‹ L'apaisement de la PologneChapitre 49 sur 73 · FIN DE LA TACHE DE LÀ DIPLOMATIE · texte numérisé non relu

FIN DE LA TACHE DE LÀ DIPLOMATIE

21 septembre 1863.

Sans doute, il est fâcheux d'intervenir pour demander, dans rintérét d'un tiers , une chose souhaitable sans l'obtenir; sans doute, l'intention ne tient pas lieu du succès; mais dans ce cas, s'il y a échec , il n'y a pas affront... Autrement, la France qui , depuis quatorze ans , demande à Rome des réformes sans que ces réformes lui aient été accordées, devrait se considérer comme offensée par le pape; autrement, la France, qui a proposé à Washington sa médiation sans réussir à l'y faire agréer, devrait aussi se considérer comme offensée par le président Lincoln. Si M. Drouyn de Lhuys a également et pareillement échoué à Saint-Pétersbourg, à Rome et à Washington, cela prouve qu'il n'a ni le coup d'œil juste ni la main heureuse; cela prouve peut-être qu'il devrait se retirer; mais cela ne prouve pas que, pour venger ce triple échec diplomatique, la France doive se mettre en guerre avec Washington, Rome et Saint-Pétersbourg, faire moissonner encore l'élite d'une nouvelle génération et rouvrir le grand-livre de la dette publique, non pour finir tous nos grands travaux commencés , mais pour convertir le fer des bêches en baïonnettes de fusil , le plomb en balles et le cuivre en canons...

Si la France , qui n'a pas retiré ses troupes de Rome , qui n'a pas envoyé ses escadres devant Nevir-York , tient à l'égard de la Russie la même conduite , dictée par la même prudence , alors à quoi bon ne pas s'expliquer tout de suite et franchement? Alors à quoi bon semer plus longtemps le

doute, l'obscurité, Téquivoque, Ténigme? Alors à quoi bon aggraver et fausser encore la situation en parlant de « l'en- » tente des trois puissances » , et en disant < qu^elle est aujour- ^ éfhuiplus solide et plus forte que jamais » ?

Ce que le journal le Pays avance sous la forme confidentielle qu'il affecte est faux.

l'entente des Tîiois pjjissANCES cst uu Hiot qui n'a plus aucun sens maintenant, après la réponse finale du prince Gortcbakoff, s'il ne signifie pas guerre de l'ângleterre, de l' Autriche

ET de la frange CONTRE LA RUSSIE.

Or la guerre, l'Angleterre ne la veut pas — lord Palmerston et lord John Russell l'ont répété assez de fois aux deux tribunes de la Chambre des lords et de la Chambre des communes, — et l'Autriche ne la peut pas.

Non, l'Autriche ne la peut pas, tant qu'elle conservera Cracovie , qu'elle s'est incorporée au mépris des plus énergiques protestations de l'Angleterre et de la France;, tant qu'elle conservera la Gallicie, qui, aux termes du paragraphe 2 de l'article i"de l'acte du 9 juin 1815, a les mêmes droits que le duché de Varsovie à une-représentation et à des institutions nationales (1); tant qu'elle conservera la Vénéfie, qm ne veut pas plus du gouvernement autrichien, d'un gouvernement étranger, que les Polonais insurgés ne veulent du gouvernement russe.

L'Angleterre ne voulant pas la guerre , et l'Autriche ne pouvant pas la faire, si la France, contrairement à toutes les déclarations que nous avons recueillies , la faisait , ce serait la guerre , mais ce ne serait pas l'entente ! Il faut donc que le Pays raye de son dictionnaire cette expression vide :

l'entente DES TROIS PUISSANCES.

V entente diplomatique, plus apparente que réelle, a pu se nouer ; mais Fentente armée, alors qu'il ne s'agira plus d'aligner des phVases et des mots, mais qu'il s'agira d'aligner des

(1) ABT. I«r, § 2, de l'acte da congrès de Vienne da 9 juin 1815 : * Let-Polonais, sujets respectifs de la Russie, de Tautriche et de la Prusse, obtiendront une

RBPRisxnTATIOM ET DBS INSTITUTIONS NATIONALES... »

hommes et des canons, ne saurait s'établir et ne s'établira pas, parce qu'elle n'est point dans la nature des choses.

La situation est délicate, nous en convenons, surtout au moment où le Corps législatif, inaugurant une nouvelle législature , est sur le point de se réunir, et où le débat approfondi sur le projet d'adresse ne laissera dans l'ombre aucune des déclarations de M. Billault, aucune des dépêches de M. Drouyn de Lhuys; mais ce sont les situations délicates que l'empereur Napoléon III excelle particulièrement à dénouer par des aveux sincères , en parlant un langage qui n'appartient qu'à lui , en ne craignant pas de mettre à nu ses intentions et ses actes, et en prenant publiquement la France pour juge de ce qu'il a voulu et de ce qu'il n'a pas pu !

L'empereur des Français a voulu que les Polonais eussent au moins les garanties et les institutions que leur avait données l'empereur Alexandre I*'; pensée louable ! Malheureusement, l'empereur des Français n'a pu obtenir de l'empereur Alexandre II qu'une promesse. Où donc est l'offense? où donc est l'humiliation? où donc est la honte ? Pour obtenir d'un État qu'il fasse une chose , suffit-il qu'un autre État la lui demande ? S'il y a honte, s'il y a humiliation, s'il y a offense, comment expliquera-t-on que l'Angleterre , grand pays et peuple hautain , les subisse et ne renverse point par un vote d'indignation le cabinet Palmerston? Mais si lord Palmerston et lord John Russell tombaient sous un tel vote, qui leur succéderait ? Les chefs du parti tory, loin d'être contraires aux conclusions de la Russie, leur sont favorables (1). L'Autriche

(1) Lord Aberdeen au consul angktis, à Varsovie,

m Foreign OfKcc, 26 juin 1846.

» ... 11 est clair que, lorsque l'insurrection éclata, et pendant toure sa durée, les -.trois, puissances dont les provinces étaient le plus directement menacées par elle

n'avaient pas d'autre MARCHE A SUIVRE QUE DE LA RÉPRIMER A TOUT HASARD,

Aussi PROMPTBMENT ET AUSSI EFFICACEMENT QU'ELLES LE POURRAIENT, SANS AVOIR

L ÉOARD.XUX PRIVILEGES ET A LA POSITION GARANTIE A LA néPURLIQUE DE KRAKOVIE

..PAR XES TRAITÉS. Dans ces circooslaQces, le cas. était évidemment exceptionnel . et devait être traité d'une mauière exceptionnelle,

• Il est également évident que les trois puissances ont le droit et en rcplité sont obligées, dans rintérét de leurs propres Etats, de prendre des mesures capables

ayant une situation compleieet perplexe , les actes de TAutriche étant en contradiction avec ses paroles, TAutriche par ses actes étant Talliée de la Russie et par ses paroles l'alliée de TAngieterre et de la France , nous la laissons à l'écart et ne la faisons point intervenir dans la question d'honneur ainsi posée.

Entre la Russie d'une part , l'Angleterre , l'Autriche et la France d'autre part, il y a dissidence; il n'y a point offense. Yoilà la vérité. Depuis quand donc, entre États, dissidence est-elle offense ? Qui veut offenser ne prend pas la peine de se justifier. Plus le mémorandum joint à la dépèche finale du prince Gortchakoff est long, ce qui ne veut point dire diffus , et plus cette longueur est la preuve que l'intention de la plus légère offense à l'Angleterre et à la France , même à l'Autriche, n'est point entrée dans la pensée du cabinet russe.

Toute question d'offense, d'humiliation, de honte doit donc être mise de côté, l

Alors que reste-t-il ?

Il reste des dépèches de M. Drouyn de Lhuys qui iront rejoindre celles de M. Guizot, et des dépêches de lord John Russell qui iront rejoindre celles de lord Pabaoerston dans la tombe autrichienne.

Qu'est-ce que cela prouve ?

Gela prouve qu'à l'origine , au lieu de faire du journalisme entre diplomates, il eût mieux valu envoyer tout de suite à Saint-Pétersbourg, selon l'attitude que le gouvernement français eût voulu prendre, soit le prince Napoléon, qui avait si admirablement réussi à trancher à Berlin la délicate

de les garantir contre le retour des dangers auxquels elles viennent d'échapper tout récemment.

» Dans la phase actuelle de cette affaire, et avant qu'il surgisse quelque chose qui soit capable de jeter de la lumière sur les intentious des trois puissances intéressées plus particulièrement dans les affiaires de Rrakovie, relativement à son avenir, le gouvememeot de Sa Majesté suspendra son jugement et s'abstiendra dk TOUTE iutbrventiom active en ce qui concerne cette république.

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