XVIII. — LE MOT DE LA GRANDE PROSTITUÉE ET DE LA BÊTE
Une transition artificielle introduit le châtiment de « la grande Prostituée » (XvIx, 1-2); mais, pour commencer, on nous la montre assise dans tout l'éclat de son luxe et de ses vices, sur la Bète aux sept têtes et aux dix cornes (xvir, 2-5); après quoi vient l'explication de ce que sont ces figures étranges de la Prostituée et de la Bête (xvix, 7-18) ; suit enfin la description du châ-. liment (xviIn).
Voici d’abord comment s'accroche à la vision des sept coupes le thème du châtiment qui attend la grande Babylone. Le procédé est des plus simples et pas n’était besoin de source pour le suggérer. — « Et vint un des $ept anges qui avaient les sept coupes, et il me parla ». — Inutile de chercher si c'était Le premier ou le dernier. Pour être renseigné sur le fait de la grande Babylone, il n’est que de s’aboucher avec un des anges exécuteurs du châtiment : c’est justement ce qui arrive à notre prophète. Un des anges s'offre à lui montrer le jugement de la
« Viens, que je te montre le jugement de la grande Prostituée, Qui est assise sur d’abondantes eaux, * Avec laquelle ont forniqué les rois de la terre Et se sont enivrés les habitants de la terre, Du vin de sa fornication. »
#Et il m'emporta vers un désert, En extase.
grande Prostituée, et au lien de le lui décrire, l'ange, comme il est ordinaire en notre livre, le met en état de le voir. La même transilion servira (XXI, 9) pour amener la description de la Jérusalem nouvelle. L'ange — « dit : « Viens, que je te montre le jugement de la grande Prostituée ». — Ce qui va être dit de celte personnalité symbolique fait en quelque façon pendant et contraste au portrait de la Femme (x1x, 1-6), et c’est un complément à celui de la Bête. La personnalité mystique de la nouvelle Babylone va être assezlonguement considérée avant qu’il ne soit parlé de sa ruine. Comme c’est la première fois qu'on nomme « la grande Prostituée », cette considération a sa raison d’être. Isaïe (xxx, 15-18) comparaît Tyr à une prostituée, et même Jérusalem (Is.x, 21); Nahum (rx, 4)avait expressément appelé Ninive « la prostituée ». La même appellation convenait aussi bien à Babylone et à Roine. — « Celle qui est assise sur d'abondantes eaux ».— Tel n’est pas précisément le cas de Rome ; mais Jérémie (L1, 13) l'avait dit de Babylone, et l’on prendra soin plus loin d'expliquer (xvir, 15) que, pour la-nouvelle Babylone, les grandes eaux sont les peuples. — « Avec laquelle ont eu commerce les rois de la terre ». —Assertion conforme aux textes prophétiques déjà cités, et qui ne vise pas seulement l'impudicité de Rome païenne, mais aussi bien son idolâtrie. — « Et qui a enivré les habitants de la terre avec le vin de son impudicité ». — L'ange qui a d'aberd annoncé la chute de Babylone (x1v, 8) a parlé de ce vin d’impudicité en l’associant au vin de colère ; on le retrouvera encore (xvrrr, 3). L'information de l’auteur, si l’on peut parler d'information, est assez limitée, et son imagination peu féconde ; c'est pourquoi, voulant faire assez grand, il ne s’interdit les répétitions ni dans ses formules ni dans l’utilisation des thèmes qu’il exploite.
- «Et il me conduisit à un désert, en esprit ». — C'était pour y
Et je vis une femme assise sur bête écarlate, . Remplie de noms de blasphème,
voir «la grande Prostiluée, qui est figurée en femme conformé-
ment à celte désignation. Quand il s'agira de la nouvelle Jérufe salem, le prophète sera conduit sur une haute montagne (&xx, 10), À cause du déplacement, et pour la mise en scène d’une nouvelle vision, l'auteur dit qu’il fut conduit «en esprit », mais il était déjà «en «esprit pour converser avec l'ange. Et l’on se demande pourquoi la femme est au désert ? Le:trait s'aceorde mal avec ce qui a été dit d’abord (xvix, x) de sa situation sur les grandeseaux. La Femme céleste-s'était enfuie au désert parce que
Dieu y avait marqué sa place pour la garantir eontre le Dragon, l'on ne voit pas ce qu’y vient faire la Prostituée, à moinsquece È ne soit pour le parallèle avec la Femme, -dont la Prostituéene EX peut être que l‘ennemie. Il se peut que la Prostituée sait au x à désert pour signifier la dévastation qui l'attend, Ou a songé à aussi à l’oracle sur Babylone, dans saïe (xxx, 1. Sept.), qui est 4 ‘intitulé « vision du désert ». — « Et je vis une femme assise sur Æ
une bête écarlate ». — La suite montre que cette bête est la . Bête dont il à été déjà ‘parlé (xim, 1-8),.celle qui est l'empire «et l’empereur de Rome. Cependant l’auteur ne dit pas : « la Bête », ebil semblerait que celle-ci soit mentionnée pour la première fois ; mais ce peut être à cause du changement de mise.en scène, parce que la Prostituée, autre symbole de Rome et doublet.-de la Bête, est maintenant associée à celle-ci. Aussi bien fait-on une nouvelle description de la Bête, et cette description n’est pas. une simple répétition -de ce qui a été dit plus haut (xrx, 1-3). Encore est-il que les variantes ‘pourraient tendre à dissimuler la répétition. L'association de la Prostituée et de la Bête n'est pas de pure fantaisie : les dieux babyloniens étaient souvent représentés assis ou debout sur leur animal caractéristique, et desimages de ce genre pourrai®ntavoir été de quelque influence sur le présent tableau (Gunxez, Schæpfung und Chaos, 365). Le rouge doit-être le symbole de la puissance impériale et non celle du sang répandu. La femme assise sur les grandes eaux ‘était ta ville cosmopolite. La femme assisesurla Bête rouge est la capitale de l'empire : l'auteur ne s'inquiète pas autrement d’accor-
L is
Fe >.
NL: © | | APOCALYPAEADE JEAN, XVIT,-4-5 80
Ayant sept têtes … + Et dix cornes. .
* Et lafemme était revêtue de pourpre et d'écarlate, Toute brillante d'or, de pierres précieuses et de perles ;
Elle avait en sa main une coupe d'or,
nn: Remplie d’abominations'et des souillures'de sa fornication,
#2 “Et sur son front, un nom écrit.
1 Mystère: :
__ derses métaphores, qui sont des symboles mystiques. —«Rem- » plie de noms de blasphèmes ». — Il a déjà été question de ces
; £ noms (xIHi, 1), Mais on avait dit que les noms étaient sur les
sept têtes de l'animal, ce qui les mettait en rapport avec les empereurs ; maintenant ils sont sur tout son corps, ce qui Les” mettrait en rapport avec les divinités de l'empire, à moins que
Fe l'auteur p’ait vouiu varier ses formules, en ne mentionnant les . têles qu'en dernier lieu pour donner à ce trait plus de relief. —
| « Ayant sept têtes et dix cornes ».— Têtes et cornes, en effet,
nesont point mentionnées ici pour le seul intérêt de la descrip-
tion, mais parce qu’explication doit en être donnée (xvit, 9-14).
« Et la femme était revêtue de pourpre el d'écarlate ». — Les deux couleurs sont voisines (Mc. xv, 1°, 20 ; JN, x1x. 2,5; Mr,
De 7 xxva, 28), quoique distinctes ; au fond, c’est couleur de la
: Bête, avec même signification. — « Tonte brillante d'or, de
| pierres précieuses et de perles », — comme le roi de Tyr dans Ezéchiel (xx vx, 13).— « Ayant en sa main une coupe d’or ». — Cette coupe paraît venir de Jérémie (11, 7). — « Remplie d’abominations, et les impuretés de sonimpudicité ». — On aurait pu aussi bien mettre les « impuretés » dans la coupe avec les abominations, et peut-être l’auteur, qui n'est pas scrupuleux sur les cas grammaticaux a-t-il voulu les y mettre (il éerit : éyouou ToTApLoy….. yéuoy Pèniuypétwy xal Tù dxdlapra ris mopvelas AUTAS ;. mais il a pu faire dépendre l'accusatif 7x dxéeora de yépoy, | car il a représenté, xvur, 3, la Bête yéuovro dvépata Bhasenuias). Quoi qu’il en soit, les abominations sont l’idolâtrie à laquelle se rattache ou avec laquelle se confond l’impudicité.
«Et sur son front un nom était écrit », — le propre nom de la femme ; mais non pas son vrai nom, et l’auteur a soin de le
faire remarquer : — « c’est un secret ». — Beaucoup pensent