‹ L'Aperception immédiateChapitre 23 sur 102 · Nous avons le manuscrit des lignes qui suivent · texte numérisé non relu

Nous avons le manuscrit des lignes qui suivent

2. Nouslisons dans l'édition Cousin, « n'existent pas substantiellement par eux-mêmes ». Dans le manuscrit Maine de Biran avait d'abord écrit 15, « n’ont point d'existence par eux-mêmes », puis sans le rayer, il a écrit au dessus: « n'existent pas substantiellement ». Cette phrase dans sa pensée devait évidemment remplacer l’autre.

3. Le copiste écrit de sa propre initiative, car il n'y a rien dans le manuscrit qui l'y invite : « En adoptant celle manière », 15.

4. Le copiste a supprimé « ontologique » qui est écrit en toute lettre, et écrit à la place : aussi élevé qui est rayé, 15.

5. Le copiste a oublié « dans »: « voyant les abstraits, les concrets », p. 15, Cousin.

6. Le texte de l'édition Cousin est très différent. « Leibnitz parait être profondément dans le sens de Descartes, quand il dit « que l'âme humaine ne conçoit les êtres qui sont hors d'elle qu'au moyen des choses qui sont en elle-même (exlerna non cognoscil nisi per ea quæ sunt in semelipsa) : « savoir par ces notions premières régulatrices sous lesquelles le sujet pensant intérieurement se pense lui-même et exprime ou entend la réalité de son être propre.

L'âme ne conçoit donc la réalité des choses du dehors aux titres de substances modifiables ou de forces actives, qu’autant qu'elle existe, se

là, la plus forte critique de son système : « L'âme humaine ne connait les choses ou les êtres du dehors qu’au moyen des idées formelles ou régulatives sous lesquelles elle s'aperçoit ou s'entend elle-même » (externa non cognoscit nisi per ea quæ sunt in semetipsd). Donc le moi ne peut connaitre hors de lui ce qu'il appelle substance ou force autrement qu'il ne s’apparait ou ne s'entend lui-même intérieurementau mêmetitre. Ce qui nous ramène au vrai point de départ, à celui que Descartes saisit de prime abord, sans s’y fixer (?), au fait primitif de la conscience.

Il y a entre ces deux notions une différence ! essentielle que Descartes a entièrement méconnue et que Leibnitz a négligée quoiqu'’elle ressortil pleinement de son système.

La substance est-elle le soutien passif d’attributs, modes ou qualités sensibles coexistantes, groupées ensemble et représentées dans l’espace ? On ne peut la concevoir et l’exprimer ainsi que sous la raison de matière.

En faisant abstraction de l’espace, entend-on encore la substance comme le sujet commun, le soutien d’attributs purement intérieurs, de tous les modes? : actes, sensations, idées, qui coexistent dans le suiet pensant où ils sont réunis par une sorte de lien substantiel ? Dans ce second” cas, la notion de substance pourra n'être plus entendue que sous raison logique: après l'avoir été d’abord sous raison de matière.

conçoit ou se pense aux mêmes titres, et qu'elle-même peut exprimer sous la même dénomination universelle les choses externes en ellesmêmes », Cousin, p. 45, 16.

Nous ne lisons rien de pareil dans le manuscrit. On peut supposer que le copiste, devant les obscurités que présente en cet endroit le texte du manuscrit, aura consulté Maine de Biran, qui lui aura présenté une rédaction différente. Mais que vaut une telle supposition ? Nous préférons donner le texte du manuscrit qui s'accorde bien mieux avec ce qui précède. En marge de ce lexte, il y a une troisième leçon, écrite au crayon et à peu près illisible. Nous l'avons négligée. Ce que nous avons pu en déchiffrer nous permet d'affirmer qu'elle ne diffère que par l'expression du texte que nous avons adopté. À partir de cet endroit, le manuscrit nous fait défaut jusqu’à la page 21 de l'édition Cousin.

1. Les modifications faites dans le paragraphe précédent nous entrainent à modifier le début de la phrase qui suit dans l'édition Cousin : « Sur quoi il y avait une différence, etc. »

2. Nous lisons dans l'édition Cousin « d'attributs purement intérieurs,

de tous actes, modes, sensations, idées », 16, La leçon que nous pro-

posons est plus claire.

3. « Dans ce premier cas », Cousin, 46; c’est évidemment une erreur. Nous changeons également la ponctuation.

Or comme ce n’est ni sous l’une ni sous l’autre raison que le sujet pensant moi aperçoit ou entend la réalité propre de son être, 11 faut conclure de ces deux choses l’une, ou que la substance n'a aucune réalité extérieure ou intérieure; ou qu'en lui attribuant un caractère réel, universel et nécessaire, cette notion ne pourrait du moins avoir son principe ou son type exemplaire dans le moi lui-même.

D'où il suit que si la notion de substance n’était donnée ou suggérée primitivement à l’âme par le dehors, jamais le sujet pensant ne la tirerait de son propre sein; il ne concevrait jamais sous son être propre !, et à ce titre objectif absolu les existences étrangères.

Il en est tout autrement pour la notion de force ou de cause agissante, dont on peut dire véritablement que si elle n’était pas donnée primitivement, au dedans de nous-mème?,ou si elle ne s’identifiait pas complètement avec l'existence du moi, il serait à Jamais impossible de concevoir ou de penser à ce titrelà aucune existence réelle.

Si vous supposez donc la réalité absolue defla notion de substance sous laquelle le sujet pensant entend toute existence durable, y comprise la sienne, ou celle de l’âme, de la chose

1. « Il ne concevrait jamais à ce titre objectif absolu et sous son être propre », Cousin, p. 17. Ce que Maine de Biran veut prouver, c’est qu'il ne concevrait jamais sous son être propre, etc. Il faut donc intervertir l'ordre de ces deux membres de phrase.

2.« Si elle n'était pas une donnée primitive au dedans de nousmême », 17, Cousin. Cela est mal dit. Il y a probablement : si elle n'était pas donnée primitivement.

3. Le texte publié par Cousin est inintelligible : « Supposez donc la réalité absolue de la notion de substance sous laquelle le sujet pensant entend toute existence durable, y comprise la sienne ou celle de l'âme, de la chose pensante objectivement.

11 faudra dire : 1° que le moi pense ou entend la réalité de son être substantiel comme il pense ou entend toute réalité des autres choseshors de lui, et tout autrement qu’il aperçoit son être propre dans le fait intérieur de conscience, car ce fait consiste précisément en ce que le moi individuel se met en dehors de tout ce qui est chose ou substance; % qu'au contraire le moi pense ou entend la réalité absolue de toutes les forces de la nature ou comme il entend et parce qu'il entend la réalité de sa force... » Cousin, p. 17. Nous croyons que la division que Maine de Biran établit par ses mots 4e et 20. se réfère à la distinction des notions de substance et des notions de force, qu'il est nécessaire de mentionner dans le texte. Il est probable que cette distinction que nous avons expressément énoncée se trouve dans le manuscril.

pensante conçue! objectivement, il faudra dire que le moi pense ou entend la réalité de son être substantiel, comme il pense ou entend la réalité? des autres choses hors de lui, et tout autrement qu’il aperçoit son être propre dans le fait intérieur de conscience, car ce fait consiste précisément en ce que le moi individuel se met en dehors de tout ce qui est chose ou substance. Il faudra dire au contraire si vous supposez la réalité absolue de la notion de force, que le moi pense ou entend la réalité absolue de toutes les forces de la nature comme il entend et parce qu'il entend la réalité de sa force, et aussi comme il aperçoit et parce qu'il aperçoit immédiatement sa force individuelle dans l'effort qu'il crée, dans le mouvement ou l'acte libre quelconque que sa volonté seule fait commencer et qui ne commencerait pas sans elle.

De là, ressort Le défaut essentiel et le caractère hypothétique du principe de Descartes, à savoir : qu'il appelait la réalisation nécessaire d’une abstraction *, pour pouvoir servir de base à la science.

Lorsque par «je pense » j'entends, «je veux, j'agis, j'apercois mon effort, je sais que j'agis, j'exisle pour moi-même au titre de force individuelle, je puis conclure directement : done je suis réellement et directement une force agissante*.

Pour que le principe énoncé sous ceile forme de raisonnement ait toute sa valeur, je n’ai pas besoin de recourir comme auparavant au terme moyen ? : tout ce qui existe réellement

14. « De la chose pensante objectivement », Cousin. Il y a un mot omis : conçue ou existant.

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