il que M. Drouyn de Lhuys, le comte de Rechberg et lord John Russell ne se déclareraient pas pleinement satisfaits , et n'abandonneraient pas la Poloque si celle-ci persistait à déclarer que la liberté sans l'indépendance ne saurait lui suffire ?
8 août 1863.
Qu'a donc fait l'auteur de la dépêche du 14 juillet 1863 pour (tre Tobjet de la réprobatioii â^ rAutricbe? n est demeuré fidèle à l'opinion exposéç en ces termes par Tap.teur du mémoire du 9 janvier 1847 au comte de Dieidcbstein, à Londres, communii^ué par celui-ci k lord Palfuerston:
LA ^SOLDUO» dis TBOIS COUBS HLATIVI a KBAKOTB IXAIIIMBIL SO0B