‹ L'Apocalypse de JeanChapitre 16 sur 65 · AU · texte numérisé non relu

AU

APOGALŸPSE DE JEAN, Ii, Ÿ

* Celui qui fut mort et qui a revécu.

E+ * Je connais ta tribulation Et täâ pauvreté,

— Pourtant tu es riche, — Et le blasphème de ceux qui se disent être Juifs, Et ne le sont pas,

Mais synagogue de Satan.

nier, celui qui fut mort et qui a revéeu.» — C'est, avec des variantes accessoires, ce que leChrist lui-même (1,17-18) vient de dire à Jean (cf.xim, 14, ce qui est dit de l’Antichrist). À ce trait eorrespondra la promesse finale (11,10).— «Je connais ta tribulation », — les persécutions par toi subies. Elément déjà re rencontré dans la leitre précédente, et sans doute s'agit-il des PE mêmes persécutions. — « Et ta pauvreté». — Dans l’ordre temporel s'entend ; c’est pourquoi l'auteur se reprend pour faire remarquer ue de cette pauvrelé. — « Pourtant tu es = riche », — dans l’ordre spirituel. — « Et le blasphème », —les F propos injurieux et la calomnie — « de ceux qui se disent Juifs D et quin ne le sont pas, mais qui »,— au lieu d’être peuple de Dieu, Xe sont — « synagogue de FE ». — Formule parallèle à ce qu'on a lu, dans la lettre précédente, touchant les faux apôtres. Mais les interprètes ne manquent pas de rappeler que Smyrne possédait une juiverie importante, et l’on admet que les persécutions seraient venues de là contre les fidèles de Smyrne : Lee. les persécuteurs seraient traités de faux Juifs et de synagogue

de Satan, parce qu'ils ne reconnaissent pas le Christ, les vrais Juifs étant les chrétiens. Ce sont là des précisions auxquelles l’auteur pourrait bien n'avoir pas songé. La correspondance des faux Juifs avec les faux apôtres inviterait plutôt à voir dans ceux-là les mêmes sectaires que dans ceux-ci. Noter que Îles chrétiens ont de très bonne heure abandonné aux Juifs le mot

« synagogue » el gardé pour eux « église » (axe 1x, 2, est le seul passage du nouveau Testament où suvxywyd se rencontre pour désigoer l” assemblée chrétienne). Les blasphèmes des prétendus Juifs seraient leurs faux principes, el les faux Juifs seraient des chrétiens qui se prévaudraient de leurqualité de Juifs ou de vrais Israélites en tant que vrais croyants, comme autrefois Paul, pour

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‘ Ne redoute pas ceque tu dois souffrir.

Voici que le diable va jeter des vôtres en prison Pour que vous soyez éprouvés ?

Et que vous ayez tribulation dix jours.

Sois fidèle jusqu'à mort, Et je te donnerai la couronne dela vie.

‘ Qui a oreille entende Ce que l'Esprit dit aux communautés Le vainqueur, Il ne sera pas atteint de la seconde mort. »

se recommander eux-mêmes. Le thème général de la seconde lettre serait le même que celui de la première, avec de légères variantes de forme; pour éviter la monotonie.

«Ne redoute pas ce que tu dois souffrir. » — Ici la persécution reste en perspective, bien que la communauté l’ait éprouvée déjà dans le passé (11, 19). — « Voici que le diable va jeter quelques-uns d’entre vous en prison. » — Il ne faut pas se hâter de substituer les Juifs au diable comme initiateurs de la persécution, puisque, dans la réalité, la prison suppose intervention des autorités païennes. Rien n’oblige d'identifier à la synagogue de Satan le diable persécuteur. Le diable peut avoir bien d’autres suppôts que les Juifs. — « Pour que vous soyez éprouvés »—dans votre foi et votre courage, — «et que vous ayez tribulation dix jours durant ». — Terme qui signifie une persécution courte (cf. Dan. 1, 12, 14 ; NoMBr. x1, 19). Une telle prédiction n'a pas eu besoin d’être faite après coup. Exhortation : — « Sois fidèle jusqu’à la mort »,— s'il le faut, à travers toute persécution, — « et je te donnerai la couronne de la vie », — la couronne de l’immortalité. C’est la couronne qui convient à pareille victoire et à la qualité royale des élus (ef. 1, 6; v, ro). La couronne de la vie peut être celle qui consiste dans la vie éternelle, ou plutôt celle qui appartient à l’immortalité. Allusion possible aux couronnes décernées dans les jeux (cf. ITIM.1v, 8).

Appel à tout lecteur chrétien: — « Qui a oreille », ete. — a messe générale formulée en un trait de l'éschitoldaie: — «Le vainqueur ne sera pas atteint par la seconde mort.» — Ainsi qu'il apparaîtra plus loin (xx, 6 ; xx1, 8), l’auteur appelle seconde mort la damnation éternelle, la sentence de réprobation qui frappera

© Et à l'ange de la communauté qui est à Pergame écris : « Ainsi parle celui qui a l'épée A deüx tranchants, affilée.

“ Je sais où tu demeures, Là où est le trône de Satan.

tous les pêcheurs dans le jugement dernier, et après laquelle ils seront jetés dans l'étang de feu. De la première mort, la mort naturelle, il y a retour, mais pas. de cette mort des damnés.A propos de «la seconde mort », il n’est pas indifférent de noter que le Livre des morts, dans l’ancienne religion de l'Egypte, est daminé par la préoccupation d'épargner au défunt d’être mis à mort une seconde fois dans l'enfer (cf. Bozz, 49). D'ailleurs l'idée et l'expression se rencontrent dans les targums (voir CHARLES, I, 59).

« Et à l'ange de la communauté qui est à Pergame, écris ».-— Troisième lettre. Trait emprunté à la description du Christ : — « Ainsi parle celui qui a », — sortant de sa bouche (r, 16), — « l'épée à deux tranchants, affilée ». — Cette épée va servir à l'extermination des Nicolaïtes (11, 16). Dans la première lettre également, il y a correspondance entre la mention des sept candélabres {1r, 2) et la menace de déplacement pour le candélabre d’Ephèse (11, 5) ; de même, dans la seconde, entre le Christ mort et vivant (17, 8) et la couronne de vie, la dispense de la seconde mort (Vv. 10-11). — Déclaration relative à l’état de la communauté de Pergame :— « Je sais où tu demeures, » — c’est un lieu périlleux, — « là où est le trône de Satan. »— Plus loin (xt, 2; Xv1, 10), le trône de Satan est Rome, résidence de l’empereur divinisé. Si le trône de Satan est à Pergame, ce ne doit pas être parce qu'on y rencontrait le culte d’Esculape avec son serpent, ni à raison du grand autel de Zeus qui était sur l’acropole (voir cependant Boze, 112), ni précisément parce que les chrétiens y avaient été persécutés plus tôt et avec plus d’acharnement qu'ailleurs, ni. à cause des Nicolaïtes, mais parce que Pergame possédait le plus ancien temple de Rome et d'Auguste, érigé dès l’an 29 avant notre ère. Ce temple et son sacerdoce devaient être en abomination spéciale aux yeux de notre auteur, et leur présence aussi a pu contribuer à rendre

APOCALYPSÉ DÉ JEAN, 1, 43.

Tu retiens mon nom,

Tu n'as pas renié la foi en moi, Même dans les jours d’Antipas, | Cu | Mon témoin, ’ à 1 Mon fidèle, : , :

3 Qui a été tué chez vous,

Où Satan habite.

particulièrement délicate la position des chrétiens, réfractaires au culte impérial. L'on est donc ici en présence d’une situation vraiment spéciale, mais dont la signification, si l’on peut dire, ne laisse pas d'être universelle; et c’est pourquoi l’auteur la relève, insistant sur la constance dont a fait preuve la commu- nauté de Pergame, plus exposée que d'autres à une persécution qui, dans une occasion donnée, a fait un martyr. La circonstance est à noter: des exécutions sanglantes ont eu lieu en assez ‘: grand nombre ailleurs; pour la province d'Asie ilyaeuetily a encore beaucoup de v exations: et de graves dangers en perspective; mais pour ce qui est des martyrs, il y a celui de Pergame. | « Tu retiens mon nom, tu n'as pas renié ma foi ». — La communaulé de Pergame n'a pas fléchi dans sa foi au Christ, — « même dans les jours »,— on ne saurait dire si ces jours sont très éloignés, — « d’Antipas », — le temps de la persécution étant désigné par le nom même du martyr, — « mon témoin, mon fidèle, qui fut tué chez vous, où Satan habite ». — Antipas est done mort martys à Pergame; il appartenait à la commu- À nauté du lieu, que son sort n’a point effrayée. Le martyre semble expliqué par le fait que Satan habite à Pergame; ni Esculape, ni le temple de Zeus ne rendraient suffisamment compte de cette particularité. Antipas sera mort pour contravention au culte impérial, soit pour avoir protesté contre ce culte, soit pour avoir refusé d'y participer dans une circonstance où il était censé le . devoir. Antipas est cité en type du martyr. On remarquera que le souvenir d’Antipas n’est point rappelé pour lui-même, mais en tant qu'illustrant le courage persévérant de la communauté dont il a fait partie. C'est ce courage qui est recommandé en exemple à toutes les communautés. Dès maintenant elles sont prémunies contre le culte de Bête. =

ee APOCALYPSE DE JEAN, 11, 14-15 du,

” Mais j'ai contre toi (ce) peu,

Que tu as là

Des gens retenant la doctrine de Balaam,

Qui instruisit Balac

A jeter scandale devant Les fils d'Israël

Pour qu'ils mangeassent idoloth ÿtes et forniquassent. Ainsi as-tu, toi aussi,

Des gens retenant pareillement la doctrine des Nicolaïtes.

Ombre au tableau : la présence de Nicolaïtes, qui semblent tolérés à Pergame, tandis qu Ephèse les a rejetés. — « Mais j'ai contre loi un peu », — non pas peu de chose, mais un petit nombre de choses (oAlya),et,à vrai dire, un seul grief: — « c’est que tu as là », — chez vous, à Pergame, — « des gens qui retiennent la doctrine de Balaam », -- non qu'ils l’aient fait exprès, mais parce qu'ils se trouvent renouveler les pratiques de ce fameux devin, — « qui instruisit Balac », — le roi de Moab, — « à jeter scandale devant les fils d'Israël pour qu'ils mangeassent des idolothytes », — en participant aux sacrifices de Baal-Peor, — « et s’adonnassent à la fornication », —- avec les femmes moabites dans le culte de ce même dieu (NomBe. xxXVI-3; xxxI, 16). Le récit des Nombres ne dit pas que la séduction des Israélites par les femmes de Moab ait résuilté d’un conseil donné par Balaam au roi moabite: mais Philon (Vüt. Moys. 1, 53-55) a tiré du texte la même conclusion, — « Ainsi as-tu, toi aussi, » — comme Ephèse, tes Balaam,— « des gens qui retiennent pareillement la doctrine des Nicolaïtes », — laquelle, par conséquent, doit être supposée identique en substance à celle qui vient d’être prêtée à Balaam. Ce passage autorise à conjecturer que le nom des Nicolaïtes est fictif, Nicolas étant, pour l'auteur, un équivalent (étymologique ?) de Balaam. Les Nicolaïtes ne se font point serupule de manger les idolothytes et de pratiquer la fornication. Ces Nicolaïtes auraient donc eu des idées ou des pratiques analogues, non point à celles de Paul,- mais à celles que Paul a combattues chez certains Corinthiens (I Cor. vx, 7-13 ; x, 20-30). Bien qu'il ne faille pas trop presser les mots de notre auteur, la situation de la communauté de Pergame à l'égard des Nicolaïtes n'est pas la même que celle d'Ephèse; autrement, il ne lui en serait pas fait grief,

A. Lotsy. — L’Anocalypse de Jean. 7

APOCALYPSE DE JEAN, Lo 16-17

4 Repens-toi donc; Sinon, ù Je viendrai à toi bientôt \ Et je lutterai contre eux avec le glaive de ma bouche. # Qui a oreille entende Ce que l'Esprit dit aux communautés.

Au vainqueur,

Je lui donnerai de la manne cachée ;

«Tu as là » (x, 14), «tu as » (xx, 15) ne Sivnlfie pas nécessairement que les Nicolaïtes font encore partie de la communauté, . mais signifie moins encore le contraire; l’auteur trouve du moins qu’on ne les traite point assez sévèrement, du ’on ne les repousse pas aussi énergiquement qu'il faudrait, qu'on paraît trop ST : à les écouter. Cet abus doit cesser. — « Repens-toi donc », — change de conduite à leur égard. — « Sinon, je viendrai à toi

bientôt ». — Même menace que-dans la première lettre (x, 5),

mais qui, dans le cas présent, se tourne spécialement contre les RTE dont l’on peut cnévre se demander s'ils font ou non

par le glaive de ma bouthe »y — Cette arme > orale ne s'entend pas d'arguments triomphants, ni d’une simple condamnation. juridique, mais de paroles vengeresses qui anéantiront les mal pensants, ou tout au moins en débarrasseront la communauté. Sous des précisions apparentes, l'auteur reste facilement dans le vague: on risque de se tromper en lui attribuant toujours des

idées bien nettes. Mais la mesure de police ecclésiastique dont

il s’agit est à distinguer du jugement final, et elle n’v ut

pas directement coordonnée (cf. 11, 5).

Appel à tout lecteur chrétien: — « Qui a oreille », ete. — Promesse générale exprimée en un trait d'eschatologie : —« Au vainqueur », — dans la lutte contre le monde et Satan, — « je

donnerai de la manne cachée ». — Allusion aux spéculations | juives sur la manne du désert, dont un échantillon était censé

‘ avoir été conservé dans l'arche (Ex. xvi, 32-34; HéBr. 1x, 4) arche et manne auraient élé cachées, avant la destruction du temple, par Jérémie sur le mont Nébo, et devaient reparaître aux temps messianiques (II Macu. 11, 1-8). La manne est supposée 4 devoir être ainsi la nourriture des élus, étant aliment céleste.

APOCALYPSE DE JEAN, Il, [7

__ Etje lui donnerai caillou blanc, Avec, sur le caillou, nom nouveau écrit Que nul ne connait, = Sinon qui le reçoit. »

Mais on peut conjecturer qu ‘ici, comme dans le quatrième évangile (vi, 31-32, 49-51), la manne du désert n’est que le symbole de la nourriture des élus, et que cette vraie manne est aussi bien dite cachée en tant que mystérieuse et gardée, non au mont Nébo, mais au ciel (cf. Apoc. de Baruch, xx1x, 9. Voir, CxarLes, I, 249, notice des spéculations rabbiniques sur la manne

FAR ANRT CEE

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