XI. — LE PETIT LIVRE OUVERT
La fin devrait venir, mais, comme l’auteur est loin d’avoirépuisé sa matière, ilintroduit, non seulement la vision des sept coupes, wnais, avant la septième trompette, et entre la seplième trompelte et celte vision, divers intermèdes. Un premier morceau <onterne un nouveau livre de prophétie et le sort de Jérusalem (XxL13). L'’enclave est caractérisée par un changement, non expressément indiqué, de la mise en scène entre la sixième et la septième trompette : la vision des trompettes se déroulait au ciel ; pour la vision du tableau intercalé, le prophète est sur la terre. De cette incohérence et du contenu même de la vision il résulte que l’auteur ainséré ici un morceau de tradition ou de
‘ source particulière dans un cadre en vue duquel ce morceau
A. Loisy. — L'Apocalypse de Jean. 15
CNE AA TES
x Et je vis un autre ange vigoureux Qui descendait du ciel, UNS Revëtu de nuée, frs L'arc-en-ciel sur la tête ; ie Son visage était comme le soleil, % Ses jambes comme colonnes de feu.
n'avait pas d'abord été conçu. Il ne s’ensuil pas que la pièce ait été introduite sans modification qui l’adapte en quelque manière à son contexte. L’incohérence qui nous frappe n'existait pas pour l’auteur : il était au ciel en esprit, en espritil se retrouve sur la terre, pour être ensuite en esprit au ciel; ces déplacements en esprit sont chose pour lui si naturelle qu'il n’éprouve pas le besoin de les noter (cf. Bozr, 6).
« Et je vis un autre ange vigoureux ». — L'intention est évidente de mettre en parallèle cet ange vigoureux, porteur | d'un livre ouvert, avec l’ange vigoureux qui a invité les êtres à CR ouvrir le livre fermé de sept sceaux (v, 2). Rapprochement artificiel et qui-appartient à l’auteur, La vigueur de l'ange est : TELE un bien faible indice pour identifier, même hypothétiquement, FRE ce fort (gibbér) à Gabriel (comme pendant à un hypothétique 1! PSS Michaël dans vu, 35; Canrzes, 1, 258). Et cet ange — « descendait du ciel », — sur la terre, où l’on va voir que l’auteur aussi se trouve, — «revêtu de nuée », — le nuage étant vêtement convenable pour un être céleste, — « l’arc-en-ciel sur la tête », — en auréole de lumière. On a vu déjà l’arc-en-ciel au-tour du trône de Dieu ; mais ce n'est pas motif pour qu’on ne le dE trouve pas en couronne pour les anges, à moins plutôt que ; TE l'ange n’apparaisse sous l’arc-en-ciel, qui rehausse l’apparition et ie qui pourrait aussi en attester le caractère bienveillant. — « Son
visage était » — brillant — «comme le soleil ». — On l’a dit du Christ (1, 16) ; mais un ange est un ange, et celui-là n'est pas des moindres. — « Et ses pieds », — entendons: « ses jambes » Pc — «étaient comme colonnes de feu», —semblables aussi, par conséquent, à ceux du Christ lui-même. Tous ces traits conviennent à des êtres célestes, à des divinités astrales, et ils n'obligent point à admettre (avec WELLHAUSEN, 14) que cet ange soit le - Christ, ou Dieu en personne. — « Et il avait en sa main ur
* [l'avait en sa main livret ouvert,
Et il mit son pied droit sur la mer, petit livre ouvert. » — Le livre n'était point gros (B:Baapiôtoy ; cf. ver, B:BAloy), etil n’était pas non plus fermé comme le livre
aux sept sceaux. Ce n’est pas toutefois pour signifier que le prophète prendra connaissance du contenu en le lisant ;' mais.
“c’est parce que l’on ne fera pas de mystère autour de la communication divine et que celle-ci est signifiée par un autre symbole que la rupture des sceaux. IL n’est pas dit que la main qui tient le livre soit la main droite (ef. V,1), mais ce n’est cer-
tainement pas la gauche. L'auteur de cette vision imite une scène.
d'Ezéchiel, où il est parlé simplement de main tenant un livre (Ez. 11, 9), et nous avons vu de même (v, x) le livre aux sept sceaux sur la droite de Dieu.
Sans doute est-il imprudent de spéculer sur l'étendue respec-
tive du livre aux sept sceaux ct du présent pelit livre, pour con-
clure (avec CHarzgs, 1, 260) que le contenu de celui-ci pourrait être limité au prochain oracle sur Jérusalem (xx, 1-13). Le livre au sept sceaux s’annonçait comme considérable etcomme contenant Lous les desseins de Dieu qui pouvaient être actuellement à révéler: eu égard à ce préambule, on pourrait aussi bien conclure que l’auteur n’en a rien tiré. La vérité doit être que l’auteur a pris de la source où il trouvait l'idée du livre scellé tout ce qui lui convenait. Maintenant qu'il opère avec une autre source où était mentionné un petit livre, il n’y à pas à dire qu'il y aura pris seulement quelques versets. Le morceau dont il s'agit n’est qu'un fragment, un extrait; la source contenait autre chose, et rien ne dit que l’utilisation se soit bornée à l'oracle sur Jérusalem. La seule inférence à déduire de cette mention d'un nouveau livre est que l’auteur, vraisemblablement, va employer une source différente de celle qu'il a employée dans les précédents chapitres. Il ne s'ensuit pas d’ailleurs qu'il ait épuisé le contenu de celle-ci, ni qu'il ne s’en soit plus inspiré dans la suite de son livre. Oserons-nous ‘ajouter que le livre est dit petit parce qu'il sera mangé? On nous le donnera digéré.
« Etil mit son pied droit sur la mer, le gauche sur la terre. » —
Son pied gauche sur la terre, * til cria à pleine voix comme lion rugit ; Et lorsqu'il eut crié, Les sept tonnérres dirent leurs sons:
Cet ange vigoureux est aussi un ange colossal. L’on méconnaît Lout à fait l'intention de ce trait en supposant que l’ange a le pied droit sur une île de la côte de l'Asie Mineure et le gauche sur le continent. Un ange peut mettre impunément le pied sur l'eau, el comme celui-là va lever la main au ciel en jurant par celui qui a créé ciel, terre et mer, tout porte à croire qu’ila pris justement la position qui convient à son serment: il touche les trois mondes de la création, et son pied droit est bien sur la mer. Vu la généralité du trait, il est très risqué de supposer que l'ange est tourné vers la Palestine et que cette orientation est en rapport avec l'objet du livre. La position prise est en rapport avec le serment : elle est, sionl’ose dire, universelle comme le monde et le serment lui-même, qui annonce le branle-bas général pour l'avènement du Messie. Avant de jurer, l'ange — « cria à haute voix comme un lion rugit ». — La comparaison est pour signilier la puissance de sa voix et aussi pour marquer que le cri de l'ange n’est point articulé: c’est comme un grand rugissement de menace. :
Par contre, — « lorsque l’ange cria, les sept tonnerres dirent leurs voix ». — Le texte ne signifie aucunement que les sept tonnerres font écho au discours de l’ange. L'ange n'a point parlé, il a crié, et les tonnerres maintenant parlent, non pour donner la réplique à l'ange, mais pour dire ce qu'ils ont fonction de dire. Au surplus, après avoir oui les sept tonnerres, le prophète se dispose à écrire, non pas ce qu'a crié l'ange, mais ce qu'ont dit les sept tonnerres. Sans doute les lecteurs savaientils à quoi s’en tenir sur les sept tonnerres, qui sont supposés bien connus. Le tonnerre est dans la Bible la voix de Iahvé, comme il est à Babylone celle d'Adad ; il peut done exprimer une-parole divine (cf. JN. x11, 28). Les sept tonnerres sont probablement en rapport avec les sept cieux, les sept sphères des planètes (Bou, 22) ; ils doivent être aussi en rapport avec la septuple mention du tonnerre comme « voix de Iahvé » dans le
3 ge ar APOCALYPSE DE JEAN, Y, 4 197
‘ Et quand eurent parlé les sept tonnerres, RS | Fa 3 Je me disposai à écrire. MR UV Fe, Et j'entendis du ciel voix qui disait : Be Scelle à : ; L 4478 SEA
Psaume xxix. Puisque le prophète entend les sept tonnerres, c’est qu'ils n’ont pas grondé en même temps. Mais iln'ya pas lieu d’approfond r ce détail. Ce qui importe est que les sept tonnerres soient présentés comme sept oracles divins, qui, Âne considérer que leur objet, auraient pu fournir un digne pen- re eh dant aux sept sceaux, aux sept lrompeltes et aux sepl coupes. à L'auteur se fait défendre d'écrire les sept tonnerres parce qu'ilne se souciait pas d’ajouter’une quatrième série, ou plutôt une TRE se cinquième (car il faut compter les lettres), à ses révélations. Il à insinue qu'il en à su plus qu'il n’a eu le droit d’en dire ; en fait, comme il s’est suffisamment répété dans son livre, si quelà qu'une de ses sources contenait une révélation par les sept tonnerres, il l'aura omise parce qu’elle n’offrait rien quinefüt | dit ailleurs ; mais l'hypothèse d'une telle omission ne s'impose | aucunement. Le rappel des sept tonuerres et la mention de , DRE leurs paroles, qui ont dû rester secrètes, peuvent n'être que E pour le perfectionnement de la mise en scène. Car, étant donnés CES ESS <5 F les procédés habituels de notre prophète, c’est, d'autre part, lui ; - faireun peu trop de confiance quede le supposer(avec CHARLES, - re | I, 261) dans le cas de Paul (II Con. xut, 4) déclarant de lui- 1e même ineffable ce qu'il a entendu au troisième ciel. Fe « Et lorsque les sept tonnerres eurent parlé, je me disposai à écrire. » — En vérité, la rédaction de ces sept oracles auraitété : fort mal placée entre la sixième et la septième trompette. — « Et LE ee j'entendis une voix » qui venait « da ciel ». — Une voix qui RÉ __ exprimait un ordre divin, voix d'ange peut être, plus probablement voix du Christ, qui préside à l’ensemble de la révélation. D'après les instructions que donnera la voix (x, 8) au LATE sujet du livre que tient l'ange, celui qui parle semble maître et TEFÈTRESS de l'ange et de la révélation contenue dans le livre. Dans le F Le ® récit typique d'Ezéchiel, c’est Dieu lui- mème qui présente le livre Le au prophète :rien- d'étonnant à ce que soit ici ‘le Seigneur Christ. Re La voix — « disait : « Scelle », — c’est-à-dire « tiens caché » FER
4198 APOCALYPSE DE JEAN, x, 2-6
Cè qu'on dit les sept tonnerres, Et ne l'écris pas. »° * Et l'ange Que j'avais vu se tenant sur la mer et sur la terre Leva sa main droite vers le ciel, * Ecil jura par celui qui pit aux siècles des siècles,
Qui a créé le ciel et ce qu’il contient,
La terre et ce qu'elle contient,
La mer et ce qu'elle contient,
Qu'il n’y aura plus délai,
(ef. xxx, 10 ; Dan. vu, 26 ; x1, 4, o). puisque rien n’est encoreni ne sera écrit, — «ce qu'ont dit les sept tonnerres, et ne l’éeris pas ». — De cette défense le motif n'est pas indiqué, c'est pouquoi l’on est fondé à penser qu’elle est d'ordre purement littéraire.
Après cette digression sur les septtonnerres, on retrouve l'ange et son livre. L'ange va d’abord annoncer la fin prochaine. — « Et l’ange », — l'ange gigantesque, — « que j'avais vu se tenant sur la mer et sur la terre », — plus colossal en son écartement que le colosse de Rhodes, — «leva sa main droite vers le ciel » — pour jurer, le geste de Ja main complétant, si on l'ose dire, celui des pieds, de façon que celui qui jure touche les trois parties du monde créé. La main droite est celle du serment ; c’est pourquoi l'ange lève la main droite. Mais alors, dira-t-on, le livre était dans la main gauche ? Pas nécessairement, et, pour l'instant, l’auteur ne pense pas au livre (cf. cependant Dan. x, 7, où: « l'homme vêtu de lin » lève les deux mains au ciel pour jurer). — « Etil jura par celui qui vit pour les siècles des siècles », — périphrase qui dispense de nommer Dieu, — « qui a créé le ciel et ce qu'il contient, la terre et ce qu'elle contient, la mer et ce qu’elle contient ». — Les trois parties de la création ne sont pas seulement nommées à la place du Créa-teur, mais pour l’emphase du serment et pour s’accorder avec son objet universel, comme avec la situation ou le geste de celui qui jure. Tout en jurant par le créateur, l’ange a pris la position qui conviendrait à un serment par le ciel, la terreetla mer. Il jura — « qu'il n'y aurait plus de temps », — non que la série des temps
assignés à l'humanité ou au monde serait terminée et que l’éter-
et
7 Mais que, dans les jours où sonnera le septième ange, Lorsqu'il devra sonner de la trompette, S’accomplira le secrel de Dieu, Commeil en a fait l'annonce à ses servileurs Les prophètes.
nité commencerait, car on ne voit pas que l’auteur ait cette double conception de la durée, et la suite du discours exclut plutôt ce sens, mais qu’il n’y aura plus de délai pour la fin. Ce n'est plus <omme dans la réponse faite aux martyrs, que lon priait d'attendre encore (vr, 11) ; le temps de l’altente est passé, la fin allant venir avec la septième trompette. Ce serment de l'ange est imité de Daniel (xn, 7) ; comme le trait des sept tonnerres, il vient quelque peu en surcharge du petit tableau concernant le livre prophétique, et qui est emprunté à Ezéchiel ; mais, dans Daniel, un temps limité, assez court, est marqué avant l’accomplissement de la fin ; tout délai semblerait exclu dans le discours de l'ange, et pourtant un délai y est impliqué ; le même que ‘dans Daniel, car les deux témoins du Christ, dont il sera parlé bientôt (x1, 2), doivent exercer leur ministère durant douze cent soixante jours, ce qui fait exactement les trois ans et demi de Daniel. Le texte signifie donc qu'il n’y aura plus de délai indéfiniment prolongé, mais un temps fixé très court, à partir duquel commencera la période finale ; la durée de ce temps sera marquée dans la vision des deux témoins ; le point de départ de la période finale est expressément indiqué dans le serment de l’ange, celui-ci ayant juré — « qu'il n’y aurait plus de délai, mais que, dans les jours de la voix du septième ange », — la période commandée par son intervention, — «lorsqu'il se metira en devoir de sonner de la trompette », — à ee moment précis, ni avant ni après, — « s'aceomplira le secret de Dieu », — le mystérieux dessein du salut, — « comme il en a fait | heureuse annonce à ses serviteurs, les prophètes ». — Ilne peut être question qu: du règne messianique, le secret éternel de Dieu, parqui les prophètes, ses serviteurs (cf. 1,1; AM. 1, 9), en ont été insiruits: L'auteur ne vise pas ici que les prophètes anciens: il les exploite trop largement et trop ouvertement pour avoir le droit de les exclure ; mais il pense aussi bien et surtout aux prophètes chrétiens, parmi lesquels il se compte lui-même.
ML
‘ Et la voix que j’avaisentendue du ciel De nouveau me paxla et dit : « Va prendre le livre ouvert
ILest malaisé de trouver dans la suite en quoi consiste Îæ révélation de ce consolant secret. On a voulü l'aller chercher à Ja fin du ch. x1v (14-20 ; xV, 1-4), qui serait proprement Île contenu de la septième trompette, ou bien moins loin (xir, 8-9), là où est décrite la chute du Dragon ; et l’on a pensé aussi au verset mystérieux (xxr, 5) concernant le sort du Christ. Il conviendrait peut-être de ne point tant regarder au détail : le secret “a ne peut être que le grand avènement, non Îa résurrection du Christ et son ascension, ni seulement la ruine de Satan ; mais iln’y a qu'à suivre l’auteur, qui, ayant d’abord signifié que le règne messianique arrivera avec la septième trompette, fait chanter cet avènement sitôt que la trompette a sonné (x1, 15-18), puis décrit la ruine de Satan, celle de la Bête et le triomphe des élus (x1, 19). Tout cela estle contenu de la septième trompette, et même, si l’on veut se placer au point de vue de l’auteur, À tout le reste du livre y est subordonné ; seulement le rappel de AE la septième trompette est pour l’ajustement rédactionnel de la ; présente description ; la lourde formule : « dans les jours de la voix du septième ange, quand il sonnera de la trompette », est une véritable surcharge dans l'énoncé du serment, bien plus naturel en sa forme native : « Qu'il n’y aura plus de délai, mais que va se réaliser le secret de Dieu », etc. Le secret de Dieu ne laissait pas d’êlre, dans la source, la manifestation et le triomphe du Messie, après les trois ans et demi de l’abomination, qui k vont être bientôt décrits (xt, 1-13).
ee Il s’agit maintenant de faire entrer dans le prophète le nouveau 0 livre de révélation, et après avoirutilisé Daniel, l’auteur de notre Mr description va rejoindre Ezéchiel. — « Et la voix que j'avais La pe 7 entendue du ciel », — la voix du Christ, qui avait défendu au a prophète d'écrire les paroles des sept tonnerres(v, 4) — (je l'entendis) « de nouveau qui me parlait et disait: « Va prendre le livre», —le livre de la nouvelle révélation, sur le contenu duquel F le lecteur se trouve informé par le serment de l'ange, — « le ES - ivre qui est» —1à — «ouvertdans la main de l’ange qui se tient
PT
; Dans la main de l'ange qui se tient sur la mcret sur la terre. » Et je m'en allai près de l'ange, Ds Lui disant de me donner le livret.
F Etilme dit: .
« Prends-le et avale-le; 4 Il te fera aigreur au ventre, 27 Mais en ta bouche il sera doux comme miel. »
surla mer et sur la terre ».— Ordre difficile à exécuter, si l’ange
6 ne s’y prête, car cet ange est bien grand ; mais ces images ne % sont point à réaliser ea tableau d'ensemble, et elles ne sont pas > faites pour s’accorder autrement qu’en idée. — « Et je m'en allai vers l'ange. » Le voyant est sur la terre, où la scène se passe ; DD ie nen-fant pas conclure que l'ange pourrait avoir un picd ; dans l'île de Patmos. — « Lui disant de me donner le petit 3 livre ». — Nous savons déjà pourquoi ce livre est dit petit Fe É quant au volume; quant au contenu, les indications déjà don- __! nées(x, 7), et celles qui vont venir (x, 11) suggéreraient plutôt k qu'il est considérable au moins par son objet. — « Et il me à dit : « Prends-le et avale-le ». — C’est ce qui fut dit à Ezée chiel (1, 1). — «Il te fera aigreur au ventre, mais en ta bouche il sera doux comme miel ». — Ceci, dans Ezéchiel …
(ur, 2-3, 14 ; cf. Jér. xv, 16-17) est indiqué mn comme résultat de Pacte ; de plus, Ezéchiel dit que son estomac fut è rempli par le livre mangé, mais non qu'il en ait éprouvé
de la douleur. L’antithèse que l’ancien prophète mettait entre
l'image, la saveur agréable du livre mangé, et la réalité, le
caractère fâcheux de l’oracle, est transposée tout entière par notre auteur dans le tableau symbolique: : le livre lui fait douceur à la bouche et mal au ventre. Comme, après tout, le livre est de consolation pour les élus et qu'iln’y a de grand mal * annoncé que pour les ennemis de Dieu, l’antithèse ne vise pas réellement, comme dans Ezéchiel, le charme qu'a, dans la
bouche du prophète, c’est-à-dire pour lui-mème, la réception. :
d’une communication divine, et l’amertume de l’oracle une fois .connu, soit pour le prophète, soit pour ceux que l'oracle concerne, mais les deux aspects ou les deux éléments de la prophétie, heureuse pour les élus, funeste pour les réprouvés, élé-
“ Je pris le livret de la main de l'ange, Et je l’avalai. à Il fut dans ma bouche doux comme miel, Et quand je l'eus mangé, J’eus aigreur au ventre.
“# Et l’on me dit ; «ll te faut de nouveau prophétiser
mentsquidoiventtrouver place dans les descriptions quisuivront, le tout ne laissant pas d’être une consolation pour les élus. Il ne s’agit pas de figurer les impressions personnelles du prophète, qui serait censé devoir souffrir intérieurement s'il ne disait les choses qui lui ont été révélées (cf. JÉR. xx, 9; passage qui n’est point visé iei), ou souffrir déjà réellement parce qu'il ne pourrait pas dire tout ce qu'il sait, bypothèse qui paraît exclue par la recommandation finale(x, 1r), où l'on doit voir l'explication de l’amertume dont il s’agit : ce sont des oracles contre peuples et rois.
. La grande place que tiennent dans les chapitres prochains les
prophélies terrifiantes amène l’auteur à insister sur ces dernières
dans la conclusion. — « Et je pris le petit livre de la main de l'ange, et je l’avalai », — comme ïl était prescrit. La chose ayantlieu en vision, c’est-à-direcomme en rêve, l'on est dispensé de songer à la difficulté d'absorber un rouleau d'écriture, quand même ce serait uu rouleau de papyrus, et qu'il ne fùt point gros. — € Et:il était, dans ma bouche, doux comme miel ; et quand je l’eus mangé, mon ventre en eut aigreur », — ainsi que l'ange l'avait dit. Le livre d’Ezéchiel (11, 10) était éerit à l’endroit et à l'envers, et le prophète en prit une connaissance sommaire avant de l’avaler : on a pu voir que le premier trait a été utilisé pour lelivre aux sept sceaux (v, 1) ; il est suppléé au second par les indications, directes ou symboliques, relatives au contenu. — « Et ils me dirent », — la voix céleste et l’ange au livre, à moins que le pluriel (.éyous:y) ne soit impersonnel (cf. Dax. 1v, 13, 22, 23, 29 ; V, 20 21 ; vu, 12, 26 ; Espr. vi, 5), pour marquer le changement de sujet sans ment'oaner expressément la voix céleste qui vient d'intervenir (x, 8) et qui parle dans la suite du récit (xx, 1-3), non désignée en termes explicites. Dans le présent contexte, il n'appartient guère qu'au Christ de dire au voyant : — « Ilte faut », — telle étant la volonté de Dieu, — « de nouveau », — après les
APOCALYPSE DE JEAN, x, l1 203
Sur peuples, nations, langues et rois nombreux. »
oracles déjà consignés dans la vision des sept sceaux et dans ce qui vient d'être dit à propos des six trompettes, — « prophétiser sur peuples, nations, langues et rois nombreux ». — Quatre termes, recrutés pour être quatre, mais qui ensemble désignent la masse des non-croyants, juifs et païens. La perspective remonte ainsi au commencement de la crise messianique, point de départ de la vision des sept sceaux et de celle des sept trompettes. Il est superflu, après cela, de vouloir déterminer trop étroitement le contenu du nouveau livre : ce ne peut être seulement le bref oracle qui vient ensuite concernant le sort de Jérusalem (x1, 1-13); au moins dans la perspective rédactionnelle, le livre comprend tout aussi bien ce qui sera dit touchant la Bète (xu1) et la ruine de la grande Babylone, on peut mème dire toute la suite des visions jusqu'à la fin de l’Apocalypse.
Cela étant, notre chapitre avec son « petit livre » fait, en quelque manière, double emploi avec la vision du livre aux sept sceaux ; c'est presque un hors-d’œuvre, une façon de préambule ménagé par l’auteur à la dernière moitié de son œuvre, parallèlement à la vision du livre aux sept sceaux. Les sources dont procède au moins médiatement ce chapitre sont Ezéchiel et Daniel. L'intermède sert à relever un exposé que son cadre à compartiments trop réguliers et l’indigence des matériaux servantà les remplir mettaient en grand péril de monotonie. Cependant, bien que la vision du livre au sept sceaux dépende aussi d'Ezéchiel, il n’est pas probable que le rédacteur de l’Apocalypse ait conçu ces deux tableaux d’après l'ancien prophète, sans s’aider de sources intermédiaires,