ODE
Le siècle est éclairé par la philosophie
La Superstition trouve qui la défie!
Le Fanatisme impur, Toeil sanglant et hargneux,
En secouant sa torche aux flammèches funèbres.
S'enfuit, épouvanté, jusqu'au fond des ténèbres,
Qui le vont désormais cacher à tous les yeux !
La douce Tolérance a partout pris sa place.
Elle pousse, en riant, l'Ignorance qui passe Et s'en va, d'un pied lourd, demander un retrait A CCS climats lointains que le Soleil oublie, Mais qui reconnaîtront, quelque jour, sa folie Et la sauront encore exiler sans regret.
L'Univers ne veut plus d'une lumière terne !
Il préfère aujourd'hui que la Raison gouverne Et que la Vérité déborde à flot pressé.
Les prêtres, démentant eux-mêmes leurs oracles, Apprennent à rougir des prétendus miracles Où jadis leur triomphe était intéressé.
Pour moi, pontife obscur d'un temple séculaire. Je veux que la Vertu seule, en mon sanctuaire. Aux humains attendris ose dicter des lois.
J'honore le travail, je blâme la paresse, Je bénis des époux la féconde tendresse , Je secours le malheur partout où je le vois.
Dans nos prés, parcourus par le troupeau qui bêle. Je vois le tendre agneau que la brebis appelle, Et, le regard mouillé des plus douces langueurs, J'admire les effets de l'amour d'une mère.
Tandis que les bergers, auprès de leur chaumière. Au son du chalumeau, se couronnent de fleurs.
A ces simples esprits, si près de la nature.
J'enseigne la Sagesse, et de sa source pure
Je fais couler pour eux la sainte Vérité ;
Je leur apprends combien leur triste confiance
Fut trompée autrefois, en nos temps d'ignorance,
Et je les charme ainsi par ma sincérité.
— Le fameux Saint-Avil, leur dis-je, par exemple, Qu'on vous donna toujours pour patron de ce temple, N'a jamais existé, mes enfants ! Aucuns lieux N'ont montré son tombeau ; c'est une vaine idole ! Les moines, trop grossiers, y croyaient sur parole; C'était, assurément, un mensonge pieux.
Des antiques païens qui furent nos ancêtres.
Et qui jusqu'à la fin demeureront nos maîtres, C'était quelque démon ou quelque déité; Les prêtres des chrétiens, ne pouvant la détruire, En firent un apôtre, un saint, puis vinrent dire Qu'on pouvait l'adorer en toute liberté !
Oublions cette ruse et cette hypocrisie !
Que désormais notre âme en tous temps soit saisie
De la beauté des cieux et de leurs doux bienfaits !
Partout l'Être Suprême avait mis l'Innocence ;
Il faut reconquérir cette belle science.
Puisque nous comprenons ses timides attraits !
C'est ainsi que je parle et que chacun m'écoute. Tous les bons villageois s'empressent sur ma route; Je bénis les enfants, j'embrasse les vieillards; Je m'assieds au foyer des heureuses familles, Et je suis indulgent lorsque les jeunes filles Des garçons du pays agacent les regards !