SCENE
— A mesure qu'au ciel s'effaçaient les traînées De la rougeur du jour fini qui s'éteignait.
D'une vapeur d'azur la voûte s'imprégnait;
Les ténèbres montaient lentement promenées, Et rhorizon lointain encor plus s'éloignait.
Une étoile apparut dans un coin de l'espace; Une autre, en scintillant, auprès d'elle prit place; Une troisième, aussi brillante, s'alluma; Bientôt, le chœur entier des filles de lumière A l'entour de Vénus envahit l'atmosphère, Et le monde, en repos, cependant, s'anima.
La ville, qui dormait dans les bras de sa joie. S'éveillait lentement, et déjà son désir.
Prompt comme un lévrier averti de sa proie, S'élançait, frémissant, sur les pas du plaisir. Pareille à la guitare où quelque doigt promène Les trilles annonçant l'air que l'on va chanter, Venise, ouvrant son cœur, se laissait agiter Par les frissons joyeux qui devaient l'exalter Jusqu'au délire en feu dans une hçure prochaine.
De toutes les maisons s'envolait le sommeil.
Les portes se rouvraient, les masques revenaient; Les tambourins roulaient; les trompettes sonnaient ; Les vitraux des palais bruyamment frissonnaient; Cors, violons, hautbois, partout se promenaient ; Le rire sympathique appelait son pareil.
— Un pont sur un canal, près d'une vieille église;
Le Berger est drapé dans une cape grise Et s'avance à pas lents, fier comme le soleil.
Le Berger.
Il me semble marcher au-dessus des nuages !
Je plane, environné de rêves enivrant?.
Chaque pas que je fais évoque mille images
Dont je caresse en moi les fantômes errants.
Par-dessus les objets que le hasard propose
Aux regards de mon corps, ils viennent se placer !
L'atmosphère où je vis est lumineuse et rose.
Exhalant un parfum qui ne saurait lasser.
La vision finit, mais pour recommencer!
Délicieuse erreur! Loin qu'elle m'humilie.
Si je suis fou, combien je chéris ma folie
Et me presse en ses bras pour m'y faire bercer !
Je ne suis plus mon maître et ne suis plus moi-même!
Rempli par ce pouvoir qui m'a transfiguré,
Je ne sais, n'aperçois plus rien, sinon que j'aime.
Et de mon être entier ce mot s'est emparé.
Cependant l'univers se meut ! Son bruit bourdonne
Autour de mon esprit, autour de ma personne ;
La foule me suppose égal à ce qu'elle a :
Univers ! Univers ! N'en crois pas l'apparence !
Ce que je fus jadis l'autre soir s'envola !
Hors de toi je poursuis ma nouvelle existence.
Non, non! ce n'est plus moi que lu possèdes là ! Rosine! Je le vois partout et je me pâme !
Tu ne me quittes plus! Je ne te cherche pas, Mais je te sens toujours ! Tu me parles tout bas ! Tes mots .. autant d'éclairs ! illuminent mon âme Et la font resplendir sous leurs divins éclats!
Un Domino blanc.
Je vous cherche!... Apprenez ce qu'il faut que je dise Et ne m'accusez pas d'inutile rigueur.
Le Berger.
J'écoute! commandez ! De vous je n'ai pas peur.
Le Domino blanc.
Hier, sans le vouloir, j'ai manqué de franchise : J'écoutais des aveux qu'il fallait relever ; Mais, comme l'entretien n'a pas pu s'achever. Si vous alliez penser que je vous autorise A m'aimer, à le dire, à prendre de l'espoir... Ce seraient des erreurs tristes et dangereuses ; Je ne vous aime pas... Vous devez le savoir!
Le Berger.
Pourquoi prononcez-vous ces paroles fâcheuses?
Le Domino blanc.
Pourquoi prétendez-vous par delà mon pouvoir? Quoi! je vous conduisais auprès de ma pensée-, J'étais, comme une sœur, vers la vôtre empressée, Je vous montrais la dme où pour vous je tendais. Et tandis qu'espérant vous grandir, je cédais Au sentiment si droit élevé dans mon âme.
Vous ne cherchiez en moi qu'une proie... une femme, Et vous le déclariez, et je vous entendais!
Le Berger.
Ainsi, je vous ai donc offensée ?
Le DOMIISO BLAISC.
Oh, sans doute.
On n'est jamais blessé que par ce qu'on redoute, Et vous ne m'avez pas offensée à ce point!
Le Berger.
Un abîme entre nous?... Je ne mérite point Tant de précautions et, vous pouvez m'en croire, C'est gagner sans profit une triste victoire Qu'abattre un innocent qui ne menaçait pas.
Vous me bravez des yeux et vous croisez les bras? Je vais m'expliquer mieux.
Le Domino blanc.
Pourquoi ne pas vous taire ?
Le Berger.
Est-il bien assuré que je vais vous déplaire? Allez ! ce que je veux, je vous en fais serment, Est tel que vous pouvez m'entendre en ce moment, Asseyez-vous ici.
Le Domino blanc.
Je peux donc condescendre A faire sans regret ce que vous désirez.
D'ailleurs je suis venue afin de vous comprendre; Mais les propos sans but, vous les épargnerez.
Le Berger.
Comptez-y. Je vous aime et, sans peur, je Tavoue! Sans peur et sans remords, sans rougeur sur la joue. Sans trouble, osé-je dire, autant, qu'en vérité, On peut aimer ainsi sans en être agité.
Car je ne sache pas qu'il soit dans la nature Émotion si chaste et si franche et si pure, Qui, dominant Tesprit et saisissant le cœur, N'y porte en même temps quelque peu de douleur.
Mais c'est une douleur aussi chère que douce ;
Ce qu'en moi je ressens y règne sans secousse,
Et quand j'y réfléchis, ce qui surtout m'en plaît.
C'est de voir mon amour si grand et si complet,
Suffisant à nourrir si bien mon âme entière
De tous les aliments de vie et de lumière.
Qu'elle, reconnaissant la valeur de son bien,
Se tient pour satisfaite et ne réclame rien !
Je ne vous connais pas et ne veux vous connaître.
Belle êtes-vous sans doute, opulente peut-être.
Noble... Que sais-je encor? J'y veux tout supposer,
Et cela me plaît fort et me vient amuser;
Mais c'est le superflu du trésor que j'embrasse !
Ce qui me vient de vous, devant quoi tout s'efface.
C'est ce qui n'appartient au monde où nous passons.
Ni par la volonté, ni d'aucunes façons.
C'est l'être intérieur, libre de toute règle.
Je l'ai vu s'élancer, vigoureux comme l'aigle,
Et marquant devant moi, qui ne décidais pas,
La route préférée où vont monter mes pas.
Vous l'avez dit vous-même et non sans juste cause:
— Montrer ce que l'on est?... Mais personne ne l'ose,
A moins d'être certain de rester inconnu ;
Et, sans un masque au front, mettre son âme à nu.
C'est presque violer toutes les lois humaines !
—Eh bien! gardez-le donc, ce masque! Les fontaines
De courage et d'espoir qui m'ont désaltéré,
Grâce à lui, grâce à lui, je m'en suis emparé!
J'y bois mon avenir! Ce sont elles que j'aime,
Et c'est vous, j'en conviens, oui, c'est aussi vous-même,
Mais un vous-même étreint aux plus profonds retraits
D'un être dont jamais je ne verrai les traits !
Ce que je veux en vous ne touche pas la terre,
Flotte sur l'idéal, plane dans le mystère.
Cherche au loin, cherche en haut ce qui doit raltirer;
Et quand je le poursuis, ne pouvant m'égarer,
Je sais où je m'avance en mon enthousiasme,*
Et ne crains ni rebut, ni refus, ni sarcasme,
Car la voie est sacrée et vous n'oseriez pas.
Vous qui m'y conviez, la fermer à mes pas !
Qu'ai-je à vous demander? Rien, non, rien, je le jure!
Par un vulgaire amour je vous ferais injure.
Je le sens, j'en conviens ! Il n'était pas besoin
De me le mettre aux yeux, ni me jeter si loin.
Je ne vous connais pas, je le répète encore ;
C'est en vous, c'est par vous, non pas vous que j'adore !
J'aime, non d'avoir vu, mais d'avoir écouté,
Et rien ne vous offense en ma félicité !
Ah ! toi, qui m'as trahi ta nature céleste.
Au cri dont je l'accueille as-tu pu te tromper?
Je t'ai compris d'un mot, du premier mot, d'un geste,
Et ce que j'en ressens devait-il t'échapperî
N'as-tu jamais aimé la rose sur sa tige, Sans d'un ongle méchant Ten vouloir détacher? N'as-tu jamais aimé Tabeille qui voltige.
Sans même t' aviser d'en vouloir approcher?
N'as-tu jamais aimé de la brise vivace Le coup d'aile ondoyant, père de la fraîcheur. Sans vouloir l'arrêter au moment qu'elle passe Pour l'enfermer, captive, aux prisons de ton cœur?
N'as-tu jamais aimé dans les menus branchages Qu'entremêlent les pins à leurs sommets perdus. Des oiseaux pétillants les turbulents ramages. Les querelles, les jeux et les nids suspendus?
N'as-tu jamais aimé des pierreuses collines Les rochers grisonnants entourés de genêts , Ni les chênes trapus dans les vertes ravines. Ni les buissons épars en avant des forêts?
N'as-tu jamais aimé celte nature entière Qui vous prend, vous maîtrise et fait peine ou plaisir, Sans que,dans tous sesjeux,froid,chaud, ombre ou lumière. Il nous soit accordé de pouvoir la saisir?
Qui donc va réclamer de l'amour au nuage, A l'abeille, à la fleur, au vent, à l'air , au nid?
266 LAPHROESSA.
Un bonheur plein d'adieux c'est là notre héritage ! Mais, tel, je m'en contente et le ciel le bénit !
Au fond, tout cela m'aime en se rendant aimable ! Et puisque je lui dois mes rêves, mes ferveurs, Mes instincts éveillés, ce bien inestimable De me sentir vivant, c'est assez de faveurs !
Voilà comme je t'aime et prétends te le dire Sans que ta liberté s'élève contre moi ; Est-ce que je me plains? est-ce que je soupire? Non! je ne songe pas à t'imposer de loi!
Le Domino blanc.
Puisqu'il en est ainsi, je te crois, je t'écoute! Je craignais sans motif, et vraiment j'avais tort ! J'hésitais... mais, pour toi, supérieur au doute, A moi qui t'ai montré l'horizon et la route, Tu me prouves combien ton génie est plus fort? Prouve-le ! j'en reçois une joie indicible.
Heureuse de céder, dans un si pur transport, L'honneur de l'emporter en courage invincible A celui que j'enlève aux ombres de la mort !
Pourtant, plus je t'admire et plus aussi je monte ! Où tu seras sailli, je poserai le pié!
Si tu vaux plus que moi, si je n'ai pas de honte
A courber devant toi mon front humilié, C'est que je peux te suivre au ciel où tu m'entraînes ! Je t'ai montré le char... Ami, prends donc les rênes ! Dès le premier cahot, pardonne, j'ai pris peur 1 Pardonne-moi !... Montons à ces sphères sereines. Dont je devine assez les beautés souveraines. Trop hautes, cependant, pour mon peu de vigueur !
Le Berger.
As-tu jamais appris l'histoire d'Hippomènes?
Amoureux d'Atalante, avec elle il luttait A la course; elle était plus leste et l'emportait. A peine si ses pas multipliés, rapides.
Soulevaient un soupçon de poudre sur le sol.
Abattaient la rosée au bord des prés humides. Dérangeaient quelques grains dans les sables arides... C'était une hirondelle; elle en avait le vol. Le trait en droite ligne et la forte souplesse. L'amant, perdant terrain, s'avisa d'une adresse : Elle vit, sous ses pas, rouler des pommes d'or.
Le Domiiho blanc.
Que fit-elle ?
Le Berger.
Oubliant, la jeune chasseresse.
Qu'elle se proclamait sans désir, sans faiblesse ,
Voulant sa liberté pour unique trésor,
Par le jouet brillant elle fut attirée,
Elle se détourna de la lice sacrée,
Se pencha... d'autres fruits roulaient, luisaient cncor!
Elle étendit les bras vers toutes ces misères,
Et tandis que sa main saisissait les dernières,
Hippomène à jamais arrêtait son essor!
Le Domino blanc.
Quel bien en résulta pour la fille trompée ?
Le Berger.
Dans le sentier commun ils rentrèrent tous deux; Ils ne songèrent plus aux défis hasardeux, Et l'amant méprisa sa victoire usurpée.
Mais si plus franchement il avait combattu, S'il avait respecté sa force et la vertu De celle qu'il aimait, s'il avait sur sa trace Couru sans espérance et pourtant sans regrets. Satisfait d'admirer sa souplesse et sa grâce, De la voir s'élancer sans être jamais lasse.
S'il avait sur ses pas traversé les forêts.
Les montagnes, les champs, l'Étolie et la Thrace Laissé derrière lui Dodone et ses marais,
Poursuivi Thorizon des merveilleuses plaines Où flottent les moissons des Hyperboréènnes Et tenté des climats qu'on n'aborda jamais, Alors il eût compris que la chaste Atalante, En courant devant lui, dans lui vivait pourtant. Qu'elle était le ressort et la flamme brûlante D'où provenait la force à son pas haletant !
Le Domino blanc.
Il éteignit la flamme, il brisa le mobile
Dont le secret pouvoir l'eût emporté si loin!
Sa muse lui devint une esclave futile
Dont, quelques jours passés, il n'avait plus besoin !
Tu dis vrai, tu dis vrai! Mon cœur m'en est témoin !
Garde-moi désormais, lampe fidèle et pure.
Pour éclairer ta vie et ne te point quitter !
Bénis-moi, quand, au seuil d'une rude aventure.
Tu te verras faiblir et presque épouvanter...
Moi, je te montrerai comment tout surmonter !
Invoque-moi quand, las de gravir tant d'obstacles.
Et, devant l'imprévu, découragé, pensif.
Tes yeux s'obscurciront...- Je ferai des miracles
Et mettrai sous tes mains le succès fugitif!
Je le jure! partout te suivra ma pensée.
Partout, toujours, encor, sans le quitter jamais,
Celui-là dont j'ai vu la poitrine oppressée
Bondir sous ma promesse et qu'ainsi j'animais! Sois sûr que je saurai d'abord te reconnaître Quand, si loin que tu sois, j'entendrai tes accents! Tu verras si je t'aime et combien je le sens ! Alors, peut-être alors, une fleur, une lettre. Un message inconnu t'apportera l'encens De cet amour lointain qui ne veut pas de maître ! Et, quand tout ici-bas se dénouera pour nous, Lorsque nos deux esprits, l'un de l'autre jaloux. D'un regard étranger aux terrestres chimères Embrassant tout à coup l'immensité des sphères. S'apercevront de loin et se tendront les bras, Crois-tu qu'un sort méchant sépare nos deux âmes, Dans un sens opposé, fasse vibrer les flammes Qui, déjà se cherchant, s'atteignent ici-bas?
Le Berger.
Le Chérubin ferma la porte Du Paradis où nous vivions !
Mais il le fit de telle sorte . Qu'il en part encor des rayons, Des rayons de sainte lumière Se prolongeant au loin, très-loin !
Ils viennent dorer la poussière, Et d'éclairer la vie entière De notre engeance, prisonnière
Entre la plainte et la prière, Ils ont le soin !
Leur foyer brûle en la Parole Source des temps,, cause du jour; Ils s'allument à Tauréole Flamboyante au front de Tamour !
On les sent, malgré la froidure Qui nous entoure et nous étreint; Pour Tavenir c'est un augure !
C'est la promesse à la nature !
En vain la Mort nous fait injure !
Ils sont en nous ! Et l'homme dure Quand il s'éteint!
Quand il s'éteint, l'éclat céleste.
Par nos douleurs même augmenté, Vibre, s'élance, monte et reste Debout sur notre humanité.
En débris la voilà gisante.
Et l'on croit qu'elle a disparu; Mais c'est alors qu'elle est présente !
Car la lueur resplendissante Fait ruisseler, toute-puissante, Sur la créature pensante, Un lustre accru !
Le souffle que la mort délivre
De rÉden n'est plus éloigné !
Il y retourne, il y va vivre,
Rapportant ce qu'il a gagné.
Plus grand qu'au tertips de sa naissance.
Connaissant plus et sachant mieux.
Relevé de sa décadence
Plus fort qu'en son adolescence,
Moins turbulent qu'en son enfance,
Avec la clef de la science.
Il rentre aux deux !
Luttons, cherchons, trouvons, ma chère, Ma chère idole, mon trésor !
Dans les fanges de la carrière Recueillons les pépites d'or !
On en peut rencontrer de belles Et de bien nobles diamants !
Faisons comme les hirondelles !
Passons, passons, chassons comme elles, Aussi vaillants, tout aussi frêles, Mais bravant du coup de nos ailes Les éléments !
On vit, on meurt et, quand on aime, On agit beaucoup... Quoi de plus?
C'est le devoir, le but suprême;
Les autres soins sont superflus.
Je te vois, devant moi dressée, Et la beauté que tu m'apprends, C'est Tobole par toi laissée Dans cette main intéressée ; J'en pourrai nourrir ma pensée, Et par ma tendresse empressée Je te la rends !
Choeur de Sirènes.
Du verger de la vie Quels sont les fruits meilleurs ?
Ceux qu'une chaude envie.
Toujours inassouvie.
Espère encore ailleurs?
Choeur de Vendangeuses.
Oh 1 c'est la chair bien mûre Aux couleurs de la mûre.
Agaçante à la dent.
Qui remplit la nature.
Savoureuse pâture, Partout se répandant.
Grappe partout pendant, Heureuse qu'on la voie,
S'offrant, facile proie, Au sage, à rimprudent La joie !
— Entre une jardinière; elle hésite, elle fuit El cherche à dépasser un ours qui la poursuit.
L'OuHS.
J'ai d*abord reconnu, madame, Votre démarche, et je reyiens Poar mettre à tos pieds tous mes biens.
Je suis un bourgeois de Bergame !
Vous m'ayez mis le feu dans l'âme !
A peine si je me soutiens !
LaJabdimièri.
Ah ! mon Dieu ! de cet imbécile Quand pourrai- je me délivrer !
L*OuRS.
Vous êtes belle et peu civile :
Voulez- TOUS me désespérer?
Vous iriez bien loin dans la yllie Sans trouver qui me comparer!
Je suis très-gros propriétaire, Unique héritier de mon père, Un illustre dans son état !
J'ai trois maisons, quatre boutiques, Douze commis, force pratiques.
Et l'amitié du Podestat!
De plus, j'ai l'humeur généreuse !
Jamais avec mon amoureuse Je ne marchande et ne dis non !
De plus, ma figure est fort beUe, J'ai le teint frais, vive prunelle, Ma jambe est un parfait modèle.
J'ai de l'esprit comme un démon !
Lb Domimo blanc
Vois-tu cette charmante femme?
Ses jours passent avec lee miens.
Jamaie, jamais, je m'en souTiens, Désir méchant, taché de blAme, Ou convoitif e ou folle flamme, Ne l'ont tenue en leurs Uens.
Ls Bbbobb.
Tu l'aimes t... Il est inutile De prétendre mieux la parer.
Lb Domino blaro»
Elle est Tire et non pat faille ; Le faux ne saurait l'égarer.
A deviner qu'eUe est habile !
Son désir ne peut l'enivreT.
Avant qu'il arrive à lui plairet Elle dépouille an caraetère De ce qu'il semble avtlr d'éoUt !
Elle est terrible en set répliquée, Et, sans des preuves authentlqati^ Contre elle-même elle combat.
Elle est faite pour être heare«M, Elle a l'humear BTentnreaM Et, cependant, tant de raison 1 Avec cela, ce n'est pas eUe Qui d'une blessure mortelle Donnera l'atteinte crueUe.»»
Ni faiblesse ni trahison t
i*fe-
La JARDiNiàaB.
Mon Dieu ! mon Dieu ! que je m'ennuie!
Ne voulez- vous pas me laisser ?
L^OuRS .
Bah ! C'est trop de coquetterie, Vous finiriez par me lasser !
Prenez mon bras, prenez-le vite Eh ! prenez-le donc, ma petite !
Avant que mon amour me quitte...
La Jabdinièrb.
Il doit bien vous embarrasser, Pour peu que votre esprit comprenne Qu'avec une si lourde chaîne On ne peut jamais que blesser.
L'Ours.
Savez-vous que nulle conquête Ne m'avait coûté tant d'efforts ?
La Jardimièrb.
Vrai ? Pour accueillir vos transports Il est quelque femme assez béte ?
L'OURB.
C'est un propos désobligeant !
La JARDIMlàRB.
Quind on est si fort exigeant, On a la mesure complète.
Laissez-moi ! N'est^il pas quelqu'un Qui de monsieur me débarrasse ?
L'OURB.
Combien c'est de mauvaise grAce !
La Jardin làRB, Vit-on jamais tel importun 7
Le Bbrobr.
Il est beau d'être ton amie*..
Chaque mot la vient caresser !
Le Domjmo blanc.
Dans sa gatté, parfois folie On a peine à la dépasser ! Elle s'anime, elle s'agite, Elle se débat et s'excite.
Et l'on croirait qu'elle s'irrite...
Le Berqbb,
Ce masque semble la presser...
A droite, à gauche, elle le mène Et voudrait finir une scène Qu'il s'obstine à recommencer.
Le D^ifo blanc.
Il peut arriver que sa tête Lui fasse quelques légers torts.
Lb Bbroer.
Elle a l'imprudence des forts Que rien n'avertit et n'arrête.
Lb Domino blanc.
Du secours n'est-il pas urgent t
Lb Bbrobr.
Voilà, paré de drap d'argent.
Un Indien qui, dans la fête.
Paraît au moment opportun.
Tout va, je crois, changer de face.
Le Domino blanc.
Il surveillait de la terrasse !
Lb Bbrobr.
C'est un sauveur i^il en est un !
L'Indien.
Habitant des forêts, vous me semblez fort gauche.
La Jardinière.
Ah! Grâce à Dieu!... C'est vous?
L'Indien.
Pour vous servir ! . . . D'abord Vers ce domino blanc que vous connaissez fort, Daignez vous retirer... Ours ! imparfaite ébauche De sens et de bon goût, venez de ce côté; De celte dame-là soyez en défiance !
L'Ours.
Je ne demande pas d'avis.
L'Indien.
Non? mais je pense Que vous en recevez? Pas d'intrépidité !
Je suis assez timide et je crains la dispute. Vous ne voudriez pas risquer une culbute...
L'Ours.
Moi, je n'ai peur de rien !
LInuien.
Vraiment, petit moqueur?
L'Ours.
Je pourrais me fâcher !
L'Inwen.
Restez en belle humeur!
Ne mettez pas ainsi votre poing sur la hanche !
L'Ours.
Vous me serrez trop fort! Vous déchirez ma manche, Monsieur !
L'Indien.
Bon! du sang-froid! Gardez un air vainqueur!
Très-bien! le nez en Tair! l'allure nonchalante! Comme l'on reconnaît que vous n'avez pas peur !
L'Ours.
Je suis fort à l'épée, et quand on me plaisante...
L'Indien.
Peste ! il n'y fait pas bon !... Adieu, mon séducteur!
La Jardinière.
Qui ne devinerait ce que vous allez dire?
L'Indien.
Moi, je ne souffle mot !
La Jardinière.
Ne vous contraignez pas !
vaut mieux trop parler que murmurer tout bas. Je hais les patitos étalant leur martyre.
L'Indien.
Je ne murmure pas et je n'étale rien.
Je regardais en l'air et m'en trouvais très-bien :
C'est l'état naturel de l'innocence pure.
La Jardinière.
ma chère, il voudrait me fâcher, sois-en sûre 1 Mais, bien qu'il m'ait causé l'insupportable ennui
De ce commis marchand, très-intime avec lui, Et qu'il m'a présenté par un soudain caprice, Je reste sa servante et fort à son service !
— Entre un domino rouge, essoufflé, tout courant. -
Le Domino rouge.
Madame! Monseigneur lui-même!
Monseigneur s'en vient en jurant!
La Jardiiniëre.
Voyons écumer ce torrent Sans une crainte trop extrême !
— Entrent, fort empressés, quatre dominos noirs, D'un bras impétueux brandissant leurs mouchoirs.
Premier Domino noir.
Parbleu! c'était la peine De jouer l'inhumaine.
D'inquiéter des gens Beaucoup trop indulgents,
Pour s'en aller, fantasque, Le minois sous le masque, Courir on ne sait où !
La Jardinière.
Bah! ne dirait-on pas que je risquais mon cou? Nous sommes, toutes deux, mon oncle, je vous jure, Je vous jure, messieurs mes cousins, en santé! Nous courons, j'en conviens, quelque peu l'aventure. Mais, sous tous les rapports, en grande sûreté !
Deuxième Domiino noir.
Pour moi, j'en suis certain. C'est la vieille Antonine Qui tenait des propos, ce soir, dans la cuisine, Lesquels, par l'antichambre, atteignant le salon. Ont troublé le repos de toute la famille !
Troisième Domino noir.
On vous croit enlevée ou partie en ballon !
Premier Domino noir.
Enfin, que faites-vous ici, petite fille?
La Jardinière , avec une révérence.
Sous votre bon plaisir, voulant me marier, Je m'occupais ce soir à m'en faire prier!
L'Indien.
Ah! madame, est-il vrai?...
Premier Domino noir.
Quel est ce misérable!
L'Indien.
Votre neveu, monsieur !
Quatrième Domino noir.
Alors, c'est convenable !
Et je ne vois plus rien qui nous force à crier !
—Entre Frosch avec Tusch, précédés par Cassandre. -
Cassandre.
Vous verrez qu'à la fin nous allons réussir.
En s'informant beaucoup on finit par apprendre ! Messieurs , un grand pardon ! Pourriez-vous m'éclaircir Le sort d'un jeune enfant, d'un enfant, mon élève?
Le Berger.
Venez ici, docteur !
Càssandre.
C'est sa voix! Non !... Je rêve!
C'est vous?
Le fiERGER.
C'est moi, sans doute, et nous partons ce soir.
Ah ! tant mieux ! Que j'ai donc plaisir à vous revoir ! Tusch et Frosch, pardonnez au devoir qui m'enlève!
— Sur la place Saint-Marc
On court et l'on se mêle ;
On se quitte, on s'appelle,
Et Pierrot, dans son sac.
Et dans tous les costumes.
Sous leurs bonnets, leurs plumes,
Avec leurs cris aigus.
Tant de bruyants grotesques
Mêlent leurs arabesques, Que Ton ne s'entend plus!
Redoublez vos tapages, Martelez vos ramages.
Excitez vos courages.
Vive la déraison !
Montez, sans pruderie, Avec la raillerie, Plus haut que la folie.
Jusqu'à la frénésie, Car c'en est la saison !
A r Honorable Robert Bulwer LyUCHt
l'affection la plus vraie.