Perrot et Chipiez, Op. laud., p
l’aphrodite marseillaise
D’autre part, il existe entre l’art cypriote et l'art ionien des ressemblances telles, qu’on les confond à un moment donné. Un archéologue distingué, le duc de Luynes, ne faisait-il pas de notre Aphrodite une œuvre cypriote ( 1), et n'est-elle pas désignée encore ainsi dans le catalogue du Musée de Lyon? Il faut reconnaître que la méprise est facile : « Les statues de 1 ile de Gypre, dit M. G. Perrot dans son excellente Histoire de l'Art , dont nous avons tiré tant de profit, ont le front haut, la tête étroite ; les yeux sont grands et à fleur de tête, les pommettes saillantes et les joues souvent creuses. Le nez est fort, et gros du bout, en forme d’œuf, le menton est saillant et lourd; la bouche petite et lippue a quelque chose de sensuel. A tout prendre, ce type manque d’élégance et de noblesse : il n'a ni Pair honnête et grave des figures égyptiennes, ni l’énergie un peu dure des assyriennes.... Ces visages n’ont pas de finesse ni de fermeté ; ils respirent une certaine mollesse, qui s'accorde bien avec l’idée que l'histoire nous donne de la race cypriote, avec ce qu’elle nous apprend de sa vie et de ses mœurs. »
Dans ce portrait si nettement crayonné ne croirions-nous pas reconnaître notre Aphrodite ? chacun de ces traits ne lui convient-il pas parfaitement, et ne serait-on pas disposé à arrêter là ses recherches et à se déclarer satisfait?
Il y a lieu cependant de se mettre en garde contre un jugement trop précipité ; un obstacle sérieux s’oppose à ce que nous donnions à la statue une origine cypriote : il provient, comme l’a déjà remarqué F. Lenormant, du lieu bien certain de la trouvaille : Marseille en effet n'a jamais eu de rapports particuliers avec Cypre. Une objection bien plus grave encore résulte de la matière dans laquelle a été taillée l’image : notre Vénus est en marbre, on le sait. Or bile de Cypre n’a pas une seule carrière de marbre. Toutes les statues qui ont été dé-
f. De Luynes, Numismatique et inscriptions cypriotes, pl. V, n° 5.