La réalité du corps », Cousin
. (Ou se coordonner en sensations, idées, purs phénomènes sans de. » Nous avons dù modifier cette phrase sur plusieurs points pour la rendre intelligibie.
n'eussent qu'une valeur phénoménique, ils n’en existeraient pas moins à ce titre hors du sujet qui perçoit, comme l'arc-en-ciel existe véritablement dans l’espace où il est représenté par l'intuition externe. — Ne dites pas que les phénomènes de cette sorte ne sont que dès illusions des sens, car les sens, y jouent le véritable rôle qui leur appartient, et si ces prétendues illusions étaient écartées, on ne sail plus ce que les sens auraient à faire dans les rapports de l’homme avec le monde extérieur; ce n’est point à eux, en effet, qu'il appartient de prononcer sur les choses mélaphysiques, sur la réalité des notions, etc. La véracité des sens est tout entière dans laccord de leur témoignage ou l'accord des phénomènes qui se rapportent à chacun d'eux distinctement. (Leibnitz. Op. I, p- 319).
Je crois qu’il y a plus que phénomènes, et qu'accord de phénomènes, sinon dans les sens en général, considérés sous le rapport de réceptivité! d’impressions passives qui naissent de l'organisation, du moins dans le sens de l’activité ou de la force moi qui saisit immédiatement une force étrangère?, par un organe approprié.
Cet organe spécial de Ia communication de deux forces, l’une vivante et active, l’autre morte ou inerte, pourrait n'avoir rien de sensible; et c’est de là° précisément que naissent les difficultés des systèmes qui, partant de la sensation pour expliquer l’extériorité, donnent beau jeu à l'idéalisme et au scepticisme.
Condillac, par exemple, cherche le fondement de la connaisance des corps dans un sentiment qui se réplique à lui-mème dans les parties du corps propre rencontrées par quelque chose‘ de sensible, et qui est sans réplique dans le contact d'un corps étranger. Mais dans le premier cas, comment se fait-il que les deux sensations au lieu de se répliquer ne se confondent pas en une seule? Et dans le second cas, comment le
1. Il faut supprimer la virgule après réceptivité. Mais nous avouons ne pas comprendre pourquoi Maine de Biran dit « de ces impressions passives » « qu’elles naissent de l’organisation ». Elles ont assurément en elle leurs conditions: mais elles dépendent aussi des objets eux-mêmes. Le texte de l'édition Cousin est probablement inexact : il serait préférable de lire « dans l’organisation ».
2. Dans l'édition Cousin, on lit ensuite: « ou organe spécial approprié à une force opposés non moi qui résiste au dehors », p. 106. Cette phrase est inintelligible.
3. {1 y a là une forte ellipse, ou plus probablement, une omission,
«et c’est la précisément », Cousin, p. 106.
4. Il s’agit ici d'un organe ; sensible est synonyme de sentant.
défaut de réplique du sentiment suffrait-il pour manifester l’extériorité, l'étrangeté de la sensation, l'existence ! de l’objet touché? Pour qu'il y eût réplique, ne faudrait-il pas d'abord que chacune des sensalions eût elle-même ce caractère de redoublement intérieur qui fait la conscience ou l'idée de sensalion ? Or, il n'y a que les produits de l'activité du moi qui se redoublent ainsi ; le sens de l'effort est le seul qui se réplique à lui-même dans les diverses parlies de son domaine qui viennent à se rencontrer ou à s'appliquer l’une à l’autre.
Supposez, par exemple, les deux mains privées de la sensibilité extérieure, la motilité volontaire ou le sens de l'effort restant? les mêmes. L'une de ces mains étant appliquée à l'autre, elle opposerait une résistance, et il n’y aurait qu'un seul effort moleur et un seul vouloir pour deux résistances opposées l'une à l'autre, et qui pourraient fort bien ètre dites se répliquer, se redoubler dans l'unité de conscience.
S'il n'y avait qu'une main insensible, l'individu pourrait ne l'apercevoir au premier contact, que comme un corps étranger ; mais dès que l'effort s’appliquerait aux deux, l’étrangeté disparaitrait et l'homme reconnaitrait les deux parties comme siennes.
Si l'homme pouvait n'éprouver jamais de résistance invincible, ou si les termes d'application de sa force motrice obéissaient constamment au degré d'effort, proporlionné à leur inertie, le toucher actif ou la locomotion volontaire, à part de tout autre organe d’intuition externe, ne lui apprendrait point à distinguer les corps étrangers du sien propre; sa force motrice serait en lui comme l'âme de la nature; aussi le système de l'âme du monde sort-il de la même source où le stoicisme à puisé l’idée d'une force motrice supérieure à toutes les résistances et à toutes les passions de l’organisation.
Le toucher, isolé de la vue, se rapproche bien davantage (mème dans son exercice naturel) du véritable objet mathéma-
4. « Be lieu de l'objet touché », p. 406. Il a déjà été question de l'extériorité, de l'étrangeté de la sensation ; ilest peu probable qu'il soit question du lieu de l'objet touché.