‹ L'Apocalypse de JeanChapitre 60 sur 65 · XXIT. — LE RÈGNE DE MILLE ANS ET LE GRAND JUGEMENT · texte numérisé non relu

XXIT. — LE RÈGNE DE MILLE ANS ET LE GRAND JUGEMENT

Le Dragon, qu'on dirait n'avoir pas assisté au combat où la Bête et ses auxiliaires ont été vaincus, va être, sans plus de cérémonie, enchaîné par un ange et jeté par lui dans l’abime, qui ensuite sera refermé à clef pour mille ans (xx, r-3). Pendant .ce temps-là, les martyrs règnent avec le Christ sur la terre : c'est la première résurrection (xx, 4-6). Au bout de mille ans, Satan est relâché, soulève Gog et Magog et vient assiéger la cité sainte; le feu du ciel dévore toute cette armée, et Satan est jeté dans l'étang de feu (xx, 7-10). Letrône da grand Juge apparaît, les cieux et la terre s’évanouissent, tous les morts comparaissent et sont jugés d’après leurs œuvres consignées dans les livres ; tous ceux qui ne sont pas inscrits au livre de vie sont jetés dans l'étang de feu : c'est la seconde mort et la dernière (xx, 11-15). La fin da drame, si longuement préparée, est décrite ainsi de façon plutôt sommaire et presque mécanique. On y sent la combinaison. Le règne terrestre double le règne éternel. C'est le règne terrestre qui est le plus ancien dans l’espérance juive ; mais, l'idée da règne spirituel et éternel étant admise, le règne terrestre s’est maintenu comme une sorte d'initro-

x Êt je vis un ange qui descendait du ciel, Ayant la clef de l’abime Et grande chaîne à la main.

duction transitoire au règne éternel (ef. Cæances, IE, 142). Le règne du Messie vient avant le règne de Dieu. On voit bien pourquoi Satan est réservé pour la défaite finale, mais la victoire du Christ ne laisse pas d'être ou de paraître diminuée. Le Christ n'en entre pas moins de plain-pied avec les siens dans le règne éternel, tandis que le quatrième livre d’'Esdras (vir, 28) fait mourir pour toujours le Messie et ses élus après quatre cents ans de félicité terrestre (temps de la servitude d'Egypte dans GEN. xv, 3, reporté dans l'eschatologie d’après Ps. xc, 15).

Il s’agit donc maintenant de neutraliser le Dragon pendant le règne de mille ans, puisque l’auteur, suivant ou harmonisant des traditions antérieures, a pensé devoir dédoubler la victoire du Christ et ménager un intermède de félicité avant la consommation définitive du règne de Dieu. Ce dédoublement et la captivité préventive du Dragon ne laissent pas d’être artificiels, et l’on s’en aperçoit'au manque d'originalité dans la mise en scène. Dans le mythe primitif, le Dragon est enchaîné après la première victoire du Dieu créateur, et, en un sens, cette captivité n’est que provisoire, parce que dans l’ordre cosmique, le combat ne cesse pas de se renouveler ; ici La captivité initiale est transportée dans l’eschatologie et prend un auire caractère. — « Et je vis un ange qui descendait du ciel». — Le trait commence à devenir banal, et l'on pourrait s'étonner que, pour une mission après tout importante, figure un ange dont aucun trait personnel ne relève l'anonymat. Cet ange rappelle l'étoile qui est tombée . du ciel pour ouvrir le puits de l'abime (1x, 1-2) ; sans doute même est il cette étoile ou cet ange; mais on ne prend pas la peine de nous le dire. — « Ayant la clef de l'abime», — qui est resté ouvert depuis la cinquième trompette, et que l'ange refermera soigneusement après y avoir précipité le Dragon. — « Et une grande chaîne à sa main ». — La chaîne est sur sa main (ér 7fy ycioa abroÿ), et non tout à fait dans sa main, parce que celte chaîne est de bonne longueur et que l’on voit les bouts pendant de la main de l’ange qui la tient seulement par le milieu. — « Et

* Etil saisit le Dragon, L'antique serpent, Qui est diable.et Satan,

il saisit le Dragon ». — Opération plus simple que nous ne l'aurions supposé, et pour laquelle sans doute il n’y avait pas lieu de mobiliser le Christ; mais on aurait dû au moins nous dire que cet ange élait « vigoureux » (comme ceux de v, 2; x, I; xvIN, 21). Pour l'instant l’auteur est moins préoccupé de peindre une scène que de fixer un point de doctrine.

Il croit utile de répéter que le Dragon, dont il a été déjà question (x1I-X1i1; XVI, 13-14) et qui revient ici, n’est pas autre que le vieux serpent de la Genèse et que le Satan dont parle ailleurs l’'Ecriture. Ce soin témoigne que l'assimilation résulte d’un travail

+ de réflexion et que l’auteur a conscience d'identifier des termes dont l'origine n’est point la même. Celle du Dragon n'est pas douteuse : le Dragon est le monstre mythique, le grand serpent qui voudrait absorber le soleil et qui, dans les éclipses, le tient momentanément en sa gueule ; sans cesser d'être agent ténébreux., il est devenu puissance du mal : il est de presque toutes les mythologies, mais, sous la forme où il influence la tradition biblique, son mythe est plutôt babylonien et persan. On peut douter que le serpent de la Genèse ait eu originairement rien de commun avec le Dragon, si ce n’est en qualité de serpent ; mais cette qualité suffisait pour amener l'identification dès qu'on spéculerait sur le texte génésiaque et sur la puissance mauvaise qui avait dû être derrière le serpent pour introduire le péché dans le monde. Enfin le Satan de l’Ecriture paraît bien n’avoir été d'abord ni dragon ni serpent, mais un esprit malveillant, détracteur des hommes auprès de Dieu, toujours prêt à leur jouer de mauvais tours. La théologie à fait la synthèse des trois mythes, el dans rotre passage nous voyons celte synthèse encore en train de se réaliser.

Laissons donc l’auteur nous dire que le Dragon, — « c'est le serpent ancien », — celui qui a eu ua rôle dans l'histoire du premier couple humain (Gex. mi, 1-5, 13-15), — « celui qui est diable et le Satan» — dont parlent Job (1-1) et Zacharie (rx, 1-92). Plusieurs témoins n’ont pas l'article devant « diable » (dt4Bohos),

ay

Etil le lia pour mille ans.

et ce doit être la vraie leçon, vu que le mot n’est pas traditionnel au même iitre que le sont respectivement le Dragon, le serpent génésiaque et Satan. La mème énumération s’est déjà rencontrée (x11, 9), avec diable sans article, comme qualificatif, suivi de Satan avec l'article, comme nom propre du personnage qui est accusateur ou délateur de profession. L'auteur paraît donc laisser entendre que « diable » est la qualité signifiée dans le nom hébreu de Satan. Il est vrai que, dans le Job des Septante, le mot Satan est traduit, et par « diable »; l’emploi courant du mot « diable » dans le Nouveau Testament montre que ce mot a été familier au christianisme des premiers temps pour désigner l'esprit du mal. Dans tous les cas, et quelle que soit la lecture,

- il paraît évident que l’auteur présente les deux mots comme

équivalents, le mot grec étant la traduction, du mot hébreu, et que Satan le Diable ne fait qu'un troisième terme à côté du Dragon et de l'antique serpent.

« Et l’ange le lia pour mille ans ». — Ainsi se trouve lransporté, comme il vient d’être dit, de la cosmogonie dans l'eschatologie, l’enchaînement du Dragon, du monstre des ténèbres et du chaos, par le Dieu créateur. Avec plus de logique la tradition del’Avesta enseigne que le serpent Azhi Dahak, vaincu jadis et enchaîné, sera, au bout de neuf mille ans, délivré par Ahriman, qu'ilassistera dans son dernier combat contre Ahura Mazda. Les neuf mille ans sont supposés couvrir toute l’histoire de l'humanité, tandis que nos mille ans viennent au terme, on pourrait presque dire en faux terme de cette histoire. Notre auteur paraît admettre, au moins en parlie, la théorie (énoncée dans BARNABÉ, xv) d’après laquelle la semaine de la création génésiaque (interprétée par Ps. xc, 4; cf. IT PER. nt, 8), figure la durée du monde actuel, durée qui doit être de six mille ans, suivis d'un sabbat de mille ans, après quoi viendra l'éternité (cf. HozrzmanN-BAUER, 493). C'est ensuite de cette combinaison que notre auteur connaît une double mort et une double résurrection : la mort naturelle qui atteint tous les hommes, et la mort éternelle qui atteindra tous ceux qui seront damnés au dernier jour ; la résurrection des fidèles du Christ dans sa parou-

Ille jeta dans l’abime,

Qu'il ferma et scella sur lui,

Pour qu'il ne séduise plus les nations

Avant la fin des mille ans.

Après cela, il faut qu'il soit lâché un peu de temps.

sie, et celle de tous les autres hommes, au bout des mille ans, pour le jugement dernier.

« Et (l'ange) Le jeta » — tout enchaîné — « dans l’abime, et il ferma » — l’abime — « à clef el », — non content de le fermer, — & il mit un sceau dessus », — afin que nul n'osût ou ne pût ouvrir, le sceau dont se sertl’ange étant un sceau divin, — « pour qu’il ne séduise plus les nations », — censées soustraites par ce moyen à la contagion du polythéisme idolâtrique, — « jusqu à ce que soient accomplis les mille ans ». — Ainsi, pendant ces mille ans, le genre humain respirera, il sera témoin de la félicité des justes, etles Gentils pourront se convertir. La merveille est qu’ils ne se convertissent pas tous, et que même ils restent tout prêts à <e laisser de nouveau séduire au bout des mille ans. Cette'singularité sert à. ménager une dernière exlermination avant le jugement dernier, conformément à la tradition, non à faire entendre (comme le voudrait CHaRLes, I, 143)

que chacun de nous’porte en lui-même ses possibilités de salut el de damnalion. En effet, le Dragon, par la permission de Dieu, reparaîtra au bout de ce temps-là pour être exterminé définitivement après un dernier effort que, peu reconnaissant pour la liberté à lui rendue, il tentera contre Dieu. — « Après cela, il faut qu'il soit délivré », — libéré de sa chaîne et relâché de sa captivité — « pour un peu de temps ». — Le drame apocalyptique se trouve avoir ainsi une double conclusion, d’où résulte un partage des traits qui, originairement, s’appliquaient à la conclusion soit temporelle et plus ou moins matérielle, soit éternelle et plus ou moins spirituelle, de cette tragédie humaine. Mais le partage n'a pas été poursuivi avec une logique bien sévère, ou plutôt l’auteur a distribué sans rigueur les données de ses sources, et il en résulte une confusion à laquelle on essaierait vainement de remédier par des transpositions et des conjectures sur les circonstances particulières dans lesquelles

‘ Etje vis des trônes; Ils s’y assirent, Et (pouvoir de) jugement leur fut donné :

auraient été rédigées les trois derniers chapitres de notre livre. Le livre, ainsi qu'on l’a pu voir, contient partout de ces doublets et il fourmille d'incohérences. Il n’y a pas lieu de le refaire ni en entier ni en parlie. |

La libération du Dragon a anticipé sur la marche des faits. Besoin est de dire au moins comment seront remplies pour le monde ces mille années de répit. — « Et je vis des lrônes », — sièges de juges, d’après ce qui suit, et placés sur la terre, comme il convient à l'ensemble de la scène. — « Et ils sy assirent ». — Onne dit pas qui s’assied ainsi. — « Et jugement », — facullé de juger, — « leur fut donné ». — Cette mise en scène est imitée de Daniel (vir, 9, 22-27) ; mais, dans Daniel, des trônes sont placés anprès du trône de Dieu, à ce quil semble, pour ses assesseurs ; le tribunal prend séance, et les livres sont ouverts pour la condamnation de la Bête ; par quoi le jugement est donné aux saints, qui possèdent le royaume. Le texie est douteux quant au dernier point et l’on conjecture que l’auteur. avait écrit (22): « Etle tribunal [siégea (décida), et pouvoir], fut donné aux saints,» etc. En toute hypothèse, ce ne sont pas les saints qui sont jugés, mais la puissance ennemie de Dieu; et l'effet du jugement, de la condamnation portée et exécutée contre la puissance persécutrice, est de mettre les saints en possession dupays. Dans notre texte, on ne voit pas d’abord qui juge, ni qui est jugé, ni quelles sont les conséquences du jugement. Plusieurs supposent, d’après Daniel, que les trônes sont pour Dieu et ses assesseurs, mais qu’il s’agit de décider qui aura part au règne de mille ans, la faculté de décision étant attribuée par Dieu à ses assesseurs anonymes, qui vérifieraient les titres des élus. Telle ne paraît pas être la pensée de l’auteur, pour qui le nombre de ces élus est fixé d'avance, qui a les vus déjà dans le ciel, et qui n’est pas disposé plus que Paul({ Cor. vu, 2-5) à les soumettre au jugement des anges. La phrase est gauche et obscure, parce que le rédacteur suit de trop près Daniel ; mais il le suit avec intention et en l'interprétant à sa

(C’étaient) les âmes de ceux qui ont été décapités

Pour letémoignage de Jésus ,

Et pour la parole de Dieu,

Ceux qui n’ont point adoré la Bête ni son image

Et quin’ont pas pris la marque sur leur front ni sur leur main.

façon (CHares, Il, 182, lit : « Et je vis les âmes des décapités, et je vis des trônes, et ils s’assirent, et jugement leur fut donné. Et ils vécurent », etc. Cette transposition n’a qu'un défaut, c’est de rendre tout trop clair et d'ajuster fort mal : « Et ils vécurent », etc). Lue d'ensemble, la phrase s’éclaireit : le ‘prophète voit des trônes et des gens qui prennent séance avec autorité ; ce sont les âmes des martyrs, de nouveau vivants pour régner mille ans avec le Christ. C’étaient — «les âmes de ceux qui ont été décapités pour le témoignage de Jésus et pour la parole de Dieu ». — De ce témoignage et de cétte parole il a été parlé dès le préambule (1, 9) ; et plus loin (vr, 9). on nous a fait voir sous l’autel du ciel les âmes de ceux qui avaient été « tués pour la parole de Dieu et pour le témoignage qu'ils avaient» ; ce sont les martyrs chrétiens. — « Et ceux qui n’ont point adoré la Bête ni son image, et qui n’ont point pris la marque de la Bête sur leur front ni sur leur main ». — L’auteur se complaît dans la répétition des formules employées par lui ci-dessus (xinr, 15-17). Comme ceux qui ont refusé d'adorer la Bête ont été tués pour la parole de Dieu et le témoignage de Jésus, et réciproquement, ceux qui ont été tués pour le Christ, l'ont été pour refus de participation au culte officiel de l'empire, l'on n’a point ici deux catégories de martyrs, mais deux définitions ou deux aspects du martyr ; s’il y avait une distinction ébauchée, non poussée à fond, ce serait celle des martyrs antérieurs à la persécution finale des trois ans et demi, et de ceux qui ont péri dans cette perséculion. Mais tous ces martyrs ensemble ne forment qu’un seul groupe, censé innombrable, et que nous avons vu figuré par le chiffre de cent quarante mille (vit, 4-9). Il serait plus que téméraire de prendre l'indication avec une telle rigueur que seraient exclus du règne de mille ans tous les croyants qui auraient eu la chance ou le malheur de ne pas expirer dans les tourments. La perspective générale est que

Ils revécurent et régnèrent Avec le Christ, mille ans.

* Les autres morts ne revécurent pas Avant l’accomplissement des mille ans.

tous les croyants, depuis le commencement, ont souffert jusqu'à la mort ; on ne s'arrête pasà considérer si beaucoup n'ont pas pu avoir une existence relativement calme et mourir dans leurs lits.Si l’on veut bien lire attentivement notre passage, on y trouvera que seront seuls exclus du règne de mille ans et privés du salut lés chrétiens qui àuront eu la coupable faiblesse d'adorer la Bête et de prendre sa marque sur leur front ou sur leur main. Aucun fidèle n’est supposé en vie dans le moment où se produisent les derniers événements : ruine de Rome, défaite de la Bête et de ses auxiliaires, internement de Satan dans l’abîme. Sur ce point notre auteur est en désaccord avec la tradition commune.

Tous ceux qui n'ont pas adoré la Bête — « vécurent, — redevinrent vivants. Aucun détail n’est donné sur le caractère de celte résurrection. Comment les martyrs, qui étaient au ciel vêtus de robes blanches, ont-ils pu reprendre, sans être dimipués, les conditions d’une vie terrestre, si glorieuse qu’on la suppose, l’auteur ne s’est pas soucié de nous l'expliquer. On sait que la tradition chrétienne n'a pas tardé à répudier ce règne terrestre de mille ans ; mais nulle subtilité d’exégèse n’a réussi à démontrer qu'il peut être ici question d’un règne tont spirituel et moral (cf. CHARLES, If, 185). — « Et ils régnèrent avec le Christ », — maintenant descendu de son cheval blanc et roi des élus sur la terre, — « durant mille ans ». — L’auleur tient à ses mille ans, et il y insiste. Le règne de mille ans est pour des privilégiés ; ce n'est pas qu’un règne de justes, et ce n’est pas le règne de tous les justes, c'est le règne des chrétiens qui ont été fidèles jusqu à la mort.

« Les autres moris », — on a soin de le remarquer, — «ne revécurent pas avant que fussent accomplis les mille ans ». — C'est seulement au bout des mille ans qu'aura lieu la résurrection générale. Mais tant d'importance qu'il attache au règne da miile ans, l’auteur ne s’arrêle pas à en décrire les conditions, peut-être parce qu'il les suppose connues suflisamment par les

A. Loisy. — L’Apocalypse de Jean. 23

C'est la première résurrection.

* Heureux et saint qui a part en la première résurrection ! Sur eux la seconde mort n’a pas pouvoir ; ; Mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ,

Et ils régneront aveclui durant les mille ans.

prophéties anciennes, ou bien parce qu’il aurait été embarrassé de donner deux descriptions complètes, l’une pour le règne de mille ans, et l’autre pour le règne final. Il se borne à célébrer l'avantage de ceux qui ont part à la joie de ce règne. — « Cette résurrection » — pour le règne de mille ans, remarque-t-il, — « est la première » — résurrection. c

« Heureux et saint qui a part en la résurrection première! » — On entend déjà pourquoiils sont heureux ; l’auteur va l'expliquer et dire encore, plus longuement, pourquoi ils sont saints ; ils le deviennent de façon spéciale à raison de leur conäition, qui non seulement les. soustrait à toute influence de péché mais les consacre au service de Dieu et du Christ. Ils sont heu-

reux parce qu'ils ne mourront plus. — « Sur ceux-là », — ceux de la première résurrection, — « la seconde mort n’a pas de pouvoir ». — La seconde mort, on le verra (xxt, 8), c’est la

mort sans fin, la mort des damnés, après la résurrection générale, qui est la seconde résurrection. Cette seconde mort, la mort éternelle, les chrétiens élus n’y seront point exposés, — « mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ », — comme il est annoncé en Isaïe (Lxr, 6) : « Vous serez appelés prètres du Seigneur, ministres {Aetrovoyoi) de Dieu ». — « Et ils règneront avec lui », — avec le Christ, — « durant les mille ans ».— Par où l'on entend mieux ce que l’auteur voulait signifier en écrivant (1, 6) que le Christ « a fait de nous un royaume, des prêtres pour son Dieu et Père », et (v, 10) que ces rois prêtres « règneront sur la terre ». C’est subtilité grande, parce qu'il sera plus loin (xxx1, 5) question de règne et non de sacerdoce, de supposer (avec CHARLES, IL, 186) que le sacerdoce des élus serait limité aux mille ans et qu'il serait en rapport avec les Gentils, qui devraient être évangélisés durant cette période. Evangélisation et sacerdoce sont deux, et nulle part (Charles renvoie à xxv, 6-7 ; xv, 4) notre livre n'insinue qu'une œuvre d'évangélisation propre-

* Et quand seront accomplis les mille ans, Satan sera lâché de sa prison, * Et il sortira pour séduire les nations Qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog,

ment dite doive s'effectuer par les élus du règne de mille ans.

Après les mille ans, il y aura un dernier combat, une dernière victoire, la résurrection générale, le jugement universel, et puis ce sera le régime de l'éternité. — « Et lorsque seront finis les mille ans, Salan sera libéré de sa prison », — recouvrant ainsi pour un peu de temps la liberté de son action sur la terre, ainsi qu'il a été dit (xx, 3), — « et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre ». — L'extermination de la Bête et de ses alliés (x1x, 19, 21) n’a pas été l’extermination de tous les peuples ; les rois d'Orient n'étaient là qu'avec leurs armées, non avec leurs nations entières, et l’on peut supposer que tous les peuples de la terre n’élaient point alliés de la Bête. Il n'est pas douteux que cette seconde coalition et l’extermination qui la suivra doublent les premières; mais l'auteur a ménagé son récit de telle sorte qu'il n'y eût pas contradiction apparente.

« Gog et Magog ». — Noms traditionnels dans l'apocalyptique juive pour désigner les peuples lointains et barbares. La plus ancienne attestation s'en trouve dans Ezéchiel, où ils ne figurent pas comme noms de peuple : le prophète (Ez. xxxvVIHxxxix) décrit une invasion qui doit se produire à la fin des temps, quand Israël aura été rétabli en son intégrité dans la terre sainte ; Gog, du pays de Magog, roi de Rosh, Meshek et Thubal, s’avancera contre le peuple saint avec une armée puissante ; ils seront détruits par Iahvé sur les montagnes d'Iraël. Gog est le nom lydien de Gygès ; les noms de peuples figurent dans la Genèse (x, 2-3) parmi la descendance de Japhet ; on peut parler en gros d’invasion scythique dont le chef aurait le centre de sa puissance au nord de l'Asie Mineure. Les peuples: de ces régions s'étaient agités dans les derniers temps de l'empire assyrien ; Ezéchiel, qui n'a pes prévu l'empire perse, annonce que la dernière invasion barbare sortira de ces régions pour lui

Afin de les rassembler pour le combat En aussi grand nombre que le sable de la mer. * Ils sont montés au centre de la terre Et ils ont entouré le camp des saints Et la ville bien-aimée ;

obcures. Aïnsi Gog et Magog ont conquis dans l’apocalyptique

juive une situation que notre auteur leur a conservée. Les livres sibyllins (111, 663) leur assignent exactement la même place que l’Apocalypse johannique (cf. Bousser, Antichrist, 128-129 ; CHARLES, II, 188). Gog et Magog sont ici des quantités vagues, des noms qui figurent un ensemble de peuples aussi considérable sinon plus que celui qui a été représenté autour de la Bête. Ce sont tous les non-croyants, tous les peuples qui ont étéinsensibles. à la manifestation du règne de mille ans, et qui, à l’instigation de Satan, s'en viennent, par une folie insigne, attaquer la cité des saints.

Satan séduira ces peuples, — « afin de les rassembler pour le combat, en aussi grand nombre que le sable de la mer ». — Le développement de l’affaire est identique à ce qu’on a vu pour la Bête (xvr-14) ; c’est pourquoi l’auteur, ne se souciant pas de trop inventer, et ne voulant pas trop se répéter, ne donne pas plus de détails. — « Et elles montèrent à la surface de la terre. » — Ces nations s’avancèrent en Palestine. La formule : « largeur de la terre » (rù rhdros vis yñc), est de Habacuc{(r,6), mais l’auteur pourrait l'entendre d’après ce qu'Ezéchiel (xxxvir1, 11-12} dit de Jérusalem, « nombril de la terre » (WELLHAUSEN, 3r). — ( Elles entourèrent le camp des saints ». — Formule inspirée peut-être du Deutéronome (xxIm1, 14). — « Et la ville aimée », — Jérusalem. Le « camp des saints » n’est pas autre que la « ville aimée ». Ce n’est pas pour rien qu'un dixième seulement de la ville sainte avait été détruit au deuxième « malheur ! », avant la septième trompette (x1, 13). La Jérusalem terrestre doit subsister pendant le règne de mille ans, elle sera la capitale du Messie, -le centre religieux des élus, objet du respect et de l'admiration, recevant les hommages et les tributs des peuples voisins, jusqu’à ce qu’arrivent Gog et Magog, suscités par Satan. On peut la supposer restaurée, embellie, surnaturalisée, mais il paraît arbitraire

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