LES
« Babylone la grande, : Sao : B à La mère desimpudiques et des abominations de la terre. » * Et je vis la femme Ivre du sang des saints
que ce mot (uusriptoy) fait partie de l'inscription. La formule qui va ètre présentée comme nom de la femme n’est pas son nom réel, de même que la femme comme telle est une personnification, non une personnalité mystique. La femme est la puissance romaine, et la formule exprime en langage mystique le caractère de Rome apprécié au point de vue de la foi. Le nom que le prophète met au front de la femme est la définition de l'empire romain en termes empruntés ou imités de l'Ancien Testament. C'estune dénomination spirituelle, et qui est à interpréter selon l'esprit, non à prendre à la letire. — « Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre ». — Mème association de l’impudicité et de l’idolâtrie, avec inversion des termes. Impudiques et abominations sont l'idolâtrie impudique, dont Rome, avec son culte impérial, peut être dite la patronne et la mère. Le sens ne serait pas changé si on lisait « débauchés » (répvwy) au lieu de « prostituées » (ropvwy). Du reste, pour le parallélisme avec les « abominations », on attendrait plutôt les Cimpudicités » (rosveiwy, CHARLES, IL, 65). Peut-être n'est-il pas bien nécessaire de rappeler ici que les matrones romaines portaient le bandeau frontal et que les courtisanes de Rome avaient au front leur nom écrit sur une tablette (SÉNÈQUE, Contro®., 1, 2; JUVÉNAL, VI, 193). L'auteur n'avait pas besoin de connaître ces détails pour s'exprimer comme il le fait : il ne dit pas que le nom soit écrit sur une tablelte, mais sur le front (vx, 3): etle nom dont il s’agit est un nom de mystère, ce n'est pas celui que connaissent les amants de la Prostituée. Ce trait anticipe l’explication du tableau, et, si la vision de la Prostituée vient d'une source antérieure, il pourrait être du rédacteur chrétien (WELL- HAUSEN, 27). La même remarque vaut, à plus forte raison, pour le trait suivant.
€ Et je vis la femme ivre ». —- Le voyant s'aperçoit que cette femme, Babylone-Rome, est ivre pour avoir bu largement — « du sang des saints et du sang des témoins de Jésus ». — La
LA
De
‘Et du sang des martyrs de Jésus.
Et je fus étonné de la voir, étonné grandement. 7 Et l'ange me dit : ;
« Pourquoi t’étonner ?
Je vais te dire le secret de la Femme
métaphore se rencontre ailleurs que dans l’Ecriture. Beaucoup pensent que le membre de phrase : «et le sang des martyrs de Jésus », est de l’auteur chrétien, « le sang des saints » étant dans la source celui des Juifs qui avaient péri dans la guerre contre les Romains ; mais on vient de voir que la phrase entière a chance d'appartenir à notre auteur,qui ne haïit pas le pléonasme(cf. xvr,6, «le sang des saints et des prophètes »).Les «martyrs de Jésus » sont les mêmes que les « saints », ou du moins ils font partie de leur groupe. La Babylone dont il s’agit est donc celle qui a mis à mort les chrétiens, et l’auteur pense à la persécution de Néron.
« Et je fus grandement étonné de la voir » — ainsi faite. L'étonnement porte sur l’ensemble de la vision et non seulement sur le dernier trait. Le prophète est censé ne pas comprendre qui est cette femme : comme il s’agit d’un artifice littéraire pour amener l'explication de cette vision et compléter rétrospeclivement celle de la Bète (xxx), qui ne fait qu'un avec la femme, il n’y a pas lieu de discuter la vraisemblance de cet étonnement ni de multiplier les sources en supposant que les explications données entre la vision de la femme (xvir, 1-6) et celle de son châtiment (xvur) proviendraient de deux sources spéciales. La principale de ces sources paraît être celle même où a été prise la vision de la Bète (xunx, 1-10 ; cf CHARLES, I, 337 ; 11,69), et il n’est pas tellement évident que les éléments attribués à une autre source (la source B de Wellhausen et de Charles) soient indépendants de la première, le critérium de la distinction de ces sources étant que, dans la première, la Bête est l'empire romain, et dans l’autre, Néron (WELLHAU- SEN, 27; CHARLES, II, 67).
« Et l’ange me dit : « Pourquoi t’'étonnes-tu ? » — La femme n’est pourtant pas si difficile à reconnaître, la vision n’est pas malaisée à interpréter ; mais puisque le voyant ne comprend pas, l'ange vient à son secours (ef. vir, 13). — « Je vais te dire le
A. Lorsy. — L’Apocalypse de Jean. 20