‹ L'Apocalypse de JeanChapitre 35 sur 65 · HAS DS · texte numérisé non relu

HAS DS

‘ Elles avaient poitrines comme cuirasses de fer ;

Et le bruit de leurs ailes était comme bruit de chars (et) chevaux

nombreux courant au combat.

“ Elles ont queues pareilles à celles des scorpions, et dards ; Et dans leurs queues est leur pouvoir De nuire aux hommes pendant cinq mois.

- “Elles ont pour roi l'ange de l’abime, Dont le nom hébreu est Abaddon, Et qui en grec a nom Apollyon.

« comme des cuirasses de fer ». — Ces monstres font grand tapage. — « Et le bruit de leurs ailes », —les centaures babylo-. niens en ont (Bozr, 69), — « était comme le bruit de nombreux chars » — attelés — « de chevaux, qui courent au combat ». — La comparaison est de Joël (1, 5), mais on n'y sent plus d’hyperbole, vu qu’une armée de centaures peut bien faire ce grand bruit. Un dernier trait, qui ne convient point à des sauterelles, explique comment une souffrance pareille à celle que donne la piqûre du scorpion pourra être infligée durant cinq mois aux non-chréliens par les centaures. — « Elles ont des queues pareilles à celles des scorpions, et des dards », — pourvus de venin, — « et dans leurs queues », — par ces dards, — «estleur pouvoir de nuire aux hommes pendant cinq mois ».

En désignant, pour finir, le chef de cette armée, l'auteur montre bien qu’il ne s’agit pas de sauterelles et qu'il a simplement conjugué les sauterelles de Joël avec les centaures de la tradition astrologique, tradition dont le caractère divinatoire préparait l'adaptation aux révélations eschatologiques. — « Elles ont pour roi l’ange de l’abîme ». — Mythologiquement ce serait le roi de l'enfer, ét c’est le grand centaure de l'astrologie, le Sagittaire couronné (BoLe, 73), mais qui est ici adapté à la tradition juive et pourvu d’un double nom, un hébreu et un grec. — « Son nom est en hébreu Abaddon. » — Ce qui signifie « destruction », l'ange en question personnifiant les puissances de mort. — « Et en grec il a nom Apollyon ». — Ce qui signifie « destructeur ». Les deux mots sont choisis pour exprimer la même idée, mais la recherche de l’assonance a fait correspondre à un nom hébreu abstrait un participe grec. Ce dernier offre l’avantage de jouer avec le nom du dieu Apollon, archer et destructeur, qu'on est

- “Le premier « malheur ! » est passé :

Voici venir encore deux « malheur ! » après cela.

# Et le sixième ange sonna de la trompette :

J'entendis une voix,

(Venant) des cornes de l’autel d’or qui est devant Dieu, # Qui disait au sixième ange pourvu de la trompette : « Délie les quatre anges

tout heureux d'identifier au centaure-sagittaire, roi du monde infernal. Il ne semble pas que ce roi des centaures, ange de l’'abime, soit identifié à Satan : il n’a pas derrière lui un passé de révolte, et il n’est point autre chose, on dirait qu’il n’a jamais été autre chose que le prince des centaures de l'enfer ; il ne peut donc pas non plus être simplement identifié à Abriman.

Cette description assez longue a semblé demander une conelusion qui la délimite : « Le premier « malheur ! » est passé » — dans ce fléau des sauterelles-centaures. — « Voici venir encore

* deux « malheur ! » après cela », — puisque trois « malheur ! » ont été annoncés.

. «Etlesixième ange sonna delatrom pette»,— pour le deuxième « malheur ! ».— « Et j’entendis une voix qui venait des cornes de l'autel d'or qui est devant Dieu », — le pendant céleste de l'autel des parfums, sur lequel un ange, au commencement de la vision des trompettes, a offert les prières des sainis (Vu, 3-4). L'autel céleste, qui est censé avoir servi de modèle pour l'autel terrestre, a quatre cornes, comme celui-ci (Ex. xxx, 1-3). C'est de ces cornes que vient une voix qui semblerait être la voix même de Dieu, à moins que l’autel ne soit censé parler (voir le commentaire de x1x, 5). Si un ordre divin est ainsi produit, cen'est peut-être pas tant pour donner à la prière des saints une réponse, qui est plutôt constiluée par l’ensemble des fléaux, que pour accentuer l'importance du fléau principal, qui couronne les autres. Au fond, ce fléau et le précédent se doublent quelque peu, comme si l'auteur, en ajoutant de luimène: quelques variantes, avait tiré d'une même matière traditionnelle deux descriptions parallèles, La voix — « disail au au sixième ange qui avait la trompette », — pour l’instruire du rôle qu'il avait à jouer : — « Délie les quatre anges qui sont liés

Qui sont liés sur le grand fleuve Euphrate. »

sur le grand fleuve Euphrate. » — Il n’y avail pas eu de discours pour le premier « malheur ! », mais la remise de la clef à l'étoile tombée du ciel signifiait assez clairement quil fallait ouvrir le puits de l'abîme.

On dirait que les quatre anges dont il est maintenant question sont déjà connus ; mais ils pouvaient être connus par la tradition apocalyptique, et il semblerait d’abord assez diflicile de les identifier aux quatre qui ont été représentés, aux quatre angles du monde, retenant les quatre vents (vix, 1). Nos quatre anges sont retenus eux-mêmes, et dans un seul endroit qui est déterminé (selon CHarLes, I, 249, les quatre anges des vents auraient dû amener les sauterelles, s'ils n’avaicnt été remplacés par l'ange de l’abime). D'ailleurs, les quatre anges des vents appartiennent à la vision des sceaux, et il ne faut pas se hâter de les transporter dans la vision des trompettes. Cependant il peut être à noter que les quatre anges des vents sont signalés à propos du sixième sceau ; qu’on les retrouve ici à la sixième trompette ; et que, dans la vision suivante, à la sixième coupe (xv, 12), le grand fleuve Euphrate, où sont retenns maïntenant les quatre anges, sera desséché pour livrer passage aux rois du soleil levant. L'auteur opère si facilement avec les mêmes malériaux, en ajoutant des circonstances pour diversifier ses tableaux, et cela sans redouter de multiplier les incohérences, qu'il est perinis de soupçonner l'identité originelle des quatre anges qui dans la vision des sceaux retenaient lès vents, et de ceux qui dans la vision présente ont l'air d'être retenus.

On ne voit pas le rapport qui existe entre les quaire anges et les cavaliers ou les chevaux qui par trois moyens vont tuer le tiers des hommes, comme les quatre premiers fléaux ont frappé des liers de choses ; ce qui est du moins évident, c’est le caraclère tout artificiel de la description du sixième fléau. L'idée de l’auteur parait bien être que les anges sont déliés pour préparer le passage aux cavaliers : ce seraient donc les vents qui dessécheraient le fleuve. Mais comme il ne s'agirait point ici des rois d'Orient ni de l'empire parthe, Ja localisation sur l’'Euphrate ne serail que pour marquer le point de départ dufléau,

‘* Et furent déliés les quatre anges Quiétaient prêts pour l'heure, jour, mois, année, A tuer le tiers des hommes.

IL est vrai que l’extermination du tiers des hommes est attribuée

aux quatre anges, et que les vents ne semblent destinés qu’à

nuire à la terre, à la mer et aux arbres; autre variante, dont la portée est d'autant moins grande ct les vents comme les

anges peuvent avoir toutes sortes d influences ou les conditionner. Somme toute, les quatre anges des quatre vents peuvent. très bien être amenés sur l'Euphrate pour préparer les opérations

des cavaliers exterminateurs; et il n'est pas impossible que

l'Euphrate ait une signification astrologique par laquelle s’expliquerait le rapport qui met les conimentateurs en perplexilé. Ce qui est “lair, c'est que, pour l'instant, nos cavaliers démoniaques prennent sur l'Euphrate la place des rois parthes (qu'on trouve déjà dans HéNocn, Lvr, 5, remplaçant le Gog d’Ezéchiel).

Les quatre anges étaient liés sur l’Euphrate, mais ce n'était

qu'en prévision de l'œuvre qu'ils devaient accomplir au temps marqué par la Providence. — « Et furent déliés », — parce que le moment en était venu, — « les quatre anges qui étaient prêts pour l'heure, le jour, le mois, l'année », — fixés dans les décrets divins, où tout est, comme chacun sait, minutieusement réglé, — Cafin quils tuassent le tiers des hommes ». — C'est cette extermination dont la date précise était marquée. Le souci de la date n'atteste pas seulement la croyance à la prédestination, mais aussi bien certaine affinité avec les calculs et pronostics très circonstanciés de l'astrologie ; car de telles précisions conviennent moins à une volonté fixée d’avance qu'à un sort préalablement réglé par les conjonctions et mouvements d’astres qui font le cours des temps, lequel est supposé prédéterminer le cours des choses. Tuer le tiers des hommes est un fléau qui va bien avec la dévastation d’un tiers de la lerre, d’un tiers de la mer, d’un tiers des eaux terrestres, d'un tiers des astres. Se rappeler que plus haut (vr, 8), après la rupture du quatrième sceau, l'on nous a signifié que le quart de la terre avait été dévasté et que le quart de l'humanité avait péri. Un manque d'équilibre

190 APOCALYPSE DE JEAN, 1x, 16-17

15 Ft le nombre des corps de cavaliers était : Deux myriades de myriades.

J'ai entendu leur nombre.

7 Ktainsi vis-je les chevaux dans la vision © Ceux quiles montaient , A vaient cuirasses de feu, d'hyacinthe et de soufre.

apparaît par rapport au fléau des sauterelles-centaures qui atteint tous les non-chrétiens, mais le sixième fléau se présente comme un doublet ou un complément du précédent, l’un et l’autre étant variation sur le même thème, pour remplir le cadre des sept trompettes.

Comme si le préambule était artificiel et mal placé, la descriplion des chevaux et cavaliers qui vont exécuter l'œuvre assignée d'abord aux quatre anges, est brusquement introduite, et elle sera coupée non moins brusquement à la fin. On dirait une suite dont manquerait le commencement ; mais ce commencement pourrait bien être, en quelque façon, dans la description des sauterelles-centaures. — « Et le nombre des corps de cavaliers », — qui allaient accomplir l'œuvre de destruction, — était deux fois dix mille fois dix mille », — soit deux cents millions de chevaux montés. C'était assurément une très grosse armée, et le prophète n'aurait pas pu connaitre le chiffre s'il ne lui eùt été révélé dans la vision même (cf. vu, 4). — « J’entendis leur nombre »,— crié sans doute par la voix d’un ange. Rien n'oblige d'attribuer cinquante millions de cavaliers à chacun des auges mentionnés précédemment, vu que celle immense armée ne semble point partagée en quatre corps agissant séparément ; et il n'est pas sûr que l'auteur pense encore aux anges.

« Et ainsi vis-je les chevaux dans la vision ». — Il est assez singulier que les chevaux soient mentionnés avant les cavaliers, eL il le sera encore plus que tout le mal soit fait par les chevaux, par le souffle de leur bouche et par les tètes de leurs queues, Les cavaliers n’ont que cette brève mention. — « Et ceux qui étaient assis dessus, avaient cuirasses de feu, d'hyacinthe et de soufre », — Ges cuirasses sont une variante de la cuirasse de fer attribuée aux centanres. Mais il est étrange que la couleur ou plutôt les trois couleurs dé la cuirasse des hommes soient en

APOCALYPSE DE JEAN, ix, 48-19 < 191

Les têtes des chevaux sont comme têtes de lions,

Et de leurs bouches sortent feu, fumée, soufre. Par ces trois fléaux furent tués le tiers des hommes,

Par le feu, la fumée, le soufre, qui sortent de leurs bouches. ” Car le pouvoir des chevaux est dans leur bouche,

Aussi dans leurs queues.

rapport avec les trois éléments de destruction qu'on va voir sortir de la bouche des chevaux. Dans la réalité, cette cavalerie extraordinaire n'est point l’armée parthe, comme plusieurs l'ont voulu croire ; ce sont encore les centaures de la cinquième plaie, mais déformés, les chevaux-hommes élant comme décomposés en chevaux et en hommes, mais incomplètement, ct de telle sorte que les chevaux comptent plus que les hommes. Les centaures du cinquième fléau étaient de même déformés à moilié en sauterelles, comme pour prendre une couleur biblique, sans perdre d’ailleurs leur caractère surnaturel. Il en va de même ici. Toute celte cavalerie est diabolique et n’a rien de commun avec l'armée parthe, qui n'était point ainsi équipée, ni si nombreuse, ni commandée par des anges. En mettant les centaures au service de Dieu, l’auteur a pensé devoir modifier quelque peu leurs traits, et comme il a fait d'eux double emploi, il les a deux fois défigurés. — « Les têtes des chevaux », — il ne sera plus parlé des cavaliers, — « sont comme des tèles de lion. » — Ceci est pour les différencier des sauterelles-chevaux qui ont visages d'homme {v. 7} — « Et de leur bouche il sort du feu, de la fumée, du soufre ». — Haleine d'enfer (cf.xrv, 10,11); et ne dirait-on pas que ces chevaux-là sont sortis de l'abîime, comme les sauterelles-chevaux ?

« Parces trois fléaux furenttués Le tiers des hommes, » — d'après l'explication qui sera donnée plus loin (1x,20,21), il faut entendre le tiers des non-croyants, tués — « par le feu, la fumée, le soufre qui sortent de la bouche » — des chevaux. Ce n’est point toutefois uniquement par leur bouche que les chevaux font du mal. — « Car le pouvoir des chevaux est dans leurs bouches et dans leurs queues. » — Ce qui les rapproche des sauterelles-chevaux à queues de scorpion ; mais, pour varier, l’auteur fait ces queues de serpents, qui sans doute sortent des queues en

Car leurs queues sont pareilles à serpents ;

Elles ont des têtes

Et par là sont nuisibles.

* Et les autres hommes,

Ceux qui n’avaient pas été tués par ces fléaux,

Ne se repentirent pas des œuvres de leur mains,

Pour n’adorer pas les démons,

Ni les idoles d’or et d'argent, D'airain, de pierre, de bois, £

place de crins, et dont les têtes se redressent pour l’attaque. — « Leurs queues, en effet, sont pareilles à des serpents, elles ont des lêtes el par elles font tort ». — Un seul serpent, semble-t-il, sort de chaque queue, et remplace ainsi la queue de scorpion des centaures. Il ne faut pas demander comment ces fantastiques animaux se gouvernent pour attaquer avec leur queue, à moins que la queue-serpent ne vomisse feu, fumée et soufre comme la bouche. Certes, il ne faut point rappeler ici la flèche de Parthe, ni la coutume parthe de lier ensemble les crins de la queue des chevaux. La ressemblance est plutôt, — une ressemblance assez mal réussie, — avec les monstres figurant les titans sur le grand autel de Zeus à Pergame et dont les jambes s’achèvent en serpents à bouche ouverte, ou bien avec les monstres de même type et de signification analogue qui se rencontrent sur les bas-reliefs de Mithra. Peut-être figurait-on aussi des centaures dont la queueétait un serpent (cf. Box, 69, n. 4). La merveille des queues paraît superflue, et elle se présente en effet comme une addition rédactionnelle (que CHARLES, I, 254, traite d'interpolation).

Un fléau si extraordinaire, qui est comme l’anticipation de l'étang de feu pour « la seconde mort » (Xx1, 8),n’amènera pourtant pas la conversion des païens, et la fin viendra quandsonnera la septième trompette (x,5-7). — « Et les autres hommes », — les deux tiers des païens actuellement vivants, — « qui n'avaient pas été tués par ces fléaux », — les fléaux venus par la bouche et par la queue des chevaux, — « ne se repentirent point de leurs œuvres mauvaises, de façon à n’adorer pas les démons », — c'est-à-dire leurs dieux, que l'auteur regarde comme des démons, — « niles idoles d’or, d'argent, d'airain, de pierre,

Qui ne peuvent voir - Nicn'endre ni marcher ;

ÿ * Etils me se repentirent point de leurs meurtres,

= Ni de leurs maléfices,

“ist Ni de leur impudicité, Ni de leurs larcins. $

de bois », — identifiées, dans la polémique juive et chrétienne, à ces mêmes, dieux, idoles — « qui ne peuvent voirnientendre ni marcher »., — Lieu commun de la même polémique, énoncé déjà dans l'Ecriture (cf. Dan. v, 23; Ps. cxv,47; cxxxv, 15-19).

à L'auteur néanmoins fait une distinction, que l’Ecriture n'a pas . accoutumé de faire, entre les dieux-démons considérés en eux- En mêmes, et leurs images. — « Et il ne se repentirent point de leurs meurtres, ni de leurs maléfices, ni de leurs impudicités, ni de leurs larcins. » — Quatre péchés notables ; un autre cata- : logue, à la fin du livre (xxr,8), en mentionnera huit, où trois de L nos quatre se retrouveront. Ici l’auteur s’est tenu à quatre, ; mais il en a voulu quatre, et il a puisé dans des listes qui existaient avant lui (cf. Bozz, 145). La description et mème la phrase À restent comme suspendues, probablement parce que la suite ori-

ginelle de la vision a été coupée ou supprimée.

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