PATHOGÉNIE
Nous n'avons nullement la prétention de traiter ici d’une façon approfondie la pathagénie de laphonie cérébrale ; nous voulons. seulement dans ce chapitre presenter quelques réflexions.
La pathogénie intime de l’aphonie cérébrale, du reste, est encore bien obscure, car malgré les nombreux travaux de neuropathologistes contemporains le mystère plane encore inaccessible sur plus d’un point de la physiologie nerveuse.
Sans doute par l'étude analytique toujours plus approfondie des manifestations et des conditions de Pactivité cérébrale, nous arrivons à nous en faire chaque jour une compréhension plus nette, plus précise, mais cette compréhension quoique dégagée de tant d’inconnues qui Pobscurcissaient n’atteint point à notre avis l'essence même de cette activité. Si sereinement confiant que nous soyons dans la marche toujours conquérante des sciences physiologiques, nous permettra-t-on de dire franchement ici que nous ne pensons pas que la solution passionnante de ce problème qui se confond du reste avec le problème de la vie soit du seul domaine des sciences physiologiques, car non seulement la philosophie est intéressée,
à'sa solution, mais encore elle revendique sur cette question des droits que nul ne saurait sérieusement lui contester.
L’évidence de cette question ainsi posée est telle que savants et philosophes, depuis plus de dix ans s’essayent à jeter les bases d’une science nouvelle, la psychophysiologie.
C’est là une tentative qui ne manquera point de porter ses fruits et qui concourera pour sa part à rétablir entre les sciences biologiques et philosophiques lPharmonie nécessaire au progrès de l'esprit humain, à la condition toutefois que sous prétexte de psycho-physiologie on ne se cantonne point dans la physiologie et que l’on sache de plus se dégager de la superstition du fait ; si par superstition du fait on entend cette tendance intellec tuelle à n’admettre que ce qui se touche se voit, se mesure et se pèse. |
Il ne m’appartient pas d’entrer ici plus avant dans le domaine philosophique de cette question, nous avons voulu seulement faire toucher du doigt toutes les difficultés inhérentes à notre chapitre de pathogénie.
En effet, si nous pouvons à la rigueur, en présence d’aphonie avec lésion ou d’aphonie toxique, nous représenter presque objectivement comment le centre certical phonatoire peut être lésé par une altération organique, pertubé par la toxine ou le toxique et par là, mis dans l'impossibilité de répondre à la sollicitation de la volonté, le voyons-nous aussi clairement lorsqu'il s’agit de l’'aphonie hystérique et de l’aphonie psychique ?
Tout ce que nous constatons c’est le lien qui rattache dans tel cas l’aphonie à lPhystérie : Voilà le fait brutal. Mais qu'est-ce que l’hystérie dans son essence ?
Comment expliquer ce début brusque, cette main-mise soudaine, pour ainsi dire de l’hystérie sur le centre chargé d’assurer la fonction phonatoire ?
L’aphonie purement psychique n’est point non plus
susceptible d’'approximation pathogénique plus précise.
Tout ce dont nous sommes sûrs, c’est de l’influence indéniable du moral sur le physique, de l’âme sur le corps, mais là s'arrête notre certitude malgré les efforts angoissés de tant de philosophes méditant des siècles sur ce problème.
Nous ne voyons pas d’ailleurs non plus ce que la conception matérialiste de la vie a fourni de plus précis pour la solution de ce problème.
Nous ne saurions en dire davantage.
Les méthodes érigées en traitement de l’aphonie nerveuse sont innombrables et entraînent chacune après elles, quelqu’elles soient, un contingent respectable de guérison. C’est dire qu’il n’est point de méthodes spécifiques infaillibles.
Ceci est moins surprenant ici que partout ailleurs, étant donné l'allure si capricieuse de cette affection et limmixtion presque toujours assurée de l’élément psychique.
Pour qui voudrait procéder scientifiquement au traitement de ces aphonies, devrait procéder avant tout, à la recherche minutieuse des causes qui les déterminent, mais nous verrons plus loin que, cliniquement parlant, on est autorisé d'agir de toute autre façon.
Donc, théoriquement, le traitement s’inspirera, avant tout, des causes déterminantes ou provocatrices.
C’est ainsi par exemple que :
(A) Les aphonies loxiques infectieuses disparaîtront au fur et à mesure de l'élimination du toxique, élimination que l’on favorisera par tous les moyens possibles.
Personne n’a mieux mis en relief que Diday, la disparition rapide de l’aphonie chez les syphilitiques par le traitement spécifique de cette affection.
(Voir partie documentaire).
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(8) De même en s’attaquant directement au point de départ réflexe, on se rendra directement maître de l’aphonie dite réflexe.
Brébion, Crouzillac et nombre d’auteurs ont obtenu rapidement la disparition de l’aphonie en tr aitant la lésion nasale point de départ du réflexe.
En conséquence, dans toute aphonie l’examen rhinoscopique sera de rigueur — les polypes seront extirpés, les cornets hypertrophiés réduits au galvano-cautère. Les Catarrhes rhinopharyngiens d’une tenacité si souvent désespérante seront traités rigoureusement par les grands lavages antiseptiques.
Les laryngites catarrhales chroniques, point de départ reflexe possible, seront badigeonnées alternativement par la glycérine iodée, le nitrate d'argent, les solutions de sulfate de cuivre.
(c) Si Fon soupçonnait par exemple la présence d’une lésion corticale au lieu du centre phonatoire, il serait d’un grand secours d’en déterminer la nature. Nous ne pouvons insister davantage sur ce point, sous peine de passer en revue toutes les affections cérébrales. L’iodure de potassium toutefois pourra rendre les plus grands services, dans tous les cas de nature indéterminée.
Cependant on n’oubliera point que tous ces facteurs précités ne sont la plupart du temps que les agents provocateurs de l’aphonie dont la cause fondamentale relève d’une perturbation psychique pure ou hystérique.
Et ici alors nous entrons dans la partie vraiment essentielle de ce chapitre de traitement puisque les aphonies psychiques et hystériques représentent à elles deux les 9/10 des aphonies.
(p) Il serait fastidieux d’énumérer tous les modes de traitement imaginés par les auteurs contre les aphonies psychiques et hystériques.
La plupart de ces traitements visent consciemment ou inconsciemment à provoquer chez les malades une
RiFAux.
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émotion vive à la faveur de laquelle disparaît l’aphonie.
C’est ainsi que la saignée était très en faveur avant l'emploi du laryngoscope. Laffite dans sa thèse Périge en traitement et cite plusieurs guérisons dnes à ce moyen.
(Voir partie documentaire. Observation n° mn).
Les révulsifs étaient également employés avec un zèle souvent intempestif, et en maintes circonstances, les vésicatoires sur la nuque, sur le cou, les frictions à l'huile dé croton tiglium, les sinapismes, le seton même étaient infligés aux malades.
Tous ces moyens barbares doivent être rejetés, d’autant que nous n’en manquons pas de plus anodins pour frapper l'imagination du malade. Il n’est pas rare, du reste, que le simple examen laryngoscopique fasse revenir la voix. On trouvera dans notre partie documentaire plusieurs observations émanant du cabinet particulier de M. le docteur Garel.
(Voir partie documentaire).
D’autres fois, il faut annoncer au malade que son état réclame une intervention très douloureuse, et le simple attouchement du miroir laryngoscopique redouté alors par le malade fera reparaïtre la voix.
Certains auteurs procèdent d’une façon plus tragique et font devant le malade, dans l'intention de le frapper, de véritables préparatifs de grandes opérations et portent jusque dans le cavum retropharyngien les curettes pour adénoïdes et vont même jusqu'à employer le chloroforme.
La suggestion par hypnose à été également recommandée par plusieurs auteurs, mais il importe ici d’être extrèmement prudent ; du reste c’est un moyen qui, à notre avis, ne sera légitimé que par l’échec de tous les autres procédés.
Mais de tous les moyens employés avant le procédé de Garel que nous décrirons plus loin, la faradisation a
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donné les résultats les plus prompts et les plus persistants. On ne compte plus les observations de guérisons obtenues par l’application de courants interrompus.
Les applications de courants seront extra-laryngés ou intra-laryngés, mais les premiers suffisent la plupart du temps. Il ne faut pas craindre de donner de violentes secousses douloureuses, car dans ce traitement l’élément douleur joue le rôle prépondérant.
Souvent dès la première application, le malade pousse des cris et au bout de quelques séances se trouve complètement guéri.
Dans certains cas rebelles, Libermann a employé le premier (Thèse de Follenfant) les courants continus faibles, laissés à demeure pendant plusieurs jours, ils lui ont donné plusieurs succès.
(Voir partie documentaire. Observation n° xvni).
Si l’on ne réussit pas encore, on peut recourir à la gymnastique laryngée d'Olivier de Boston (*. Elle consiste en manipulations externes douces et fermes sur le larynx.
Pour faciliter l’action des adducteurs, on comprime en haut et en arrière les ailes du thyroïde entre le pouce et index, pendant que le malade cherche à émettre un son. En même temps, avec le médius, on relève le cricoide pour mettre en action les tenseurs externes. Cette méthode donne souvent des résultats quand lélectrisation est impuissante. Mais il est un autre procédé préconisé par le docteur Garel (1887), qui mérite d’être mis en relief d’une façon toute particulière. En suivant la clinique de l’éminent laryngologiste lyonnais, nous fûmes tellement frappé de la simplicité et de l'efficacité de ce procédé, que nous résolûmes de le propager. Ce fut là l’origine de notre thèse.
Voici ce procédé, tel qu’il fut décrit dans la Province médicale de Lyon 1887 :
(*) Américain journ. méd. sci. 1870.
« Nous conseillons au malade de faire des expirations forcées à la manière d’un soupir, puis nous l’engageons à rendre, si c’est possible, cette expiration sonore en ton bas. C'est là le point délicat et le plus important à obtenir. Une fois cet obstacle franchi, la guérison est assurée.
« Nous avons trouvé un moyen très simple de le franchir et d'obtenir l'expiration sonore. Il consiste, vers la fin de l'expiration, à exercer avec la main une pression brusque sur l’épigastre, l’autre main faisant contreappui sur le dos, au point diamétralement opposé.
« Grâce à cette manœuvre fort simple, l'expiration, brusquement forcée, devient sonore. C’est alors le moment d'engager énergiquement le malade à renforcer volontairement le son produit d’une façon involontaire. Le résultat est rapidement acquis. On fait ensuite prononcer successivement la série des voyelles pendant une série d’expirations brusques. La combinaison des voyelles et des consonnes, pour former des syllabes prononcées sur le même type respiratoire, n’est plus qu'un jeu. On peut aussitôt mettre un livre entre les mains du malade. Il est rare qu’on n’obtienne pas de la sorte, en une séance, la guérison complète de Paphonie. »
(Voir, partie documentaire, les observations justificatives, n°° xx, XXIV, XXV).
Le très grand avantage de ce procédé, c’est qu’il permet à tout médecin de faire disparaître une aphonie nerveuse Comme par enchantement, en Pabsence de tout instrument électrique.
Monsieur le docteur Garel s'adresse maintenant toujours à lui avant tout autre procédé, et on lira dans la partie documentaire de notre travail les nombreux résultats obtenus tant dans sa clinique que dans son cabinet, Cependant, très fréquemment, malgré la disparition de laphonie, il termine par quelques excitations électriques
AT pour renforcer la tonalité de la voix qui peut ne pas être très claire dès le début.
Le docteur Bach (1) préconise à peu près la même méthode de traitement, mais oublie de signaler la priorité du docteur Garel qui avait attiré le premier l’attention du public médical sur le même moyen de traitement ; sans doute n’en avait-il pas eu connaissance. On trouvera l'article de Bach résumé en français dans les Annales de Laryngologie de Gougenheim-Lermoyez (1893 page 537).
Deux ans plus tard, le docteur Antonino d’Aguanno, de Palerme (2) revient sur la même question dans un articte intitulé :
« À proposito di una un guarigione miracolosa di mutismo isterico ».
Après un préambule d’un goût plus ou moins douteux sur les sanctuaires miraculeux qui ont le don d’agacer les nerfs de M. le docteur d’Aguanno qui devrait cependant savoir que ce sont là des questions d’un tout autre ordre, d’une complexité et d’une gravité telles qu’elles planent bien au-dessus des dédains sarcastiques d’une certaine école, l’auteur s’en prend à notre maître, M. Garel, et émet la prétention de lui donner une leçon de galanterie.
Garel, dit d'Aguanno, dans les cas d’aphonie hystérique, applique un coup de poing en pleine poitrine de la malade alors qu’elle ne s’y attend pas. « Un pugno applicato in pieno pettlo. » (sic).
C’est là, continue-t-il, un moyen grossier et peu galant vis-à-vis d’une dame. « Un po grossalano et polo galante verso signora per bene », et deux lignes plus loin, il émet des doutes sur la valeur curative de ce procédé qui peut bien, dit-il, provoquer une violente réaction chez la malade, mais qui aurait besoin de confirmation ultérieure. |
(1) New-York médical journal, 22 octobre 1872. (2) Archives de laryngologie de Massei, année 1894, page 152.
Nous tenons tout d’abord à faire remarquer à M. d'Aguanno qu’il a absolument dénaturé le procédé de M. Garel ; nous le renvoyons aux authentiques pour lédifier sur la question.
Il ne nous déplaît point, en outre, à nous Français, de recevoir de si loin une leçon de galanterie, et nous serons les premiers à reconnaitre la haute compétence de M. d’Aguanno en cette matière.
Quant aux résultats de la méthode en question, si douteux qu’ils lui paraissent à priori, il pourra les méditer fructueusement en se reportant à notre partie documentaire.
Donc, en présence d’une aphonie, avant même de rechercher l’agent provocateur, et avant tout autre procédé, on recourera à celui de Garel.
Si ce procécé restait inefficace, car à coup sûr il n’est pas infaillible, on aurait recours à la fadarisation extralaryngée et au besoin au besoin au massage électrique, en s’aidant, dans les cas rebelles, de compressions latérales du thyroïde.
Telles sont les différentes méthodes employées pour le traitement des aphonies nerveuses. Essentiellement capricieuses dans leur mode d'apparition, elles ne le sont pas moins dans leur mode de disparition, et si les divers traitements que nous avons énumérés nous permettent le plus souvent d'opérer une guérison complète, certains cas néanmoins sont absolument rebelles à toutes tentatives quelles qu’elles soient.
Aussi bien ne faut-il pas oublier que nous sommes en présence de véritables nerveux capables de modalités cliniques extrêmement variées. Nous attacher uniquement à la guérison d’une seule manifestation de cet état nerveux, telle l’aphonie, serait envisager la question d’une manière bien étroite et s’exposer à plus d’une récidive.
En conséquence, un traitement général s’adressant à