‹ L'Aphonie Cérébrale: Son traitement par le « Procédé de Garel »Chapitre 11 sur 34 · SYMPTOMES DE L'APHONIE CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

SYMPTOMES DE L'APHONIE CÉRÉBRALE

L’impossibilité où se trouve le malade de parler à haute voix, tout en pouvant encore articuler les mots, tel est le symptôme capital de l’aphonie nerveuse.

Dans l’aphonie complète, la voix est absolument comparable à celle d’un homme qui parle volontairement à voix basse, la parole est pour ainsi dire souftlée, selon l'expression de Follenfant.

La toux sonore est également presque toujours conservée ; le début est extrêmement variable : Tantôt à la suite d’une violente commotion morale, l’aphonie s’installe subitement. Telle Mre L... (voir partie documentaire observation n° IX), qui prise d’une violente frayeur à la suite d’un incendie dans sa maison, voulut crier au secours, et ne put parvenir à proférer aucun son ; elle resta ainsi pendant plusieurs jours.

Telle cette autre malade du docteur Mandelstam qui, prise d’un coup de froid, devint subitement aphone. (Voir partie documentaire, observation n° vtr.)

Cette invasion subite est pour ainsi dire la règle et cela surtout dans l’aphonie psychique pure.

Tantôt au contraire, elle ne s’intronise que lentement, précédée d’une période plus ou moins longue d’aphonie

so

incomplète, la voix devient rauque, comme éraillée, prend un timbre désagréable.

D’autres fois chez les hystériques, le début de chaque attaque d’aphonie sera précédée d’une sensation particulière dans le larynx, douleur, picotement, sensation d’obstacle, ou bien au contraire débutera sans cause connue.

Enfin il est d’autres aphonies, aphonies à répétition dont l’allure est réellement singulière ; par exemple :

Aphonie paraissant chaque jour à midi et disparaissant après minuit. (Rennes, archives générales de médecine, 1829.)

Aphonie paraissant chaque jour vers deux ou trois heures de l’après-midi. (Mélange des curieux de la nature, tôme VII.)

Aphonie à la suite d’un léger rhume, apparaissant vers les trois heures de l’après-midi après quelques baillements chez une jeune fille de 19 ans. (Levison, journal clinique hebdomadaire de Berlin, n° 46, 1870.)

« Mais ce qui est tout à fait remarquable et ce qui est bien fait, nous dit Luc {névropathies laringées, page 217) pour établir l’origine corticale de cet accident, c’est que l'émission des sons vocaux devenu impossible sous l'influence de la volonté, reparaïît dans l’accomplissement de certains actes involontaires (cri de frayeur ou de douleur, toux, éternuement). » è

Deux des malades de Gerahrdt retrouvaient la voix pour chanter une chanson, mais quand elles essayaient d’en déclamer les paroles, etles ne pouvaient que les chuchotter. « Une troisième aphone à l’état de veille, rêvait à haute voix. »

L’examen laryngoscopique révèle ordinairement une absence complète d’altérations deftissus laryngiens. Les cordes sont presque toujours normales, c’est-à-dire blanches et nacrées.

Fonctionnellement parlant au contraire, trois hypothèses peuvent se présenter :

I. — Ou bien le larynx est absolument normal quant à ses organes fonctionnels, l'examen laryngoscopique ne relevant aucune trace de paralysie, ni de parésie des cordes ; dans trois circonstances différentes, nous avons procédé à l'examen laryngoscopique le plus minutieux de malades atteints d’aphonies nerveuses, rien n’a pu nous faire soupçonner la moindre pertubation dans le domaine des adducteurs ou des abducteurs. Ces trois malades étaient totalemest indemnes des stigmates hystériques. L’aphonie dans ce cas relevait tout simplement d’une pertubation psychique qui fut à notre avis la cause essentielle et non pas seulement la cause provocatrice de l'aphonie.

Je le répète, puisque cette idée n’est pas communément admise, l'émotion morale suffit à elle seule pour créer l’aphonie sans l'intermédiaire de l’hystérie.

I. — L'examen laryngoscopique révèle souvent la paralysie de la parésie des cordes. Dans lPimmense majorité des cas la paralysie frappe le groupe musculaire adducteur.

C’est même une question extrêmement discutée de savoir si « dans les aphonies nerveuses » lés abducteurs peuvent être intéressés.

En tout cas, il n’existe pas jusqu'ici d'observation probante de paralysie des abducteurs dans l’aphonie en question, tandis qu’on ne compte plus les cas de paralysie des abducteurs.

« L'interprétation de ce fait, dit Mandelstamm (1) (voir partie documentaire, observation n° Vi) n’est du reste

pas difficile, car les crico-aryténoïdiens postérieurs,

muscles respiratoires, ayant pour fonction des mouvements involontaires ont leur seul centre d’innervation

(1) Annale de laryngologie. Gougenheim-Lermoyez, page 154, 1895, tôme 2.

ET

dans le bulbe, du moins n’est-on pas encore arrivé à démontrer l'existence d’un centre respiratoire ‘dans les émispères cérébraux, tandis qu’on connaît (Kraüsé, Sémon, Horsby, Garel) un centre certical phonatoire dont lirritation produit l’adduction des cordes vocales, sans provoquer les mouvements respiratoires.

Ainsi admet-on généralement l’origine cérébrale de Paphonie hystérique dans laquelle les muscles adducteurs ayant une fonction soumise à la volonté et recevant leor innervation principale de l'écorce cérébrale doivent être intéressés seuls à l'exclusion des abducteurs. »

Quoiqu'il en soit, voici d’après Luc (2), l’état de la question : |

« L'examen laryngoscopique révèle souvent une paralysie bilatérale de la totalité des adducteurs. Les deux cordes et les aryténoïdes se montrent largement écartés et ne se rapprochent que peu ou point pendant les efforts de phonation. Il est rare que la paralysie soit complètement unilatérale, mais il est au contraire, assez fréquent quelle soit plus marquée sur une moité de l’organe. Il est fréquent qu’elle soit limitée à certains muscles.

«Deux muscles offrent, sous ce rapport, une vulnérabilité toute spéciale que l’on à cherché à expliquer par leur situation superficielle qui les expose plus que les autres à être impressionnés par les états inflammatoires de la muqueuse : Ce sont l’ary-arytéuoidien et le faisceau interne du thyro-aryténoïdien. Remarquons, d’ailleurs, que ce dernier joue dans la phonation un rôle tout particuliérement actif, qui lexpose spécialement à éprouver les effets de fatigues phonatoires excessives. Or, nous savons que ces diverses circonstances : catarrhe laryngé excès vocaux, péuvent être la cause déterminante de Paphonie hystérique.:

«Quand la paralysie est limitée aux thyro-aryténoidiens

(2) Névropathies laryngées mothices, page 218.

LR

internes, l’image larygoscopique est typique pendant les efforts de la phonation : on voit alors les aryténoiïdes se rapprocher, tandis que les cordes vocales paraissent comme amincies, relachées et sont séparées par un intervalle elliptique allongé, résultant de la concavité de leur bord libre. Si le muscle ary-aryténoïdien seul est touché, les deux cordes peuvent s’adosser, tandis que les cartilages aryténoïdes sont séparés par un intervalle triangulaire.

« Enfin, il est une autre image laryngoscopique assez frequemment observée chez les hystériques aphones et résultant de la paralysie simultanée des muscles précédents. Il existe alore un intervalle triangulaire enntre les aryténoïdes, un intervalle elliptique entre les cordes et ces deux intervalles sont séparés par un détroit correspondant aux apophyses vocales. La conservation de l’excitabilité électrique par les muscles affectés est encore une particularité qui plaide également en faveur de son origine cérébrale. Dans la majorité des cas, l'introduction d’une électrade faradique dans la cavité laryngée, pendant que Pautre est appliquée au devant du cou, determine le rapprochement énergique des cordes naguère immobilisées en abduction.

«Un autre trait caractéristique de ces paralysies, c’est eur allure capricieuse et fugace.

Survenues brusquement, parfois sans cause déterminante appréciable, elles peuvent disparaître de même ou s’évanouir sous linfluence d’une circonstance analogue (émotion, traumatisme) à celle qui en avait provoqué Papparition.

«Souvent, malheureusement, cette fugacité est fâcheusement compensée par leur tendance désespérante aux récidives. Gérhardt insiste, d’autre part, sur la facilité avec laquelle la paralysie passe, chez certaines malades, d’un muscle à un autre, en sorte que l’image laryngoscopique se modifie complètemeut d’un jour à l’autre. Il est

enfin à remarquer que l’aphonie en disparaissant peut faire face à d’autres manifestations hystériques et que la malade n’a guère, en somme, à gagner au change. »

IT. — Enfin, on a signalé des aphonies spastiques. On connaït la fréquence des spasmes laryngés chez les hystériques. Classiquement, on les divise en spasme respiratoire et en spasme phonatoire.

Mais la plupart de ces spasmes s’accompagnent, les premiers, de sensation de strangulation, d’étouffements, les seconds, de production d’un son vocal ; ils ne sont donc point de notre domaine.

Les spasmes laryngés, avec véritable aphonie, ne sont point fréquents ; nous n’en avons trouvé aucune observalion détaillée dans la littérature médicale. Le seul exemple dont nous sommes sûr est un cas personnel de la clinique du dispensaire, et encore le malade n’offrait-t-il aucun symptôme d’hystérie.

En résumé :

lo Zmpossibilité pour le malade de parler à haute voix tout en pouvant encore articuler les mots à voix basse ;

2 Dans la grande majorité des cas, soudaineté du début et de la disparition de l’aphonie ;

3 Très grande fréquence de récidives ;

4 Absence complète, le plus souvent, d'altération des tissus laryngiens ;

5° Fonctionnellement ob, trois cas peuvent se présenter :

(a) Larynx absolument normal.

(b) Paresie ou paralysie des cordes frappant le plus sur le groupe des adducteurs.

(c) Dans quelques cas plus rares, mouvements Spasmodiques des cordes.

Tels sont les principaux symptômes de l’aphonie cérébrale.

RiFAux. 3

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