PREMIER ABBÉ
— Je viens chercher au fond du marécage Un nid obscur pour mes chanteurs divins; J'y construirai, des roseaux du rivage Et des ajoncs qui bordent les ravins, Le frêle abri des oiseaux de passage.
Pourvu que l'eau, qui sous nos pieds croupit, Ne baigne pas notre couche éphémère, Pourvu que Teau, qui dans les airs bondit
Quand Touragan fait rouler le tonnerre, N'atteigne pas notre front qui blanchit, Nous avons tout cç qu'il faut sur la terre.
Bâtissez donc la nouvelle cité
Du Seigneur Dieu, vivaces hirondelles!
Ouvrez vos yeux à la pure clarté
Qui sur nos cœurs répand ses étincelles !
Et grandissez dans notre humilité !
Les purs croyants viennent à tire-d'ailes.
— Où dressons-nous la croix?
— Dans nos esprits !
— Où mettons-nous la chaire ?
— En toute place !
Le temple est grand ; le ciel est son lambris !
Du constructeur on voit partout la trace.
La trouvez-vous?... N'avez-vous pas compris Ce qu'elle enseigne à l'atome qui passe ?
Pour nous plonger dans l'Océan d'amour, Chacun de nous doit se perdre lui-même; Quittez les noms que vous portiez un jour!
Pour bien aimer, il ne faut plus qu'on s'aime;
Vous n'êtes rien devant le but suprême Que moucherons palpitants au soleil.
Prenez, enfants, ce qui fait notre envie !
Vous qui dormez, aspirez au réveil !
Vous qui naissez, aspirez à la vie !
Flammes ! montez au foyer sans pareil !