‹ L'Aperception immédiateChapitre 66 sur 102 · Des modes propres de manifestation », Cousin · texte numérisé non relu

Des modes propres de manifestation », Cousin

4. La consiruction pénible de cette phrase et de tant d'autres semblables est un des faits sur lesquels nous nous appuyons dans notre introduction, pour induire que cel écrit n’est pas une rédaction définitive, mais une première esquisse d'un fragment important de l'Anthropologie. « Tout vit, meut, sent » Cousin, p. 80.

tance sentante et pensante, ne peut être perçu { ou connu par elle que d’une manière obscure et confuse, et par la conscience ou sens intime, non par des idées. Aussi, l’âme qui ne se connait non plus que ses sensations, les seules choses qui soient véritablement en elle comme ses propres modes, que par conscience ou sentiment intérieur, ne peut être dite véritablement se connaitre : n'y ayant point d'idée qui la représente à ellemême.

On peut voir dans les œuvres d’Arnaud par quels arguments ce métaphysicien, disciple fidèle de la doctrine de Descartes, combat le principe de l'extériorité des idées ou des perceptions qu'il persiste à considérer comme de pures modalités représentatives de l’âme. Dans ce point de vue opposé à celui de la psychologie ou de la conscience, l'âme ne se prend plus pour le moi,comme l'entendait Malebranche, mais pour le sujet ontologique ou le substratum de ce moi, qui n’est lui-même qu'un mode plus continu ou plus permanent de la substance pensante, mode intérieur qui se distingue, à la vérité, ou se sépare phénoméniquement des modalités adventices, représentatives d’objels extérieurs, ce qui n'empêche pas que ces représentations ne soient des modes inhérents à la même substance dont le moi lui-même est le mode fondamental, identique et un.

Ainsi, dans la vérité métaphysique ou absolue*?, l'âme ne perçoit, ne voit qu'en elle-même; elle ne conçoit ou n'entend que sa propre pensée ou des idées qui sont ses propres modifications.

Les deux points de vue font également abstraction du principe d'activité : suivant l’un, les objets n’ont que la réalité subjective des idées ou de l'être pensant qui peut rester seul : suivant l’autre, les idées prennent elles-mêmes la réalité objective des êtres matériels ou plutôt encore celles de l'être universel en qui et par qui elles sont.

Là se trouve une sorte d’idéalisme subjectif et de pan-

4. « Ne peut être conçu par elle que par la conscience ou sens intime, et non par des idées perçues ou conçues d'une manière obscure et confuse », Cousin. Cette fin de phrase ne s'accorde pas avec le début, et est difficile à entendre, du point de vue de Malebranche. La leçon que nous proposons est en accord au contraire avec sa doctrine : et il est possible qu'elle soit conforme au texte même du manuscrit.

2, « Dans la vérité métaphysique absolue », Cousin, p. 81; la « vérité métaphysique » est une expression équivalente à « vérité absolue ».

théisme spirituel; ici, est l'idéalisme objectif et une sorte de panthéisme matériel.

On peut dire que le principe de Descartes était gros de ces divers systèmes. L'idéalisme subjectif et objectif, le panthéisme spirituel et matériel n’ont été que des conséquences logiquement déduites du même principe. Quand on part des notions, et qu'on procède à la composition d’un système, il semble d'abord qu'on sauve bien des difficultés, des embarras, des recherches ; on croit jouir paisiblement, dans son cercle idéal, de cette sorte d’évidence et de repos d'esprit qui tient à ce que les conditions, faites avec soi-mème ou posées par Îles définitions, sont fidèlement remplies. Mais un autre système, fondé sur la même base et procédant par la mème méthode, seulement sous des conditions différentes, établit précisément des résullats contraires ou divergents du premier, el offrant les caractères d’une évidence semblable.

Lequel croire? comment se démèler au milieu de tant de contradictions, de doutes et d’incertitudes? Le métaphysicien qui cherche ce qui est vrai, est-il condamné pour loujours au supplice de Sisyphe roulant son rocher ?

Le point de départ de l'analyse psychologique ne saurait ètre une notion comme celle de la substance pensante, existant” en soi : car il y a lieu de demander au sujet d'une telle notion, d’où elle vient, quelle est sa nature, son caractère, son titre de créance ; et Loute idée qui peut motiver ces demandes ne saurait avoir le caractère et la vertu d’un principe.

L'analyse ne peut partir que d'un fait primitif qui se constate par lui-mème et ne se prouve ou ne s'explique pas * par un autre, qui soit tel au contraire que rien ne puisse être expliqué ou conçu sans lui, par suite, qu'il n’y ait rien d’antérieur dans l'ordre successifde l'existence, rien de plussimple dans l’ordre de la connaissance dontil est le centre ou le principe * régulateur.

1. « Là se trouve une sorte de matérialisme subjectif; ici est l'idéalisme objectif et une sorte de panthéisme spirituel », Cousin. Ce texte est absurde. Celui que nous proposons est fondé sur le sens de la phrase qui précède, et les expressions mêmes de celle qui suit.

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