‹ L'Apocalypse de JeanChapitre 38 sur 65 · XIII. — L'ANNONCE DU RÈGNE · texte numérisé non relu

XIII. — L'ANNONCE DU RÈGNE

Notre auteur tient à marquer le point où il en est arrivé de sa

révélation : — « Le second « mralheur ! » est passé » — avec cette manifestation des deux témoins et la ruine partielle de Jérusalem. — « Voici venir bientôt le troisième « malheur! » — La transition a dù être prise à la même source que les trois « malheur ! ». Pour le bon équilibre du livre, celte remarque aurait dû se placer à la fin du chapitre 1x, et ce qu'on a lu depuis se présente comme une intercalation ; mais l’auteur a mis dans sa composition la messure d'équilibre, de proportion et d'unité qui lui a plu ;il s'est tracé un cadre dont les compartiments ne sont pas également remplis ni avec des matériaux bien homogènes. Le défaut d'harnonie dans l’ensemble prouve que son goût litéraire n’était pas parfait, mais non point que son livre ne soit qu'une compilation faite de morceaux mal joints; ces morceaux sont plutôt mal digérés, et si l'Apocalypse est un livre mal composé, ce n’est pas

une mosaïque obtenue par un simple découpage d’écrits anté-

vieurs. Le plan consiste à ramener par trois fois la perspective de la fin après les fléaux qui y conduis: nt. Pour la seconde fois

DSTI

# Et le septième ange sonna de la trompette, Et s’élevèrent grandes voix dans le ciel, Qui disaient : « Le royaume du monde est devenu (Celui) de notre Seigneur et de son Christ, Et il règnera aux siècles des siècles. »

la série des fléaux s'achève et la perspective de la fin s'ouvre ; et cette fois encore on ne s’y tiendra pas. La perspective de la fin ne se fixera qu'après la série des sept coupes. C’est pourquoi l’on trouve tant de choses classées sous le troisième « malheur!» et la septième trompette. Ce qui s'offre d’abord est autre chose qu'un « malheur ! » c’est une double action de grâces, dont la première (x1, 15) ferait entendre que le règne est arrivé, et la seconde (x1, 16-18) signifie que la lutte finale va seulement commencer ; après quoi s'esquisse une vision (x1, 19) qui introduit les miracles de la fin.

« Et le septième ange sonna de la trompette. » — C'est d'abord la perspective de la fin, du grand avènement et du grand jugement, qui s'ouvre, comme il convient après la série des fléaux. — CEt il y eut de grandes voix dans le ciel», — pour annoncer là consommation du grand mystère et pour en louer Dieu. Ces voix sont probablement, plutôt que celles des quatre Vivants, celles de tous les anges, auxquels feront écho les vingt-quatre Vieillards. On peut croire que, pour les entendre, notre prophète est remonté au ciel, d’où il n’était descendu, si l’on peut dire, que par parenthèse, pour avoir intlercalé dans le second « malheur ! » l’oracle sur Jérusalem et les deux témoins. Les voix célestes — «disaient:« Le royaume du monde »,— laroyauté de l'univers, — « est devenu » — en réalité ce qu'il doit être, c'est-à-dire le royaume — « de notre Seigneur et de son Christ ». — Le Messie étant ici associé à Dieu comme dans le Psaume (Gr, 3, 6: Aor. 1V, 26). — « Et il », + Dieu, —=« régnera aux siècles des siècles. » — Ainsi parlait Daniel (11, 44; vu, 14, 7: cf. Lo, 1, 33). De ce que le verbe est au singulier, il ne suit pas que la mention du Christ soit interpolée par l’auteur chrétien ; on né peut pas s'attendre à ce que le prophète dise : « et ils régneront ». Cest l'idée du règne de Dieu qui domine, et le règne

" Et Les vingt-quatre Vieillards, Qui devant Dieu sont assis sur leurs trônes, Tombèrent sur leurs faces, Et ils adorèrent Dieu, ‘ disant :

«Nous te rendons grâce, Seigneur Dieu, maître de tout, Qur EsT, Qui FUT, . De ce que tu as saisi ta grande puissance Et que tu règnes.

du Christ est comme la forme sensible du règne de Dieu. Dans l'hymne angélique la victoire de Dieu ét la défaite du Satan sont célébrées par avance.

Après les voix célestes, les vingt-quatre Vieillards : pour faire bref, on néglige les quatre Vivants. — « Et les vingt-quatre Vieillards qui sont devant Dieu. » — On nous les a montrés d’abord (IV, 4) autour du trône de Dieu, mais ils n’en sont pas moins devant Dieu, parce qu'on ne peut pas être derrière Dieu. Les Vieillards, qui sont — « assis sur leurs trônes, tombèrent sur leurs faces », — comme ils font quand ils s'associent à l’hommage des quatre Vivants (1v, 10 ; cf. v, 8), — « et ils adorèrent Dieu, disant : « Nous te rendons grâce, Seigneur Dieu maître de tout », — formule déjà rencontrée (1, 8 ; 1v, 8), et qui reviendra souviendra souvent encore, — « qui est et qui fut», — on ne dit pas, celte fois : « qui vient » (cf. 1, 8 ; 1V, 8), parce que, précisément, Dieu arrive. — « Parce que tu as pris ta grande

puissance », — tu l’as réalisée dans le monde, — « et que Lu as

régné », — pris possession de ta royauté sur l'univers. L’expression vient des Psaumes (XCuIx, I ; XGIX, I ; XLVII, 8 ; XCVI, 10). On dirait que la chose est faite, Satan vaincu, et que le règne de mille ans, pour le moins, — si toutefois l'auteur pense maintenant à ce règne intermédiaire, — est commencé. Or il apparaît aussitôt que la dernière lutte n’est pas livrée, et il n'est pas autrement évident que la perspective du présent cantique, la même probablement que celle du précédent, fasse la distinction

des deux règnes après deux grandes luttes, c’est-à-dire qu'elle

soit celle du règne provisoire, avant la dernière lutte et le règne définitif. Le rédacteur, après avoir marqué le comble de l’abomi-

220 APOCALYPSE DE JEAN, xI, 17-18

‘# Les nations se sont irritées,

Et Et ta colère est veñue,

Ainsi que le temps pour les morts d’être jugés,

Et de donner la récompense à tes serviteurs les prophètes, Aux saints et à ceux qui craignent ton nom,

nation dans l'affaire des deux témoins, veut plutôt signifier que

là précisément commence le règne de Dieu, parce que la colère

de Dieu va se déchaîner sur ses ennemis, et le règne des élus

se réaliser. Le développement de cette idée se fait sans rigueur

de logique dans l'application, puisque les justes sembleraient

. n'avoir joui d'aucune récompense avant le jugement général des

morts ressuscités, et que leur récompense est comme encadrée

entre deux manifestations de la colère divine. Il ne suffit pas,

pour remettre les choses au point, de recourir (avec CHARLES,

I, 297) à l'hypothèse, quelque peu arbitraire, d'une transposi-

tion (lisant : « Et ta colère est venue, et le temps de perdre

er ceux qui perdent la terre, et le temps pour les morts d’être jugés », ete.).

« Et les peuples se sont irrités », — les nations se sont sou-

; levées contre Dieu. Allusion à la révolte finale, mais encore en

AE 2 : termes de Psaumes (11, 1 ; XcIX, 1), et sans qu’on distingue les

deux soulèvements, celui de la Bête avec les rois (xix, 19), celui

- de Satan avec Gog et Magog (xx, 8-9). — « Et ta colère est venue »,

— pour écraser à jamais ces révoltés. — « Ainsi que le temps

pour les morts d'être jugés ». — La phrase s’alourdit, et le style

n'est pas tout à fait celui d’un hymne céleste, mais l'intention

estévidente d'ouvrir la perspective des tout derniers événements.

>. — (Et » celui « de donner la récompense », — qu'ils ont méri-

tée, —-« à tes serviteurs les prophètes ».— On sait que l’auteur

s'intéresse particulièrement à eux (cf. 1, 1 ; x, 7). Lei surtout les

S prophètes sont une catégorie éminentie de croyants du Christ,

# et non le groupe fermé des prophètes bibliques. — « Aux saints

ct à ceux qui craignent ton nom ». — Les « saints » sont le

- commun des chrétiens ; mais il est difficile de voir en quoi « ceux

qui craignent le nom » de Dieu se distinguent des « saints ». La

formule ; « craignant Dieu », désigne originairement le prosé-

lÿte du judaïsme; ce n'est pas motif suffisant pour retrouver dans

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