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66 APOCALYPSÉ DE JEAN, I, 4 ‘
Grâce à vous soit et paix, £ De la part de Qu EsT Qut FUT Qui VIENT; Q De la part des sept esprits Qui sont devant son trône; +
ment adressées à chacune d’elles. Au surplus, le livre entier est présenté comme une lettre destinée «aux saints » (XXII, 21). Aux sept communautés Jean envoie, mais en forme originalement amplifiée, le salut chrétien que l’on rencontre dans les épitrés de Paul. — « Grâce et paix »— ne sont pas simplement annoncées de la part de Dieu le Père et du Seigneur Christ ; l’auteur, faisant intervenir une façon de trinité, invoque, dans une triple paraphrase, Dieu, les sept esprits et le Christ. Au lieu de « Dieu le Père », ildit, et plus loin (v, 8: 1v.8) il répétera : « Celui qui est, qui fut et qui vient. » On attendrait : « qui sera », mais la
‘perspective du grand jugement fait dire de Dieu qu’il « vient»,
comme on le dit du Méssie. Dans l'Eternel se résument les trois
temps, passé. présent, futur (cf. REITZENSTEIN, Das iranische
Erlæsungsmysterium, 244). Grammaticalement la formule est aussi incorrecte qu'il est possible de l’imaginer : un nominatif, «l’étant », vient en complément d’une préposition {är 6 &y) ; une forme verbale, « était ». est précédée de l’article (0 y). De pareils solécismes ne peuvent pas être inconscients ; la formule tripartite est une facon de nom indéclinable qui correspond et se raltache au biblique « l'étant » (6 Gv), expression étymologique de l'ineffable Iahvé dans la version des Septante (Ex. rx, 14). Les targums et la littérature rabbinique ont la paraphrase : € qui fut, qui est et qui sera » (Cxarues, I, 10). Une influence immédiate du langage religieux non juif n’est donc pas à présumer (voir les formules citées BAUER, 422 ; CHARLES, loc. cit.) ; mais ce n’est pas à dire que la tradition judéo-helléniste dont dépend notre auteur ait échappé à toute influence non juive ; du moins cette influence apparaît-elle chez lui rabbinisée pour ainsi dire jusque dans la forme.
Entre Dieu et le Christ viennent — «les sept esprits qui sont devant le trône » — de Dieu. Les sept esprits seront attribués au
D OT EU NS | À , # & ; = À Er ê SON se ASS APOCALYPSE DE JEAN, 1, 4 67
Christ, en même temps que les sept étoiles qu'il a en sa droite, dans la lettre à Sardes (rm, 1); dans la description du monde céleste (1v, 5), ils sontidentifiés expressément aux sept flambeaux qui sont devant le trône de Dieu : plus Loin (v, 5), ils sont identifiés non moins expressément aux sept yeux de l’Agueau; enfin ce sont les sept anges qui se tiennent devant Dieu et à qui l’on donnera les sept trompettes (vrr, 2). On ne peut guère s'empêcher de les identifier aussi aux sept candélabres entre lesquels apparaît le Christ (1, 12: et aux sept éloiles qui sont dans sa main (1, 16, 20). Mais, une fois en si beau chemin, l'on n'a pas motif de s'arrêter, et force est d'aller jusqu'à l'identification des sept esprits aux sept anges auxquels sont respectivement adressées les sept lettres. En c :s conditions. il n’est pas possible que les sept esprits représentent une idée simple: ils doivent toucher de près à Dieu, puisque nous les voyons mentionnés après Dieu et avant le Christ ; d’autre part, ils sembleraient être au Christ comme à Dieu ; et dans les sept lettres le Christ leur parle comme sil était leur supérieur. Notre formule trinitaire a dans l'ancienne littérature chrétienne un parallèle qu’il n’est pas inopportun de rappeler, avant de risquer l'explication des sept esprits : Justin ([ Apol. 6) écrit que les chrétiens’adorent, avec Dieu, le Fils venu de sa part, l’armée des autres bons anges qui lui ressemblent, et l'Esprit prophétique. Mais, dans notre passage, les esprits angéliques passent avant le Christ : c’est que les sept esprits, de même que les bons anges de Justin, appartiennent, comme le Christ, au mondedivin. Resle à savoir d’où viennent les sept esprits et comment s'expliquent les identifications, apparemment si disparates, auxquelles se livre notre auteur. Ce que dit celui-ci n’est pas plus étrange que ce que dit Hermas, rangeant le Christ parmi les sept anges et Jui attribuant la place de Michaël (cf. Hermas, Vis. mm, HS SSTMe V0; VIN, 3 ;, 1x, 6-12) Comme l’auteur combat (XxXIT, 8-9 ; XIX, 9-10) le culte des anges, on a proposé de voir là une interpolation ancienne (CHARLES, I, 9 ; Il, 239); mais il ne s’agit pas précisément de culte, ni d'un ange, ni des anges, mais des sept esprits les plus considérables du monde céleste, et qui ont semblé pouvoir, à certains égards, être nommés avant le Christ.
La tradition juive et la tradition chrétienne ont trouvé dans un
eæ
passage d’Isaïe (x1, 2-3) sept formes ou sept dons de l'Esprit :
divin. Mais ce ne peut pas être du seul passage d’Isaïe que procède l'idée si complexe de notre auteur, idée qui pourtant devait
être assez familière à ses lecteurs, - puisqu'il la suppose connue :
et qu’il ne prend pas la peine de l'expliquer autrement. Au sur-
plus, ni l'interprétation d'Isaïe n’a été simplement déduite du texte, ni les sept esprits de l’Apocalypse né sont simplement sept qualités de l'Esprit divin ou ses sept manifestations dans les âmes Ce peuvent être des personnalités déconcertantes pour
nous, mais ce sont des personnalités comme Dieu et le Christ,
bien que ces personnalités rentrent plus ou moins dans la per-
sonnalité de Dieu et aussi dans celle du Christ. Que les sept esprits de l'Apocalypse soient les sept archanges que connaît là
. tradition juive (Tos. x11, 15; Hénocu, xx, grec, etc.), il n’y a
guère lieu d'en douter; et que les sept archanges de la tradition juive et chrétienne (cf. Le. 1, 19) correspondent aux sept Amesha-spenta de la religion perse, et aussi, originairement, comme ces derniers, aux dieux babyloniens des sept planètes, rien n’est plus vraisemblable, quoiqueles conditions historiques de ce rapport ne puissent pas être déterminées avec précision. Le point de départ est dans la religion astrale de Babylone, et ce n’est pas
- par une fantaisie personnelle de notre auteur que les sept esprits
se trouvent être sept astres (1, 16, 20). On a pensé aussi aux
sept vents (BozL, 22), et ce qui est dit (v,6) des « sept esprits de
Dieu qui sont envoyés par toute la terre » convient mieux aux vents qu'aux astres ;: mais la présomption de priorité appartient plutôt-aux sept divinités planétaires qu'aux sept vents. Dans le même passage il est dit que les sept yeux de l’Agneau sont les sept esprits, ce qui convient mieux aux astres, eten même temps suggère que les esprits sont sept forces ou sept formes de l’activité divine, soit en Dieu même, soit dans le Christ. Une telle conception nous rapprocherait des Amesha-spenta dans leur rapport avec le Dieu suprême. Et qui sait si la théologie mithriaque ne signalait pas entre les Amesha-spenta et Mithra quelque rapport analogue à celui que nous voyons entre les sept esprits
et le Christ ? Toujours est-il que nos sept esprits, qui sont des”
- anges, tiennent à la fois des astres ou des divinités astrales dont ils procèdent originairement, et des formes personnifiées
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Le A +"
2 © APOGALYPSE DE JEAN, 1, 5 69
£. Et de la part de Jésus-Christ, cs Le témoin fidèle, È de la vertu divine qu'ils sont devenus dans les Ameshax spenta. Une considération n'exclut pas l'autre, et les sept formes = de l'Esprit divin, que l’on a trouvées dans Isaïe, ne sont point + incompatibles avec la notion des sept esprits. personnels que l’on pourrait qualifier d'assistants au trône de Dieu. Et comme les sept communautés d’Asie représentent toutes les communau- tés du Christ et l'Eglise de Dieu, il n’est pas non plus étonnant , que les sept esprits gouvernent les sept communautés: C'est ÊF VEsprit de Dieu qui régit l'Eglise entière. Seulement l’adaptation des sept esprits aux sept communautés fait que chaque esprit devient en quelque façon la personnification de la com- munauté qu'il est censé conduire : ainsi en est-il pour les dieux nationaux dans les cultes païens. Alors la personnification individualise l'ange au point de faire oublier provisoirement qu'ilest un aspect de l’action divine universelle. Au fond, le Christ, dont la position métaphysique n’est point expressément marquée en cet endroit, appartient à la même catégorie transcendante que les sept esprits. S'ila pu être nommé après eux dans la présente énumération, ce ne doit pas être seulement parce que la mention du Christ est un élément chré- lien, surajouté à l'expression coutumière de la croyance juive sur Dieu et les sept esprits. Une telle juxtaposition aurait été évitée, si elle avait choqué le sens chrétien de l’auteur. Celui-ci perçoit au moins vaguement qu'un rapport analogue unit à Dieu, source de vie transcendante, et les sept esprits et le Christ esprit. On dirait que Dieu, les sept esprits, le Christ constituent une facon de plérôme divin, et que le Christ vient en dernier lieu pôur la facilité que cette disposition offre à un développement touchant le rôle de ce grand témoin de Dieu devant l'humanité, de ce ee médiateur, de ce sauveur, qui doit bientôt apparaître en grand triomphateur.
: QEt de la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle ». — Les titres : de Jésus : « témoin », etc., viennent au nominatif après le nom
“au génitif, que réclame la proposition dont il dépend (axù’Insoù
L’aîné des morts Et le chef des rois de la terre.
résulter non plus d’une distraction: les titres du Christ viennent comme 'ex pression absolue, indéclinable, de sa qualité, de même qu'au verset précédent la définition de Dieu. Le Christ est qualifié « le témoin fidèle », non seulement comme révélateur de ce qu on va trouver te le livre, ou bien parce que, dans sa manifestation terrestre, il a te témoignage à Dieu (cf. Jn. xvin, 37), mais parce qu’il est, autant dire par définition, le
témoin de Dieu, le témoin de toute vérité, de toute justice, .
le vrai témoin, le témoin par excellence (cf. x1x, 11). Car ce ne doit pas être encore assez que de rapporter ce témoignage à toute révélation divine. Ce témoin-là ne fait pas que révéler Dieu, il voit les hommes et les juge. Le mot de son activité n'est pas que lumière, il est aussi justice. À cet égard, le Christ-de l'Apocalypse ressemble aux dieux solaires et à Mithra ; et l'on verra que la ressemblance ne se borne pas à ce trait.
En tant que ressuscité, le Christ est — « l’aîné des morts », — comme le disait Paul (Cor. 1, 18; cf. I Cor. xv. 20) ; il est aussi — « le chef des rois de la terre », — Plus loin (Xvux, 14 ; XIX, 16) il sera dit « roi des rois et seigneur des seigneurs ». La formule « chef des rois » n’est donc pas de remplissage ; c'est un des titres du Christ apocalyptique. Mais on avouera qu'il n’a pas dû être inventé spécialement pour caractériser la royauté du Messie, surtout celle de Jésus-Christ, qui n’est rien moins qu'un suzerain auquel seraient subordonnés les rois de ce monde. A y bien regarder, le Christ est roi des rois en tant qu'il élimine les royautés terrestres. Un passage de psaume (Ps. LXxxVIIr, 28):
« Je l’instituerai premier-né, au-dessus des rois de la terre », où
l’on reconnaît volontiers la source des deux formules « aîné des morts » et «roi des rois », n'aurait jamais pu en suggérer les idées. si l’on n'y avait été aidé d'ailleurs. Il est possible que notre auteur ait pensé au psaume; mais le titre de « roi des rois » convient à un dieu patron d’empire, et c’est à un tel dieu qu'ila été emprunté. Même le titre d'ainé des morts pourrait bien n’être pas aussi spécifiquement chrétien qu'il le paraît. Certes, il ne vient pas non plus du psaume, où il n’est pas question de morts
Le j OR 1,"
A celui qui nous aime, Qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, * Et qui a fait de nous un royaume, Des prêtres pour son Dieu et Père :
Mais tous les dieux qui meurent et ressuscitent, les dieux de mystère, les dieux sauveurs, sont les aînés des morts qu’ils conduisent à l’immortalité ; ils ne sont pas que les premiers ressuscités, ils Sont les rois des morts, des morts bienheureux ; et devenus divinités solaires, ils sont aussi bien les rois de l'humanité : ce ne doit pas être non plus la simple priorité dans la résurrection qui est indiquée pour Jésus; le Christ est souverain des morts et roi des vivants (cf. CHarLes, I, 14). La triple titulature du Christ est donc beaucoup plus homogène qu’elle ne paraît au premier abord.
Ge qui suit est plus spécifiquement chrétien.— « A celui qui nous aime et qui nous a délivrés de nos péchés par son sang. » — Au lieu de « racheter » (\üsaw, leçon des mss. S À C.), plusieurs témoins lisent « laver » (\oüsuy::): on peut hésiter entre les deux leçons (en faveur de la seconde, cf. vrx, 14 ; Xx11, 14); maïs un passage parallèle (v, 9) favorise plutôt la première, quoique dans ce passage il ne soit point fait mention expresse de péchés (l’image des fidèles « lavant leurs robes», vir, 14, est encore moins parallèle à celle du Christ lavant les siens de leurs péchés); et puisque le Christ est le sujet, l'idée de la délivrance est plus recommandée par l’usage du Nouveau Testament (1 Cor. vr, 11; Eex. v, 26; Trr. x, 5; HÉBr. x, 22). L'énumération des bienfaits du Christ, commencée avec des participes, se continue par un verbe à un mode personnel. — « Et il nous a faits royaume,
prêtres à son Dieu et Père. » — Il y a là un hébraïsme de cons-
truction (CHARLES, Ï, 15), et l’on doit traduire : « Et qui nous a faits », ete. L'auteur entend que les chrétiens sont membres parlicipants du royaume dont Dieu est le souverain, et qu’en même temps, en cette qualité, ils sont ses prêtres. Sans doute dépendil d’une mauvaise lecture ou traduction du passage biblique (Ex. xix, 6) où il est parlé, à propos d'Israël, d’un «royaume de prêtres » (Septante: « Sacerdoce royal» ; cf. I Prer. 11, 9. Symmaque et Théodotion : « Royaume, prêtres »; cf. CHARLES, [, 16).
pe",
À lui la gloire et la puissance aux siècles des siècles | Amen. | ; ” Le voici qui vient avec les nuées, Et le verra tout œil, ER Même ceux qui l'ont transpercé; : L ve Etse lamenteront à son sujet toutes les tribus de la terre.
La locution: « Son Dieu et Père » (76 0eG xai raxpl «broÿ) se rencontre dans les épitres (cf, Rom. xv, 6 ; II Cor. 1, 3. Co. 1, 3; Epx. 1, 3; I PIER. 1, 3: peut-être aussi dans les formules de salu- | tation comme Rom.1, 7; 1 Cor. 1,3, etc.). — L'intercalation de la proposition incidente : « Et il nous a faits », etc., occasionne l'insertion du pronom « à lui » avant la doxologie qui a été = prévue dès le commencement de la phrase : — « A lui la gloire et la puissance aux siècles des siècles. Amen. » — De sem- : blables doxologies reviendront plus loin (v,13; vi, 10 ; cf. Il 07 PIER: IN, 19). | É Les deux versets suivants (r, 7-8), sanslien étroit avec le CON- texte, — on a pu les soupçonner d’être rédactionnels (J. Werss- +1 HerTMüLLer, 238), — expriment le thème général du livre et donnent pour ainsi dire le ton à l'ensemble. L'avènement du Christ est annoncé d’abord en termes de l’Ecriture. — « Voici qu'il vient dans les nuées »,—non pas précisément sur les nuages, mais entouré de nuées. Ceci est de Daniel (vit, 13). — « Ettout Re œil le verra », — tous les hommes seront témoins de son avè- Ex nement, — « même »— les Juifs — « qui l'ont transpercé » — en le suppliciant; — «et à son sujet se lamenteront toutes les tribus de la terre ». — Ces derniers traits sont paraphrase de Zacharie (XI, 10, 19, 14). Le quatrième évangile (xx, 39) cite expressément une partie du texte (ZAcH. xI7, 10) : «ils regarderont celui qu'ils ont percé », en trouvant l’accomplissement par le coup de lance dans la passion ; mais la considération eschatologique n'est pas exclue pour autant. Matthieu (xxrv, 30) combine ce qu'on lit en! Zacharie de la lamentation universelle, avec le passage de Daniel. = Ilne faudrait pas se hâter d’en inférer que l’Apocalypse dépend de Matthieu, où Matthieu de l'Apocalypse : le plus probable est que l’un et l’autre dépendent d’un répertoire de textes messianiques, exploité par chacun d’eux selon son gré. Luc (xx, 48)
Oui. Amen.
< Je suis, moi, l'alpha et l'oméga,
s inspire aussi de Zacharie (x1r, 14) pour Ë deuil public qu'il mel au terme de la passion, =
= Ce floitement des interprétations ne laisse pas d’être significatif: les textes messianiques étaient exploités à volonté, selon l'opportunité ou la facilité qu'on y trouvait, pour illustrer la légende de Jésus, ou commeindication eschatologique.On remar- PA. quera que l’utilisation de Zacharie : « ils verront celui qu’ils ont
> percé », n'appartient qu'aux écrits johanniques, et que, si l’ on
i en croit l’évangile, elle vise le coup de lance et non le crucifie-
ment. Noter aussi que latraduction : «ils ont percé », conforme : TR à l’hébreu, n’est pas celle des Septante : la citation de Zacharie,
dans le répertoire de texles messianiques, n’était pas fondée, du moins pas uniquement, sur celte version (pour la discussion de ce passage, voir CnarLes, |, 18). D'après l’Apocalypse, le Christ, ensa parousie, aurait la marque du coup de lance ; d’après Matthieu, le « signe du Fils de l’homme » apparaîtra en même temps que le Fils de l'homme, et ce signe semble être la croix (cf. Didaché, xvx, 6). L'apparition de la croix n’est pas plus extraordinaire que celle de la blessure. Ce qu'il importe de constater est la pénélration réciproque du point de vue. - mythico légendaire et du point de vue eschatologique dans l’uti- __ lisation de l'Ancien Testament. Inutile de dire que le texte de | Zacharie ne concernait ni la passion ni la parousie ; d'après l’hébreu, qui est suspect d’altération, c’est Iahvé lui-même qui aurait été percé ; le texte visait un meurtre commis (celui d'Onias IT, au temps d’Antiochus Epiphane ?), le deuil du peupleet son pardon. - L: . (Oui, amen » — L'hébreu amen dit la même chose que « oui» (vai), mais il ne semble pas que l'un double l’autre (comme dans : « Abba, père », Mc. x1v, 36 ; Rom. vrir, 15 ; GAL. 1v, 6). « Oui » confirme la vérité de la prédiction et en fait autant dire partie. « Amen » marque l’assentiment de la foi (cf. xx1r, 20). Dieu lui-même, auteur de la révélation annoncée, prend ensuite la parole, pour affirmer sa transcendante nature — « Je suis : l'alpha et l’oméga ». — Façon de parler qui suppose connais-
Dit Seigneur Dieu, # Qui EST,
Qui FUT,
Qui VIENT,
Le maître de tout.
sance des spéculations hellénistiques sur l’alphabet (cf. Bozx, 27) ; les vingt-quatre lettres y étant figure de l'univers, on peut bien désigner son auteur par la première et la dernière. L’auteur ne nous signifiera-t-il pas le nom de la Bète par la valeur
numérique des lettres qui le composent ? Ici sa gnose n'est pas.
bien subtile : Dieu est la première et la dernière lettre de l’al-
phabet parce qu’il est éternel, premier et dernier, principe et ‘ fin de toutes choses (ef. xxx, 6 ; xxir, 13). L'idée fondamentale se rencontre dans Îsaïe (xLr, 4, xLIV, 6 ; xXLvVIIT, 12) ; mais ce n’est pas d’Isaïe qu’en a été tirée la définition par la première et la dernière lettre de l’alphabet grec. Dieu est censé lui-même expliquer que cette définition correspond à la formule précédemment énoncée (1, 4) comme une façon de nom divin :« celui qui est, celui qui fut et celui qui doit venir ». Mais ici on ajoute, pour plus de solennité : « le tout puissant » (6 rayroxpérwp), lra-
duction de l’hébreu Sebaoth (dans les formules « Dieu des-
armées », ou « [ahvé des armées) en certaines parties des Septante. En dehors de l’Apocalypse, qui l’affectionne, le mot ne se rencontre qu'une fois dans le Nouveau Testament (II Cor. vi, 10,
par citation). La traduction : « tout-puissant », généralement
admise, pourrait bien n'être pas exacte ; vu la correspondance avec l’hébreu Sebaoth, ce serait plutôt « maître de tout », souverain de l'univers, de toutes les sphères mondiales et de leurs « armées » (comparer xosuoxoätopes, Epn. vr, 12). L'ensemble de la déclaration divine est tout à fait inattendu, et ce verset, plus encore que le précédent, a chance d'être rédactionnel. D'ailleurs, d'après l'usage de notre livre, « Dieu » et « maître de tout » ne devraient être séparés par aucun autre mot (CHarLes, IT, 387).