OUTRAGE A L'ÉQUITÉ ET A LA BONNE FOL
16 août 1863.
Voici en quels termes méprisant^ messieurs du ConstUur iùmtiel accueillent et qualifient la Constitution que, d'après Y Indépendance belge et le Moming Post, l'empereur Alexandre II se proposerait de donner à U Russie et à la Pologne :
ff Nous ne voyons pas , disent-ils, comment cette GonstitatioDy qui ferait mise en vigfwn^ aa mois de janvier prochain, /KWiTiitY désùUérester le» Polonais , puisqu'elle leur aUribuerait les mêmes institutions quoMX Russes, Les Polonais ont toujours réclamé pour eux une Constitution ][Mirtîcùlière. Il ne leur conviendrait pas d^ètre régis par ttàe €onsHtuHon commune , on s'absorèerait leur nationalité. Il faudrait done regarder comme un palliatijp tout a fait insuffisast le projet en question, d'autant plus que le délai de quatre mois fixé pour sa mise h exécution prolongerait les horreurs de la lutte sanglante à laquelle nous assistons. » '
Et pourquoi donc une Constitution qui serait commune aux Polonais et aux Russes , uniquement parce qu'elle leur serait commune, serait-elle un palliatif tout a fait insuffi- SANTy si elle donnait aux Polonais ainsi qu'aux Russes les garanties qui leur manquent ? Est-ce que T Autriche , votre alliée diplomatique, a donné aux Polonais sujets autrichiens une Constitution distincte ? Est-ce que les Polonais sujets autrichiens ont d'autres institutions que les Autrichiens, qui ne sont pas sujets polonais ? Est-ce que les Polonais sujets prussiens ont une Constitution distincte? Est-ce qu'ils ont d'autres institutions que les Prussiens , qui ne sont pas sujets polonais?
Pourquoi deux balances différentes quand il s'agit d'y peser le mènfie acte ? Sur quoi vous fondez-vous pour vous
interposer entre les Polonais et les Russes ? N'est-ce pas sur le paragraphe 2 de l'article l^ de l'acte du congrès de Vienne du 9 juin 1815? Ce paragraphe 2 dé l'article I"' dit :
« Les Polonais, sujets respectifs de la Russie, de V Autriche et de la Prusse, obtiendront une représentation et des instituti<ms nationales réglées d'après le mode d'existence politique que chacun des gouvernements auxquels ils appartiennent jugera utile et convenable de leur donner. »
Où voyez- vous que cet article impose à la Russie des charges plus étendues qu'à l'Autriche et à la Prusse? Nous direz-vous que les Polonais sujets autrichiens et que les Polonais sujets prussiens ne demandent rien de plus que ce qu'ils ont , et n'aspirent pas , eux , à se séparer de l'Autriche et de la Prusse? Si vous faous disiez cela, messieurs, nous vous répondrions que vous n'avez pas étudié la question que vous traitez en termes si tranchants, et nous vous renverrions : aux proclamations du comité national polonais du grand-duché de Posen , datées du 21 mars 1848; à « l'adresse » des délégués polonais de Posen présentée au roi de Prusse Frén dériC'Guillaume IV, sur la réorganisation du grand^duché de D Posen dans le sens polonais, conformément aux promesses de » 1815, etc. » Nous vous renverrions « à la pétition des députa-- » tions polonaises de Gallicie et de Krahovie, adressée à V empereur » d'Autriche Ferdinand I*^, sur la nécessité de reconstruire la na- » tionatité polondUe », datée du 6 août 1848; etc., etc. — Le paragraphe 2 de l'article 1*' de l'acte du congrès de Vienne du 9 juin 1815 est indivisible. Quand vous prétendez le diviser, messieurs , vous êtes sans titre et sans droit. Votre article, contre lequel nous protestons en prenant la France et l'Europe à témoin , est un outrage à l'équité et à la bonne foi!
Vous dites :
(( Quatre mois pour mettre en vigueur la Constitution sur laquelle un rapport vient d'être présenté à l'empereur Alexandre, ce serait un délai qui prolongerait trop longtemps les horreurs de la lutte sanglante à laquelle nous assistons. »
D'où vient donc, messieurs, que vous soyez maintenant si pressés, Tayanl été si peu depuis six mois? Estimericzvbus qu'il faut moins de temps pour rédiger une Conslilution unissant deux peuples, que pour clore une correspondance entre deux rédacteurs de. dépèches luttant à qui des deux fera la dépèche qui embarrassera le plus l'autre ?
Si vous étiez si pressés de mettre un terme aux horreurs de la lutte sanglante à laquelle nous assistons, pourquoi donc, messieurs , au lieu de combattre les énergiques conclusions du discours prononcé le 19 mars 1863 par le prince Napoléon, ne les avez-vous pas défendues ? Pourquoi donc avezvous attendu que les bandes armées de l'insurrection fussent presque entièrement dispersées?
Puisqu'au lieu d'employer le temps, un temps précieux, à envoyer aux Polonais, en toute hâte, des armes et des renforts, vous l'avez perdu à expédier à Londres, à Vienne, à Turin, à Madrid, à Lisbonne, à Gonstantinople, etc., des dépèches revenant pour repartir et repartant pour revenir, allant sans fin de Saint-Pétersbourg à Paris et de Paris à Saint-Pétersbourg, du moins ne découragez pas l'empereur Alexandre en lui jetant à la face ces mots :
« Une Goostitution commune à la Pologne et à la Russie serait un palliatif tout à fait Insuffisant. »
Moins de dédain, messieurs : ce n'est pas vous qui vous faites tuer !