OBSERVATION N° XIV
Un négociant, âgé de plus de 20 ans, en proie à'la syphilis depuis près de cinq mois, n'avait usé que des remèdes insignifiants, lorsque, le 9 juillet, il vint me consulter pour une extinction de voix survenue sans cause appréciable. complète, et durant depuis six jours.
Avec deux pilules de Ricard par jour, il était au bout de trois, en état de se faire entendre. La guérison était complète le huitième jour.
OBSESVATION N° XV
Une jeune dame attachée à notre théâtre de vaudeville se présenta chez moi, vers le milieu de décembre 184, pour une syphilis commençante, bien caractérisée par tous ses symptômes habituels. Son sexe et sa profession la rendant doublement insouciante, je ne l'avais plus. revue, lorsque dans les premiers jours de janvier suivant elle vint se plaindre d’un enrouement progressif, qui Pavait forcée à supprimer de ses rôles, les fcouplets (en réclamant l’indulgence du public). Bientôt le dialogue dut aussi être sacrifié. Quand je la vis, cet état durait depuis, jours ; il n’y avait pas de trace de sonorité ; ainsi que je lexprimais plus haut, elle soufflait, mais ne faisait rien entendre. — Son directeur la pressant de donner une réponse, je pus, vu la clarté du diagnostic dans ce cas, ui permettre de « faire annoncer » qu’elle reprendrait son service sous huit jours.
Trois pilules par jour, chacune de trois centigrammes
ATOS
de proto-iodure de mercure, composèrent tout le traitement. Cinq jours après, elle put reparaïître sur la scène.
Mais,cinq semaines après, le traitement ayant été omis, elle eut, avec une nouvelle éruption de syphilides au cou et à la poitrine, une récidive de l’aphonie. Afin d'établir, par une contre-épreuue décisive, l’Indication de la préparation mercurielle à laquelle je donne la préférence, j'essayai alors le bi-chlorure de mercure à la dose deux centigrammes par jour, mais, quoique parfaitement supporté, il ne produisit que des effets trop lents, Le proto-iodure la guérit une seconde fois, aussi vite que la première, et celle-ci radicalement, la médication ayant été continuée docilement tout le temps que j'exigeai.
OBSESVATION N° XVI
En 1845, un ténor de grand opéra me donna toute sa confiance. Les antécédents de syphilis constitutionnelle étaient incontestables chez lui. Quoiqu'il n’en présentàt actuellement aucune trace, il en offrait sur le front les cicatrices authentiquement légalisées, il en portait dans sa poche les certificats dûment paraphés Ricord.
Or, il venait actuellement de perdre la voix en fort peu de temps et d’une manière complète.
- Je n'hésite pas aujourd’hui, à déclarer qu'il s'agissait d’une aphonie syphilitique, aisément curable en quelques jours par le proto-iodure de mercure.
Mais, beaucoup moins expérimenté à cette époque je m'attaquai, comme cause de l’enrouement, à de petits follicules quasi-normaux de la paroi postérieure du pharynx, que je cautérisai à plusieurs reprises. Le pauvre ténor resta éloigné de la scène plus de deux mois, et ne recouvra son organe que peu à peu grâce à un traitement composé de liqueur de Van Swieten, que mes collègues Bottex et Potton eurent le tact de m'engager à lui faire subir. Je répète, tout en déplorant ce triste exemple d’inaction, que aujourd’hui, avec ce que j'a
vu et ce que je sais, je le guérirais certainement en huit jours.
OBSERVATION Ne XVII
Une jeune femme de 19 ans avait, depuis un mois un roséole syphilitique avec des tubercules muqueux à la vulve et à l’anus, lorsque, vers le 20 mars IS5S elle fut prise, sans ressentir les préludes, ni les symptômes d’un rhume, sans toux, ni fièvre, d’un enrouement qui en huit jours, devint complet. Je constatai chez elle des tubercules muqueux exulcérés, opalins, siégeant sur les deux amygdales. Je m’abstins intentionnellement de les
.cautériser et prescrivis le 27 mars, 7 centigrammes de
proto-odure hydrarygique par jour. Le 20, la voix s’entendait déjà mieux : l’état des amygdales n'avait pas changé. J’élevai à 10 centigrammes la dose du protoiodure qui était bien supporté. Elle recouvra la voix dans le délai ordinaire. Mais il fallut pour guérir les amygdales les toucher avec le nitrate acide de mercure.
OBSERVATION N° XVIII Aphonie dans la fièvre lyphoïde
Dromer (Alfred), 2e soldat au 70% de ligne, entre a Phôpital du Gros-Caïllou, le 14 janvier 1877, pour une fièvre typhoïde grave ; traité par les toniques et les 10tions froides, il ne présenta rien d’extraordinaire, sinon une aphonie complète dès son entrée à lPhôpital, elle persiste pendant tout le cours de la maladie. A l'examen laryngoscopique, on constate immédiatement une paralysie des cordes vocales, qui se traduit sur le mirolr laryngien par l’écartement et l’etroitesse des cordes, qui ne peuvent plus s'affronter sur la ligne médiane et qui, au lieu d’être rectilignes, présentent une incurvation à concavité interne ; les cordes sont blanches ; la muqueuse du voisinage est légèrement hypérémiée ; il n’y à pas d’ulcérations. Le 8 février, le malade étant en pleine
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convalescence et présentant toujours le même état d'aphonie, on applique la pile que nous venons de dé- | crire, on laisse les plaques à demeure sur le cou pendant | trois jours. Dès le premier jour, la voix commença à revenir ; le 14, le malade parle parfaitement ; il ne reste qu’un peu de raucité, mais les cordes vocales s'affrontent complètement, comme le fait constater l'examen laryngoscopique qui à suivi l’application de la pile, la raucité elle-même disparait au bout de quelques jours, et au moment de la sortie de l'hôpital il n’y à plus trace de
l’altération de la voix.
(Extait de la thèse de Follenfant, page 57).
OBSERVATION N° XIX Aphonie nerveuse chez une tuberculeuse Ecartement permanent des cordes vocales inférieures
(Hôpital Bichat. Service du docteur Gougenheim)
Dans le cours du mois d'août, entre dans cet hôpital une nommée X.…, âgée de 30 ans, journalière, malade depuis un an environ et ayant perdu assez brusquemeut la voix depuis quelques semaines.
Cette femme à beaucoup maigri, ses forces ont sensiblement diminué, elle est très pâle et a quelquefofs des hémoptysies. A l’auscultation de la poitrine on constate aux deux sommets des signes non douteux de tuberculose à la période de ramollissement.
À l'examen laryngoscopique, peu de lésions laryngiennes, la muqueuse est médiocrement rouge et n’est le siège d'aucune ulcération, les tissus ne sont pas sensiblement épaissis, mais on constate avec surprise l’écartement très sensible des cordes vocales qui ne peuvent se rapprocher, quels que soient les efforts tentés par la malade. De plus les cordes sont minces blanches, en un mot elles ont la coloration normale. L'image glottique est donc tout-à-fait celle de la paralysie hystérique du larynx, c’est-a-dire d’une paralysie des adducteurs. Cet
Ne état diffère absolument de celui que causerait une compression des nerfs récurrents. En ce cas, je rappelle que la paralysie ne présente point cette image, les cordes sont parallèles, immobiles et quelquefois tremblotantes, elles sont ramenées, comme on l’a dit, à la position cadavérique.
Cette malade a séjourné deux mois dans le service sans que là voix revint jamais. Soumise un certain nombre de fois à l'examen laryngoscopique, on à pu constater que l’image de la glotte n’avait jamais changé.
L'électrisation employée chez elle au moyen de courants interrompus, n’a donné aucun résultat, en raison des lésions thoraciques, je n’ai pas jugé convenable d'appliquer un électrode à l’intérieur de organe.
Je crois que la dénomination d’aphonie nerveuse est parfaitement légitimée par la descriptipn qui vient d’être faite ; j'ai certainement vu, et assez souvent, des parésies laryngiennes dans le cours de la tuberculose, mais pas avec ce caractère ; alors les cordes se mouvaient péniblement, ne pouvaient se rapprocher au contact parfait. mais elles pouvaient encore moins s’écarter sensiblement, et l’aphonie n’était jamais aussi complète que dans le cas présent.
Bien que l’état de la malade ne se fut pas modifié par l’électro-thérapie, ce ne serait pas une raison pour contester la dénomination, car personne n’ignore combien longue peut être la durée de certaines paralysies hystériques, et il est certain que chez notre malade l’état des poumons ne devait pas être sans influence sur la ténacité des symptômes nerveux.