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Les petits et les grands, s Et de perdre ceux qui perdent la terre. »
notre passage les Juifs et leurs prosélytes, ou bien les judéochrétiens et les hellénochrétiens. Le premier sens serait admissible dans une source juive, si source juive il y a pour ce passage ; mais notre prophète y attacherait un autre sens, et il n’est pas autrement vraisemblable qu’il distingue deux catégories d’élus d’après l'origine juive ou païenne des croyants (cf. supr., p.162). Un certain nombre de témoins omettent, peut-être avec raison, «et » entre « les saints » et « les craignant » etc., ce qui donnerait seulement deux catégories de personnes : fes prophètes, serviteurs de Dieu à titre spécial, et les saints, le commun des fidèles qui craignent son nom. A supposer que le « et » soit authentique, on n’est pas plus obligé de répartir en deux catégories les « saints » etles « craignant Dieu » que —« les petits et les grands », — dont ilest parlé ensuite, les quatre épithètes étant plutôt descriptives que spécifiques (cf. xix, 5, où se rencontre la même association d’épithètes. CHARLES, II, 416, n. 1, propose assez inutilement de rattacher « les petits et les grands », soit au membre de phrase concernant le jugement des morts, soit à
- «ceux qui détruisent la terre », les grands étant Satan et les deux Bêtes, et les petits leurs adhérents). — « Et de perdre ceux qui -
perdent la terre ». — Jeu de mots médiocrement heureux, qui termine une phrase pesante ; mais l’auteur n’a pas trouvé mieux pour annoncer le châtiment final des ennemis de Dieu, qui seront jetés dans l'étang de feu (x1x, 20; xx, 10, 15), au premier rang de ces destructeurs détruits il faut compter le Dragon, la Bête et son prophète. Tout ceci n’est que prévision, et l’effet prévu, le jugement universel en sa complexité, ne sera décrit qu’à la fin du livre. La défaite de Satan et des peuples conjurés, également prévue, doit arriver auparavant, et c’est pourquoi il va être parlé d’abord du Dragon (xu) et de la Bête (xur) qu'il fait régner; après quoi l’on reprendra une troisième série de sept fléaux qui introduiront la ruine du Dragon et de la Bête, le triomphe du Christ et le règne des élus.
La vision du temple céleste (xI, 19) paraît conçue en introduc-
tion aux trois tableaux qui suivent, à savoir, celui de la Femme
"Et s’ouvrit le temple de Dieu qui est dans le ciel, Et l’arche de son alliance apparut dans son temple ;
et du Dragon (x), celui de laBête et de son auxiliaire (xx), celui, plus bref, du triomphe des élus (iv, 1-6), esquissé déjà avant la ruplure du septième sceau (vnr), et qui ne sera largement développé, comme il convient, qu’à la fin du livre. — « Et s’ouvrit », — devant les yeux du voyant, qui doit être encore au ciel — « le temple de Dieu qui est au ciel ». — Ce temple céleste est ainsi qualifié comme prototype du tabernacle mosaïque, indirec- . tement du temple de Jérusalem. — « Et l'arche de son alliance », — dont le modèle existe aussi au ciel, — « apparut » — en même temps — « dans son temple ». — Ce n’est pas cette archelà qui avait eu besoin d’être cachée par Jérémie sur le mont Nébo (II Mac. 11, 1-8: Apoc. Baruch, vx, 7-10) ; mais, comme les Juifs attendaient le rétablissement du culte et la réapparition de l’arche dans l'avènement du Messie, on comprend que notre auteur ait eu l’idée de faire ouvrir le temple céleste et apparaître l'arche d'en haut, avant les grandes révélations touchant Ja victoire du Christ et son avènement glorieux. L’arche mosaïque était un témoignage de l’alliance contractée au Sinaï ; on peut croire que l'arche céleste apparaît ici pour la consécration de l'alliance nouvelle. Les phénomènes terrifiants qui se produisent à celle occasion marquent l'importance du moment : ils sont exactement parallèles et mêmes identiques à ceux qui se sont produits en conclusion de la vision préliminaire aux sept trompelles (vu, 5) el comme prélude à ces fléaux ; ici de même ils préludent aux combats contre le Dragon et contre la Bête, et aux fléaux des sept Coupes. — « Et il y eut éclairs, voix, tonnerres, tremblement de terre et grande grèle ». — La grêle seule est
ajoutée aux quatre membres de l’énumération qui précède la vision des sept trompettes.
AN LA Fan ET LE DRraAcon
Sur ce fond d'orage épouvantable, qui ébranle la terre et qui la ravage par la grêle, se détache la vision de la Femme
HT
Il y eut éclairs et bruits de tonnerres, Tremblement et grêle grande.
x Et signe grand apparut dans le ciel :
Femme revêtue du soleil,
célesje, mère du Méssie. Le grand combat qui va s'achever sur la terre a eu son commencement dans les hauteurs des cieux : La reine du ciel avait donné le jour à un fils que le Dragon avait voulu dévorer ; mais l'enfant, prédestiné à régner sur tous les peuples, avait été ravi au trône de Dieu (x, 1.6). Une grande bataille s’était livrée dans le ciel entre Michaël et ses anges, d’une part, et, d'autre part, le Dragon et ses anges: mais le Dragon avait‘élé vaincu et précipité du ciel sur la terre (Xix, 7-9). Les cieux célèbrent cette victoire et plaignent la terre, où va se dérouler maintenant le dernier combat (x11, 10-12). Poursuivie parle Dragon, la Femme s’est enfuie.au désert, où elle doit rester trois ans et demi ; empêché de l’atteindre, il se lourne entre ceux de sa descendance qui servent Dieu et Jésus (xx, 13-17). Ainsi se retrouvent les trois ans et demi el s'annonce la venue de l'Antichrist. Vision étrange, où le plus païen des mythes remplace la légende évangélique et s'accroche vaille que vaille à la tradition juive sur le règne de Dieu et l'avènement de son Christ. La difficulté n’est pas de reconnaître le mythe, mais de discerner le sens que notre prophète y a pu attacher.
« Et un grand signe »,—un phénomène extraordinaire, présage divin ou manifestation de puissance, réalité symbolique dont il importe de pénétrer la signification, — «apparut au ciel », — dans ce ciel où vient de s'ouvrir le temple de Dieu. Mais l’auteur ne dit pas : « Je vis ». Le drame qu'il va décrire est si varié que la place du prophète n’est pas à chercher. Il décrit les choses objectivement, d’après une source qui les prenait ainsi ; on retrouvera son moi dans une enclave rédactionnelle (xx, 10). À bien juste titre le signe annoncé d’abord est dit « grand ». C'était — « une femme revêtue du soleil ». — Figure astrale, et centrale dans le monde des astres, puisque les principaux semblent n’être au ciel que pour la servir ou bien pour lui tenir lieu d'ornement, On nous dit assez nettement que la Femme est au ciel pour que le critique n'ait pas le droit de rechercher
La lune sous ses pieds, Et sur sa tête couronne de douze étoiles.
ailleurs le secret de son origine et le caractère essentiel de sa personnalité Que l’idée du soleil vêtement soit peu réalisable pour notre imaginalion, cela tient peut-être.à ce que nous ne voyons pas d’abord le sens astrologique de l’assertion ; mais la formule n’est pas sans analogie dans le langage biblique (cf. Ps. crv, 2), et les traits complémentaires aident à la comprendre. — « Avec la lune sous ses pieds », — en manière d’escabeau. La position n’est pas non plus facile à réaliser ; mais décidémer!, :: s’agit d’astres et d’astrologie : c’est une matière où l’ea s’est toujours passé beaucoup de fantaisies, soit dans la rep-ésentation figurée des choces, soit dans celle de leurs rapports. — « Et sur sa tête une couronne de douze étoiles ». — C’est, dit-on, le songe de Joseph (GEN. xxXxVII, 9-10) : le soleil et la lune sont le père et la mère; les étoiles sont les frères; Joseph en a vu onze, mais ilétait la douzième; les étoiles sont les douze tribus. Le malheur est que nous sommesassez loin du songe de Joseph ; que la Femme, autant qu'il est permis d’en juger, n'a ni père, ni mère, ni frères ; qu’elle a le soleil en guise de manteau, la lune en guise d’escabeau, et les douzeétoiles en guise de couronne. À vrai dire, celle femme céleste n’est pas accoutrée en personnification d'Israël : ce n’est pas cela qu’elle est originairement, et il n’est pas même très facile de concevoir comment elle pourrait l’ être allégoriquement dans tous les détails de cette description.
Il est fort possible que le songe de Joseph aïiteu aussi une signification astrologique, mais notre récit n’est pas une transposition du songe de Joseph, où manque notre personnage principal, la Femme en travail. D'autre part la Femme ne paraît pas être une personnification collective; elle appartient au même ordre de figuration que son fils, lequel est un individu, et que son adversaire, le Dragon, qui n’est pas non plus une collectivité. Au surplus, la communauté d'Israël, si on la con-
cevait comme mère du Messie, ne serait pas logée au ciel; la
première communauté chrétienne ne serait pas davantage au ciel et ne pourrait être censée mère du Christ; la Jérusalem ou
la Sion céleste n’est pas le prototype d'Israël, mais de la ville sainte, et cette Jérusalem typique ne peut pas plus que le tabernacle céleste, avec son autel et son arche, être supposée enceinte du Messie; elle viendra du ciel avec lui. Reste que la Femme soit une personnalité astrale, la Vierge du zodiaque ; le soleil, en traversant ce signe une fois l'an, le couvre de ses rayons, et revêt ainsi la Femme de lumière ; la lune, quand elle passe au sud de l’écliptique, peut se trouver sous les pieds de la Femme, et alors elle lui sert d’escabeau; la couronne de douze étoiles ou constellations est le zodiaque même, et il n’y a pas à objecter que la Femme en fait partie, vu que le chiffre de douze, en un cas semblable, est de ceux qui ne comportent pas de diminution (Bozz, 100, 103); d’ailleurs, la Femme est conçue comme plus ou moins distincte de son signe astral. La Vierge du zodiaque a été identifiée à la grande déesse de Garthage, une vierge mère, et pareillement à Atargatis, la déesse de Syrie, aussi à Isis avec Horus, qualifiée « vierge du monde » (xépn xésuou); le mythe de Latone poursuivie par le Python offre avec notre passage beaucoup de ressemblance ; mais c’est celui d’Isis enceinte d’'Horus et poursuivie par Typhon, qui, localisé au ciel, satisfait le mieux aux conditions indiquées par notre auteur (Bozz, 108-112; sur les autres hypothèses antérieurement proposées et que celle de Boll complète ou annule, voir CHaRLes, I, 311-316).
Si l'on veut bien considérer que la spéculation juive et chrétienne s’est intéressée au Christ préexistant en Fils de l’homme, iln’est pas si étonnant que tel penseur ou visionnaire, soit juif, soit chrétien, se soit emparé du mythe de la Vierge céleste pour faire de celle-ci la mère du Christ. Du moment que l’on croyait à la préexistence du Messie, on pouvait lui attribuer une naissance céleste, et la Vierge d’en haut, la Vierge mère était tout indiquée pour ce rôle, si peu que le Christ lui-même fût assimilé déjà aux dieux solaires. Il n’est même pas impossible que le mythe dé la naissance par la Vierge céleste soit antérieur au mythe de la conception virginale de Jésus, mythe qui aurait été plus où moins calqué sur l’autre et qui y aurait été préféré, parce qu'il rentrait dans l'histoire humaine et fournissait un point de départ terrestre à la légende évangélique. Le récit de Matthieu, avec Hérode et la fuite en Egypte, fait pendant-au
A, Loisy. — L’Apocalypse de Jean. 15
Dragon et à la fuite de la Femme au désert ; et l'étoile des -mages rattache encore la naissance de Jésus à un mythe astrologique. En tout cas, notre auteur ne paraît pasautrement soucieux
de présenter la Vierge céleste en personnification allégorique,
surtout en des personnifications aussi abstraites que seraient la communauté israélite ou la première communauté chrétienne. Il paraît plutôt la retenir comme une puissance angélique, ni plus ni moins personnelle que les quatre Vivants ou les vingt-quatre Vicillards. 11 la garde ainsi sans s'inquiéter autrement de l’origine, quoique cette origine n'ait pas dù lui échapper entièrement. Mais si, comme il est probable, il a trouvé l'adaptation déjà faite dans une apocalypse juive, ii aura été plus facilement amené à entendre de Jésus le mythe où se trouvait rattachée à la Vierge zodiacale la fable qui se racontait un peu partout, sous une forme ou sous une autre, touchant la naissance des dieux de lumière, jalousement poursuivis par la puissance des ténèbres et finalement vainqueurs (cf. Bozz, 117- 124).
On pourrait, il est vrai, supposer que le mythe aurait été utilisé pour figurer la naissance du Messie ou de Jésus enfant d'Israël; mais aucun argument probable ne vient à l'appui de celte possibilité ; rien n’oriente vers Israël la pensée du lecteur. Inutile d'ajouter que rien ne transparaît, dans le tableau apocalyptique, de ce que l’on regarde comme la tradition historique touchant l'existence terrestre et israélite de Jésus : la Femme et le Dragon sont en face l’un de l’autre et appartiennent originairement au même monde ; la Femme n'est pas plus Israël que le Dragon n’est l'empire romain; la Femme est la puissance céleste qui a donné le jour au Christ, le Dragon est la puissance ténébreuse qui a suscité l'empire romain contre la race de la Femme, c’est-à-dire contre les chrétiens (xx, 17) ; mère du Christ, la Femme devient mère des chrétiens, elle ne devient pas néanmoins une simple personnification de l'Eglise, non plus que le Dragon ne devient une personnification de l'empire persécuteur. La mère du Mäle devient le génie de l'Eglise, elle n'est pas, pour autant, la communauté judéochrétienne. Mais cette fantasmagorie gnostique n’a pu faire son chemin entre le Christ du quatrième évangile et la légende de Matthieu:
APOCALYPSE DE JEAN, XII, 2-3 227 * Etant grosse, É Elle criait dans les douleurs, Ayant.très dur enfantement. \
.* Et apparut autre signe dans le ciel :
C'était Dragon fauve, grand,
« Et étant grosse », — el même arrivée à son terme (ef, Is. vi, 14, Sept.), — « elle crie dans les douleurs et la torture de l'enfantement. » — Les termes sont bibliques, et on les rencontre en certains passages des prophètes, où ils s'appliquent à Jérusalem (ls. xLv1, 7; Micu. 1v, 10; cf. Îs. xxvI, 19); mais ce rapport verbal avec des textes qui contiennent une comparaison ou une aliégorie clairement définies ne prouve pas que notre description soit toute symbolique ; la Femme pourrait tenir quelque chose d Israël, comme elle tiendra quelque chose de l'Eglise, elle n'est pas pour cela l'Eglise, et elle n’est pas Israël. Dire que le sens judéochrétien n'aurait pu admettre l’idée d’une femme concevant et enfantant au ciel est préjuger ce qui est en question. Le texte montre la Femme au ciel et criant dans ses douleurs; et si l’auteur accentue la douleur tout exprès et en termes d’Ecriture pour effectuer la christianisation du mythe et englober toute l’histoire du Christ dans la série des épreuves finales, il n’a pas, en parlant de la Femme céleste qui était prête à enfanter le Christ, plus de scrupules que n’en avaient eu Îles anciens et que n’en avaient encore ses contemporains à localiser dans le ciel les mythes les plus extravagants (cf. BozL, 105).
« Et il parut un autre signe dans le ciel », — à côté du précé-
dent, et coordonné à celui-ci : — « c'était un grand dragon
fauve ». — Le Dragon est un grand serpent ; sa couleur peut être une donnée traditionnelle (cf. CHARLES, I, 318), mais elle pourrait aussi bien lui être attribuée par communication de la pourpre romaine (xvIx, 4) et pour le caractériser comme meurtrier (vi, 4). Il y avait ün dragon au ciel, dans le constellation de l'Hydre,qui s’étendait de l’Ecrevisse à la Balance (Box, 102). A ce dragon le nôtre peut bien être identifié, mais il a une longue histoire dont on nous dira seulement une partie (x11,9). C’est le monstre babylonien du chaos, dont Marduk a triomphé; sous un nom ou sous un autre, il est question de lui dans
Qui avait sept têtes Et dix cornes, Et sur ses têtes sept diadèmes ; « Et sa queue entraînait le tiers des éfoiles du ciel, Et elle les jeta sur la terre.
l'Ancien Testament (cf. Cmarces, 1, 317-318). La Bête, dont il va être parlé bientôt, et que notre auteur n'a pas inventée, est un dédoublement du Dragon. —« Il avait sept têtes », — comme la Bête (xx, 1 ; la seconde bête, dans Dax. vi, 4, en a quatre) — « et dix cornes », — aussi comme la Bête (/oc. cit.) ; et ces dix cornes viennent de la quatrième bête de Daniel (vir, 7,24). Les dix cornes s'accordent assez mal avee les sept. têtes et leurs sept couronnes. Ce doit être amalgame de données traditionnelles. — « Et sur les sept têtes sept diadèmes ». — Les sept diadèmes font penser à sept têtes royales, et les sept têtes pourraient ici déjà correspondre aux sept rois que plus tard (xvn, 10) elles figureront dans la Bête, bien qu'on ne veuille pas encore les signifier directement. Il paraît risqué de supposer (avec BoLL, 102) que les sept têtes et les dix cornes seraient respectivement en rapport avec les sept étoiles du Corbeau et les dix du Cratère, deux constellations voisines de l’'Hydre ; les dix cornes, placées vers le milieu de l’'Hydre, c’està-dire du Dragon, ne feraient pas embarras pour les sept têtes auxquelles elles n'auraient pas correspondance. Mais, quoi qu'il en soit des origines, l’auteur ne paraît pas conscient d’un tel rapport ni de l’avantage qu'il offrirait pour la représentation de son monsire.
« Et sa queue entraînait le tiers des étoiles du ciel, et elle les jeta sur la terre. » — Le tiers est une proportion que l’auteur affectionne ; il se pourrait toutefois que la position de l'Hydre, qui s'étend au long de quatre constellations zodiacales soit pour quelque chose dans ce trait. La chute des étoiles est à peine un miracle dans les écrits apocalyptiques, et un tiers des étoiles ont déjà été éteintes au quatrième son de trompette (vin, 12). Dans Daniel (vtr, 10), une corne du boucfait tomber une partie des étoiles, le Capricorne étant le signe de la Syrie (BoLk, 47; ci. supr., p. 136), et cette catastrophe des étoiles pouvait être en
ee] LD «©
Et le Dragon se tenait devant la Femme, Qui allait enfanter, Afin, lorsqu'elleenfanterait, De dévorer son enfant,
rapport avee Îles réformes religieuses d’Antiochus Epiphane qui atteignaient les cultes païens (Marri, Daniel, 58). Le trait ne semble pas avoir ici de signification symbolique : le Dragon prélude à ses entreprises contre la Femme et le Fils de la Femme, contre le règne de Dieu quise prépare, en précipitant du ciel avec sa queue un tiers des étoiles. Mais un si bel exploit doit être en rapport avec quelque mythe sur le dragôn céleste. Dans le présent contexte, il double le combat entre Michaël et le Dragon (xv, 7-9) ; originairement il devait se rapporter à un combat dans le ciel, quand naquit le Mâle ; maintenant l'incident semblerait antérieur à cette naissance et marquer l'issue d’un combat primordial (CHARLES, I, 320).
« Et le Dragon se tint devant la femme qui allait erfanter. » — On entend ordinairement que le Dragon se tenait debout, parce que les dragons se dressent, dit-on, pour marcher ; mais le terme (£stnxe) est technique pour marquer la place d’une constellation (Bozz, 101) ; il pourrait bien avoir marqué originairement la position que le Dragon occupait dans le ciel par rapport à la Femme, position qui est celle de l’'Hydre à l'égard de la Vierge. En tout cas, il est un peu téméraire de dire que, pour notre auteur, l'attitude du Dragon signifie que les maux subis par Jésus, passion comprise, sont imputables à Satan ; dans la mise en scène du présent mythe, l'enfant est menacé, il ne souffre pas ; du reste, on ne voit pas bien à quoi correspondrait l’hostilité que l’enfant,avant de naître, rencontre de la part du Dragon; or ce trait et le ravissement au ciel sont les seuls qui aient du relief, — « Afin, lorsqu'elle enfanterait, d'avaler son enfant. » — C’est le sort que les puissances ténébreuses veulent toujours,et inutilement, faire subir aux dieux de lumière, au soleil renaissant, ou bien quand se produisent les éclipses. Quoique le fait mythique visé par notre auteur soit d’un autre caractère, son langage subit l'influence des mythes qui se rapportent à ces faits naturels indéfiniment renouvelés.
‘ Et elle enfanta fils, mâle, Qui doit paître toutes les nations avec bâton de fer.
Le mythe, pourrait-on dire, n’est daté que par lui-même et s'adapte à toute répétition. Dans la perspective de notre récit, la scène céleste qui est décrite se place avant la manifestation
du Christ en terre ; mais, par l'influence du mythe, cette mani-
festation se trouve supprimée de la perspective, où l’on ne pourrait pas même dire qu'elle est impliquée, si par ailleurs on ne savait que l’auteur est chrétien et que, pour lui, l'enfant de la Femme, bien que ravi à Dieu dès sa naissance, à ce qu’il semblerait, nelaisse pas d’être « l'aîné des morts » (5748; etc.). ;
« Et elle enfanta un fils, un mâle ».— Les deux mots semblent faire double emploi et peuvent s'expliquer comme un hébraïsme (traduction littérale de ben zâkâr ; cf. JER. xx, 15, où Sept. traduit par le seul ä&osey); plus loin:(x1r, 13) l'enfant sera appelé simplement « le mâle » : singulière dénomination pour le Seigneur Christ, mais qui pourrait bien être en rapport avec l'origine du mythe, où le sexe du jeune dieu avait plus de relief et pouvait caractériser la vigueur qui devrait lui servir contre la puissance ennemie ; dans le présent passage, le mot « fils » est comme imposé par l'interprétation chrétienne du mytbe, mais le mot « mâle » pourrait avoir été maintenu parl'influence de la tradition mythique (il ne paraît pas indiqué de supposer, avec Bozz, 116, n. 1, un jeu de mots sur ä&osny et äpyioy). Le mot « mâle » pourrait avoir élé suggéré par un passage d'lsaïe (Lxvr, 7), dont l'auteur s’est inspiré déjà (xx, 2 ; et l'influence d’Isaïe expliquerait l'emploi de &osev à côté de vioy) ; mais on dirait que la version des Septante a été influencée dans l'interprétation de ce passage par un mythe concernant l’origine du Messie, ce qui laisserait toujours au mot son caractère mythologique. L'identité de l'enfant n’est pas douteuse ; c'est lui — «qui doit paître toutes les nations avec un bâton de fer ». — Ceci est pris au Psaume (11, 0), texte messianique, et il en sera fait encore application au Christ (xIx, 15). L’allusion biblique au Christ vainqueur des peuples soulevés contre lui par l'Antichrist est comme intercalée dans le mythe païen.
Lu
Et son entant fut ravi près de Dieu et vers son trône.
« Et son enfant fut ravi vers Dieu et vers sontrône. » — L'enfant est né au ciel, où sont la Femme et le Dragon. S'il n'était trop clair que l’auteur ne dit pas tout ce qu'il sait de l'enfant, on pourrait croire que celui-ci, dès sa naissance, a été non seulement dérobé au Dragon, qui le voulait dévorer, mais porté à cet effet auprès de Dieu et sur son trône, où il attend le moment d’être envoyé sur la terre pour conduire les peuples avec sévérité. Mais, si tel était à peu près le cadre fourni par le mythe, ou plutôt parla source juive que l’auteur exploite directement en cet endroit, ce n’est pas tout ce que l’auteur veut signifier ; il sous-entend ce que tout le monde sait, et ce qu'il n'aurait pu dire sans rompre l'équilibre de sa description. En réalité, ce n’est pas d’un point du ciel à un autre que l'enfant Christ a été transporté, et ce n’est pas non plus aussitôt après la naissance et le ravissement de l'enfant vers Dieu que la Femme s'est enfuie au désert. La Femme est au désert trois ans et demi, le temps de la grande crise messianique, laquelle appartient à la perspective de l'avenir, tandis que la naissance de l’enfant- Christ appartient à celle du passé.
Toutefois, pour l’auteur, dans la présente vision, toute la crise messianique devient actuelle, el la naissance de l'enfant- Christ inaugure un drame qui se poursuit et qui s’achèvera
prochainement. Si la vie terrestre, la mort et la résurrection de
Jésus disparaissent de la perspective, la raison doit en être, et que le mythe les ignorait, et que, dans la pensée du voyant luimême, elles ne constituent qu’une façon de parenthèse, si nécessaire que cette parenthèse ait pu être d’ailleurs, dans le drame messianique. Le lecteur chrétien comprendra que le Christ n’a été ravi au ciel qu'après sa manifestation terrestre, et que c'est aussi bien après cette manifestation, et même assez longtemps après, que la Femme s’est enfuie ou doit s'enfuir au désert pour trois ans et demi, L'auteur lui-même se reprendra expressément pour dire que laFemme ne s’est enfuie au désert qu'après que le Dragon a été précipité du ciel en terre. Au surplus, bien que l'application du mythe semble forcée, il n’est pas douteux que l’enfant de la Femme est le Christ,et que le ravissement de
232 APOCALYPSE DE JEAN, xl, Ô
‘ Et la femme s'enfuit au désert,
l'enfant au ciel est l’exaltation de Jésus crucifié ; ensuite de cette exaltation se produisent le combat de Michaël et du Dragon, et la fuite de la Femme au désert.
Etant donné que l’auteur place constamment le Christ sur le trône de Dieu, il paraît difficile d'admettre (avec Bozz, 112) que la formule : « vers Dieu et vers son trône », signifierait que l'enfant a été ravi vers Dieu et vers son irône à lui Christ : on ne peut pas dire que le Christ a son trône comme les vingt-quatre Vieillards, puisque, dans la description inaugurale des sept sceaux, la place de l’Agneau est au milieu du trône de Dieu (v, 6), et aucun autre que celui-là ne lui est ailleurs assigné. L’enfant- Christ aurait pu avoir-le trône de sa mère, mais il n’y est pas resté ; il a le trône de Dieu son père, où il a été appelé. La mention du trône ne fait pas pléonasme à côté de celle de Dieu, car elle signifie que le Christ n’a pas été seulement enlevé au ciel mais qu’il a été fait seigneur de l'univers. Cette mention est due probablement à l’auteur chrétien (sur l’idée, qui se rencontre dans la tradition juive, du Messie déjà né sur la terre, mais enlevé et caché en attendant sa manifestation, idée qui a quelque affinité avec notre mythe, voir CHARLES, I, 308). |
« Et la Femme s'enfuit au désert. » — Trait anticipé, comme il vient d'être dit. Pour le bien entendre, on doit supposer que la Femme aussi est descendue du ciel, bien que le fait n’ait pas été mentionné : n’aurait-elle pas été entrainée avec le tiers des étoiles précipitées en terre par la queue du Dragon, et l'accident ne se serait-il pas produit dans le combat qui s’est terminé par la chute du Dragon lui-même et de ses satellites ? La fuite de la Femme est un trait de mythe : l’auteur a pu le trouver prophétisé dans le passage d’Isaïe déjà cité (Is. Lxvz, 9, Sept.); mais le trait pourrait bien avoir été suggéré par le mythe même au traducteur d’Isaïe : c’est Isis fuyant au désert pour soustraire Horus à Typhon, et le nourrissant ainsi dans la solitude (cf. PLUTARQUE, /s. 38). Mais le mythe a été corrigé pour l'adaptation : l'enfant régnant avec Dieu, e’est la Femme seule qui s'enfuit au désert et qui y est nourrie. Elle s'enfuit au
Où elle a endroit préparé par Dieu Pour qu’on l’y nourrisse Deux cent-soixante jours.
désert, — « où elle a un endroit préparé par Dieu », — un lieu prédéstiné et fait tout exprès (cf. JN, xiv, 2-3) pour qu’elle y soit garantié contre les poursuites du Dragon (x, 14) — « afin qu'on la nourrisse là douze cent-soixante jours ». — Ce sont les trois ans et demi dela grande crise eschatologique, et c’est de ce point relativement clair qu’on doit partir pour interpréter le passage. Il est superflu de se demander comment la Femme est nourrie : Dieu et les anges sont là qui se chargent d'y pourvoir.
Maïs le trait dela Femme au désert pendant trois ans et demi a une signification pour l’auteur ; sice n’était qu’un élément du mythe sans application à la fortune du christianisme, le prophète ne l'aurait point gardé, et il y revient par deux fois, comme si le sens symbolique en était particulièrement important. Seulement, qui peut bien être la Femme en cette conjoncture ? Certes, elle n’est pas l’Iraël idéal, ni le peuple juif, ni une élite réfugiée au désert (à Jabné ?) pendant que les zélotes défendaient Jérusalem contre Titus, ni les chrétiens réfugiés de Jérusalem à Pella dans la même occasion, ni les croyants notables qu'on suppose s'être réfugiés alors dans la province d'Asie. Et pourtänt l’auteur a une idée, et cette idée dont l'évidence paraît s'imposer, c'est que la Femme ici représente la masse des fidèles qui traverseront sans dommage les événements terribles dela fin (cf. vir, 3). La Femme n'est donc pas la communauté judéochrétienne de Jérusalem, mais c’est l'Eglise tout entière. Ce n’est pas à dire que la description dévie de la réalité au symbolisme pur, ou bien que la Femme au ciel était déjà l'Eglise, c’est-à-dire l'Israël croyant. Israël n'était point au ciel, et Jésus en tant que juif est né sur la terre. L’être céleste quia donnéle jour au Christ appartient au monde d'en haut, il y appartient comme les anges des sept communautés d'Asie, et, en tant que mère du Christ, il soutientavec l’ensemble de l'Eglise un rapport analogue à celui que soutiennent les anges à l'égard des sept communautés ; il est la personnalité représentative de tous les fidèles, qui sontses enfants (xn, 27), comme le Christ ;