‹ L'Aphonie Cérébrale: Son traitement par le « Procédé de Garel »Chapitre 23 sur 34 · AGE · texte numérisé non relu

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suggéra l’idée de provoquer une attaque chez notre malade. Si l'attaque convulsive est une sorte de crise qui souvent met un terme aux accidents paralytiques, n’étaitil pas lègitime d'amener artificiellement cette crise ? Ces tentatives d’ailleurs, faites avec prudence et dans les conditions spéciales d'observation attentive où nous étions placés, ne pouvaient avoir aucun inconvénient pour la malade.

On sait, depuis les recherches de Schutzenberger et de Négrier, que l’on peut provoquer des attaques hystériques par la compression des ovaires chez les femmes qui présentent de l’ovaralgie. C’est ce qui fut fait chez notre malade, et le résultat dépassa nos espérances.

Le soir même de son entrée à l’hôpital, nous fîmes coucher la malade, et déprimant fortement la paroi abdominale en plongeant ainsi dans l’excavation du petit bas- Sin, nous exerçàmes sur l’ovaire une pression très douloureuse, qui donna lieu à une sensation de boule (sensation qu’elle n’avait jamais ressentie) partant de la région ovarienne et remontant à l’épigastre. La douleur était telle qu’il fut nécessaire de faire maintenir la patiente par plusieurs personnes. La compression qui, malgré la douleur fut continuée provoqua quelques accès d’une toux sèche, puis quelques cris étouffés. Enfin la malade put articuler ces mots d’abord d’une voix presque imperceptible : « Vous me faites mal ». Les jours suivants, la compression fut continuelle (cinq à dix minutes chaque séance), l'émission du son devint plus distincte, et la malade cessa d’être muette; elle n’était plus qu’aphone, elle pouvait parler, mais à voix basse et pour ainsi dire en soufflant ses paroles.

Les 17, 18 et 19 novembre, il ne fut pas fait de compression ovarienne. Le 20 et le 21 novembre, la malade était redevenue absolument muette. Le 21 novembre nous fimes coucher la malade, comme la première fois, puis plongeant les mains dans l’excavation du bassin, nous

exerçàmes une compression des plus énergiques ; la malade au bout d’un quart d'heure fut prise d’une crise hystérique convulsive violente, accompagnée de cris, et ces cris étaient entendus même d’assez loin. Dans la nuit, elle eut plusieurs autres attaques, en dehors de toute intervention et chaque fois la voix prenait plus de force.

A partir de cette époque, la malade eut assez fréquemment des crises hytériques, mais son mutisme cessa et elle put parler presque à haute voix. Ajoutons que l’anesthésie du pharynx à disparu en partie ; la malade sent parfaitement le doigt de l'observateur quand on l'introduit dans l’arrière-gorge , toutefois cette exploration est encore assez bien supportée pour ne pas amener de mouvements reflexes violents.

- Signalons, avant de terminer cette observation, deux autres faits également intéressants. Avant la compression des ovaires et avant les grandes attaques dont nous venons de parler, il n’y avait pas de douleurs ovariennes spontanées ; elles existent depuis ce moment, et sont continues, mais peu intenses. Il nous à été donné, en outre, d'observer sur cette malade l’action suspensive de la compression ovarienne sur l’attaque hystérique, action si bien développée dans les leçons de M. le professeur

Charcot sur l’hystéro-épilepsie.

Chez notre malade, la compression de lovaire en dehors de la crise, produisait une attaque ; une compression énergique exercée pendant Pattaque la suspendait tout le temps que durait la compression, et paraissait en diminuer l'intensité. On voit bien par là quelle peut être l’application pratique de cette donnée.

Le 10 décembre, la malade est sortie de PHôtel-Dieu, parlant bien et présentant comme seul trouble pathologique quelques attaques hystériques durant environ dix minutes à un quart d'heure.

Nous avons cru devoir publier cette observation parce qu’elle montre bien tout le parti qu’on peut tirer de la

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