‹ L'Apocalypse de JeanChapitre 26 sur 65 · SR À · texte numérisé non relu

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port avec un passage de Zacharie (1v, 10) ; mais là il est dit que les sept yeux du Seigneur « regardent (où émtflémoyrec) sur toute la terre », ce qui convient mieux à des yeux que d'être envoyés. Vu l'esprit de l’auteur et les libertés qu’il prend à l'égard de la syntaxe, ces variantes sont de nulle portée; puisque les yeux sont des esprits, ils peuvent être envoyés, et l'envoi des sept esprits ne date pas d'aujourd'hui, bien qu’il soit actuellement

. continué. Après tout, les sept cornes, emblème de la puissance

divine, et les sept yeux, emblème de la providence qui voit et conduit tout, ont été conférés à l'Agneau immolé, au Christ crucifié, après sa résurrection : c’est probablement ce que l’auteur a voulu signifier. Ici les sept esprits sont plutôt formes ou attributs d'activité divine que personnalités. Ainsi qu'il a été dit plus haut (p. 68), l'emploi du mot « envoyés » ne suffit peut-être pas pour qu’on les rattache aux sept vents. Au surplus, cette glose mal venue sur les sept esprits a toute chance d’être une addition rédactionnelle.

Mais il est bien permis de se demander si les sept cornes avec les sept yeux, et l’Agneau lui-même n’ont pas une signification astrologique. Assurément l'agneau immolé est celui dont parle Isaïe (Lux, 7), et c’est aussi bien l’agneau pascal dont parle Paul (I Cor. v, 7), l'Agneau de Dieu qu’exalte le quatrième évangile (x, 29, 36; cf. Î PIER. 1, 19; AcrT. vaux, 32); mais l'agneau du sacrifice n’a pas sept cornes ni sept yeux. Les sept cornes et les sept yeux conviendraient, nous dit-on, à un groupe d'étoiles;

. les astronomes de l'antiquité ont compté dans le Bélier dix-sept,

ou seize ou treize étoiles ; notre auteur en aurait voulu deux fois sept (Bozc. 46); et le Bélier, premier signe du zodiaque et qualifié centre du monde ou du ciel, s’identifierait sans peine à l’'Agneau-Christ au milieu du trône de Dieu (Bozz. 44). On avouera cependant que cette explication est moins naturelle pour les cornes que pour les yeux ; or, pour les yeux, il y a le précédent de Zacharie, où les sept yeux, s'ils ont une signification astrale, ne sont pas en rapport avec le Bélier. Ce symbolisme n’est donc pas à serrer de trop près. Il n’est, d'ailleurs, pas nouveau en apocalyptique : ce n’est pas par hasard que, dans Daniel (vu, 20), le bélier figure le royaume perse, et le bouc le royaume séleucide, mais parce que, dans l’ancienne géographie astrolo-

Et il vint Et il prit (le livre) De la droite de celui qui siégeait au trône.

* Et lorsqu'il eut pris le livre, Les quatre Vivants et les vingt-quatre Vieillards Tombèrent devant l’A gneau, Ayant chacun cithare Et coupes d’or pleines de parfums,

gique, le Bélier était le signe de la Perse, et le Capricorne celui de la Syrie (:f. Bo, 46). Mais l’Agneau de l'Apocalypse n'est ni le signe de la Perse, ni, très probablement, le Bélier zodiacal. ; (Et l’Agneau vint». — Il s’approcha de Dieu, que l’on évite toujours de nommer autrement que par une périphrase. On dit que l’Agneau vient, comme s’il quittait sa place au trône. Mais pouvait-on se représenter un agneau assis, et sur un trône ?

« Il vint et reçut » signifie : « il vint recevoir ». — « Et il reçut» — littéralement : «il prit » (etAngey) — « de la droite de celui qui était assis sur le trône ». — On ne dit pas quoi ; mais”.

c’est évidemment le livre qui était sur la main divine. Ceci est en parfait accord avec le titre (x, 1), qui dit que Dieu a donné la révélation à Jésus-Christ pour la transmettre à ses serviteurs. Sans doute le Christ n’a-t-il pas reçu que le livre de la révélation, mais la puissance de réaliser le dessein de Dieu. Il prend le livre pour le garder, pour le mettre à exécution ;:il est investi de divinité. Le moment est solennel, et l'Agneau va recevoir l'hommage de tout le monde des esprits, de tous ces êtres dont aucun n'avait pu prendre le livre divin (cas de Marduk, supr. P. 191).

« Et lorsqu'il eut reçu le livre, les quatre Vivants et les vingtquatre Vieillards tombèrent devant l’Agneau ». — C'est l'aristocratie du monde céleste : la foule des anges rendra cnsuite son hommage au Christ. Vivants et Vieillards se prosternent devant l’Agneau comme on les montrait tout à l'heure se prosternant devant Dieu (1v, 9, 11); et comme les Vieillards chantaient Dieu, ils vont maintement chanter l’Agneau. À ce propos on remarque qu'ils s’accompagnent d’un instrument de musique. — « Ayant chacun une cithare et des coupes d’or

Qui sont les prières des saints ; * Et ils chantaient cantique nouveau, disant : « Tu es digne de prendre le livre

pleines de parfums, qui sont les prières des saints ». — Ces coupes de prières viennent un peu Lôt, puisque les Vieillards n ont rien à en faire pour le moment, à moins que l’auteur n'ait voulu signifier que les prières des saints étaient les actions de grâces des hommes rachetés par le Christ. Ces actions de grâce s exprimeraient dans le cantique des Vieillards (11, 9, 10) ; l’auteur aurait oublié de le dire nettement. Mais l'explication : « qui sont les prières des saints », a parfaite apparence de glose rédactionnelle ; on verra plus loin (vux, 3, 5) que les parfums sont, en effet, les prières des saints ; le rédacteur prête aux vingt-quatre un rôle qu'ailleurs on attribue aux anges et aux archanges (cf. CæarLes, I, 145) ; le service sacerdotal des vingtquatre est pour la louange de Dieu et de l'Agneau. On peut trouver aussi que les cithares et les coupes ne sont pas très opportunément placées dans les mains des Vieillards qui se prosternent, et l’on ne voit pas comment les Vieillards feront pour jouer de. la eithare, s'ils ont une coupe en main ; mais l’auteur ne se l’est pas demandé «

« Et ils chantaient un cantique nouveau ». — La formule se rencontre fréquemment dans les Psaumes (cf. Is. x1, 11), et il est assez superflu de se demander si le cantique est nouveau par la forme, ou par le contenu, ou par tous les deux. Comme on vient de nous dire (rv, 11) le cantique dont les Vieillards accompagnent la doxologie des quatre Vivants, il n’est pas étonnant que l'on qualifie cantique nouveau celui dont les Vieillards saluent l’entrée du Christ en sa fonction de révélateur, la prise de possession du livre par l’Agneau figurant d’ailleurs l’accomplissement de l’œuvre rédemptrice, ainsi qu'il apparaît par la teneur même du cantique. Le cantique nouveau est en rapport avec cette économie de salut, la nouvelle écongmie de la religion.— « Tu es digne », — comme le fait le démontre, — « de recevoir » — exactement, « de prendre » hafety; cf. v, 7 eliv, 11), — « le livre »,—lelivre par excellence, le grand livre de Dieu, le livre de l’avenir immortel, le livre du

Et d'en ouvrir les sceaux, Parce que tu as été égorgé Et que tu as racheté pour Dieu par ton sang

(Des hommes) de toute tribu, langue, peuple et nation ; “ Que tu as fait d'eux pour notre Dieu royaume de prêtres

règne messianique, — ( et d’en ouvrir les sceaux », — pour en lire, en annoncer, en réaliser le contenu, — « parce que tu as été immolé », — le crucifiement de Jésus étant l'immolation de l'Agneau, (éspayes, comme plus haut, v, 6, éspayuévoy), — € el que tu as racheté »— des hommes — « par ton Sang ?. — La mort de Jésus peut être comprise en sacrifice propitiatoire, où le sang est comme une rançon appliquée selon l'intention de l'offrant. Mais, dans le cas du Christ, l’offrant ne se distingue pas de \a victime ; c’est pourquoi on loue l'Agneau d’avoir racheté les siens par son propre sang, el non par marché strictement dit, puisque les hommes n'ont pas été une propriété que Dieu aurait cédée au Christ en échange de son sang, ou bien que le Christ aurait rachetée au diable, vu que, le prix, le sang, dans la pensée de l’auteur, serait offert à Dieu. On pourrait toutefois, se réglant sur les autres passages, où le sang du Christ est présenté comme un moyen de purification (1, 5 ; Vu, 143 CH) entendre simplement que les hommes ont été rachetés, sauvés de la mort éternelle, par le sang du Christ qui les a purifiés. Ce dernier sens parait préférable, et l’auteur n'entend probablement pas dire que les hommes ont été rachetés, sauvés par propitiation de la colère divine, moyennant le sang du Christ, puisque, selon lui, les hommes ont été rachetés, non pas à Dieu, mais — « pour Dieu », — pour lui être attribués et donnés, ainsi qu’il va être expliqué dans la suite. La lecon de nombreux témoins : « tu nous as rachetés », ne convient pas dans la bouche des Vicillards et tient peut-être à une fausse interprétation de leur caractère. Il s'agit des hommes élus — « de toute tribu, langue, peuple et nation ». — Les termes sont généraux (cf. VII, 9 ; XI, OS-XH:7; x1v; 6 ; énumération imilée de DAN. 1,4, 7 2042: 19 ; VI, 29 ; VI, 14), et signifient que les élus sont recrutés de partout. — « Que tu as fait d'eux », — de ces hommes rache-

tés de toutes parts, — « pour noire Dieu », — qui est Dieu des

APOGALYPSE DE JEAN, V, 11-12 139

Et qu'ils règneront sur la terre. »

“ Et je vis :

Et j'entendis voix d’anges nombreux, Autour du trône, Des quatre Vivants et des Vieillards ; Et leur nombre était Myriades de myriades Et milliers de milliers, * Qui disaient à pleine voix :

« Digne il est, L'Agneau égorgé, De prendre la puissance, Richesse et sagesse, Force et honneur,

esprits célestes aussi bien que des hommes, — « un royaume et des prêtres », — ainsi qu’il a déjà été dit dans le préambule (x, 6). Mais comme on va dire aussitôt que les membres de ce royaume « régneront », il s'ensuit que le royaume qu'ils constituent à Dieu est un royaume de rois, lesquels sont en même

temps prêtres. — « Et qu'ils règneront sur la terre ». — Allusion au règne de mille ans dont il sera parlé plus loin (xx, 3-6 6).

« Et je vis ». —- C’est la suite de la vision, mais il se trouve

que cette suite est une chose entendue, la clameur de tous les anges, qui fait écho au cantique des vingt-quatre Vieillards. — « Et j'entendis une voix d’anges nombreux autour du trône », — c'est-à-dire de Dieu, — «des quatre Vivants et des Vieillards», — qui sont visiblement l'état-major de Dieu et les hautes puissances de la cour céleste. — « Et leur nombre était myriades de myriades et milliers de milliers ». — Les anges sont innombrables (cf. Dan, vix, 10 ; HÉNOGH, x1V, 22; XL, 1). — « Disant à pleine voix ». — L’acclamation de cette foule ne peut pas être un chant. — « Digne est l'Agneau égorgé ». — Et précisément parce qu'il a été immolé ; mais l’auteur ne veut pas répéter ce qui vient d’être dit (v, 10). — « De recevoir », —ou de « prendre ». On ne dit plus : «le livre », mais ce qu’on va dire est sans doute l'équivalent : — « la puissance, la richesse », — richesse divine s'entend, et trésors ineffables, — « la sagesse, la force, l'hon-

Gloire et louange. »

4 Et toutes les oréatures qui sont au ciel Et sur la terre, Et sous la terre, Et sur la mer, Tous les êtres qui y sont, Je les entendis qui disaient :

«A celui qui siège au trône

neur, la gloire et la louange ».— L’énumération comprend sept noms (cf. vrr, 12). Le chiffre a été voulu, et il ne faut pas cher-

cher dans les sept noms la définition précise de sept objets dis-

tincts : c'est la plénitude des attributs et privilèges divins, les quatre premiers noms concernant les facultés de puissance et de sagesse, et les trois derniers les hommages rendus. On n'est pas obligé non plus, à cause du nombre sept, de les mettre en rapport avec les sept esprits.

Il ne reste plus maintenant qu’à associer toutes les créatures à l'hommage des esprits célestes. — « Et toutes les créatures qui sont au ciel, sur la terre, sous la terre et sur la mer ». — Cette

dernière partie du monde, le vague océan, avail été négligée plus

haut (v, 3), peut-être parce qu’on n'avait pas songé, pour ouvrir le livre divin, aux habitants de la mer. Quelques témoins (dont

S) omettent : « sous la terre », ce qui maintient la division de : l'univers en trois parties (cf. x, 6). Mais ici l’auteur paraît avoir eu souci de ne rien oublier, puisqu'il répète : — « tous les ».

êtres « qui y sont ».— Du reste, il est encore permis de dire que ce sont moins les êtres que les esprits des êtres qui vont louer Dieu ; et, si imprécise que soit dans sa hardiesse la pensée de l’auteur, il n'a pas pensé faire crier les éléments matériels, ni les poissons, ni tous les animaux, ni même tous les hommes vivants. Les anges innombrables qu'on vient d’entendre sont tous dans les cieux. Il y a des anges ou des esprits de tous les éléments et de tous les êtres vivants. Ce sont ces anges, ou ces doubles spirituels des êtres, qui par tout l’univers font louange à Dieu et au Christ. Il n’y a donc pas trop lieu d’insister sur ce que, dans l’Ancien Testament, les morts dans l'enfer ne louent pas Dieu (Ps. vr, 6; xxx, 10, etc.). — « Je les entendis qui disaient : « A celui quiest assis sur le trône ».— Ces êtres non plus ne disent pas « Dieu ».

ue = APOCALYPSE DE JEAN, V, 14 "14

Et à l’Agneau, La louange et l'honneur, La gloire et la puissance Pour les siècles des siècles. »

“Et les quatre Vivants disaient :

«Amen»

Et les Vieillards se prosternaient et adoraient,

On remarquera que dans les louanges précédentes il n’était question que de l’Agneau; ici Dieu et l’Agneau sont associés dans un même hommage (cf. vir, 10). L’Agneau n'est-il pas associé mainténant à la puissance de Dieu ? — « Et à l’Agneau, la louange, l'honneur, la gloire et la puissance, pour les siècles des siècles. » — En ce dernier cas, l’acclamation s'exprime en quatre termes (trois noms d'hommage, les derniers de l'acclamation précédente, el un nom de puissance), chiffre voulu, coordonné peutêtre aux quatre parties de l'univers, aussi à la réplique des quatre

-Vivants qui semblent présider en quelque façon à cet univers

quadripartite, comme il convient à leur position cosmique. — « Et les quatre Vivants disaient : « Amen », —comme pour rati-

fier et compléter en quelque façon cet hommage. La liturgie cé-

leste reflète ainsi celle de la synagogue et des communautés chrétiennes. L'auteur peut s'être inspiré des doxologies qui se lisent après les quatre premiers livres des Psaumes (CHarLes, I, 152). -— « Etles Vieillards », —s'unissant comme de coutume à la louange rendue à Dieu par les quatre Vivants, — « se prosternaient et adoraient ». — Ainsi appartient-il à ces quatre et à ces vingt-quatre de récapituler l'hommage de l'univers (cf. x1x, 4). Il ne semble pas que les anges qui ont poussé la seconde acelamation s'unissent pour la troisième à « tous les êtres »; en tout

cas, les quatre et les vingt-quatre n'interviennent que pour la

ratifier en quelque sorte, et la compléter, et par la même occasion ils ratifient et complètent la seconde. En nous décrivant ainsi la liturgie céleste, l'auteur nous renseigne sur ce qu'était alors de culte du Christ dans les communautés d'Asie. Pline était dans l’exacte vérité quand il rapportait à Trajan que les chrétiens, dans leurs réunions, célébraient le Christ comme un dieu (carmen Christo quasi deo dicere).

" Etje vis:

Lorsque l'Agneau ouvrit un des sept sceaux,

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