XXI. — LA vrcrorre pu CHrisr
Apparaît enfin le Christ, tel à peu près qu'on l'a vu dans la vision inaugurale (1, 12-15), sauf qu'il est à cheval, comme pour combattre, et suivi de toute l’armée céleste. « — Et je vis le ciel ouvert ». — C'est une autre vision qui commence, et c’est de la terre que l’auteur la contemple (cf. 1v, 1). — « Et voici un cheval blanc ». — []n cheval monté ; Si le cheval est mentionné d'abord ce n’est pas qu'il importe par lui-même à l'objet de la vision autrement que comme monture convenable pour le Christ combattant et vainqueur, Ce que voit le prophète est un cavalier monté sur un cheval blanc, et la couleur du cheval est indi-
Le
Celui qui le monte est appelé Fidèle et Véridique ;
Avec juslice il juge et combat ;
* Ses yeux sont flamme de feu; Et sur sa tête (il porte) plusieurs diadèmes,
Ayant nom écrit, Que nul ne connaît, Si ce n’est lui, quée d'abord parce que l’auteur a l'intention de parler longuement dù cavalier, Le cheval blanc convient aux dieux solaires et aux divinités astrales; il convient au Christ(quant à son origine et à sa signification propre, ce cheval ne se confond pas avee
celui de vr, 2;-cf. Bo, 89). — «Et celui qui est assis dessus », — on parle de luiavec mystère (comme dans 1, 13-16), — « s’ap-
pelle » — est dit — « fidèle et véridique ». — Aïnsi s'est-il déjà qualifié lui-même dans la lettre à Laodicée (1rx, 14 ; cf. x, 5 ; mx, 7).
— « Avec justice il juge et combat ». — Ce n'est pas un juge arbitre ou qui se bornerait à émettre des sentences qu’il appartiendrait à d’autres d'exécuter : il réalise lui-même dans un com-
bat victorieux les jugements qu'il porte contre ses ennemis. Le « jugement en justice » vient d’Isaïe (x1, 3-4; pour le Messie homme de guerre, cf. Ps. de Salomon, xvrx, 23-27). — « Ses yeux sont flamme de feu ». — On nous l’a déjà dit (1, 14 ; xx, 18). — « Et sur la tête il porte plusieurs diadèmes », — en tant que roi des rois, évidemment ; il faut bien qu'il ait autant et plus de couronnes que le Dragon (x11, 5) et que la Bête (xxx, 1), bien qu'il soit plus difficile de se représenter comment il les peut coiffer,
puisqu'il n’a qu'une tête.
« Ayant un nom. écrit » — sur ces diadèmes ou sur l’un d’eux. La pluralité des diadèmes fait embarras pour l'unité du nom, bien qu'il fût puéril de multiplier les noms avec les
diadèmes ; ce doit être pourtant afin d’équilibrer les uns et
les autres que certains témoins parlent ici de plusieurs noms
(OYéuara yeypauuéva) ou bien juxtaposent les noms multiples
au nom secrel (oyémara veypauuéva 4al Gvouo yeypapuévoy), le seul dont il soit iei question. — « Que nul ne connaît, si ce n’est luimême ». — Le nom est comme celui qu'on nous a dit devoir être donné au chrétien « vainqueur » (11, 17), un nom mystique,
A. Lorsy. — L’Apocalypse de Jean.
“Il est revêtu d'un manteau teint de sang ;
un nom talisman (cf. BousseT, 431), que le Christ lui-même, appelle ailleurs son « nom mouveau » (xx, 12), si toutefois lenom secret n’est pas à distinguer du nom nouveau. Car le nom nouveau pourrait être celui que prend le Christ en devenant seigneur de l'univers, comme les titulaires de certains sacerdoces païens prennent le nom de leur emploi au lieu de leur nom personnel, el ce nouveau nom, au lieu d’être secret, serait, au contraire, un nom public. Le nom secret ne serait pas, pour cela le nom personnel de Christ, c’est-à-dire Jésus, mais un nom de mystère, de puissante efficacité, connu de lui seul, comme celui du chrétien « vainqueur » est sa propriété personnelle. Ce n’est pas un glossatéur qui s’est avisé d’ajouter cette particularité. Elle n’est pas déplacée (opinion de Cnarces, Il, 132) dans la descriplion de la personne et de son habillement, car ce nom mystérieux sur les diadèmes est un élément descriptif de la coiffure, dont il fait partie, comme l’ornement caractéristique du personnage, le symbole de son pouvoir, et l’on pourrait même dire le symbole efficace, quelque chose comme l’uraeus sur la double couronne du roi d'Egypte. Le nom mystérieux n’est pas en rapport avec l’opinion juive du Messie inconnu avant sa manifestation (rapport admis par J. Weiss-HerTMuELLER, 308), puisqu'il s’agit maintenant du Christ manifesté. Inutile, d’ailleurs, de chercher quel peut être ce nom secret, puisque de sa nature il est inconnu. |
« Il est vêtu d'un manteau teint de sang », — trempé de sang, etnonsimplement éclaboussé. L'auteur s'inspire d’Isaïe (Lxnx, 1-6), où Iahvé revient d'Idumée avec un vêtement aussi rougi de sang que sont rouges devin les vêtements de ceux qui ont foulé le pressoir. La variante : « aspergé » (reprpepauuéyoy, au lieu de Bebauuévoy) pourrait bien être une atténuation voulue. Mais ce trait fait difficulté dans la présente description, parce que le Christ n'a pas encore accompli sa besogne sanglante, dont il sera queslion seulement un peu plus loin. Faut-il dire (avec J. Weiss-HEITMUELLER, 306) que le trait a été intercalé dans une source juive par l'auteur chrétien, ou (avec CHarees, I, 133) que le Christ vient d'exterminer les rois parthes, avec le concours.
2 gr
57 7 Sr 1 Es LR AP PROPRETÉ DE JEAN, X
des martyrs, sans qu'on nous l'ait dit, parce que la nolice ori- ne ginale a disparu pour faire place à l’interpolation ci-dessus D (xx, 6-10), La première hypothèse est gratuite, car l’ensemble Be la description est chrétien, et le vêtement rougi de sang Deus n'est pas coordonné à l’interpolation concernant le nom de 50 qui s’y trouve adjointe. La seconde hypothèse est purement artificielle et mécanique, et elle est de plus invraisem- blable ; car les rois qui accompagnent la Bète et qui vont être à 34 exterminés par le cavalier au manteau rouge (x1x, 19. 21) ne __ sont päsautres que les rois parthes. Reste que le cavalier a un . manteau rouge parce que celte couleur convient au rôle d’exter- minateur qui lui est ici attribué, lui seul foulant le pressoir ne la colère divine (xix, 15) et détruisant par le glaive de sa bouche les auxiliaires de la Bête. Peut-être même n'est-il pas ‘TR aussi absurde qu’on l’admet communément de supposer que le PT __ vêtement est rouge de sang parce que le glorieux cavalier. est | aussi bien l’Agneau immolé ressuscité maintenant, et que l’auteur ne songe point ici à la signification purifiante de ce sang. Si | peu exigeant qu'il soit pour l'harmonie de ses images, on ne peut tout de même pas s'attendre à ce qu'il fasse monter. 3 lAgneau sur un cheval. Mais l’idée dominante est celle du Christ exterminateur.
«Et son nom se dit : « le Logos de Dieu ». — Le quatrième 4 cri en dit autant, et le Christ est appelé ici « Verbe de Dieu » pour accorder l’Apocalypse avec la théologie johannique. Par va de soi que le nom de Logos n’est pas le nom secret, . puisqu on le dit, et que le propre d'un nom secret est de n'être point promulgué. L’auteur de cette notice n'a donc pas pu révéler ici le nom qui, à l’avant dernière ligne, était présenté 2 comme secret, el l'on n'a point ici à parler de contradiction. Il reste que le nom du Logos est singulièrement présenté : A comme ,idée, c'est une surcharge qui procède d’un courant de . pensée tout autre que ceux qui remplissent l’ensemble du livre ; “e et n'était le décousu qui est ordinaire dans les descriptions de l’Apocalypse, on pourrait aussi parler de surcharge au point de
À à; ss
JAP APOCALYPSE DE JEAN, XIx, 14
# Et les armées qui sont au ciel Le suivaient sur chevaux blanes,
vue littéraire ; mais, à ce compte, il y aurait plus d’une surcharge, ou tout au moins plus d'une incohérence. Le Christ a sur son diadème un nom écrit, — en chiffre mystique et inintelligible pour ceux qui le voient, — un nom secret (xix, 12); de plus il est dénommé « Logos de Dieu » (xIX, 13) ; pour finir on dira qu'il porte écrit sur son manteau (xix, 16), — le manteau qui nous à élé présenté d’abord comme teint de sang, — et sur sa cuisse, son titre : : « roi dés rois et seigneur des seigneurs ». Tout cela fait bien des noms el des écritures. Certes, tous ces noms ne proviennent pas de la même source traditionnelle ; «le Logos de Dieu » tranche sur les deux autres ; et le nom secret, qui peut s'accorder avec le titre officiel du Christ vainqueur, ne laisse pas d'appartenir à un courant religieux assez différent. IL ne sensuit pas que la description ait été compilée sur trois documents écrits ; ce qui est certain,.c’est qu'on a ici accumulé sur le Christ lout ce qu’on a pu trouver de dénominations caractéristiques et honorables. On ne peut pas se dissimuler toutefois que la description se tiendrait mieux sans la ligne qui concerne le Logos. Unique en son genre dans toutile livre, cette ligne pourrait avoir été ajoutée après coup par l’école ou le groupe qui, patronnant le quatrième évangile, a voulu lui donner pour auteur Jean l'Ancien, dont elle paraît avoir voulu faire l'Apôtre Jean ; cette école était fort capable de prendre, par la même occasion, à sa charge, l'Apocalypse, en y insérant au bon endroit la formule essentielle de la théologie johannique. Cette hypothèse paraît plus vraisemblable que celle qui attribuerait à l’auteur même de l'Apocalypse (opinion de CHARLES, Il, 134) l'intention de faire une part quelconque à une théologie avec laquelle il était peu familier, mais que plusieurs tenaient déjà en considération dans son milieu. C’est plutôt le crédit bien acquis de l'Apocalypse et de son auteur, qui aura été exploité en faveur du quatrième évangile et de sa théologie.
« Et les armées qui sont au ciel le suivaient sur des chevaux blancs ». — Les chevaux sont blancs pour la même raison que
APOCALYPSE DE JEAN, xIX, 15 a] 341
Vêtues de linon blanc et pur.
” Et de sa bouche sort une épée affilée, Pour qu'ilen frappe les nations ; - Lui-même les paîtra avec bâton de fer ; Et c’est lui qui foule le pressoir du vin de la fureur, De la colère de Dieu maître de tout.
celui du Christ. Il ne faut pas scruter de trop près l'identité de ces cavaliers célestes. Ce ne sont pas les hommes élus, car ceux-ci ne constituent pas les armées des cieux ; et bien qu’on nous les ait déjà présentés derrière J'Agneau vainqueur (xvit, 14), c'est comme profitant de sa victoire et participant à son triomphe, non comme ayant mené avec lui le combat contre la Bête et ses alliés ; ils sont dits vainqueurs pour avoir surmonté
la persécution et la mort, en entrant ainsi dans l’immortalité,
Les armées célestes sont, si l’on veut, les anges, mais sans doute faut-il comprendre dans ce nombre quantité d'esprits personni. fiant les constellations et les éléments, ou procédant de telles personnifications. Le Christ lui-même en son attirail de combat procède des dieux solaires. Il serait infiniment curieux d’avoir le dénombrement des anges qui ont combatiu avec Michaël contre le Dragon et sa troupe (x1r, 9), et qui chevauchent maintenant avec « le roi des rois », — « vêtus de linon blanc, pur ». — Ainsi le Christ seul porte un manteau rouge. On va nous dire que c’est comme fouleur du grand pressoir où se fait le vin de la colère divine.
« Et de sa bouche sort une épée affilée ». — La description revient au Christ, parce que c’est lui seul qui exterminera la bande scélérate,et parle glaive, c’est à-dire la parolede sa bouche (cf. 1, 16 ; 11, 12). — « Afin qu'il en frappe les nations », — comme le dit Isaïe (x1, 4, influencé ici par Lx, 3). — « Luimême les régira avec bâton de fer », — comme dit le Psaume (11, 9) ; car il ne s’agit pas de les mener au pâturage, nrais de les frapper durement. — « Et c’est lui qui », — selon qu’il est écrit en, Isaïe, — « foule le pressoir », — le pressoir où son manteau s’imbibe de sang, le pressoir — « du vin de la fureur de la colère du Dieu maître de tout ». — Deux images sont ici enchevêtrées : celle d'Isaïe, le pressoir foulé dans la colère et d'où
342 APOCALYPSE DE JEAN, XIx, 16
‘]l a sur son manteau et sur sa cuisse Un nom écrit :
« Roi de rois:
Et seigneur de seigneurs. »
le sang jaillit à flots en guise de vin; et celle du vin de colère, déjà exploitée (xIv, 10 ; xvi, 19), que Dieu fait boire à ses ennemis pour les perdre. L’accord se fait dans l’idée d’extermination sanglante.
Dernier trait, caractéristique du vainqueur : — « Et il a sur son manteau et sur sa cuisse un nom écrit », — encore un nom : - — « Roi de rois et Seigneur de seigneurs ». — Titre déjà ren-
contré (xvir, 14). Rien d'étonnant à ce que le nom soit éeriten grosses lettres sur le manteau, pour être bien visible, et aussi sur la cuisse du cavalier, puisque celui-ci porte déjà un autre nom, d'ailleurs indéchiffrable, sur le diadème qui couvre son front. La cuisse est une bonne place pour une telle marque, surtout chez un cavalier, et l’auteur n’a pas dit la chose par à peu près, bien qu'il l'ait dite symboliquement. Les chrétiens sont censés marqués au front, pourquoi leur chef ne serait-il pas marqué à la cuisse? Une même idée s'attache à ces marques ; elle est en rapport avec les coutumes du temps et la pratique du tatouage, spécialement dans les religions de mYystère. Il est donc inutile, et peut-être est-il un peu ridicule de vouloir substituer au manteau et au cavalier le cheval (WELL- HAUSEN, 30), ou bien à la cuisse du cavalier sa ceinture ou quelque autre pièce de son équipement, ou encore d'entendre que le nom est écrit sur le manteau à la place de la cuisse. « Le manteau » est omis dans un petitnombre de témoins (ms. A, Cassiodore, mss. éthiop.), et peut-être Pa-t-on ajouté en effet pour ménager la cuisse. On dit que la marque ne se verrait pas sur la cuisse, sous le manteau rouge ; mais, outre que l'auteur n’y regarde pas de si près, rien ne prouve que les cuisses du cavalier soient couvertes et que le manteau ne soit pas flottant (cf. GarLes, IT, 137). Dans le texte tel qu'il est actuellement construit, le titre officiel et public fait, en quelque façon, pendant au nom mystique, ineffable, que nul ne connaît, nom d'essence ou de réalité profonde, de puissance et de vertu, et
APOGALYPSE DE JEAN, xIX, 17-18 343
” Et je vis un ange quise tenait dans le soleil,
Et qui criait à pleine voix,
Di sant à tous les oiseaux qui volent au zénith:
« Venez, rassemblez-vous au grand festin de Dieu, * Pour que vous mangiez chairs de rois,
Chairs de capitaines et chairs de vaillants,
Chairs de chevaux et de leurs cavaliers
Chairs de tous,
De libres et d’esclaves,
De petits et de grands.»
au nom théologique de Verbe, nom de sagesse spéculative, de théosophie.
Cest ce Christ, dominateur universel, général en chef de l'armée céleste, qui va vaincre en un instant les ennemis de Dieu (x1X, 17, xx, 6). La victoire est d’avance tellement certaine que Îles oiseaux de proie sont dès l’abord invités à Ja curée (xIX, 17-18). — « Et je vis un ange qui se tenail dans le soleil, et il cria à haute voix disant à tous les oiseaux qui volent au milieu du ciel », — c'est-à dire au zénith (cf. vx, 13, l'aigle; x1V, 6). C’est pourquoi l’ange qui leur parle est dans le soleil. Dans les religions de Syrie, l'aigle est en étroit rapport avec le soleil, dont il est messager, en même temps qu'il est roi des oiseaux. La position de lAigle (Pégase) dans le ciel pourrait aider à comprendre pourquoi l'ange est dans le soleil pour parler aux oiseaux du zénith et à ceux-là seulement (Bo, 30). Cet ange qui parle dans le soleil est sans doute l’ange du soleil, c'est-à-dire le dieu-soleil lui-même devenu ange dans la tradition apocalyptique, et soutenant Ie même rapport que le dieusoleil avec lAïgle et les aigles. Le trait de mythologie apocalyptique a été consciemment adapté par notre auteur à l'appel aux oiseaux de proie qu’il lisait dans l'oracle d'Ezéchiel contre Gog (Ez. xxxIx, 4, 19-20), — « Venez, assemblez-vous ». — Les mots sont d’Ezéchiel (xxxIx, 17). — « Pour le grand festin de Dieu ». — Ezéchiel, Loc. cit.), parlant au nom de [ahvé, disait : « à mon sacrifice que je fais pour vous ». — « Afin de manger chairs de rois, chairs de tribuns, chairs de vaillants, chairs de chevaux et de leurs cavaliers », — littéralement : « de ceux qui les montent », — « les chairs de tous libres et esclaves, de
L 344 APOCALYPSE DE JEAN, xXIX, 19-20
® Et je vis la Bête ' Et les rois de la terre Et leurs armées, Rassemblés pour faire la bataille Avec celui qui monte le cheval Et avec son armée.
* Et fut prise la Bête
petits et de grands ». — Dans l’énumération touffue d’Ezéchief on trouve (18) les «héros »(gibbôrim ; Sept., « géants », les « vail-
Fe lants » de l’Apocalypse), les « princes de la terre », (20) «le cheval et son cavalier ».
Voici maintenant l’armée ennemie et le combat. — « Et je vis la Bête », — Néron ressuscité, — « les rois de la terre D,— ses. alliés, les princes de l'Orient (xvr, 12), — « et leurs armées, HS lassemblés pour livrer bataille ». — On ne nous dit pas en. que lendroit, et il n'est pas sûr que l'auteur pense ici à Harmagédon (xv1, 16). — « A celui qui était assis sur le cheval », — le Christ, sur son cheval blanc, — «et à toute son armée». — Îl est assez curieux que la formule : « celui qui est assis sur le cheval », soit employée en désignation mystique du Christ, comme la formule : « celui qui est assis sur le trône », en désignation mystique de Dieu. Ce n’est pas Jésus le Nazoréen que l'on s’est d’abord représenté ainsi en cavalier céleste. « Et la Bête fut prise ». — Pas de combat, semble-t-il, à proprement parler. Le glaive de la bouche, la sentence prononcée par le Christ, suffit à repousser l'ennemi. L'armée céleste n’a qu'à faire main-basse sur la Bête et ses compagnons. La puissance g qui est en ces agents du Dragon n'est, si on l’ose dire, que d'ordre magique, d’un surnaturel inférieur au pouvoir divin que
Po représente l’Agneau, devenu pour la circonstance le cavalier au cheval blanc. Point à noter : le Dragon n'intervient pas person- È nellement dans la bataille, et l'on a lieu de s’en étonner. C'est He que l’auteur n’a pas voulu, en lui faisant jouer tout de suite sa. dernière carte, le conduire à sa perte définitive; il l’a réservé pour le combat suprême, le rassemblement de Gog ét de Magog, double: du soulèvement de la Bête et des rois orientaux contre Dieu et le Christ. En attendant, après la déconfiture de la Bête.
LE c .
Et avec elle le Pseudoprophète Qui faisait devant elle les signes Par lesquels il a séduit Ceux ui ont pris la marque de la Bête Et qui ont adoré son image.
Vivants ils furent jetés tous deux Dans le lac du feu, embrasé de soufre ; 4 Et les autres furent tués Par l'épée de celui qui monte le cheval, (L’épée) qui lui sort de la bouche,
et de son armée, il sera pris et enfermé par un ange dans l’abime pour mille ans, sans qu’on nous dise comment la chose a pu se faire ni pourquoi il n’était pas au combat près de la Bête et du Pseudoprophète. — « Et avec elle », — en même temps que la Bête, fut pris — «ie Pseudoprophète, qui », — pendant les trois ans et demi, la crise de l’abomination, — « faisait devant elle des signes avec lesquels il a séduit ceux qui ont pris la marque de la Bête et qui adorent son image », — ainsi qu'il a été dit (xux, 11-17). La répétition de la notice ne nous apprend rien sur la personnalité de celte « autre Bête. » — « Vivants ». — Il est permis de penser que le caractère surnaturel des deux personnages empêche de les tuer comme on va tuer tous leurs auxiliaires. — « Ils furent jetés tous deux dans la mer » —ou l'étang — « de feu qui bràle avec du soufre ». — L'endroit est censé connu, et.lout prêt pour recevoir un contingent de damnés. On a puretrouver cet étang de feu dans Isaïe (xxx, 33, où il n’en esl pas question), mais l’idée vient d’ailleurs ;-de même, daas Daniel (vix, 11}, le cadavre dela Bête est brûlé, mais il n’est point parlé, à ce propos, de l'étang de feu, et ce n’est pas dans le fleuve de feu qui sort de devant le trône de Dieu (Dan. vi, 10), que le cadavre de la Bête est censé jeté. Le fleuve ou l'étang de fleuve et de soufre est une donnée de cosmologie, d’astrologie, qui, des religions orientales, celle de Babylone et celle de la Perse, sera entrée dans la tradition apocalyptique.
« Et les autres », — les rois et leurs armées, simples mortels, furent tués par l’épée de celui qui est assis sur le cheval», — sans qu'il ait eu besoin de les tuer l'un après l’autre, car il les a tués — « par l'épée qui sort de sa bouche ». — On connait
Et tous les oiseaux se rassasièrent de leurs chairs.
cette épée (cf. xix, 15; 1, 16). — « Et tous les oiseaux se rassasièrent de leurs chairs ». — Ce trait est pour rejoindre Ezéchiel (loc. cit) et l'invitation préalablement faite aux oiseaux du zénith (xix, 17-18). Nonobstant les retouches et les additions juives et chrétiennes qui l'ont adapté à la victoire du Christ sur les ennemis de Dieu, le vieux mythe du dieu-soleil, vainqueur du dragon céleste et de toutes les puissances ténébreuses qui se sont opposées à sa naissance (x11, 1-5) et qui font obstacle à son règne de lumière, transparaît encore dans cette victoire du cavalier au cheval blanc. On y peut comparer de plus près Ia tradition avestique touchant la victoire finale d'Ahura Mazda et de Sraosha sur Ahriman et le serpent Azhi ( CHANTEPIE DE LA SAUSSAYE, Lehrb. d. Religionsgeschichtes, I, 226).