‹ L'Apocalypse de JeanChapitre 31 sur 65 · PRE · texte numérisé non relu

PRE

170 AJOCALYPSE DE JEAN, VIlI, 1-2

un Et lorsqu'il eutouvert le septième sceau, Il y eut silence au ciel environ une demi-heure. : Et je vis les sept anges qui se tiennent devant Dieu,

pettès. On dirait maintenant qu’il signifie cette reprise en marquant un silence, comme une coupure ou une interruption de la vision, après la rupture du septième sceau: — « Et lorsque » — J'Agneau — « eut ouvert le septième sceau, il y eut silence au ciel environ une demi-heure ».-- Cela paraîtrait signifier que la louange des esprits célestes, qui se poursuit incessimment el qui s'est manifestée spécialement à l'instant où l’Agneau a pris le livre des sept sceaux, a ses heures fixes (cf. Bozz, 25), el qu’elle a subi, après l’ouvérture du septième sceau un intervalle, comme en connaissail la prière liturgique des Juifs et des chrétiens ; durant cet intervalle s’est préparée la: vision des trompettes. Le trait n’est pas pour faire ressortir l'attente anxieuse où serait tombée la cour céleste, et le voyant avec elle, à l’égard des choses qui restaient-encore à venir (J. Weis-HEITMUELLER, 271). Car il n’est pas dit que la solennité tragique du moment ait fait taire les esprits. Il est bien plus probable que la louange cesse aux cieux pour que la prière des saints qui sont persécutés sur la terre arrive jusqu'à Dieu (CHARLES, [, 223, où est cité un texte rabbinique, Chag:. 12 b, qui contient une idée analogue). L’intrusion des sept anges avec leurs trompettes (vi, 2) obseurcit ce rapport du silence avec la scène de l'encensement (vrx, 3 5).

« Et je vis les sept anges qui se tiennent devant le trône de Dieu. » — L'auteur parle de ces anges comme s'ils étaient conaus, bien qu'il ne les ait pas jusqu’à présent signalés, du moins en celte manière. Ge sont les sept dont parlent Tolie (x, 15) et Hénoch (xx, 7), les sept divinités planétaires devenues sept archanges. On connaît Michaël, Gabriel et Raphaël; les autres sont, d’après Hénoch : Uriel, Jérémiel, Sariel et Raguel (ailleurs HÉNoc, xL, 9; Liv, 6 ; Lxxt, 8, O, 13, livre des Parabole:, un de ces noms — Uriel? — est remplacé par Phanuel). Au fond, les sept archanges soni les mêmes originairement que les sept esprits. Peut être est-il téméraire de supposer que l’au-. teur n’a aucun soupçon de cette identité ; la façon dont il introduit les sept archanges donnerait plutôt à penser que ce sont

Et leur furent données sept trompettes.

* Et un autre ange vint, Il setint à l'autel, ; Ayant encensoir d'or; Et lui furent donnés beaucoup de parfums,

pour lui, dans un rôle nouveau, les sept esprits déjà mentionnés. Il n’est point si oblus qu’on le suppose volontiers, ni si naïf dans l’utilisation des matériaux traditionnels qu’il adapte à ses fins. L'intervention des sept anges principaux n'a rien qui doive surprendre, et lon ne doit pas être étonné non plus de voir apparaître les trompettes. « Au dernier coup de trompette les morts ressusciteront », dit Paul (I Cor. xv, 52; cf, I Tuess, 1V, 16 ; Mr. xxiv, 31 ; IV Espr. vi, 13), « car il y aura son de trompette ». Le son des trompettes est un signal ; les Juifs sen servaient pour l'annonce des fêtes. Il est naturel que la trompette annonce les jugements de Dieu (la trompette a déjà un sens eschatologique dans [s. xxvir, 13 ; JoËër, n, 1). C’est pourquoi — « sept trompettes furent données » — aux sept anges. La répartition des trompettes et des fléaux est systématique ; elle appartient au plan du livre.

« Et un autre ange », — non spécialement qualifié, l'ange

qu’il faut pour l'office qui va lui être attribué, — « vintet il se tint à l’autel », — l'autel du ciel, dont il nous a déjà été parlé

(Vi, 9), et sous lequel on nous ax montré les âmes des martyrs. :

Cet autel correspond dans le ciel à l’autel des sacrifices dans le temple de Jérusalem. La démarche de l'ange est sans rapport avec ce qui vient d'être dit des sept anges avec leurs trompettes ; c’est par rapport à ceux-ci qu'on le dit « autre »; la source devait dire simplement : (« un ange », sans autre désignation, ce qui dispense de le vouloir identifier (voir les remarques de CHARLES, I, 925-926, sur le rôle d'intercesseur qui est attribué dans les apocryphes à Michaël et à « l’ange de la paix »). L'ange — « avait un encensoir d’or ». — Exactement, la pélle à transporter les charbons nécessaires à la fumigation des parfums, non la boîte à parfums (AtBavwros signifie d'ordinaire le parfum même). — « Et beaucoup de parfums lui furent donnés », — en vue de la fumigation, sans doute par d’autres

Pour qu'il les donnât aux prières des saints, Sur l’autel d'or qui‘est devant le trône,

anges. Il convient toutefois de rappeler que plus haut ce sont les vingt-quatre Vieillards qui tiennent des coupes d’or pleines de parfums (v, 8), qu'une glose dit être les prières des saints. Les parfums pourraient done être fournis par les Vieillards. Mais ici les parfums sont expressément distingués des prières ; car les parfums sont donnés à l'ange — « pour qu'il les donne aux prières de tous les saints ». — « Tous les saints » est une formule qui désigne les croyants en général, et non seulement les martyrs dont les âmes sont sous l'autel (vx, 9). Les parfums semblent venir à l'appui des prières, comme pour les encenser les convoyer en offrande d’agréable odeur (CHARLES, Ï, 230). — « Sur l'autel d'or qui est devant le trône. » — Cet autel ne paraît pas se distinguer du précédent, devant lequel l'ange a été dit se tenir; car l’ange ne change pas de place pour recevoir les parfums et les offrir ; l'autel du ciel pourrait bien être unique et correspondre plus directement à l’auteldes parfums qui

était dans le temple juif (sur la tradition juive et chrétienne con- = -

cernant l’aulel du ciel, voir CHARLES, 1, 226-230). Les parfums ne sont pas mis dans l’encensoir, mais sur l’autel, où l’on doit supposer des charbons allumés ; l’auteur ne se servira de son libanôtos que pour prendre des charbons sur l’autel après l’encensement et les jeter sur la terre ; par conséquent, il n’y a pas motif de supposer que le libanétos serait un encensoir proprement dit et non la poële à charbons, la poële convenant mieux que Le brûle-parfums à l’usage qui se fait ici du banôtos.

Mais il est à noter que, dans la vision préliminaire aux sept sceaux, et au cours de cette vision même (Iv-vn), le trône de Dieu n'était pas enfermé dans un sanctuaire ; il n’en est plus de même à présent, à ce qu'il semble, et plus loin (xx, 19) l’on dira que le temple du ciel s'ouvre, on parlera du trône comme étant dans le temple (xvr, 17). La mise en scène a varié pour la commodité de l'exposition ; probablement aussi parce que l’auteur exploite maintenant une source ou une tradition différente de celle où il a puisé la substance des quatre chapitres précédents. Inutile de vouloir supprimer cette apparente

APOCAÏLYPSE DE JEAN, Vilt, 4-5 173

: Et la fumée des parfums monta avec les prières des saints, De la main de l’ange, devant Dieu.

* Et l'ange prit l’encensoir, Il le remplit avec le feu de l'autel, Et il jeta (ce feu) sur la terre ; Et il y eut tonunerres et bruits, éclairs et tremblement."

incohérence en transportant, contre toute évidence, la présente description dans le temple de Jérusalem.

« Et la fumée des parfums », — brülés sur l'autel d'or, — - « monta aux prières des saints ». — Non seulement avec ces

prières, mais à leur avantage,comme les enveloppant et les com- plétant,ainsi qu'il vient d’être expliqué. — « Dela main de l'ange devant Dieu », — qui aceueille les prières. Il est sous-entendu que les prières des saints ont le même objet essentiel que plus haut celles des martyrs (vi, 10): les saints demandent que la

fin arrive et que les ennemis de Dieu soient confondus. L'on

voit comment tout de suite ils sont exaucés. Cet exaucement fait encore une contradiction apparente avec la mise en scène du cinquième sceau (vi, 10-11) ; mais la contradiction n’est pas réelle, parce que la perspective a changé, les fléaux qu’on va décrire devant atteindre les non-croyants, pendant que « les saints » vivent encore sur la terre. Pour amener les fléaux, — « l'ange prit l’encensoir, le remplit avec le feu de l'autel », — les charbons qui étaient sur l'autel avant qu'il y jetât les parfams. Ces charbons où ont brülé les parfums pour les prières sont particulièrement efficaces pour l’objet dont il s’agit. — « Etil jeta », —-ce feu, évidemment, et non pas l’encensoir, — « sur la terre » — où ces charbons célestes se manifestèrent aussitôt en façon de cataclysme et de violent orage, prélude des fléaux à venir (pour ce qui est du geste et de sa signification, cf. Ez.'x, 2, 6-7). Tout ce qui regarde l’encensement et les prières des saints (vi, 3 b-4) se détacherait facilement du contexte et doit appartenir à l’auteur chrétien, le reste (vx, 1, 3 a, en lisant Cet un ange w, 5) provenant de la source (cf. WELLHAUSEN, 11). — CEt il y eut tonnerres, voix. » — Ces voix ou bruits ne peuvent guère se distinguer des tonnerres, mais cela fournit un terme à l'énumération où l’auteur veut quatre membres. — « Eclairs et

‘ Et les sept anges qui ava‘ent les sept trompettes Se préparèrent à en sonner.

tremblement de terre. » — Ce tremblement est le quatrième. L'ensemble est le préambule qui convient aux grands fléaux, les « malheur! », qui viennent maintenant (vx, 13-Ix) après les quatre premières trompettes. — « Et les sept anges qui avaient les sept trompettes », — on peut supposer, si l'on veut, qu'ils étaient sortis du temple pour les recevoir, — « se préparèrent à en sonner ». — Celte indication rejoint ce qui a été dit d'abord (x, 2) des sept anges et sert d'introduction à la nouvelle série de fléaux qu'a ménagée le rédacteur.

Les quatre premières trompettes amènent des fléaux que l’on peut dire apparentés et coordonnés, avec développement parallèle et symétrique de leur description ; les trois dernières trompettes sont séparées des autres par l'intervention d'un ange (vin, 13) qui profère trois « malheur ! », au premier desquels correspond le fléau des sauterelles, longuement décrit (1x,1-12); au second correspond le fléau d’une épouvantable cavalerie, qui est décrite avec la même complaisance que les sauterelles (x, 13-21). On croirait que la fin va venir avec la septième trompette et le troisième « malheur ! » Mais l’auteur amène un long intermède, pour la communication d'un livre qu’il va manger, à l'instar d’Ezéchiel, et qui par cette voie lui fera connaître le sort de Jérusalem, plus longuement décrit que les deux fléaux (x-x1, 13). Vient enfin la septième trompette et le troisième « malheur ! » Mais avant d’y subordonner la vision des sept coupes, comme il a subordonné au septième sceau la vision des trompettes, l’auteur, ayant annoncé le règne du Christ, insère une révélation originale, tout un poème du salut qui aboutit, après le règne de la Bête, au règne du Christ et de ses élus (xx, 14-X1V, 5). Après quoi, moyennant un recul de la perspective, le jugement de Dieu est annoncé et la vision des sept coupes introduite. Nonobstant lesirrégularités du développement, l'auteur suit un plan bien arrêté auquel il adapte les matériaux antérieurs qu'il emploie. On ne doit pas s'attendre à ce qu'il reproduise sans des modifications plus ou moins profondes les documents écrits ou les traditions orales que certainement il exploite.

. APOCALYPSÉ DE JEAN, VIII, 7 175 7 Et le premier sonna de la trompette :

Il y eut grêleel feu mêlés de sang Qui furent jetés sur la terre ; Le tiers de la terre fut brûlé ; Le tiers des arbres fut brûlé ; ë ’ Toute l'herbe verte fut brûlée.

« Et le premier» — ange — « sonna de la trompette, et il y eut de la grèle et du feu », — comme. dans la quatrième plaie

d'Egypte (Ex. 1x, 24; cf. Ps. xvir, 18), — « mêlés de sang ». — Ce sang, dont on n’aperçoit pas autrement la raison d'être, pourrait avoir été emprunté à la première plaie d'Egypte (Ex. vi, 19-21),qui va venir avec la deuxième trompette (cf. Joe, 11, 30, mélange de « feu, sang, fumée »). On a pensé au phénomène de pluie rouge qui se produit quelquefois dans les pays de l’Europe méridionale, Le tout — « fut jeté sur la terre, et le tiers de la terre fut brûlé ». — Comme, après lout, il s’agit d’orages de grêle, ce tiers est à prendre pour la quantité du sol ravagé, non comme un tiers continu de la terre habitée. De même, c'est à cause du feu que la destruction par la grêle se trouve qualifiée incendie. — « Le tiers des arbres fut brûlé », — sur ce tiers de : terre qui était ravagé. — « Toute herbe verte fut brûlée ». — Force est de comprendre que le gazon esl brülé entièrement sur le tiers ravagé ; autrement il y aurait contradiction dans le récit (et avec 1x, 4). On pourrait supposer une altération du texte (CHarLes, [, 232), mais l’auteur a peut-être hésité à écrire « le tiers de l'herbe ». Des orages de grêle ont eu lieu dans tous les temos. Pour que l’auteur ait eu l'idée d’un tel fléau, il n’est point nécessaire que ces orages se soient produits avec une intensité particulière dans l’année où l’Apocalypse fut écrite : en tout cas, le fléau s’entend de l'avenir et n’est pas à, considérer comme prophétisé après coup. Il en va de même pour les autres. Fléaux naturels et données traditionnelles sont systématiquement répartis ; pour ces quatre premières trompettes l’auteur opère avec le tiers des choses (les sectionnements de Zacu. xx, 8-9; Ez. v, 2, ne sont pas tout à fait parallèles à celui ci), faisant frapper successivement le tiers de la terre, Île liers de la mer, le tiers des eaux terresires, le tiers des astres.

8 Ft le second ange sonna de la trompette :

Une sorte de grande montagne brûlante de feu

Faut jetée dans la mer ; Et le tiers de la mer devint sang ; ° Mourut le tiers des créatures qui sont dans la mer,

[Celles quiont vie] ; Le tiers des navires furent détruits.

« Et le second ange sonna de la trompette ». — Les fléaux semblent se succéder rapidement. Leur énumération ne correspond pas à une période nettement définie, et ils sont classés plutôt que racontés avec suite. Ainsi en a-t-il été déjà pour les sept sceaux. — « Et une sorte de grande montagne brûlante de feu », —une façon de volcan enflammé, —« fut jetée dansla mer ». — Ce n’est pas une montagne qui auraitété prise sur le continent pour être jetée dans l'eau, mais une masse de feu apparemment solide, et assez considérable pour ressembler à une montagne ; cela tombe des hauteurs de l'atmosphère dans l'océan. On peut voir, dans Hénoch (xvux, 13-14 ; XXI, 3 ; VI, 8), desétoiles qui brûlent ainsi, comme des montagnes de feu, dans le lieu de damnation. Il est au moins douteux que l'auteur ait voulu faire

«allusion aux aspects de l'île de Théra », aujourd'hui Santorin,

Kqui ressemble à un volcan noyé » (Revaw, 394). Le bloc de flammes tombe du ciel dans la mer et s’y enfonce pour ne plus reparaître ; son cas est le même que celui de l'étoile qui va tombec du ciel pour gâter l'eau des fleuves. La seule différence est que le bloc enflammé qui tombe dans la mer est censé plus considérable. — « Et le tiers de la mer », — l’on ne peut songer ici qu'à un tiers continu, — « fut changé en sang », — comme les eaux du Nil dans la première plaie d'Egypte (Ex. vi, 17-21). — « Il mourut le tiers des créatures qui sont dans la mer, les êtres vivants » — s'entend. Remarque où l’on peut soupçonner une olose. — « Le tiers des navires furent détruits ». — Le tiers des eaux étant contaminé, l’auteur en conclut que les tiers des êtres qui vivent dans la mer ont péri; par la même occasion il suppose que le tiers des navires qui voguent sur l'océan est perdu, comme si les navires avaient dû être également répartis sur les mers et que l’altération des eaux ait amené la perte des flottes. Il ne sesera pas demandé comment ceci serait la conséquence

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