L'imagination ou au sens », Cousin
3. «Unilé nouménique de la notion ou du concept intellectuel réflexif », p. 124, Cousin. Ce membre de phrase n’a aucun sens ; Maine de Biran parle en différents endroits de la réalité nouménique, objet des notions premières qu'il oppose à la réalité phénoménique, objet dintuition.
a effacé la distinction essentielle qu’il avait d'abord si heureusement posée.
Si les êtres simples, forces, causes productrices ! de phénomènes ou sujets d'attribution de tout ce qui varie ou se représente au dehors, ne sont que des formes ou catégories sous lesquelles viennent se ranger tous les objets d'un monde phénoménique ; si, à part ces objets, les formes ou les concepts intellectuels qui les représentent sont vides de réalité et n’ont aucune existence en soi, il ne faut plus parler des êtres simples ?, ou noumènes, comme cachés sous les phénomènes ou les objets sensibles, et ne pouvant se manifester par aucun moyen tels qu'ils sont en soi, quoique la raison conçoive et affirme la nécessité de leur existence. Les noumènes ne seront plus des éléments indéterminés *, des +, z, dans toute équation possible, mais de véritables zéros. [l n'y aura d’existence que celle des phénomènes sous les conditions de lespace ou du temps (formes de la sensibilité), ou des catégories de relation : substance et mode, cause et effet, etc. (formes de l’entendement*). Le non-phénomène ou le noumène équivaudra au non-existant. De là, l'idéalisme d'une part, le scepticisme de l’autre n'ont qu'à tirer les conséquences, etc.
Ce n’est pas ainsi que Leibnitz entendait la réalité des êtres simples par opposition à celle des phénomènes ou des objets tels qu'ils se représentent sous certaines formes ou modes de coordination, qui ne peuvent se réduire à une valeur purement subjective, puisque ce sont des relations nécessaires, immuables entre les objets réels ou les noumènes dont ils supposent l'existence, quoiqu'ils ne la constituent pas®. Dans ce point de vue, l’abstraction poussée jusqu’au dépouillement complet de toutes les formes sensibles d’un tout objectif, bien loin de détruire le monde des réalités, fait au contraire ressortir les seuls éléments sous lesquels il est donné à l'esprit de l’homme de le saisir ou de l'entendre,
Dans ses premières méditations sur la Connaissance, la Vérité el les Idées, Leibnitz demande s’il est donné à l'homme de pous-
1. «Siles êtres simples, forces, causes, producteurs de phénomènes ». 2. « Des êtres noumènes », Cousin, D-129;
3. « Les noumènes ne seront plus des éléments indéterminés, des noumènes +, 3, sous toute équation possible. »
4. Maine de Biran connaissait la « Critique de la raison pure» par la traduction de Kinker. Dans les notes marginales ajoutées au manuscrit du Mémoire de Berlin, il la cite et lui fait plusieurs emprunts.
5. Phrase embarrassée, dont le sens est expliqué par ce qui suit.
ser l'analyse des notions jusqu'à ces premiers possibles, ces éléments purs et irrésolubles qui sont identiques avec les attributs ou les idées de Dieu mème, et il n'ose pas encore assurer que l'esprit humain soit doué d'une telle puissance !, Mais si le concept intellectuel n’atteint pas jusqu'à ces données abstraites, qui sont les premiers êtres? simples ou idées de Dieu, du moins il peut arriver, par un progrès d'analyse intellectuelle qui atteste la force de l'esprit humain, jusqu'aux relations de ces êtres simples; car il ne répugne pas que les idées de ces relations ne puissent en effet ètre dans l'esprit de l’homme, tout limité qu’il est en puissance, ce qu'elles sont * dans l'intelligence infinie qui connait seule les êtres comme ils sont, comme elle les a faits, dans le nombre, le poids et la mesure.
En pénétrant dans les relations des êtres simples à l'infini, l'esprit de l’homme imite en quelque sorte l'éternel géomètre ; il se conforme à la pensée divine autant qu’il est possible à une intelligence finie de se conformer au modèle dont elle est l’image. Mais ce qu'aucune pensée humaine ne saurait atteindre, c’est le secret mème de la création des êtres simples, substances ou forces, éléments simples du monde réel dont les composés seuls peuvent se manifester à nous sous les apparences de ce monde phénoménique visible, dont les objets mêmes sont encore modifiés, changés de toutes manières, en passant par les milieux sensibles qui leur impriment leurs couleurs et leurs formes variées.
Aussi l'étendue colorée, modifiée de toutes manières, qui se représente à nos sens externes, doit-elle ou peut-elle être ramenée au monde des réalités accessibles à l’entendement seul et non aux sens, en # tant que cette étendue est résolue par la pensée en unités numériques, en forces ou êtres simples, qui n'offrent plus aucune prise à la vue ou au toucher, mais qui
4. Cette phrase se retrouve textuellement, p.323, Cousin (t.IV), dans l'article sur la Doctrine philosophique de Leibnitz. Il y a des rapprochements intéressants à faire entre les deux développements dont cette phrase est extraite.