‹ L'Apocalypse de JeanChapitre 12 sur 65 · III. — La visIoN INAUGURALE · texte numérisé non relu

III. — La visIoN INAUGURALE

Après l'adresse aux sept communautés vient la vision inaugurale de la révélation annoncée dès l’abord, vision qui sert ainsi

tn:

Fais

APOGALYPSE DE JEAN, 1, Ÿ 75

* Moi, Jean, votre frère Et compagnon dans la tribulation, le royaume, la patience en Jésus, Je fus dans l’île appelée Patmos, Pour-la parole de Dieu Et le témoignage de Jésus

d'introduction aux sept lettres et à tout le livre. — « Moi Jean, votre frère et associé dans la tribulation. » — L'auteur ne se réclame pas de la qualité apostolique ni d’une autorité quelconque : c'est un « frère », c’est-à-dire un membre de la même société religieuse, de la communauté chrétienne, qui fait part à ses frères de la révélation qu'il a reçue ; mais les temps sont durs, ce frère est aussi bien leur compagnon de persécution, ou plus exactement de tribulation (cf. vr, 17 : 11 Cor.x, 7 ; Par. mr, 10), de tous ces maux avant-coureurs de la fin et qui déjà se font terriblement sentir (cf. nr, 10: vi, 14). Cette circonstance explique comment l’auteur peut d’un seul trait se dire — « coassocié dans la tribulation et le royaume », — le règne messianique, qui est prêt à venir en suite de la tribulation, — « etla patience en Jésus », — la patience avec laquelle le croyant supporte la tribulation, et grâce à laquelle il aura part au royaume (cf. 1, 2,3, 19 ; Ii, 10 ; XI, 16; XIV, 12), patience qui s’entretient dans la communion au Christ.

« Je fus dans l’île appelée Patmos ».-— Voir dans Renan (pp. 372 ss.) la description de Patmos : « Patmos était, selon les habitudes du cabotage d'alors, la première ou la dernière station pour le voyageur qui allait d'Ephèse à Rome ou de Rome à Ephèse. » Mais cette circonstance ne prouve aucunement que l’auteur soit jamais allé à Rome, ni qu'il ait composé l’Apocalypse en en revenant. Laissons-le parler. Il fut à Patmos — « pour la parole de Dieu et le témoignage de Jésus ». — Si l’on interprète cette indication par celle du début (1, 2), la parole de Dieu et le témoignage de Jésus pourraient être la révélation même qui va être consignée dans le livre, et l’auteur serait allé à Patmos pour la recevoir dans une solitude au moins relative. Il est vrai que « l’île était fort peuplée » (RENAN, 374) ; tout de même il devait être plus facile qu'à Ephèse ou à Smyrne d'y trouver un petit coin tranquille pour attendre les communica-

serait pas dérangé pour évangéliser un si petit lieu : pourquoi

APOUMESE DE JEAN, I, #

tions du ciel. Mais dans le Dassagé précédent, les mots : : & tout ce qu'il a vu », déterminaient la signification actuelle dela parole et réosnase tandis qu'ici rien ne limite le sens ; on peut hésiter à admettre que le prophète, au lieu d'attendre l’inspiration chez lui, soit allé la chercher à Patmos ; enfin, comme la phrase est construite, on peut entendre assez naturellement que la part de l'auteur dans la « tribulation » consisterait en ce que, pour avoir prêché la parole évangélique, il aurait été exilé à Patmos, à moins qu'il n'ait été contraint de s’y retirer lui-même. L'idée d'un bannissement a des témoins anciens (Clément d'Alexandrie, Tertullien, Origène) ; mais leurs renseignements sont assez vagues, et l’on s’est demandé si cette tradition ne procèdait pas de notre texte. On peut donc hésiter entre l'hypothèse du séjour volontaire et celle du séjour forcé à Patmos. Resterait l'hypothèse qu’on pourrait appeler de la rencontre accidentelle : Jean serait venu apporter à Patmos la parole de Dieu, le témoignage rendu par le Christ, et il aurait eu là ses visions. Contre cette dernière combinaison il n’est pas d’objection décisive : car on ne peut pas dire sérieusement que Jean ne se

ne l’aurait-il pas fait, si l'opportunité s’en était offerte ? Le défaut de la troisième hypothèse est plutôt d’être un tant soit peu - mécanique et artificielle. Tout bien considéré, la seconde hypothèse pourrait encore être la plus sûre, l’auteur paraissant dire qu’il est venu à Patmos comme participant à la tribula- à tion commune et pour avoir enseigné la parole de Dieu dans : les communautés d'Asie (cf vi, 9; xx, 4; et pour l'emploi de &4, 1, 3; IV, 11; VI, 9 ; VII, 15 ; XII, LI ; 19, XINL, 14, etc ). Quoi qu’il en soit, si l’auteur tient à faire savoir qu'il a eu ses visions à Patmos, il laisse assez clairement entendre qu'il n’y est plus . dans le temps où il écrit. Et comme la prophétie est une com- position écrite avec étude et réflexion, la circonstance du séjour à Patmos et son degré d’historicité sont chose accessoire pour “4 l'interprétation du livre. Il importe même assez peu que celte circonstance soit réelle ou non. SEL 9 | Re:

Mais on a quelque motif de la suspecter ; car les indications concernant le séjour à Patmos, « la parole » et «le témoignage », se présentent comme une surcharge (noter la fâcheuse corres-

: ÂPOCALYPRE DE JEAN, 14 10-11

oJ e fus en extase Le jour du 1 Seigneur, Et j'entendis derrière moi voix éclatante, es . Comme de trompette, qui disait : #3 * « Ce que tu vois, écris-le en livre

pondance de vevépny év T aa xTÀ., I,9, et 10, éyevouny v repart x). On dirait que le premier éyevouny a élé maladroitement dédoublé du second) ; « parole » et « témoignage » sont

+ dans le style du titre ; la notice intércalée semble être en Fap= Fe ___ portavec la fiction d' origine apostolique et la légende de Jean ; F2 LE elle double gauchement la notice suivante : « Je fus en esprit »2 : etc., seule indispensable pour introduire la vision. Ainsi le trait # méritait Loute l'attention que les exégètes y ont donnée, mais pour une raison qu’ils n’ont pas soupçonnée.

. «Je fus en esprit », — je tombai en extase (cf. Acr. xx, D VX

19), — « le jour du Seigneur ». — Il s’agit du dimanche, depuis |

longtemps déjà jour saint des chrétiens, jour du Seigneur, c'est-

__ à-dire jour du Christ ressuscité, el par suite jour commémoratif

de sa résurrection (cf. I Cor. xvI, 2 ; Acr. xx, 7 ; Didaché,

XIV, 5; Ev. de Pierre, 35 : Iewace, Magn. 1x, 1). Dale mys-

de tique, puisqu il n’y a pas d’auire on de temps. Le jour

du Seigneur est celui qui convient à une révélation faite par le

Christ lui-même. On ne doit pas oublier pourtant que le jour du

Seigneur est le jour du Soleil. Cette indication appartient donc

à ce qu’on pourrait appeler l'équipement solaire du Christ et de

sa prophétie. — « Et j'entendis derrière moi», — comme Ezé- :

chiel (11, 12), — «une voix éclatante », — une voix céleste, très

bruyante, — « comme d’une trompette ». — D’après ce qui suit,

= ce doit être la voix du Fils de l'homme, et la trompette n’est

| mentionnée que pour la comparaison (cf. 1v, 1). On ne veut pas signifier que le Christ parle dans un clairon. Il s’agit d’une voix céleste, dont il est possible de se faire une idée par la comparai-

sonde la trompette (sur la ACTES de w;, en pareil cas,

voir CHARLES, I, 39).

La voix — « disait : « Ce que tu vois », — la vision qui pour

: toi commence et dont tu vas suivre le one développement,

— Cécris-le en un livre ». — Le livre est notre Apocalypse.

L'ordre d’é écrire reviendra encore souvent dans la suite (x; 4,

JP IR..

180 APOCALŸPSE DE JEAN, I, {2

Et envoie-le aux sept communautés, 4 À Ephèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, A Sardes, à Philadelphie et à Laodicée. »

a je me retournai pour voir la voix qui me parlait ; Et retourné, je vis sept candélabres d'or, |

défense d'écrire). — « Et envoie-le aux sept communautés ». — Les « sept communautés » se trouvent ainsi annoncées comme un total mystique déjà connu : c’est la figuration de l'Eglise. Mais l’auteur prend cette figuration dans les communautés qu'il connaît directement, les communautés de la province où il vit el qui les premières liront son livre. Ephèse, capitale de la province et sans doute aussi la principale des communautés chréliennes en cette région, comme elle était la plus ancienne, est nommée la première. L'énumération va du sud au nord : Ephèse, Smyrne, Pergame ; puis revient du nord au sud-est : Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée. Comme il ne fallait à l'auteur, pour son symbolisme et la symétrie de sa composition, que sept communautés, l'omission de Troas, Colosses, Hiérapolis, se comprend sans peine, bien qu'on ne voie pas le motif qui a fait passer à l'arrière-plan ces communautés anciennes, pour mettre en avant des communautés dont il y a tout lieu de croire que la fondation est plus récente. On a supposé (Ramsay, Letters to the seven Churches, 191) que les sept villes avaient été choisies parce que c'étaient des centres de communication. Sur l’origine de ces communautés, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, lon ne possède aucun renseignement précis. Elles n’ont pas dû être fondées bien longtemps après celles que nous font connaître le récit des Actes et les épitres de Paul, Ephèse, Troas, Laodicée, Colosses, Hiérapolis ; car les monitions que l’auteur leur adresse les supposent existantes depuis assez longtemps. | | Comme la voix se fait entendre derrière lui, le visionnaire se retourne pour savoir qui lui parle. — « Et je me retournai pour voir la voix », — c’est à-dire d'où venait, de qui était — «la voix qui me parlait », — qui lui avait ainsi intimé l’ordre d'écrire sa vision. — «Et m'étant retourné, je vis sept candélabres d’or. » — I sera dit bientôt (1,20) que les sept candélabres sont les sept

1 Et au milieu des candélabres (quelqu'un) pareil à fils d'homme, Vêtu de manteau long,

communautés, et que les sept astres qui vont être montrés dans la main du Christ sont leurs anges : bien téméraire qui voudrait s'inscrire en faux contre cette explication. Du reste, les sept candélabres sont apparentés au chandelier à sept branches qui figurait dans le mobilier cultuel de Iahvé (Ex. xxv, 31-40 ; XXXVI1, 19-24), et une vision de Zacharie (rv, 2) est en rapport avec ledit chandelier. Bien que les sept luminaires ne soient point ici sur un seul pied, l’origine des deux symboles pourraitêtre la même. En tout cas, la distinction des sept candélabres est en- rapport, d’une part, avec les sept planètes, et d’autre part avec les sept communautés et leurs anges protecteurs, qui sont aussi bien, du moins par leur origine, les sept esprits ou génies des sept planètes.

« Et au milieu des candélabres quelqu'un de pareil à un fils d'homme. » — C'est le Christ, ainsi qualifié d’après Daniel (var, 13; cf. IéNocH, xLv1, 1), et par une formule d'Ezéchiel (1, 26). Mais il est sous-entendu que, si sa forme est humaine, son être et ses attributs sont tout célestes. Le Christ qui se montre ainsi en révélateur de l’eschatologie est le Seigneur de l'Eglise, son docteur et son chef ; c’est pourquoi ilapparait entre les sept candélabres qui figurent lesseptcommunautés et médiatement l’Egliseentière. La vision qui le présente ainsi est coordonnée directement aux sept lettres, c’est-à-dire à la première partie du livre, mais elle n’en domine pas moins, avec et par les sept lettres, lelivre entier, la révélation adressée par le Seigneur de l'Eglise à l'Eglise ellemême, par l'Epoux à l’Epouse. Ce Christ est— « vêtu d'un manteau long », — plus exactement peut-être une grande robe descendant jusqu'aux pieds (cf. Is. vr, 1), comme celle du grand-prêtre (Ex. xxvur, 4, 31-35), et qui doit aussi avoir une signification symbolique : c’est la figure de l'univers (Sac. xvur, 24), identique à la robe sans couture, dont parle Le quatrième évangile(xix, 23-24), bien que le rapport immédiat de celle-ci soit plutôt à l'unité de l'Eglise ; aussi bien le même rapport est-il à supposer dans notre passage, comme y invite la signification très complexe des candélabres, — « Et ceint vers les seins, d’une ceinture

80 [APOGALYPSE DE JEAN, 1, 14-15

Et ceint à la poitrine de ceinture d’or.

5 Satêteet ses cheveux étaient blancs comme laine blanche, [comme -

neige] ; Ses yeux étaient comme flamme de feu ; # Ses pieds DATE à airain brillant, purifié en fourneau ; d'or ». — La haute ceinture (ef. Dan. x, 5) appartient aussi au

costume pontifical (Ex. xxvur, 8 ; XxxIx, 5), ; JosèPHE, Ant. I,

7,.2) ; celle ceinture doit avoir de même, du moins originaire- |

ment, une signification cosmique, c'est-à-dire astrale. Nonobstant les analogies bibliques, ni cette robe ni cette ceinture ne sont de symbolisme proprement juif.

« Sa lêle et ses cheveux étaient blancs comme laine blancomme neige». — Dans Daniel (vn, 9-10), © est le vête- ment du Vieillard, de l'Eternel, qui est blanc comme neige, et ses cheveux comme laine, Ici les mots « comme neige » semblent une glose surajoutée. Il n’est pas plus difficile d’ attribuer au Christ les traits du Vieillard que de lui attribuer l’éternité de Dieu (1, 17-18; 1, 8 ; xxn 12:13). Le Christ apocalyptique est en « forme de Dieu ». Mais on ne voit pas bien ce que signifie la blancheur de la face à côté de celle’des cheveux : peut-être y a il quelque subtilité à dire que la tête est dite blanche parce que les cheveux sont blancs, ou bien à-cause de la barbe qui doit l’être aussi. L’aspect énétal de ce Christ étant « celui du soleil dans sa force » (1, 16), il n’est pas bien téméraire de supposer que le visage est d’une blancheur éclatante comme la face du soleil, et les cheveux pareillement, avec la barbe, comme les rayons du soleil. — « Ses yeux étaient comme flamme de feu. » — Même

trait plus loin (nr, 18 ; xix, 2). Ainsi étaient les yeux du messager

céleste (Gabriel) dans Daniel (x, 6).—« Ses pieds, pareils àl’airain brillant », — au minerai d’or (?) — « incandescent » — purifié au = feu — « dans le fourneau ».—Trait venu d’Ezéchiel (1, 27, aspect

de Dieu), et de Daniel (x, 6, Gabriel). La communication des traits divins aux anges et au Christ n’a rien de particulièrement surprenant : Christ et anges appartiennent au monde divin et ils représentent Dieu (surle yaxxo\lBavos qui,, dans notre passage, et 1, 18, correspond au yæhx6s de Daniel et à l'Akextooy d'Ezéchiel, voir BAUER, 426 ; CHARLES, I, 29). — « Sa voix, comme le bruit

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