‹ L'AphroessaChapitre 10 sur 29 · RÉPONSE DE GUY DE VERNON · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE GUY DE VERNON

u Au révérend abbé, salut. Je suis surpris D'avoir reçu de vous des lettres malplaisantes, Et je m'étonne assez de vos airs de mépris.

On ne m'avait pas dit que, dans votre garenne, On eût chassé vos daims. Je ne puis tout savoir; Mais si quelqu'un des miens a faussé son devoir. Je le veux châtier. Je n'ai pas pris la peine. En aucun temps, non plus la dernière semaine, De vous nommer cafard, et fort mal averti Fûtes-vous, car sachez que l'on vous a menti. Quant à saint Goliath, ce n'est pas mon affaire. Et, s'il s'est mal battu, j'en ai bien des regrets. Je n'ai rien à comprendre en votre bréviaire ; Mais vous feriez très-bien de me laisser en paix. Guillaume, chapelain, écrivit les présentes. »

RÉPLIQUE DE L'aBBÉ DE SAINT- AVIT

« A toi, Guy de Vernon. Quand on parle si haut, On se doit tenir prêt à des peines cuisantes. Demain, au point du jour, ne me fais pas défaut! Je t'attends près du pont, à Tépée, à la lance, A la hache, au poignard, et, pour ton insolence Envers le livre saint, je te préviens ici Que, si je suis vainqueur, je ne fais pas merci. »

— Moi, frère Mathurin, accablé de tristesse, J'ai vu tomber le juste et vaincre le méchant. Notre révérend père arriva dans le champ De bonne heure et Tesprit exalté d'allégresse. Il avait déjeuné d'un fort grand appétit.

Suivant son habitude en pareille occurrence ; Il avait bon visage et très-noble assurance, Et chacun augurait le mieux quand il partit.

Le sire de Vernon ne voulait pas combattre Et déclara trois fois qu'on l'accusait à tort. Mais le seigneur abbé, se croyant le plus fort. En vaillant qu'il était, faisait le diable à quatre. Par malheur, son cheval glissa dans un fossé Et, comme l'ennemi sur lui s'était lancé.

l.E CARTULAIRË DE SAINT-AVIT. 165

Un coup de masse d'arme effondra sa visière Et lui brisa le crâne. Il tomba pour toujours.

Ce fut un grand abbé, d'une humeur très-guerrière ;

Souvent le roi Philippe implora son secours.

Il avait assisté, dans sa longue carrière,

A plus de cent combats, et toujours fut sans peur.

Il était très-pieux, et Ton sait qu'en son cœur

II ne manqua jamais de dire sa prière.

JACQUES DE BRICAUD,

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