‹ L'Apocalypse de JeanChapitre 23 sur 65 · CE · texte numérisé non relu

CE

Le témoin fidèle et vrai,

Le commencement de la création de Dieu.

‘* Jeconnais tes œuvres,

Que tu n’es ni froid ni chaud.

Que n’es-tu froid ou chaud !

‘# Ainsi, puisque tu es tiède, Et que tu n'es ni froid ni chaud, Je vais te vomir de ma bouche,

témoin fidèle ». — Ceci est du préambule (1, 5). — « Et vrai ». — Complément explicatif : le témoin constant dans la vérité de son témoignage (3\nb:v6s ; cf. supr., mt, 7). — « Le commencement de la création de Dieu ». — Ce titre peut être variante de celui que le Christ a pris plus haut (x, 17) en disant : « Je suis le premier ». Paul (Cor. 1, 15) disait : «ainé de toute création, parce qu’en lui tout a été fait. » Mais on peut douter que notre auteur s'inspire de l’épître aux Colossiens, et il se réfère bien plutôt aux Proverbes (vmr, 22). Sa tendance n'étant point à la métaphysique, il n’a pas dû entendre « commencement » (%°y1) au sens de principe, cause médiate de toute la création, et sil entend que le Christ est l'aîné de cette création, il ne dit pas qu’elle subsiste en lui. Quand il parle de commencement el de fin, il ne semble pas y attacher le sens de cause première et de cause finale.

Jugement du Christ sur la communauté de Laodicée : « Je connais tes œuvres », — et je sais qu’elles ne sont pas bonnes ; — « que tu n'es ni froid ni chaud », — ni fervent ni tout à fait indifférent, mais quelque chose d’intermédiaire, plus près, probablement, de l'indifférence que dela ferveur. L'auteur estime que l'indifférence caractérisée serait préférable à cette médiocrité, sans doute parce qu'il serait plus facile d'exiger l'amendement et de l'obtenir. — « Que n’es-tu froid ou chaud! » — L’on saurait comment te prendre. — « Ainsi, puisque tu es tiède », —ce qui te fait insupportable, — « et que tu n’es ni froid ni chaud, je vais te vomir de ma bouche », — comme uné gorgée d'eau tiède qui provoque le vomissement. C'est une-menace qüi n’annonce pas, ce semble, un châtiment quelconque de la communauté, mais sa réprobation éventuelle lorsqu'apparaîtra le

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118 APOCALYPSE DE JEAN, If, 17-18 SA

F 4 Parce que tu dis : ue me «Jesuisriche, * 2 5 Je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien », ee Et tu ne sais pas que tu es malheureux, ie -__ Misérable et pauvre, | Aveugle et nu. $ # Je te conseille de m'acheter De l'or chauffé au feu, , a Pour que tu sois riche ; È Des vêtements blancs, -

Christ. N’étant point mauvais, le médiocre se croit excellent, et là est justement le danger de son état. — « Parce que tu dis : «Je 2 He suis riche, je me suis enrichi, je n’ai besoin de rien ». — On À FE sortirait, à ce qu'il semble, de la logique de ce développement, : 97 et l’on prêterait aux Laodicéens une persuasion par trop absurde, si l’on prenait ces assertions au sens matériel, les mettant en SR rapport avec la prospérité de la ville, qui était un centre com- RE mercial assez important (CHARLES, |, 93, 97) ; tout au plus l’auee teur pourrait-il insinuer que lies Laodicéens transportent dans 1 + 04 l’ordre spirituel les vaines prétentions que leurs richesses leur ARE ‘ inspirent dans l’ordre temporel. Il n’est pas question d'une ne - abondance vulgaire dont ils s’autoriseraient pour se dispenser L : d'autre souci. Mais ils s’en font accroire sur leurs ressources spirituelles, qui ont quelque apparence, et qui dans la réalité sont nulles. — « Et que tu ne sais pas que c’est toi le malheureux, ci misérable, pauvre, aveugle et nu ». — Accumulation d’épi- = thètes pour désigner la pauvreté spirituelle qui se dissimule PE sous les apparences d’une vertu commune; ces épithèles servent d’'amorce aux métaphores par lesquelles va être figuré l’amendement possible de cette situation.

AE « Je te conseille », — en ami, — « de m'acheter de l'or chauffé », — épuré, — « au feu, afin que » — par ce moyen, — «tu sois riche », — ayant beaucoup de cet or. La métaphore

n’est pas soutenue, l'or n'étant pas précisément matière d'achat. Mais on entend bien qu'il s’agit des dons spirituels qui viennent du Christ. On peut dire que l'or est la grâce en général, à moins que ce ne soit la charité, ou un cœur nouveau, si toutefois l’aueur vise à tant de précision. — « Des vêtements blancs, pour

= APOCALYPSE DE JEAN, li, 19-20 119

Pour t'en couvrir,

Et qu'on ne voie pas la honte de ta nudité ; Du collyre,

Pour t’en enduire les yeux,

Afin que tu voies.

# Moi, tous ceax que j'aime,

Jeles reprends et les corrige.

Aie donc du zèle et repens-toi.

* Voici que je me tiens à la porte et frappe : Si quelqu'un écouté ma voix

Et qu'il ouvre la porte, J'’entrerai chez lui,

Je dinerai avec lui,

t'en couvrir et qu’on ne voie pas la honte de ta nudité ». — Les vêtements sont une autre expression des dons spirituels et des

vertus chrétiennes, coordonnée à la métaphore de la nudité Il

en va de même pour le collyre, qui est coordonné à la métaphore de la cécité. — « Et un collyre pour t’en enduire les yeux, afin que tu voies », — que tu sois guéri de ton aveuglement spirituel. Bien que l’auteur se grise lui-même de ses métaphores et qu'il ne développe pas logiquement son allégorie, le collyre est plutôt l'illumination intérieure de l'Esprit que la parole de Dieu. Que l'on tienne compte d’une réprimande inspirée par

l'amour, selon qu’il est dit de Dieu (Tahvé, le Seigneur, dans

Sept ) dans les Proverbes (111, 12; cf, Hégr. x11, 5-6, où le même passage est expressément cité) : — « Tous ceux que j'aime, je les châtie et les corrige ». — La correction est pour leur bien. — « Aie done du zèle et repens-loi », — change de sentiments et de conduite, afin de t’appliquer avec ardeur au bien.

Vu la situation présumée de la communauté, la promesse eschatologique, par laquelle s’achève la lettre, tient encore de l'avertissement. — « Voici que je me tiens à la porte et que je frappé ». — Il ne s’agit pas de sollicitation intérieure, mais du Christ qui arrive, selon qu'il est dit en la parabole évangélique (Le. xn, 36-37) dont s’inspire tout le passage. — « Si quelqu'un entend ma voix et mouvre la porte », — curieuse rencontre de formules avec le quatrième évangile (x, 3), — « j'entrerai chez lui», — autre formule johannique (JN. x1v, 23); — «je dinerai

Et lui avec moi.

4 Le vainqueur, Je lui donnerai de s’asseoir avec moi Sur mon trône, Comme moi aussi, j'ai vaincu Et me suis assis avec mon Père, Sur son trône, * Qui a oreille entende Ce que l'Esprit dit aux communautés. »

1 Après cela, je vis :

Et voici porte ouverte au ciel,

avec lui, et lui avec moi ». — On ne peut se dissimuler que l'eschatologie de la parabole s’intériorise quelque peu et tend à la communion mystique dont parle l’évangile johannique. — « Le vainqueur, je lui donnerai de s'asseoir avec moi sur mon trône ». — Autre écho de parole évangélique, mais avec adaptation de même ordre que la précédente; au lieu que les élus soient assis sur des trônes, comme le Christ l'a promis à ses apôtres (Mr. xIx, 28; Le. xx, 30, où l’image des trônes suit comme ici celle du repas pris avec le Christ), l’élu a part au trône du Christ comme le Christ a part au trône de Dieu : ce n’est plus communication, c'est communion de pouvoir (cf. JN. xvir, 20-26). Mais l'intériorisation n’est pas complète, et il s'agit encore d’une communion de royauté messianique. — Avis au lecteur : — « Qui a oreille », etc.

NA TEGIEL

Les sept lettres constituent si bien une révélation préliminaire, que l’auteur écrit simplement : — « Et après cela », — comme transition à la révélation proprement dite des choses finales. Vient en premier lieu celle qui est contenue dans le livre aux sept sceaux. Ce livre est au ciel, et le voyant est d’abord admis à contempler le monde divin (1v), puis le livre même est solennellement introduit (v).

« Après cela je vis. »— La même formule sert d'introduction à d’autres visions importantes, un simple : « et je vis », introduisant les sections d’un même ensemble, — «£’était une porte

Et la première voix, que j'avais entendue Comme trompette me parler, Dit : «Monte ici, Et je te montrerai Ce qui doit arriver après cela. »

* Aussitôt je fus en extase :

ouverte au ciel », — découpée dans le firmament et qui s'ouvrait pour donner accès au voyant (cf. x1x, 11, Où les cieux mêmes s'ouvrent pour livrer passage à l’armée céleste). Noter que notre livre ne fait nulle part mention de plusieurs cieux : le voyant est sur la terre, etil va lui suffire de passer une seule porte au ciel pour se trouver devant le trône de Dieu (cf. CuaRLes, I, 108). — « Et la première voix que j'avais entendue me parler comme une trompette »,— c'est-à-dire la voix du Christ (1, 10), qui vient de dicter les sept lettres, — « dit: « Monte ici ».— Le voyant vient seulement d’apercevoir la porte ouverte. Cette porte était encore fermée pendant que la voix dictait les sept lettres, et la voix alors ne venait pas d’en haut: il est dit expressément que Jean t’a entendue « derrière lui » (1, 20) ; il n’a été ravi au ciel que pour la vision des sept sceaux. Ainsi faut-il qu'il y monte mainlenant pour que le Christ lui montre les choses à venir. — « Etje te monirerai ce qui doit arriver après cela ». — Référence à ce qui a été dit du triple objet de la révélation (1, 19): la vision du Christ, l’état présent des communautés, ce qui doit arriver désormais. L'on passe maintenant à cette dernière révélation, qui est l’objet principal du livre.

- « Aussitôt je fus en esprit ». —Le prophète y était déjà pour la révélation desseptlettres(r, 10) Maislarépétition a sa raison d'être, parce que toute la mise en scène de la yision se renouvelle pour un objet nouveau. Jean est entré en extase pour voir le Christ et recevoir la révélation des sept lettres ; il répète maintenant qu'ilest «entré en esprit », parce que, conformément à l’ordre du Christ (v, r), il monte au ciel « en esprit », pour contempler sur place les choses célestes, son corps étant censé rester sur la terre (cf. Bozr, 6). Paul parle d’un ravissement de ce genre et laisse entendre qu'il se peut faire « en dehors du corps » (I Cor. xnx, 2). Le double emploi que fait : « aussitôt je fus en esprit », c'est-à-dire : « je tombai en extase », avec : « Après

Et voici qu’un trône était posé dans le ciel, : : : Et sur le trône quelqu'un était assis ; * Et celui qui était assis Avait aspect de jaspe et de sardoiïne ; Et un arc-en-ciel, à l’entour du trône, Avait aspect d'émeraude.

cela je vis », n’en suggère pas moins l’idée d'une transition rédactionnelle comprenant tout ce qui se lit entre : « Après cela je vis » (1v,1),et : « C'était un trône posé dans le ciel » FN (1v,2), pour faire la liaison entre la première partie du livre et a . la seconde (cf. CrarLes, I, 108). L’artifice de cette liaison rend compte de l'incohérence qui se remarque dans la mise en scène : le Christ, qui, dans cette pièce de transition parle au voyant, . va être comme Agneau objet de la vision (v). On est de même & : fondé à supposer que l'auteur a trouvé toute faite la description F mr du trône de Dieu avec les quatre Vivants et qu'il l’amène ainsi ÿ “8 à l'endroit qui y convenait le mieux dans le cadre de sa révé- E lation.

ee Ce que Jean voit d’abord dans le ciel, c’est Dieu, ou plutôt me son trône et celui qui est dessus. Car, soit pour effet de style, : … soit pour éviter, à la façon juive, de nommer Dieu, il ne le désigne pas expressément (cf. xx, 11). Sa description s'inspire # surtout d’Ezéchiel (x, 26-28 ; x, 1). — « Et voici qu’un trône était placé dans le ciel ». — Un trône central et principal, car on va nous en signaler vingt-quatre autres à l’entour de celui-là, qui est le siège du roi céleste. Ailleurs il sera parlé du temple, et si, dans telle partie du livre (vr-xt), le trône de Dieu peut être > censé dans le temple du ciel, on va voir que, dans celle-ci (rv-vmn, TS la combinaison du trône avec le temple serait ineoncevable, — <Et sur le trône un assis », — qu’on s’abstient et qu'il n’est pas nécessaire de signaler autrement. L’occupant de ce trône ne peut être que Dieu, bien que plus loin (vr, 16 ; vx, ro) on lui adjoigne l’Agneau — « Et l'assis était semblable en aspect à la pierre de jaspe et au sardion », — Autant dire que Dieu sur son trône ressemblait à un gros diamant étincelant de feux ou à une énorme cornaline (sur ces pierres, tusrus, säoôloy, Voir CHARLES, - Ï, 114). — € Un arc-en-ciel à l’entour du trône était semblable à

“ Etautour du trône, Vingt-quatre trônes ; Et sur les trônes, Vingt-quatre vieillards, Assis, - Couverts de vêtements blancs Et ayant sur leurs têtes couronnes d’or.

l'émeraude ». — Le trait vient d'Ezéchiel (x, 28), mais il est

autrement compris que dans ce prophète. Notre arc-en-ciel était d'une seule couleur ; il faut se le figurer probablement en vaste demi-cercle, comme l’arc-en-ciel ordinaire, et s’élevant audessus dutrône.

« Etautour du trône », — de ce trône central et principal, — « vingt-quatre trônes », — chiffre symbolique et traditionnel, certainement, — « et sur les vingt-quatre trônes vingt-quatre vieillards assis », — tout comme Dieu, qui lui aussi, est un ancien, le Vieillard par excellence (cf. DAN, vit, 9), — «couverts de vêtements blancs », — comme il convient à des êtres célestes, — « avec des couronnes d’or sur leurs têtes ». — Ce sont Ià couronnes royales, et ces vieillards majestueux ressemblent fort àdes assesseurs de Dieu, non qu'ils aient un rôle eschatologique, mais parce qu'ils ont une signification cosmologique. On ne peut pas songer à y voir simplement des représentants de l’humanité croyante,dont le nombreserait en rapportavec celui des classes de prêtres dans le temple de Jérusalem ,ainsi que plusieurs l'ont admis (par ex. RENAN, 380). Ces vieillards célestes n’appartiennent pas à l'ordre de l’humanité. L'on sait déjà d’où viennent les sept esprits : c'est du côté de la théologie astrale qu'il faut chercher aussi l’origine des vingt-quatre vieillards couronnés. Tout porte à croire que ce sont originairement les dieux des vingt-quatre constellations que, selon Diodore de Sicile (IT, 3x, 4), les Babyloniens distribuaient en deux séries de douze, l’une au nord et l’autre au sud du zodiaque, alternant au-dessus et au-dessous de l'horizon, et qui étaient dits juges de l'univers ; ce sont probablement ces vingt quatrequi,dans le Testament d’Adam,président aux vingt quatre heures du jour ; et si vingt-quatre Juifs représentaient la nation dans le service religieux du temple, leur

# Et du trône sortent éclairs Et bruits de tonneïres.

Et sept flambeaux allumés Brülent devant le trône, Qui sont les sept esprits de Dieu.

Et devant le trône, Comme mer de verre, pareille à cristal.

nombre,comme celui des classes sacerdotales, doit êtreaussi bien ‘en rapport avec ces vingt-quatre, dont la tradition monothéiste a fait des anges (cf. Bouc, 36), voyant en eux, el non sans raison, leslypes célestes du culte rendu à Dieu dansle temple et de celui qui est rendu à Dieu par les chrétiens dans leurs assemblées ; maisilsne semblent pas être pour autant les représentants célestes de ce culte(pour la documentation du sujet, voir CHARLES, 1, 128-133). Noter que la mention des vingt-quatre vieillards Gi, 4) est une enclave dans la description du trône (v, 2 b-3, G-8)et paraît avoir été ajoutée dans la rédaction. -

« Et du trône sortent éclairs, voix, tonnerres ».— Il yen avait déjà sur le Sinaï (Ex. x1x, 16). — « Et sept flambeaux de feu brülent devant le trône, qui sont les sept esprits de Dieu ». — Ces flambeaux correspondent aux sept candélabres et aux sept astres qui ont été mis en rapport avec les sept communautés : ceux-ci ont dù être dédoublés de ceux-là pour la révélation des sept lettres (cf. 1, 4, 16, 20). Mais, dans le cas présent, « les sept esprits de Dieu » doivent être surtout la personnificatiou de ses attributs. L’explication : « qui sont les sept esprits de Dieu», ressemble à une glose et a dû être, en effet, ajoutée dans la rédaction, à moins quil ne faille considérer comme addition tout ce qui regarde les sept flambeaux, ce membre de phrase doublant ce qui suit (iv, 6)‘ « Et devant le trône », etc. (remarquer l'économie régulière de la description dans 1v, 5 ab, 6 : * xat 8x où

Apôveu, Ÿ xal evomtwy Toù odvou.…, xal xuxÀw soù Opovou). — « Et devant le trône est comme une mer de verre pareille au cristal ». — On retrouvera plus loin (xv, 2) cette mer, qui sans

doute est cristalline par sa limpidité, non parce qu’elle serait de glace ; ce ne doit pas être le firmament, mais l'océan des eaux

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