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7 Et advint combat dans le ciel :
et de même que les lettres aux sept communautés considèrent comme fait des anges l’état des sept communautés, notre description présente comme fait de la Femme divine la situation de l'Église pendant la grande calamité de la fin ; c'est pourquoi le trait d'Horus nourri au désert s’adapte si aisément à la Femme : il vise en elle ses enfants. On verra comment le développement du même trait, à la fin du chapitre, confirme cette explication. L'idée ne laisse pas d’être en contradiction avec ce qu'on lira bientôt touchant la persécution de l’Antichrist. L'immunité de la Femme doit-ètre un trait de source que l’auteur a retenu sans voir la contradiction, ou bien qu'il aura entendu au sens spirituel. | | =
La description est ici coupée, et, bien que ce qu’on va lire concerne le Dragon, ce n’est pas un morceau du même mythe mais plutôt un mythe parallèle, ou une version juive du mythe païen. — «Et il y eut combat dans le ciel ». — Ni le moment ni la durée de cette bataille ne sont expressément marqués. Rien ne prouve qu'elle suive immédiatement la naissance de l’enfant ; au contraire, le cantique (x1x, 10-12) par lequel est célébré la victoire donne à entendre que le combat est postérieur à l’immolation de l’Agneau et qu’il a été conduit parallèlement aux premières persécutions qu'ont souffert les chrétiens, le premier résultat de la défaite qu'a subie le Dragon, finalement précipité du ciel en terre, ayant été d'amener la crise finale des trois ans et demi durant lesquels le Dragon va faire rage sur la terre (xx, 13-19). La perspective est donc la mème que dans le reste du livre, si ce n'est que maintenant l’auteur commence à insister davantage sur les derniers événements. Le combat au ciel se trouve préluder à la grande lutte qui se livrera sur la terre, pour y introduire le règne de Dieu et du Christ.
« Michaël et ses anges étaient à combattre avec le Dragon ». — La construction de la phrase est anormale en grec (6 MryañX xoù oi dyyehot aÙToÙ ToÙ ro ke AGO et 700 dpaxovto:), mais facileàexpliquer comme hébraïsme (cf. CHarLes, I, 322, qui cite avec raison Os. IX, 13, Ps. xxv, 14 ; L CHRON. 1x. 25 ; Eccu. 1x, 15, Sept.). Dans Daniel (x, 13,21), Michaël est l’ange d'Israël, et un grand rôle
Michaël et ses anges
Etaient à combattre avec le Dragon ; Etle- Dragon combattait,
Ainsi que ses anges ;
lui est réservé dans la lutte finale qui précédera le règne des'justes (Dax. xu, x): il n’estdonc pas étonnantqu’onleretrouveicicomme général en chef de l’armée céleste contre les puissances du mal (sur le rôle de Michaël, cf Cuarces, I, 323). Toutefois l'idée de ce combat, où les esprits d'en haut apparaissent partagés en deux camps, l’un sous la conduite de Michaël, et l’autre sous la conduite .de Satan, remonte beaucoup plus haut que Daniel : elle
rappelle la lutte de Marduk contre Tiamat dans le poème baby-
lonien de la création, et en général les mythes du nouvel an, de la renaissance du soleil et de la nature, faciles à transposer en mythes de la création et dont certains au moins sont devenues des mythes eschatologiques, ainsi qu’il apparaît dans le cas d'Ormazd et d'Abriman. L’un ou l’autre de ces mythes est à l’arrière-plan du combat que décrit notre voyant. C’est par l'influence du mythe et grâce à l'importance qu'avait acquise dans l’apocalyptique juive le personnage de Michaël, que le combat céleste se trouve mené par ce dernier, à ce qu’il semblerait, pour la protection de l’enfant-Christ ravi auprès de Dieu, au lieu d’être dirigé par le Christ en personne (cf. I Cor. xv, 24-25). Dans la réalité, ce mythe de Michaël est sans rapport avec l’idée du Messie transcendant, et il en tiendrait plutôt la - place. Notre auteur, qui utilise ce morceau de tradition juive, a pensé sauvegarder suffisamment la dignité de son Christ en lui réservant le combat contre la Bête (xix, 11-21).
« Et le Dragon » —, de son côté, — « combattait, ainsi que ses anges », — avec les anges de son parti, contre Michaël. C’est par l'influence du mythe que le combat des deux factions célestes a presque l'air de se livrer sans que Dieu s’en mêle et comme s'il n’y était pas le principal intéressé ; le groupe de Michaël représente l’ancien parti des dieux de la lumière et de l'ordre, qui ont lutté contre les dieux des ténèbres et du chaos pour organiser le monde ; à présent la lutte est pour l'instauration d’un nouvel ordre de choses où nulle place ne restera aux
‘Et ils ne l'emportèrent pas, Et place ne leur fut plus trouvée dans le ciel. ° Et fut précipité le grand Dragon, L’antique serpent, Qui est appelé diable et Satan,
puissances de ténèbres, qui sont aussi les puissances du mal, et où l’ordre sera la justice, le bonheur des justes. — « Et ils ne l’emportèrent pas ». — Locutio biblique (cf. Dan. vir, 21). Michaël et les siens furent les plus forts ; Satan et sa bande furent mis en déroute, — « et l’on ne trouva plus leur place dans le ciel ». — Nulle trace d'eux ne resta (cf. xx, 11; DAN. 51, 35), le Dragon et les siens étant définitivement balayés du monde supérieur. Le Dragon et ses satellites y avaient accès jusque-là, non seulement parce qu'ils font suite au Satan de Job (1, 6-12 ; 11, 1-6) et de Zacharie (xx, 1-2), mais parce qu’ils s'identifient plus ou moins aux divinités de ténèbres et de désordre, les Titans et leurs congénères, et aux divinités du polythéisme, devenues, dans la conception juive, des anges qui se sont mal acquittés de leur fonction et qui ont empiété sur les droits de Dieu. Et l’on ne doit pas oublier que la plupart de ces divinités élaient représentées sur la carte du ciel.
«Et », — ainsi vaincu, -- « fut précipité le grand Dragon, l'antique serpent ». — Le serpent est très vieux, puisqu'il s’est signalé déjà dans l’histoire d'Adam et d'Eve au jardin d’Eden. La formule pourrait aller au delà du récit génésiaque et relever l'identité du Dragon céleste au serpent mythique, au monstre du chaos, malgré lequel s’est organisée la création, si les synonymes donnés au grand Dragon ne se présentaient commeune paraphrase (cf. xx, 2) en rapport avec les données bibliques sur le serpent d'Eden et sur le Satan. Bien qu'il y ait un élément mythologique dans le serpent d’Eden, celüi-ci n’a rien de commun originairement avec le Dragon primordial, et il se distingue aussi du Satan dont parlent Job et Zacharie. Mais, dans Hénoch (Lxix, 5), la séduction d’Eve est attribuée à line Gadreël ; et on lit dans la Sagesse (11, 24) que la jalousie du diable a introduit la mort dans le monde. — « Qui est appelé » — dans l’Ecriture — «diable et Satan ». — Le mot grec (ät4Boo) est, dans les
APOCALYPSE DE JEAN, xII, 10 237
Qui égare le monde entier ; Il fut précipité sur la terre, Et ses anges Avee lui furent précipités.
1 Et j'entendis grande voix
Septante, la traduction du mot hébreu ; dans Job et dans Zacharie (loc. cit.), le Satan est l’accusateur et le détracteur des hommes, comme on le rappellera bientôt (x11, 20). — « Qui égare le monde entier », — en le détournant de Dieu. On va le montrer donnant son pouvoir à la Bête pour tromper les hommes. Mais il n’y a pas lieu d'admettre ici une anticipation : Satan est censé avoir eu un rôle prépondérant dans le développement de l’idolâtrie et de l’immoralité parmi les hommes ; son activité de séducteur n’a pas commencé avec ce qu'on va lui voir faire pour et par la Bête. — « Il fut précipité sur la terre, et ses anges avec lui furent précipilés. » — Satan et ses acolytes sont définitivement bannis du ciel; provisoirement ils restent libres de continuer leurs méfaits sur la terre et ils s’y emploieront d’autant plus qu’ils sont maintenant confinés dans le monde inférieur, où ils ne songent qu’à traverser les desseins de Dieu. Le troisième évangile parle aussi d’une chute, . et le quatrième d’une expulsion de Satan : ce sont atténuations du même mythe. Luc (x, 17-20) représente Satan comme tombant du ciel par l'effet des exorcismes qu'avaient heureusement pratiqués les soixante-douze disciples, c'est-à-dire, au fond, par le succès de la prédication chrétienne ; ainsi la chute de Satan, sans être devenue tout à fait une figure de langage, est plutôt une conséquence qu’un préliminaire de sa défaite sur la terre, et le mythe apocalyptique en est grandement corrigé. Jean (x11, 31) représente « le prince de ce monde » comme expulsé de son domaine, Satan n'étant point précipité du ciel en terre ni en enfer, mais rélégué en dehors de la nouvelle écopomie, spirituelie et éternelle, inaugurée par le Christ, ce qui réduit encore davantage le drame eschatologique.
On se réjouit au ciel du triomphe remporté sur Satan. — « Et, j'entendis une grande voix », — la voix d'une foule que le discours ferait prendre pour le groupe des premiers martyrs (VL, 11;
238 APOCALYPSE DE JEAN, xII, 10
Qui dans le ciel disait :
« Maintenant sont arrivés la victoire, la puissance, Le règne de notre Dieu, Et le pouvoir de son Christ, Parce qu'a été précipité l’accusateur de nos frères, - Qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit.
cf. VII, 10), —<« dans le ciel, qui disait ».— en manière d'action de
grâces : —« Maintenant », — par la défaite de celui qui était et
l'ennemi de Dieu et l'ennemi des hommes, — « est arrivé le salut », — c’est-à-dire la victoire par laquelle est accomplile salut que Dieu se proposait d'accorder aux croyants, et auquel Satan ne,se lassait pas de faire obstacle, —- « la force », — la manifestation de puissance, — « et le règne de notre Dieu », — règne qui se trouve pleinement réalisé au ciel par l’éloignement des mauvais anges, et dont la réalisation est acquise en principe : pour la terre et pour l'humanité (cf. xx, 15), — « ainsi que ie pouvoir de son Christ », — à qui appartient désormais l’autorité (#&ousia) que Dieu lui destinait. Ces heureux résultats sont
actuellement garantis — « parce qu'a été précipité l’accusateur
de nos frères ». — Ce ne sont pas les hiérarchies des anges qui peuvent appeler les hommes leurs frères, ce sont les martyrs qui étaient au ciel, revêtus de robes blanches, attendant que leur nombre füt complété; maintenant ils louent Dieu comme si la chose était déjà faite; ils célèbrent même la constance des nouveaux marlÿrs, quoique, dans la réalité, ainsi qu'il apparaît à la fin du discours et par les visions subséquentes, ces martyrs doivent souffrir par le fait du Dragon jeté sur la terre, poursuivant la postérité de la Femme (1, 19) et faisant la guerre aux saints pendant trois ans et demi (xrr1, 7). Ici l’on insiste, d’après Job et Zacharie, sur ce que Satan était — « l’accusateur qui les accusait devant Dieu jour et nuit ». — Dans le judaïsme récent, Michaël étant le grand avocat, et Satan, promoteur du mal, le grand accusateur des croyants devant Dieu; d’après une tradition, il n’y avait qu’un jour de l’année où Satan n'exerçât pas ce rôle d’accusateur, le jour de l’'Expiation (voir CHarzes, I, 327, 398). L'activité de Satan est ainsi décrite par rapport à la donnée biblique et à ce qui vient d’être dit du Dragon, « qui est le
“ Et eux l'ont vaincu Par le sang de l’Agneau Et par la parole de leur témoignage, Etils n’ont pas fait cas de leur vie Jusqu'à mort.
diable », le grand détracteur des hommes ; mais on sait aussi bien par les mêmes Ecritures que ce Satan dénonçait à Dieu les défaillances dont il avait été lui-même l'instigateur. Maintenant ce rôle odieux a pris fin, et Satan ne pourra plus s’ingénier à prévenir Dieu contre les hommes ni à soulever les hommes contre Dieu,
« Et eux », — les frères dont on vient de parler et dont on va célébrer le martyre, — « l’ont vaincu ». — Michaël et ses anges n’ont donc pas été seuls à combattre Satan, et il n’y a pas eu victoire qu'au ciel ; la lutte de la foi se mène parallèlement au grand duel des puissances célestes. La victoire des croyants, en fait, reste à venir, mais elle est présentée comme accomplie parce qu'elle est assurée, et d'autant plus que la victoire sur la terre est coordonnée à la victoire remportée dans le ciel. Notre auteur pense, autant dire, en hébreu, et les temps de ses verbes ne sont pas à interpréter en rigueur. Les croyants triomphent de Satan par leur foi et par le témoignage de cette foi rendu au Christ devant le monde ; — « par le sang de l’Agneau », — moyennant ce sang
qui les a purifiés de leurs péchés (cf. vir, 14), ou mieux encore peut-être par la vertu de ce sang comprise dans un sens plus large que celui de la purification, comme principe de régénération et de force spirituelles, — « et par la parole de leur témoignage », — et par la parole divine, objet de leur foi, à laquelle ils ont rendu témoignage. On pourrait entendre : « moyennant leur parole de témoignage », la parole par laquelle ils ont rendu témoignage au Christ. Le sens serait plus facile, mais le rapport logique des deux moyens de salut, sang et parole, serait moins satisfaisant. « La parole du témoignage » ne paraît pas être autre chose que € le témoignage de Jésus » (xx, 17), la profession de la foi aa Christ (cf. vr, 9), c’est-à-dire la profession de la parole qui le concerne. — « Et ils n'ont pas aimé leur vie, jusqu'à mort. » — Troisième principe de la victoire : les croyants ont poussé jusqu’à
240 APOCALYPSE DE JEAN, XII, 12 e C'est pourquoi réjouissez-vous, cieux, Et vous qui y habitez.
Malheur à (vous), terre et mer, Parce que le diable est descendu chez vous avec colère grande, Sachant qu’il a peu de temps. » 5
la mort le désintéressement à l’égard de leur propre existence ; ils se sont courageusement exposés à la mort pour conserver l'innocence que leur avait procurée le sang de l’Agneau, ei rester fidèles à la parole qui était le gage de leur salut.
« C’est pourquoi, réjouissez-vous, cieux, et vous qui y habitez. » — L’'apostrophe (cf. xvirx, 20) est imitée du Psaume (xcv£, 11), mais tournée en antithèse pour ce qui regarde la terre et la mer. Les habitants du ciel doivent être les anges, tous les esprits d'en haut, maintenant débarrassés de Satan et de ses auxiliaires : les anciens justes ne sont pas au ciel, et les témoins du Christ, abstraction faite de ceux qui sont déjà morts (vx, 9-11), sont encore sur la terre. — « Malheur à » vous, « terre et mer », — les deux parties du monde où Satan peut exercer encore sa funeste influence. Et il sémblerait qu’on ait ici la réalisation du troisième « malheur |», annoncé par la septième trompette: mais la référence ainsi formulée serait artificielle et donnerait à penser que, dans la source où ont été pris les « malheur! », le troisième n'était pas celui qui nous est ici désigné. — « Parce que le diable est descendu chez vous, ayant grande colère », — furieux de l'échec subi par lui et quilui présage sa ruine complète, — «sachant qu'il a peu de temps », — que cette ruine doit venir à bref délai. Le délai est celui des trois ans et demi, de la grande crise eschatologique. Les bienheureux plaignent la terre et la mer, qui vont souffrir de cette crise, durant laquelle Satan fera le plus de mal possible. On pourrait se demander où sont les croyants, etsi l’auteur les oublie. Les croyants sont, en un sens, avec la Femme nourrie au désert, garantie contre le Dragon, pendant les trois ans et demi, ce qui ne les empêchera pas, dans la réalité, d’être poursuivis par le Dragon. Les deux points de vue sont indiqués plutôt que conciliés dans le récit où s’achèvent les aventures de la Femme. Comme cette finale : « C’est pourquoi, réjouissezvous », etc., se réfère à ce qui a été dit de la descente forcée de
* Et quand vit le Dragon Qu'il avait été précipité sur la terre, Il poursuivit la Femme qui avait enfanté le mâle. "Et furent données à la Femme les deux ailes du grand Aigle,
Satan sur la terre (xnr, 10), par-dessus la victoire des martyrs (XI, 11), on a supposé (Crarrxs, 1, 328: dans la source, le discours aurait été attribué aux anges, qui appelaient Satan « accusateur des justes », au lieu de : « nos frères ») que cette victoire aurait été interpolée par le prophète chrétien dans une source juive autre que celle où il avait pris le mythe de la Femme; mais la mention de la victoire, nonobstant l’incohérence qui en résulte au point de vue de notre logique, ne laisse pas d'être exigée par celle de l’auteur, qui semble plutôt avoir coupé délibérément l’histoire de la Femme et du Dragon pour en donner l’interprétation chrétienne, suggérée d’ailleurs par la tradition juive sur Michaël et Satan.
« Et lorsque le Dragon vit qu'il avait été jeté sur la terre ». — Formule un peu étrange au premier abord, mais qui n’est pas tellement mal venue si elle veut marquer la chute de Satan <omme une surprise qui l’a mis au comble de la fureur. Néanmoins il paraît évident que, dans la source, la poursuite de la Femme par le Dragon se rattachait à la naissance de l'enfant mâle, et que la transilion était ménagée autrement : « Lorsqu'il vit que » l'enfant lui avait échappé, « le Dragon se mit à poursuivre la Femme » (le doublet que forme xn1, 13-14, à l'égard de 5-6, fait ressortir comme une surcharge 9-13). — « Il poursuivit la Femme qui avait enfanté le mâle », — ne trouvant pas mieux à faire pour assouvir sa vengeance, La désignation: « la Femme qui avait enfanté le mâle », demeure dans la ligne el le formulaire du mythe, et la femme poursuivie est bien <elle dont il a été dit plus haut (x11, 6), par anticipation, qu'elle s'était enfuie au désert. — « Et furent données à la Femme les deux ailes du grand Aigle ». — Ce ne sont pas deux ailes d’aigle, mais les deux ailes d’un aigle bien connu ; et même ses deux ailes ont l'air d’être connues aussi (comme le remarque CHarLes, I, 330, il n’y a aucunement lieu d'évoquer ici Ex. xIX, 4; DeurT. xxx, 11; Is. x, 31; Micu, 1v, 9-11). Les Grecs
A. Lorsy. — L’Apocalypse de Jean. 16
vÉ
Pour qu'elle s’envolât au désert en son lieu,
4 % Où elle est nourrièun temps, deux temps et un demi-temps, : re À l'écart du Serpent.
j ‘# Et le Serpent lança de sa bouche,
S Derrière la Femme, eau comme torrent,
Rens Pour la faire emporter par le courant ;
; donnaient des ailes à la Vierge zodiacale, qui peut-être les tenait SE de l’Ishtar babylonienne ; Isis en avait aussi; mais notre mythe Me entend que ces ailes ont été empruntées par la Femme en détresse au grand Aigle, c’est-à-dire à l’Aigle céleste (non plus Pégase, qui est un des quatre Vivants).à la constellation voisine (Bozz, 113). Le voyant a pu retenir ce trait en symbole de la = protection divine accordée à la Femme contre le Dragon. Les ERA deux ailes du grand Aigle ont été données à la femme — « pour Fa qu’elle s'envole au désert », — c'est la fuite dont il a élé parlé, — «en son lieu », —- la place qu'on a dit (xnx, 6) lui avoir été SR préparée par Dieu, — « où elle est nourrie », — comme il a été : 1. dit, — « un temps, des temps et un demi temps », — formule ns de Daniel (vix, 25 ; xx, 7), à entendre: «un an, deux ans et uné Le demi année », ce qui fait trois ans et demi, ou les douze cent soixante jours ci-dessus mentionnés ; — « à l'écart du Serpent », — hors des atteintes du Dragon.
On croirait la Femme à l'abri, d'autant que l’arrivée de la Femme au désert semblait marquer le terme de ses tribulations : mais une autre entreprise du Serpent est signalée, à laquelle la Femme échappe par un autre secours que celui des ailes de l’Aigle. — « Et le Serpent lança de sa bouche, derrière la a . Femme », — qui fuyait, — « de l’eau comme un torrent», — K£ une véritable inondation, — « afin de la faire emporter par le courant ». — Pour bien entendre ce trait, il faut oublier peut-être Ts que la Femme a des ailes; mais l'espèce d’incohérence qui se
| trouve entre ce nouveau danger et le précédent ne prouve: 2x aucunement que les deux ne procèdent pas de li même source F mythologique. Le fleuve qui sort de la bouche du Dragon pour emporter la Femme peut fort bien procéder aussi d'un trait de mythologie astrale ou de cosmologie plus ou moins transposé. Le Dragon est une puissance de l’eau (cf. Ps. XXXIV, 13-14). —
Au
Are ANT
dr, dé: La.
L APOCALYPSE DE JEAN, x11, 16 243
Et la terre secourut la Femme,
La terre ouvrit sa bouche
Etelle absorba le torrent
Qu'’avait lancé de sa bouche le Dragon.
tte Dragon fut irrité contre la Femme,
Et il s’en alla faire combat
Contre les autres de sa descendance,
« Et la terre secourut la Femme ». — Ne dirait-on pas que la terre esl personnifiée pour la circonstance? — « La terre ouvrit sa bouche et absorba », — ceci est formule biblique (GEN. 1v, 1 ;
NomBr. xvr, 30-39 : XXVI, 10; DEUT. x1, 6), — « le torrent.
qu'avait projeté de sa bouche le Dragon ». — Comment la Femme se trouve définitivement sauvée par là, il ne faut pas ledemander. L'auteur a retenu deux traits de mythe, qu'on n'aurait jamais dû s’eflorcer de traduire en événements historiques (d’après Caarzes, I, 331, la source, écrite vers 68-50, visait, si elle était chrétienne, la fuite de la communauté hiérosolyinilaine à Pella ; si elle était juive, la retraite des docteurs à Jabné : €t XI1, 14-16 n'aurait plus de sens dans la prophétie de: l'an 95), et il a voulu signifier par l'un et par l’autre la protection dont jouirait l'Eglise parmi le déploiement final de la fureur satanique. L'Eglise ne périra pas, l'Eglise traversera indemne l'épreuve. Toutefois c’est plutôt son esprit, son génie, son ange, son âme et ses âmes qui seront sauvés de l'épreuve ; en réalité, les enfants de l'Eglise seront pourchassés par le Dra- 8on el par son substitut la Bête. C'est pourquoi le voyant met à son mythe une queue qui s’y adapte médiocrement, mais qui est indispensable pour que le lecteur né prenne pas une idée, sinon fausse, du moins incomplète, de ce que sera la situation de la communauté durant le temps où Satan, par la Bête, règnera sans contrôle et sans frein sur la terre, te
« Et le Dragon fut irrité contre la Femme », — parce qu'il ne pouvaît la détruire. Il a déjà été dit que le Dragon était furieux de se voir sur la terre et avec si peu de temps pour y exercer sa fureur ; mais il faut bien attacher au mythe son commentaire
chrétien. — « Et », — pour se venger de la Femme contre laquelle il était irrité, le Dragon — « s’en alla faire combat contre les autres de sa descendance ». — On ne savait pas tant
Mas
Ta